‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 113 sur 208 · LIVRE XVII. - CHAPITRE ÎV. Jn · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. - CHAPITRE ÎV. Jn

par leur mort, devinrent donc peu à peu Targument le plus puissant et le plus irrésistible du christianisme : plus la pauvreté était grande, plus Ti^orance et Téloignement étaient considérables, plus on se trouva disposé à accepter aveuglément comme le témoignage authentique de l'Eglife, comme article de foi, non-seulement les traditions et les confessions des martyrs, mais aussi les paroles des évoques et des prédicateurs.

Et cependant, d'après Torigine même du christianisme , on a peine à concevoir un autre mode de propagation ; reposant sur un fait, il avait, comme tous les autres faits, besoin de récits, de signes intermédiaires, de croyance. Il passe d'abord de bouche en bouche, jusqu'à ce que fixé par l'écriture et changé en tradition positive, il devienne l'objet d'un examen et soit comparé à d'autres- traditions ; mais alors la plupart des témoins oculaires ont disparu dans la mort qu'ils ont bravée pour fortifier leur croyance. Cela suffit à la foi humaine.

Ainsi ce fut sur des tombeaux qu'on éleva avec confiance les premiers autels chrétiens. C'était parmi des tombeaux qu'on s'assemblait. Au fond même des catacombes, on voyait se dresser des autels sur lesquels se célébrait la Cène; sur ces autels on proclamait sa foi, on jurait d'y être fidèle et de suivre l'exemple des morts qui reposaient là. Ce fut sur des tombeaux qu'on construisit les premières églises, ou du moins les corps des martyrs étaient déposés sous les autels ; plus tard il suffit de quelques ossements pour sanctifier le temple. Enfin, on vit déchoir, en une vaine cérémonie, une forme pure, ce qui était d'abord le sceau d'une société de confesseurs du Christ, le signe de son origine et de son établissement. Quant au baptême, qui était toujours précédé d'une profession de foi et qu'on célébrait sur les tombes das fidèles, il se transforma éga lement : on éleva des baptistères, sous lesquels on ensevelit

les chrétiens pour faire y&tt qu'ils étaient morts dans la foi qu'ils avaient embraésée par le baptême. Une chose en fit naître une jBitrtre, et la forme entière des cérémonies et des usages de l'Église d'Occident dériva pour ainsi dire de cette profession de foi et de ce culte qui avait pris naissance parmi les tombeaux ( 1 ) ,

On ne peut nier que ce lien de fidélité et d'obéissance, contracté parmi des sépulcres, n'allât droit à l'âme, qu'elle remuait profondément. Lorsque, ainsi que le dit Pline, les chrétiens s'assemblaient avant le jour pour célébrej, dans des hymnes sacrés, les louanges de leur Christ, pour s'unir par le sacrement dans un vœu commim de pureté et de charité, pour s'exciter à la pratique des vertus morales, les tombeaux silencieux de leurs frères devenaient pour eux un éloquent symbole de constance jusqu'à la mort, et affermissaient leur foi dans cette résurrection que leur Seigneur et leur maître, le premier, avait trouvée dans le martyre. Cette vie terrestre devait leur sembler bien passagère ; la mort, imitation de sa mort, leur paraissait plus glorieuse et désirable que la vie présente, et tout l'esprit des premiers écrits du christianisme respire des convictions du même genre. Il est évident que de semblables aspirations devaient faire naître une soif ardente du martyre, alors que, fatigué de cette vie d'ici-bas, on cherchait avidement et sans utilité aucune le baptême de sang et de feu, comme la couronne héroïque du Christ. Cela posé, on devait nécessairement en arriver à honorer d'un culte presque divin les ossements des morts, dont la superstition finit par s'emparer pour exciter des extases, guérir des «

(I) V. les ouvrages de Ciampini, d'Aringhii, de Bingham, etc. Pour donner à ces objets le jour qui leur est propre, il faudrait une histoire de ces cérémonies, appuyée du témoignage des Églises les plus anciennes et des monuments eux-mêmes dans leur rapport avec l'histoire ecclésiastique.

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