‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 171 sur 208 · LIVRE XIX. — CHAPITRE IV. 82S · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. — CHAPITRE IV. 82S

i^ Née de V enthousiasme, la puissance arabe ne pouvait se maintenir gue par r enthousiasme, c'est-à-dire par la valeur et la fidélité à la loi, par la vertu du néant. Si les khalifes eussent continué à observer dans la Mecque, dans Kaufah, dans Médine, le genre de vie austère de leurs illustres prédécesseurs, si par un talisman magique ils eussent pu maintenir sous ce joug sévère les généraux et les gouverneurs, quelle puissance eût osé se dresser contre ce peuple? Mais quand la possession de tant de belles contrées eut introduit, avec un commerce beaucoup plus étendu, plus de richesse, de pompe et de luxe, et que le trône héréditaire des khalifes eut rappelé par sa splendeur à Damas, et surtout à Bagdad, les merveilles des contes des mille et une nuits, on vit se dérouler de nouveau ce drame qui a été joué mille fois sur la scène du monde. Le luxe conduisit à la mollesse et Tart afiTaibli dut céder devant la force brutale. Le premier des Abassides crée un grand vizir dont la puissance atteint bientôt celle d'un émir al omrah (émir de l'émir), et tyrannise le khalife lui-même. Comme la plupart de ces vizirs étaient de race turque, comme les gardes du khalife eux-mêmes; le cœur de la royauté est rongé par un mal qui attaque le corps tout entier. Le territoire des Arabes était d'ailleurs limité par ces plateaux où, semblables à des bêtes de proie, veillaient une foule de peuples guerriers, les Kourdes, les Turcs, les Mogols, les Berbers; fatigués de la domination arabe, leur haine devait éclater au premier moment favorable. Ainsi, ce qui arriva à l'.rmpire romain se reproduit exactement ici ; les vizirs et les mercenaires devinrent des souverains et des despotes.

2<» Si la révolution fut plus rapide chez les Arabes que dans Vempire romain^ la cause en est la constitution de leur monarchie. C'était un khalifat, gouvernement despotique au plus haut degré; le double caractère d'empereur et de pape

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s'unissait dans le khalife d^une manière indissoluble. La foi au fanatisme, l'autorité de la parole du prophète donnèrent une puisance semblable à la parole de ses successeurs et des gouverneurs eux-mêmes. Ainsi le despotisme spirituel pénétra tout le système de FÉtat. Dans un empire aussi étendu, surtout dans les provinces reculées, combien il devait être facile d'user en son propre nom de la toutapuissance que Ton tenait d'autrui ! De là on vit presque tous les gouverneurs devenir des chefs indépendants, et la politique la plus rafQnée des khalifes consistait k les diviser, à les rappeler, à les changer. Ainsi, lorsque Mamoun donna au vaillant Thaher un si grand pouvoir dans le Khoraçau, il abandonna entre ses mains sa propre indépendance. Dès que les contrées situées au delà du Grihon furent séparées du khalifat, le chemin de Tintérieur du royaume fut ouvert aux Turcs. Il en fut de même de toutes les vice-royautés, jusqu'à ce que ce grand empire fut devenu une espèce d'archipel d'Iles escarpées, reliées à peine entre elles par la langue et la religion, troublées sans cesse au dedans et au dehors. Après sept ou huit siècles de luttes intestines, la plus grande partie de eet Etat finît par tomber, tout mutilé, au pouvoir des Ottomans. Le royaume des Arabes n'avait pas de constitution ; malheur aussi grand pour les despotes que pour les esclaves. La constitution des royaumes mahométans est la soumission à la volonté de Dieu et à celle de son représentant, Yislamisme. «v

3"* Le gouvernement de Tempire arabe apparienaU k une tribu, ou plutôt à une famille de cette tribu^ à une dynastie ie Mahomet. Dès l'origine, Aly, le légitime héritier, frustré d'abord, puis longtemps éloigné du khalifat, écarté enfin avec toute sa famille, fit naître entre les Ommiades et les Alydes ce schisme qui, après dix siècles, alimente encore de nos jours les haines religieuses des Persans et des

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