LIVRE XIX. - CHAPITRE III
d'un moyen d'éclairer les peuples ; il faut, en excepter la jurisprudence, rendue indispensable par les prétentions contraires de Tun et de l'autre. Un pape tel que Gerbert, aimant les sciences et s'y connaissant, était un véritable phénix. Les sciences du cloître servirent de lest au vaisseau de l'Église.
5<> De môme dans les arts, on ne s'appliqua qu'à ce qui pouvait servir aux cathédrales, aux châteaux, aux manoirs. Parfaitement appropriée à l'esprit du temps, avec la religion, les mœurs, les besoins et le chmat, se pliant selon les individus et les temps, l'architecture gothique se prêtait à la fois au caractère monacal et chevaleresque, au génie de la hiérarchie romaine et à celui du système féodal. En matière d'industrie, on ne s'appliquait à perfectionner que celle qui servait à orner les armes des chevaliers, les autels, les cellules et les donjons. Que produisait-elle? des armoiries, des mosaïques, des vitraux peints, des lettres enluminées, des images des saints, des cassolettes de rehques, des tapisseries, des ciboires, des vases, des calices. Ajoutons-y la musique d'église et les sonneries du corps de chasse, et nous aurons les premiers commencements des arts en Europe. Combien autres ils avaient été en Grèce 1
6® Le pouvoir de l'Église et de la féodalité assigna également des limites à la carrière de l'industrie et du commerce. Sans doute la plus noble mission des empereurs et des rois fut de mettre les villes à l'abri de la violence des brigands, de soustraire les artisans et les marchands au joug des châtelains ; pendant qu'ils développaient l'autorité de la classe ouvrière par l'institution de la justice, des exemptions d'impôt, des assemblées populaires, une surveillance prévoyante; qu'ils luttaient. contre le droit sauvage de naufrage et déchargeaient d'une foule de fardeaux
pesants les habitants des villes et des campagnes, TÉglise les aidait puissamment dans leur œuvre. Il en fuideTidée de Frédéric II d'abolir dans ses Etats les maîtrises et les corporations, comme de beaucoup d'autres de ce hardi génie, elle ne fut pas comprise par son siècle qu'elle devançait. L'institution des corps constitués était encore nécessaire, de ces corps où, comme dans la chevalerie et la hiérarchie monacale, tous répondaient pour chacun ; môme dans les travaux les moins importants, l'élève devait traverser tous les degrés du noviciat, tout comme le page ou le moine dans son ordre. Chaque passage d'un degré à un autre était célébré de part et d'autre par des fèt^s, et le commerce participa également de cet esprit de fraternité et de communauté. Le? associations les plus grandes, l'union même des villes hanséatiques, ne furent d'abord que des corporations de marchands qui voyageaient en pèlerins. Le danger et la nécessité les poussèrent à contracter une alliance si étroite sur terre et sur mer que, sous la protection de l'Europe chrétienne, ils finirent par fonder une république commerciale, telle que l'histoire n'en offrait pas d'exemple. Plus tard, les universités s'érigent également en corporations, gothiques établissements que ne connurent ni les Orientaux, ni les Romains, ni les Orecs, mais qui, procédant du monachisme et de la che- ' Valérie, furent indispensables à ces siècles et utiles à tous en conservant précieusement le dépôt des sciences. Pendant le moyen âge, il se forma aussi un système municipal, ayant au reste peu de rapports avec celui des Romains; fondé sur la liberté et la sécurité d'après les principes germaniques, il fit pénétrer, partout où cela fut possible, l'industrie, les arts, l'abondance. Bien qu'il porte encore les traces de l'oppression dont les princes, les nobles et les ecclésiastiques entourèrent son origine, il n'en a pas moins agi puissamment sur la civilisation de
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l'Europe. Bref, on vit s'élever tout ce qui put s'élever sous le joug pesant de la hiérarchie romaine, de la féodalité et de la tutelle impériale. A cet édifice gothique si imposant, il ne semble manquer qu'une chose, la lumière. Cherchons par quelles voies singulières elle y fut amenée.