LIVRE V\. — CHAPITRE IV
siècles. Plan hientôt déjoué î Les incursions des Arabes eu France échouent partout ; en Espagne, les révoltes conti*nuelles leur enlèvent province sur province. Le temps de la conquête de Constantinople est encore loin d'être arrivé, et déjà, sous les Ommiades, les Turcs se préparent à faire tomber un jour sous le joug les Arabes eux-mêmes. L'astre brillant de leur fortune commence à pâlir; depuis que la dynastie d^ Mahomet s'est assise sur le trône, trente ans se sont écoiilés et ont refroidi leur premier enthousiasme. Sous I9 gouvernement héréditaire des Ommiades, les luttes intestines viennent ralentir et entraver la marcht» de leurs conquêtes.
Ensuite s'élève la dynastie des Abassides, qui établissent leur séjour non loin de Damas ; lorsque leur second khalife, Af-Mangour, eut bâti Bagdad, au centre de ses Etats, la cour des khalifes atteignit son plus haut degré de splendeur. Les arts et les sciences progressent- également et jettent un éclat immortel sur les noms d'Al- Raschid et d'Al-Mamoun. Cependant le but de cette race est moins de tenter de lointaines conquêtes que d'assurer les fondements de l'État. Déjà, sous Al-Mangour, le second Abasside, Abdérame, fonde en Espagne un khalifat indépendant, qui, après trois siècles de durée, se divise en dix royaumes, possédés par différentes familles arabes, mais jamais réunis à l'empire de Bagdad. Sur la côte occidentale de la Barbarie (Mogreb), les Edrissites, une branche de la famille d'Aly, s'emparent d'un territoire où ils jettent les fondements de la ville de Fez. Sous le règne de Haroun-al-Raschid, le sous-gouverneur de Kairvon (Cyrène), en Afrique, se rend indépendant, et son fils fait la conquête de la Sicile. Les successeurs, les Aglabites, transportent leur résidence à Tunis où ils construisent k' grand aqueduc; leur puissance subsiste plus d'un siècle. En Egypte, les tentatives de révolte des gouverneurs sont
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incertaines ou impuissantes, jusqu'à l'époque oîi la famille des Fathimites renverse celle des Édrissit^s et des Aglabites, et fonde un troisième khalifat qui, de Fez, s^étend par delà Tunis, en Sicile, en Egypte et même en Asie.
n y a alors les trois khalifats de Bagdad^ du Caire et de Cordoue. Cependant l'empire des Fathimites s'écroulait : les Kourdes et les Zairides s'en arrachent les débris, Le Taillant Saladin (Lelah-Eddin), grand vizir des khalifes dépose ses maîtres et fonde en Egypte le royaume des Kourdes, qui bientôt tombe entre les mains des gardes du corps (Mameloucks, esclaves), et passe sous le joug des Osmanlys. Il en est de môme dans toutes les provinces. En Afrique, les Zairides, les Almoravides, les Almohades; en Arabie, en Perse, en Syrie, des dynasties de plusieurs nations jouent tour à tour leur rôle éphémère, jusqu'à ce que les Turcs (Seljoucides, Kourdes, Arabes, Turcomans, Mameloucks, etc.) l'emportent partout et que Bagdad ellemême tombe au pouvoir des Mogols. Le neveu du dernier khalife s'enfuit en Egypte, où les Mameloucks lui laissent son vain titre, jusqu'à ce que, lors de la 'conquête générale des Osmanlys, le dix-septième de ces princes détrônés est conduit à Constantinople, puis ramené en Egypte, pour terminer misérablement l'histoire de ces papesempereurs d'Arabie. L'empire brillant des Arabes se perd alors dans l'empire des Turcs, des Persans et des Mogols. Une partie du peuple tombe sous la domination des chrétiens ou se rend indépendante; ainsi vit encore aujourd'hui le plus grand nombre, étemel jouet d'étemelles révolutions.
Les causes de la rapide décadence de cette immense monarchie et des révolutions qui ne cessèrent de l'agiter, appartiennent à sa nature même, à son origim et à sa constitution.