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LIVRE XVIII. — CHAPITRE I

cipes aussi opposés serviront de base à TEtat et se réuniront dans le caractère national, les belles provinces de l'Espagne ne seront probablement longtemps qu'une sorte d'Afrique européenne, une cité chrétienne, demi-maure, demi-gothique.

Chassés de l'Espagne par les Visigoths, les Vandales se dirigèrent vers l'Afrique avec le reste des Alains et y établirent le premier nid de pirates chrétiens, plus puissants et plus riches que ne le furent jamais leurs successeurs mahométans. Leur roi Genseric, l'un des barbares les plus vaillants qui se rencontre dans l'histoire, conquit en trèspeu de temps et avec une armée peu nombreuse, les riches côtes de l'Afrique, depuis le détroit de Gibraltar jusqu'aux déserts de la Lybie. Après avoir créé une force navale, ce lion de Numidie ravage toutes les côtes de la Méditerranée, depuis la Grèce et Flllyrie jusqu'aux colonnes d'Hercule, et même jusqu'à la Gallicie, et s'empare des îles Baléares, de la Sardaigne et d'une partie de la Sicile. Dix jours durant il livre Rome à un tel pillage, qu'il enlève et transporte dans sa Carthage la coupole d'or du Capitole, les anciennes dépouilles du temple de Jérusalem, d'innombrables trésors dont la mer ne lui enleva qu'une faible partie, enfin une foule de prisonniers dont il sut à peine que faire, et au nombre desquels étaient une. impératrice et ses deux filles. L'aînée, Eudoxie, il la donna pour femme à son 'fils, et il renvoya la plus jeune avec sa mère. Par son courage et sa prudence, il se montra du reste digne d'être l'ami et l'allié du grand Attila qui, depuis la Lena d'Asie jusqu'au Rhin, épouvanta, soumit et ravagea le monde. Juste envers ses sujets, de mœurs austères, modéré, sobre, cruel lorsqu'il était sous l'empire de la colère ou du soupçon, toujours actif et vigilant, tel fut Genseric dans le cours de sa longue et heureuse carrière. Il laissa à ses deux fils im Etat en pleine prospérité où étaient réu-

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nis tous les trésors de rOccident. La destinée de son empire découla tout entière de sa dernière volonté : il décida que le plus âgé de sa famille, comme celui qui devait avoir le plus d*expérience, hériterait toujours du trône, et ainsi il jeta entré ses successeurs les germes d'une étemelle discorde. La haine qui devait en résulter ^tre vieux et jeunes enleva toute sécurité au plus âgé de la famille; les frères et les cousins s'assassinèrent les uns les autres; tous se craignirent ou s*envièrent. Et comme le génie du fondateur ne s'était transmis à aucun de ses successeurs, les Vandales tombèrent bientôt dans l'inertie et la mollesse du climat de l'Afrique. La vie du camp, dans laquelle devait se conserver leur antique courage^ devint une vie de voluptés et de désordres, et après un court espace de temps égal au plus à la durée du règne de Genseric, l'empire entier fut détruit dans une seule campagne. Le huitième roi, Gélimer, fut conduit avec tous ses trésors à Constantinople pour rehausser la pompe d'un triomphe; il mourut dans une chaumière où il avait été relégué. Les Vandales, faits prisonniers, furent enfermés dans des forteresses sur la frontière de Perse, et le reste de la nation se dispersa. Ainsi s^écroula, comme \m palais enchanté, brillant d'or et d'argent, cet étonnant royaume dont on retrouve çà et là encore quelques médailles sur le sol de l'Afrique. Les vases du temple de Salomon, que Genseric avait enlevés à Rome, furent portés une troisième fois en triomphe à Constantinople ; de là, revenus à Jérusalem et offerts à son église chrétienne, ils se répandirent probablement dans le monde entier sous la forme de monnaies, marqués d'une sentence arabe.

Tel est le sort des choses sacrées et des royaumes, des oations et des temps. Si ce royaume vandale eût pu se maintenir en Afrique, une grande partie de l'histoire de TEurope, de l'Asie, de l'Afrique, le cours entier de la civi-

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