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LIVRE XVII. — CHAPITRE III

toute cette polémique qui s'exerça contre les ariens, les photiniens, les macédoniens, les nesloriens, les eutychiens, les monophy sites, les trithéites, les monothélites, aurait pu être brusquement étouffée sans que le christianisme ou la raison en eût souffert en aucune façon. Pour revenir à ridée première du christianisme et en faire une exposition franche et simple, on dut oublier ou détruire une partie du passé et tous ces grossiers décrets, œuvre de ces conciles de courtisans et de voleurs ; encore trouve-t-on ça et là des esprits timorés que leur souvenir tourmente et effraie. Ces sectes, dans leur rage de spéculation, ressemblent à rhydre de Lerne ou au ver qui, brisé dans tous les sens, voit la vie renaître dans chacun de ses tronçons.

Dans rhistoire, ce tissu inutile^ nuisible au genre humain, se déroule pendant plusieurs siècles. Des flots de sang l'ont imprégné, et' des milliers d'hommes, souvent les plus respectables, se sont vu arracher, par l'ignorance et la bassesse qui s'en couvraient, biens, honneurs, amis, repos, patrie, la vie même. Même les barbares, francs et naïfs, les Bourguignons, les Goths, les Lombards, les Francs, les Saxons prirent, avec le zèle d'ardents sectaires, une part active et violente à ces guerres pour ou contre les Ariens, les Bogomiles, les Cathares, les Albigeois, les Vaudois, etc., et l'on vit toutes ces nations ennemies tirer non sans fruit l'épée pour le véritable symbole du baptême I II n'est peut-être pas dans les lettres humaines un champ plus stérile que l'histoire de ces pieuses luttes entre la parole et le glaive ; elles avaient si bien enlevé toute initiative à la raison humaine, aux origines du christianisme leur aspect clair et lumineux, à la constitution civile ses principes et ses règles fondamentales, qu'en fin de compte nous devons savoir gré aux Sarrasins et à d'autres barbares d'avoir brisé par leurs sauvages irruptions les entraves de notre raison. Gloire donc à tous ceax qui nous ont fait voir les mobiles qui

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guidaient les instigateurs de telles luttes, un Athanase, un Cyrille, un Théophile, un Constantin, une Irène; car, aussi longtemps que dans le christianisme les noms des pères de rÉglise et des conciles seront cités avec une crainte servile, rhomme ne sera pas susceptible de comprendre l'Écriture ni de se servir de sa propre intelligence (i).

La doctrine morale de TÉglise ne trouva d'ailleurs pas un meilleur sol, soit en Egypte, soit dans toute l'étendue des provinces grecques. Comme une conséquence forcée de ses déplorables abus, on vit surgir cette grossière armée de cénobites et de moines qui, non contents de rendre les déserts de la Thébaïde témoins de leurs extases, semblables à des bandes mercenaires, envahirent souvent des contrées entières, troublant les conciles et les élections épiscopales et forçant leur Saint-Esprit à prononcer des sentences gui leur étaient dictées par un génie malfaisant. J'honore la solitude, sœur méditative de la société, souvent aussi sa législatrice ; elle transforme en principes ou en utiles aliments l'expérience et les passions d'une vie agitée. Je suis plein de compassion pour cette douce solitude des âmes qui, fatiguées enfin du joug et des persécutions des hommes, trouvent en elles-mêmes le repos et le ciel. Tels furent sans aucun doute la plupart des premiers chrétiens qui, pour fuir le despotisme d'un grand empire militaire et la corruption des villes, se retirèrent dans le désert où un ciel clément pourvut à leurs modestes besoins. Mais, en revanche, devons-nous regarder avec le plus grand mépris cet isolement orgueilleux et égoïste qui, dédaignant la vie active, fait consister le mérite dans

(1) Après les anciens travaux des réfonnateurs, et entre autres ceux de Calixtus, Dailseus, Dupin, Leclerc, Mosheim, etc., on citera toujours avec respect le nom de Semler, aux vues si larges et si justes. sur Thistoire ecclésiastique, de Spittler et d'autres.

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