LIVRE XVHI. — CHAPITRE II
l)ois dans un hameau (1). Ses compagnons et ses hôtes buvaient dans des coupes d'or; lui, il se servait d'un vase de bois; jamais il ne portait d'or ni de pierres précieuses, ni sur lui, ni sur son épée, ni sur les harnais de son cheval. Equitableet juste, généreux à Tex ces envers ses sujets, sans pitié pour ses ennemis, pleins d'orgueil vis-à-vis des Romains, tout à covp il apparaît, poussé probablement par Genseric, le roi des Vandales, avec une armée de six ou sept cent mille hommes de différentes nations ; il se dirige vers l'Occident, traverse la Germanie, passe le Rhin, porte la dévastation jusqu'au milieu des Gaules. Tout tremble devant lui, jusqu'à *ce qu'enfin les peuples de l'Occident se lèvent en masse contre lui et marchent à sa rencontre. En général habile, Attila se retire par les plaines catalauniques (Châlons) où son passage était libre. Les Romains, les Goths, ^es Latins, les Armoricains, les Bréons, les Bourguignons, les Saxons, les Alains et les Franks se lèTent contre lui ; il donna lui-même le signal de la bataille. La rencontre fut sanglante; le roi des Visigoths tomba avec des miliers d'hommes. Attila-, vaincu, repasse le Rhin sans être poursuivi ; l'année suivante, il revient, traverse les Alpes, ravage l'Italie, détruit Aquilée, pille Milan, brûle Pavie et se dirige sur Rome pour en finir d'un seul coup avec l'empire d'Occident. Alors Léon, l'évêque de Rome, s'avance à sa rencontre, et obtient par ses larmes la grâce de la ville; il l'accompagne jusqu'à Mantoue où était son camp, et le supplie de quitter l'Italie.
(1) Les traits d*Attila sont empruntés en grande partie à Tambassade de Priscus, en- laquelle on ne pourrait cependant avoir une entière confiance pour écrire la vie de cet homzne célèbre. Quant à la vie d* Attila et aux mœurs de son peuple, voir les ouvrages de Fischer, qui a découvert et publié un ancien poème De prima expedilione ÂUilœ, Leipzig, 1780, et tracé un tableau des i^^ages des Européens dans les v« et vi» siècles, Francfort, 1784.
tu PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.
Le roi des Huns repasse les Alpes, et déjà il s'apprêtait à effacer le souvenir de sa défaite des Gaules, lorsque la mort arrêta sa course. Son fils Eliak mourut bientôt après lui, son empire s'écroula, et les débris de son peuple retournèrent en Asie ou se perdirent peu à peu. C'est lui que les poèmes de la plupart des nations germaniques célèbrent sous le nom d'Etzel; c'est le héros qui réunit à sa table les poètes de tant de contrées diverses pour chanter 1 es exploits de leurs -ancêtres ; c'est le monstre qui figure avec des cornes sur les monnaies, dans différents tableaux; c'est son peuple qu'on a représenté comme un troupeau tle singes et d'hommes des bois. Heureusement, Léon fit ce qu'aucune armée n'aurait pu faire, et épargna à l'Europe la honte d'un joug kalmouk ; car les hordes d'Attila étaient de race mongole, leurs mœurs, leur caractère, leur genre de vie le prouvent suffisamment.
Une invasion remarquable aussi fut celle des Hérules, puisqu'elle mit fin à l'empire d'Occident. Longtemps ils avaient été, avec d'autres peuples germaniques, à la solde des Romains; quand l'empire, pressé par une nécessité tous les jours plus grande, cessa de les payer, ils se payèreAt eux-mêmes. Un tiers des terres de l'Italie leur fut abandonné, et un heureux aventurier, Odoacre, cheï des Scyrres, des Rugiens et des Ilérules, fut le premier roi de cette contrée. Le dernier empereur, Romulus, étant tombé entre ses mains, il se laissa attendrir par la jeunesse et la beauté de ce prince, et il lui accorda une pension viagère et une des villes de LucuUus dans la Campanie. Pendant dix-sept ans, Odoacre régna, non sans gloire, sur son royaume, qui s'étendait jusqu'à la Sicile, quoique son règne fût marqué par de grandes catastrophes publiques. Le désir de posséder ces belles contrées s'éveilla enfin au cœur de Théodoric, le roi des Ostrogoths. Le jeune héros se fit céder l'Italie par la cour de Byzance,