‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 112 sur 208 · LIVRE XVII. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — CHAPITRE IV

nots, les Prussiens et les Livoniens, ne furent jamais ordonnées contre les chrétiens; de semblables guerres religieuses n'entraient pas dans Tesprit àeh Romains. Les trois premiers siècles du christianisme, par suite des persécutions qui les marquèrent, furent donc les temps de triomphe des martyrs de la foi chrétienne.

Y a-t-il rien de plus noble en effet que de rester jusqu'à la fin fidèle à sa foi et de confesser ses principes par Tinnocence de ses mœurs etj'intégrité de son caractère? Aussi les chrétiens, là où, agissant en* hommes honnêtes et raisonnables, ils firent preuve de cette innocence et de cette fermeté, s'attirèrent plus de disciples que par leurs contes surnaturels et merveilleux. Leur courage impassible excita l'étonnement chez plusieurs de leurs persécuteurs qui ne comprenaient pas pourquoi ils allaient d'eux-mêmes au devant du martyre. Du reste, l'homme n'atteint que ce qu'il recherche de toutes les forces de son âme; et ce que des masses entières ont confessé dans la vie et dans la mort, il est bien difficile de Fétôiiffer. Leur ardeur se communique, leur exemple anime, alors même qu'il n'éclaire pas. Il en résulte évidemment que c'est à l'inébranlable constance de ses premiers fidèles que l'Eglise doit d'avoir pu asseoir aussi solidement l'édifice qu'elle n'a cessé d'élever pendant des milliers d'années ; la mollesse des mœurs, des principes mal établis auraient tout perdu dès l'origine, comme une liqueur subtile s'évapore au contact de l'air.

Il est des cas cependant où il importe de savoir pour quelle cause un homme combat et meurt. Est-ce pour sa conviction intime, pour confesser la foi, la vérité, dont les récompenses s'étendent au delà du tombeau? Est-ce pour porter tépaoignage d'un fait important, essentiel, qui s'est passé sous ses yeux ; d'une véçité qui lui a été confiée et qui, sans lui, pourrait se perdre? Soit! Alors le martyr

meurt en héros, sa conviction lui fait braver les tourments et les soufirances, le ciel s'ouvre devant lui. Ainsi mourait chaque témoin oculaire des premiers événements du chrislianisme, lorsque sa mort devait confirmer la vérité qu'il proclamait. Ils n'auraient pu la renier sans démentis l'histoire dans laquelle ils avaient joué un rôle; et le juste préférait se sacrifier soi-même. Mais de tels confesseurs, de semblables martyrs ne pouvaient appartenir qu'aux premiers temps du christianisme ; ils ne devaient pas être nombreux, et nous ne savons rien ou presque rien, ni de leur vie, ni de leur mort.

Il en est tout autrement de ceux qui ne se firent jour qu'après de longs siècles, après avoir traversé de vastes contrées, comme un binit vague et lointain, une tradition, une narration écrite ; on ne pouvait les admettre comme témoins authentiques, puisqu'ils ne faisaient que reproduire la parole d'autrui, ou plutôt seulement la foi qu'ils avaient aux croyances scellées du sang de leurs ancêtres. Or, comme iel était le cas pour tous les chrétiens convertis hors de la Judée, on doit s'étonner à juste titre que, même dans les provinces latines les plus éloignées, tant de miracles et de merveilles aient pu s'accréditer sur le seul témoignage de ces martyrs, c'est-à-dire sur une tradition lointaine, fort difficile à démontrer. A la fin du premier siècle, lorsque les écrits venus de TOrient furent parvenus jusque dans nos contrées éloignées, le plus grand nombre ne savait pas lire dans l'original et devait par conséquent s'en rapporter aux explications des maîtres, ou au plus ou moins de vérité d'une traduction. On peut se figurer si le clergé de l'Occident remontait fréquemment aux sources de sa doctrine, quand les Orientaux, dans leurs conciles, s'en tenaient plus à l'opinion générale des premiers Pères de TÉglisç qu'au sens réel de l'Écriture. La tradition et la foi, que tant d'hommes avaient confessées

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