‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 102 sur 208 · LIVRE XVII. — GHâMTRE II · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — GHâMTRE II

ciple, qu'elle laissait le champ libre à la pensée, si Ton

voulait penser, et que, dans . le cas contraire, on pouvait

dire en toute sûreté que le char de la religion subsistait

dans toute son intégrité. D'un autre côté, comme TÉglise

^e tint dès le principe à l'unité, les formes qui avaient pour

résultat de moins disperser le troupeau, et qui procédaient

de cette xmité vide et trompeuse, étaient regardées comme

les meilleures. Nous trouvons dans l'exemple des églises

d'Asie la preuve la plus convaincante de ce qui précède :

aujourcj'hui encore elles sont ce qu'elles étaient il y a deux

mille ans, des corps endormis dont l'âme s'est envolée ;

l'h-érésie en a disparu, parce qu'elles n'ont plus même en

elles assez de force pour produire l'hérésie.

Se pourrait-il donc que l'autorité du prêtre fût en état de remplacer la puissance de la doctrine et le mouvement de la vie ? Dans une certaine mesure, oui, mais jamais d'une manière complète. U semble, sans contredit, qu'il émane d'un vieillard, dans la sainteté de son ministère, comme un parfum de sagesse, d'expérience et de calme ; c'est ce qui explique ce sentiment de vénération qui saisit tant de voyageurs à l'aspect des patriarches chargés d'années, des prêtres et des évoques de l'Orient. Une noble et imposante simplicité règne dans leurs demeures, leurs vêtements, leurs mœurs, leurs habitudes ; et plus d'un respectable anachorète, s'il n'eût dérobé au monde son savoir, ses conseils et ses consolations, eût fait plus de bien que cent prêcheurs bavards et oisifs au milieu du tumulte des places et des carrefours; car la plus noble autorité d'un homme n'est que doctrine, c'est-à-dire un exemple fondé sur l'expérience et la réflexion : si, au contraire, la précipitation et les préjugés prennent la place de la vérité, plus le personnage est respectable, plus son autorité est dangereuse et nuisible; 30 Gomme le but immédiat de la vie entière de l'homme

est de concourir à ractivité d^une société générale, il est évident que tout ce qui dans le christianisme voudrait aller à rencontre de ce but doit tôt ou tard disparaître. Tout membre mort est mort; de plus, il est retranché dès que le corps se sent vivre et qu'il s'aperçoit que ce fardeau inutile lui pèse. Tant que les missions furent en aètivité en Asie, elles répandirent et reçurent la vie ; mais depuis qu'elles furent arrêtées dans leur marche par la puissance temporelle des A rabes, des Tartares, des Turcs, elles ne firent plus aucun progrès. Leurs cloîtres et leur^ sièges épiscopaux ressemblent à des ruines d'un autre temps; tristes et déserts, la plupart ne continuent à subsister que par les présents et les tributs qu'ils reçoivent et par la servilité qu'ils entretiennent.

4^^ Comme le christianisme agit principalement par sa doctrine, il en résulte évidemment que sa puissance dépend beaucoup de la langue qui lui sert d'interprète et de la somme de culture intellectuelle qu'il a renfermée dans ses croyances orthodoxes. Non-seulement il se propage à l'aide d'une langue poUe ou universelle, mais il tire de cette langue môme une sorte de culture et de pompe. Si, au contraire, reniant toutes les langues vivantes, il remonte le cours des siècles pour revenir à un dialecte suranné à qui il attribue \me origine, ou s'il s'enferme dans les bornes étroites d'un idiome grossier, comme dans un manoir désert, il verra s'écouler dans ses ruines sa misérable existence semblable  celle d'un tyran ou d'un triste captif. En Asie, lorsque le grec et plus tard le syriaque durent s'effacer devant l'idiome arabe qui l'emportait, les connaissances auxquelles ils servaient de véhicule disparurent avec eux ou du moins ne restèrent plus que dans des liturgies, des professions de foi, une théologie monacale. Ce serait donc \me grande erreur que d'attribuer au fond môme d'une religion ce qui en réalité n'appartient

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