‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 167 sur 208 · LIVRE XIX. - CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. - CHAPITRE IV

Déjà, dans les temps d'ignorance, comme ils appellent les premiers temps de leur histoire, ils s'étaient répandus au delà de leur péninsule et avaient fondé de petits royaumes dans Tlrak et en Syrie; plusieurs de leurs tribus habitaient TÉgypte. Les Abyssins descendaient de leur race et tout le désert africain semble leur héritage. Les mers de sable qui les séparaient de la haute Asie les mettaient à l'abri des attaques des conquérants ; ils restèrent libres et fiers, forts de leur origine, de la noblesse de leurs familles, de leur bravoure indomptable, de leur langue pure de tout mélange. Il y a plus : placés au centre du commerce du Midi et de l'Orient, ils participaient de l'activité intellectuelle des peuples avec lesquels ils entretenaient des relations d'affaires. On vit ainsi se développer de bonne heure dans ces Ueux ime culture intellectuelle qui ne se fût jamais montrée sur les monts Altaï et Ourals : la langue des Arabes se forma aux discours figurés et aux sentences morales longtemps avant qu'on eût songé à l'écrire. C'est sur leur mont Sinaï que lés Hébreux reçurent les Tables de la loi, et ils habitèrent * presque toujours au milieu d'eux. Lorsque les chrétiens grandirent et se persécutèrent mutuellement, une foule de sectes prirent naissance. Comment, lorsque le temps fut venu, ne serait-il pas né de ce mélange de juifs, de chrétiens, d'une foule d'idées mères, une fleur nouvelle, dans une telle langue, dans un pareil peuple? Et lorsqu'elle fut épanouie sur la cime des trois parties du monde, comment le commerce, les guerres, les invasions et les livres n'auraient-ils pas répandu ses germes sur toute la terre? Jailli d'un sol aride, le rameau odorant de la. gloire arabe grandit et s'éleva dès qu'il se trouva un homme qui sut le conduire. Quoi de plus naturel I

Au commencement du vii® siècle paraît cet homme, étonnant mélange de tout ce que pouvaient produire sa

ai8 PHlLOSOraiK DE L'HISTOIBË.

nation, sa tribu, son pays et son temps; tour à tour marchand, prophète, orateur, poète, héros, législateur, il conserva sous chaque forme le type arabe. De la tribu la plus noble, dépositaire du plus pur dialecte, gardien du sanctuaire national de la Casbah, sortit Mahomet (1), ^ifant pauvre, mais beau de formes et ayant reçu une excell^ile éducation dans la maison de Tun des hommes les plus importants de son pays. Déjà, dans sa jeunesse, il avait eu rhonneur de poser au nom de la nation la pierre noire du temple incendié. Par ses voyages de commerce, il apprit à connaître de bonne heure d'autres peuples, d'autres religions, et il acquit de grandes richesses.

Les éloges qu'il reçut conune un génie hors ligne, Tadmiration qu'il excita, la dignité de sa tribu et de sa famille, la mission précoce dont il fut chargé dans la Casbah, durent certainement faire une impression profonde sur sa pensée. A cela, il faut joindre encore Timpres^on cpi'il reçut de Tétat du christianisme. Devant lui s'élevait le mont Sinaï, à la tête couronnée par les traditions de l'an— ' tiquité. Son caractère individuel se prêtait surtout à la croyance aux inspirations et aux missions divines, commune à toutes les religions de l'Orient et propre au génie de son peuple. Ces différentes causes agirent si puissamrment sur son âme peudajit les (|uiuze années de sa vie contemplative, qu'il put se croire réellement le KoreïSchite, l'élu de l'éternité pour rétablir les lois religieuses de ses pères et se manifester comme l'envoyé de Dieu. Nonseulement le songe de son voyage céleste, mais sa vie entière et surtout le Coran, montrent assez combien son

(1) Sans parler de VlrUroducUon au Koran, par Sale, \», Vie en Màhomedt pa-r Garnier, et les ouvragée d'autres écrivains qui ont puisé aux sources arabes, Brequigny, dans son Essai sur Mahomet, aujourd'hui tra^luit, a présenté Je fort judici^'u^es observations sur la situation et la iraesion du prophète.

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