‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 105 sur 208 · LIVRE XVII. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — CHAPITRE III

à s'y créer ub6 nouvelle Judée; ils y bâtirent un temple, traduisirent peu à peu en grec leurs saintes écritures qu'ils mélangèrent à d'autres de leur composition. D'un autre côté, depuis Ptolémée-Philadelphe, les sciences avaient à Alexandrie de florissants établissements, tels qu'il ne s'en trouvait nulle part, même à Athènes. Pendant un temps assez long même, quatorze mille élèves y avaient été instraits et entretenus aux frais de l'État. Là se trouvaient son célèbre musée, son immense bibliothèque, les trésors de gloire des poètes et des savants de tous les genres. Là, au centre du commierce du monde, s'élevait la grande école des peuples. I)e cette réunion de nations et du mélange gradué de chacune d'elles naquit la phihsophie 7ié^ platonicienne et surtout cet étonnant syncrétisme qui chercha à combiner les principes de tous les partis et qui parvint à fondre dans une m^ne pensée le génie de l'Inde, de la Perse, de la Judée, de l'Ethiopie, de l'Egypte, de la Grèce, de Rome et du monde barbare. Ce système régna pour ainsi dire dans tout le monde romain, parce que partout se rencontraient des philosophes qui venaient apporter à la masse commune les idée's de leur pays natal; c'est à Alexandrie toutefois qu'il atteignit son apogée. C'est alors qu'on vit le flot du christianisme venir goilfler cette mer et attirer à soi tout ce qu'il croyait pouvoir s'assimiler. Déjà dans les écrits de saint Jean et de saint Paul les idées platoniciennes s'.étaient introduites dans le christia^ nisme. En s'occupant de philosophie, les plus anci^is Pères de l'Église ne purent s'empêcher de se servir des expressions généralement reçues ; et plusieurs d'entre eux, par exemple, trouvèrent, bien avant le christianisme, leur Log&s dans les âmes de tous les sages. Qui sait s'il n'eût pas été fort heï^reux pour le christianiOTae de rester ce qu'il deiP'ait être, d'ap\^ les remontrances d'un Justin 4ft d'un Clémait d'Alexandrie, une philosophie libre qui ne

condamnait, dans aucun temps ni chez aucun peuple, la vertu et Tamour de la yérité et qui ne savait rien alors de ce vain formulaire de mots qui plus tard fut érigé en loi. Ce qu'il y a de certain, c'est que les Pères de TÉglise qui se formèrent dans Alexandrie furent loin d'occuper le dernier rang. Le seul Origène a fait plus de dix mille évèques et patriarches; car, sans la critique intelligente et éclairée qu'il appliqua aux sources du Nouveau-Testament, rien ne prouve que ces origines n'eussent pu être très-facilement placées au rang des fables populaires de l'antiquité. Il transmit son génie à quelques-uns de ses disciples et on ne vit jamais les pères de l'école d'Alexandrie tomber dans les écarts de fanatisme et d'ignorance de la plupart de leurs contemporains.

Considérée à un autre point de vue, il faut reconnaître que l'Egypte, avec sa philosophie alors si répandue, devint une école de corruption pour le christianisme; car, après l'introduction des idées platoniciennes, sur lesquelles la subtilité grecque s'exerça avec tant d'ardeur, il se passa près de deux siècles qui furent remplis par des querelles interminables, des troubles sanglants, des persécutions, des inimitiés, des bouleversements de toute espèce; et le culte chrétien -prit ainsi la forme la plus étrangère à sa nature, la forme sophistique. Du seul mot hgos sortirent ime foule d'hérésies et d'iniquités, dont le logos intérieur, la saine raison, ne peut s'empêcher de rougir. La plupart de ces querelles ne pouvaient se produire que dans la langue grecque, à qui elles duraient toujours dû rester prdpres, au lieu d'être érigées en doctrine universelle pour tous les lieux et toutes les langues. Vous aurez beau remuer ces cendres, vous n'y trouverez pas l'ombre de vérité, pas une notion qui puisse impriftier aux sciences ]|umaines un élan quelconque, à l'jittelligence une forme nouvelle, montrer à la volonté un noble but. Il y a plus.

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