‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 168 sur 208 · LIVRE XIX. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. — CHAPITRE IV

imagination était ardente, et qu'il n'avait pas besoin, pour le succès de sa mission prophétique, de recourir à Timposture. Ce ne fut pas comme un jeune homme exalté, mais lorsqu'il eut atteint sa quarantième année, que Mahomet commença son œuvre. D'abord prophète dans sa famille, il ne se révèle qu'à un petit nombre et parvient à peine à se faire six disciples en trois ans; ce n'est qu'après la célèbre fête d'Aly, où il annonce sa mission à quarante hommes de la tribu qu'il va hardiment à rencontre de l'opposition qu'une mission de l'espèce soulève toujours chez les incrédules. C'est avec raison que ses disciples comptent leur ère de l'année de sa fuite à Yatreb (Médine). A la Mecque, sa doctrine ou lui-môme auraient infailliblement été détruits.

Si donc la haine des superstitions qui enflammèrent son imagination dans sa tribu, et qu'il crut trouver également dans le christianisme, si un zèle ardent pour la doctrine de l'unité de Dieu, si un culte-formé de pureté, de piété, de bienfaisance semblent avoir été les bases de sa mission prophétique, les traditions chrétiennes et judaïques faussées et corrompues, le génie poétique de sa naticm, le dialecte de sa tribu et son caractère personnel seuls furent les véritables causes, les vraies puissances qui relevèrent et l'entraînèrent hors de lui. Son Coran, ce mélange bizarre de poésie et d'éloquence, d'ignorance et de profondeur, est un miroir moral qui laisse voir, plus distinctement que le Coran d'aucun autre prophète, les défauts et les qualités, les vertus et les faiblesses, les illusions et les réalités par lesquelles son auteur se tron^, lui et les autres. Suivant les circonstances et lorsqu'il avait secoué le charme de la contemplation, il en donnait des fragments épars, sans songer à lès condenser en un système uniforme. Assemblage de prodj||M^tions de son imagination inspirée, de discours prophétiques, de censures et d'aver-

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iissements, son oeuvre Tétonna souvent lui-même, comme une œuvre au-dessus de ses forces, comme un dépôt divin confié à sa garde. De là, suivant en cela Texemple de tous les hommes de génie dominés par de puissantes illusions, il commanda la foi qu'il chercha même à arracher de ses ennemis les plus acharnés. A peine est-il maître de l'Arabie, qu'il envoie dans tous les royaumes voisins, en Perse, en Ethiopie, dans le Yemen et même à Tempereur grec, des apôtres pour prêcher ses doctrines qu'il consi-. dère, malgré leur forme nationale, comme devant devenir la religion de tous les peuples. Les paroles énergiques qu'il prononça au retour de ses ambassadeurs, lorsqu'il eut appris le refus des. rois, jointes au célèbre passage du Coran, dans le 'chapitre de l'immensité (1),, furent des prétextes suffisants pour déterminer ses successeurs à poursuivre la conversion des peuples interrompue par la mort du prophète. Malheureusement, le christianisme ouvrit le premier cette voie si mauvaise, car, de toutes les religions, il fut la première qui imposa aux nations étrangères ses croyances comme seul et infaillible moyen de salut. Seulement, l'Arabe eut recours à d'autres moyens pour amener la conversion des infidèles : il n'employa ni femmes, ni moines, ni pratiques insinuantes, mais en véritable enfant du désert, il se servit du cimeterre et de la parole du vainqueur : « Le tribut ou la foi I »

Comme le vent brûlant du désert, la guerre s'étend, après la mort de Mahomet, sur Babylone, la Syrie, la Perse et l'Egypte. Exaltés par les promesses du Coran et les espérances du paradis, les Arabes marchent au com-

(1) (( Combats ceux qui ne croiMit ni en Dieu, ni au dernier jour, et (( qui ne tiennent pas pour criminel ce que Dieu et son apôtre ont (( défendu. De même, combats ]g8 juifs et les chrétiens jusqu'à ce qu'ils « consentent à payer le tribut et à se soumettre. »

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