UVRE XIX. ^ CHAPITRE V
bout en érigeant en loi diverses pratiques journalières, la charité, la propreté, la confiance en sa volonté. En interdisant Tusage du vin, il prévint Tivrognerie et les querelles ; en défendant les mets impurs, il rendit sepvice à la cause de la tempérance et de la santé. Il jeta également Tanathème sur l'usure, l'avarice, la passion du jeu et sur un grand nombre de coutumes superstitieuses; d'un état barbare ou corrompu, il fit ainsi passer plusieurs peuples à un certain degré de culture. De là naquit le profond mépris que professent les moslems ou musulmans pour la race des chrétiens, pour ses excès grossiers et ses mœurs impures. La rehgion de Mahomet donne à l'homme une tranquillité d'âme,* ime unité de caractère qui peut être, à la vérité, aussi dangereuse qu'utile, mais qui n'eu est pas moilis précieuse et honorable en elle-même. A c6té de cela, l'institution de la polygsfiniè, l'examen du Coran interdit, l'établissement du de^K)tisme dans les choses spirituelles et temporelles, ne pouvaient avoir que des conséquences funestes.
Quoi qu'il en soit de cette religion, elle se répandit à l'aide de l'idiome le plus pur de l'Arabie, à l'aide d'una langue à la fois l'orgueil et la joie de la nation entière; rien d'étonnant donc qu'elle ait rejeté dans l'ombre tous les autres dialectes et que la langue du Coran soit devenue le signe triomphant de la puissance arabe. Avantage immense pour un peuple étendu éi florissant, qu'un type ainsi apprécié de sa langue écrite et parlée. Si les Germains, vainqueurs de l'Europe, eussent possédé im monument classique semblable au Coran, jamais le latin n'aurait pu dominer leur langue, et nombre de leurs tribus ne seraient pas tombées dans l'oubli le plus complet. Mais, ni Ulphilas, ni Kaedmon, ni Ottfried ne pouvaient leur donner ce que Mahomet avait donné à ses disciples : un Coran, magnifique modèle de l'ancien dialecte^ un étendard
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pour abriter les monuments' les plus remarquables de leur race et former un seul peuple sur toute la terre. Aujourd'hui encore la langue des Arabes, leur plus noble héritage, sert de lien de commerce entre les peuples de TOrient et du Sud, le lien le plus puissant que jamais langue ait formé. Après la langue grecque, elle est probablement aussi la plus digne de celte domination universelle; car les dialectes de la linguQ. franca de ces contrées semblent bien pauvres à côté d'elle.
3* Dans cette langue si riche et si belle se développèrent les sciences qui, sous l'œil vigilant d'Al-Mansour, d'Haroun-Al-Raschid et de Mamoun, s'étendirent depuis Bagdad, séjour des Abassides, au* nord-ouest, surtout à l'ouest, et fleurirent longtemps au sein du vaste empire des Arabes. De nombreuses villes, Bassorah, Koufah, Samarcande, Rosette, le Caire, Tunis, Fez, Maroc, Cordoue, etc., voyaient s'élever dans leurs murs des écoles célèbres d'où les sciences se répandirent en Perse, dans l'Inde, dans plusieurs contrées tartares, jusque dans la Chine, même chez les Malais. Tels étaient les moyens par lesquels l'Asie et l'Afrique se préparaient à recevoir une nouvelle culture. La poésie et la philosophie, l'histoire et la géographie, la philologie, les mathématiques, la chimie et la phybique, la médecine furent cultivées avec succès par les Arabes; bienveillants conquérants des peuples, leur influence agit profondément sur tout le système du monde civil.
La poésie^ leur ancien héritage, fut la fille de la liberté, non de la faveur des khalifes. Longtemps avant Mahomet, elle était florissante, car le génie de la nation était poétique et mille causes environnantes tendaient à le développer. Leur pays, leurs mœurs, leurs pèlerinages à la Mecque, les luttes d'Okhad, l'admiration des tribus pour le nouveau poète, l'orgueil qu'inspiraient au peuple sa langue et ses