LIVRE XVIII. — CHAPITRE I
appartenaient, et quelques-uns de ses successeurs étendirent encore leurs possessions dans le^ Gaules. Mais comme de ee côté ils étaient trop proches voisins des Francs et que les évoques catholiques abaissaient avec haine et perfidie à regard des Goths ariens, ils tournèrent leurs armes avec peu de succès contre les Pyrénées. Longtemps en guerre avec les Alains, les Suèves et les Vandales, après l'entière expulsion des Romains de ces contrées, 'ils restèrent les maîtres de la Péninsule espagnole, de la Lusitanie et même d'une partie de la Gaule méridionale et des côtes de l'Afrique .
Nous n'avons rien à dire du royaume des Suèves en Espagne, pendant les cent soixante-dix-huit années de son existence. Constamment en butte au malheur et à la mauvaise fortune, il perdit jusqu'à son nom et se fondit dans l'empire 'des Goths espagnols.
Des actes plus importants signalèrent l'arrivée des Visigoths dans ces contrées. Déjà dans la Gaule, lorsque la résidence de leurs rois était encore fixée à Toulouse, Erich ordonna la composition (f un livre de lois (1), et son successeur Alaric tira des écrits et des commentaires des jurisconsultes romains un code qui précéda celui de Justinîen (2), et fut sans doute le premier CorpiLS juris écrit des Barbares. La plupart des peuples germains, les Bourguignons, les Angles, les Francs et les Lombards nous ont aussi conservé une partie du code théodosien qu'ils avaient adopté*, quoique les Gothô aient toujours préféré rester fidèles à leurs lois et à leurs coutumes. De l'autre côté des Pyrénées, ils arrivèrent dans une contrée qui avait été sous les Romains une province florissante, aux
(1) Piihoei Codex legum Wisigothor. Par., i579. (3) Schulting, Jurisprud, Anle^Juslinicm., p. 6^. Gothofredi Prokg, Codex Théodos., c. 6, 7.
villes nombreuses, aux 'belles institutions, au commerce prospère. Pendant qup l'empire romaiu s'écroulait, rongé par le luxe et la corruption, l'Espagne avait donné 4 la métropole du monde une suite d'hommes célèbres dont les écrits se ressentaient encore de l'ancien génie espagnol (1 ). D'im autre côté, comme le christianisme avait pénétré de bonne heure en Espagne, et comme l'esprit de ce peuple, au spectacle du mélange de toutes ces nations qui se confondaient sur son sol, s'était tourné vers le surnaturel et l'aventureux, les histoires et les pénitences merveilleuses, l'isolement, l'abstinence, l'orthodoxie, le martyre, la poïnpe de l'Église sur des saints tombeaux, trouvèrent dans ce pays de si nombreux admirateurs, que bientôt l'Espagne, par sa situation, devint un véritable palais chrétien. De ce point il était facile de donner des conseils ou de demander des instructions, soit à l'évèque de Rome, soit à celui d'Hippone, d'Alexandrie et de Jérusalem. On pouvait tout aussi facilement veiller sur les hérétiques et les poursuivre jusqu'au fond de la Palestine. C'est ce qui fit des Espagnols de si agents ennemis de l'hérésie, et l'histoire nous rapporte comment leur orthodoxie traita les priscillianistes, les manichéens, les ariens, les juifs, les pelages, les nestoriens, etc. La précoce hiérarchie des évoques de cette péninsule apostolique, ses conciles fréquents et sévères donnèrent l'exemple, même au Saint- Siège ; et si plus tard le royaume des. Francs apporta à son pasteur suprême le* secours de son glôdve temporel, longtemps auparavant l'Espagne lui avait prêté le concours de sa puissance^ spirituelle. Dans un royaume ainsi constitué, fort de son antique culture et de l'mstitution sacerdotale, il ne devait pas être facile aux Goths, ariens
(I) Lucain, Mêla, Columelle, les deux Sénëques, Quintilien, Martial, riorus, etc. V. VHistoire de la poésie espagnole^ par Velasquez.