‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 126 sur 208 · LIVRE XYIII. — CHAPITRE 0. W · texte numérisé non relu

LIVRE XYIII. — CHAPITRE 0. W

puis il renversa Odoacre qui, ne voulant pas tenir un traité honteux, fut mis à mort. Ainsi s'étanUt la domination des Ostrogoths.

Théodoric, le fondateur de cet empire, que Thistoire populaire désigna sous le nom de Dietrich de Berne, était un homme instruit, d'un esprit cultivé et d'un jugement droit et qui, élevé en otage à Constantinople, avait rendu de grands services à Tempire d'Orient. Déjà revêtu des dignités de patriarche et de consul, il avait vu sa statue s'élever devant le palais impérial. Mais la manière juste et sage avec laquelle il gouverna l'Italie, fut son plus beau titre de gloire. Jamais, depuis le règne de Marc-Antoine, cette partie du monde romain n'avait été administrée avec tant de sagesse et d'humanité quo lorsque Théodoric établit sa domination sur l'Italie et l'IUyrie, sur une partie de l'Allemagne, des Gaules, de l'Espagne, et fit subsister ' l'équilibre entre les Visigoths et les Francs. Malgré son triomphe à Rome, il ne prit pas le litre d'empereur et se contenta du nom de Flavius. Il exerça néanmoins toute l'autorité impériale, nourrit le peuple romain, rendit à la ville l'éclat de ses anciennes fêtes, et, comme il était arien, envoya à Constantinople l'évèque de Rome en qualité d'ambassadeur pour traiter des affaires de l'arianisme. Pendant toute la durée de son règne, la paix régna entre les barbares, car les royaiunes visigoths, francs, vandales et thuringiens avaient avec le sien des rapports d'amitié, des rapports qui procédaient d'une origine commune. Sous lui, l'Italie reprit quelques forces; il encouragea l'agriculture et les arts, et laissa chaque peuple se régir d'après ses lois propres et ses coutumes. Tout en conservant les monuments de IJantiquité qu'il respectait, il éleva de magnifiques édifices, quoique dans un style .différent de celui des Romains, d'où vint probablement le nom d'architecture gothique. Sa cour était en honneur chez

tous les barbares. Les sciences semblèrent même y jeter quelque éclat. Ses principaux officiers, Cassiodore, Boèce, Symmaque, ont laissé des noms encore vénérés de nos jours; on sait qu'une mort misérable fut infligée aux deux derniers, qu'on soupçonnait d'avoir voulu faire revivre l'antique liberté romaine. La conduite du vieux roi en cette occasion s'explique, quand on songe qu'il n'avait pour successeur qu'un petit^fils en bas âge, et qu'il se rendait parfaitement compte du peu de solidité des bases de sa puissance. Il eût été à désirer que cet empire des Goths subsistât plus longtemps, et que Théodoric, plutôt que Charlemagne, eût pu donner aux institutions politiques et religieuses de l'Europe leur forme première.

Le grand roi mourut après trente-quatre années d'un règne sage et glorieux; alors se firent jour les vices cachés dans la constitution politique des peuples germaniques. Amalasonte, la noble tutrice du jeune Alharic, se vit lier les mains par les grands dans l'éducation du prince, et lorsque ce dernier fut mort très-jeune encore, elle choisit, pour l'aider à gouverner , l'abominable Théodat, qui la récompensa par l'assassinat; les Goths levèrent l'étendard de la révolte. Plusieurs chefs se disputaient le pouvoir; l'avare Justinien intervient dans leurs querelles, et son général, Bélisaire, fait avancer sa flotte sous le prétexte de délivrer l'Italie. Affaiyis par la discorde, les Goths sont de toutes parts cernés et trahis. La résidence de leurs rois, Ravenne, est prise par ruse, et Bélisaire rentre à Constantinople avec les trésors de Théodoric et un roi captif. Bientôt la guerre se rallume : Totila, le vaillant roi des Goths, entre deux fois en vainqueur dans Rome qu'il épargne et dont il rase les remparts. Totila fut un second Théodoric qui, pendant tes onze années de son règne, sut lutter avec avantage contre la perfidie grecque. Lorsqu'enfin la mort fut venue le frapper dans une mêlée, et

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