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LIVRE XX. - CHAPITRE I

surtout et d'abord dans la Flandre,' qui était habitée par des colons allemands, ractivité et les industries utiles prirent un nouvel essor.

Pourtant, la constitution intérieure de cette partie du globe n'était pas favorable au zèle croissant de ses habi* tants; les plus grands obstacles que ceux-ci avaient à combattre étaient d'un c6té les dévastations des pirates, qui, sur presque toutes les côtes, détruisaient souvent les plus beaux établissements, de l'autre l'esprit guerrier qui, dans l'intérieur du pays, s'agitait encore dans le cœur des peuples, et le système féodal auquel il donna naissance. Dans les premiers temps, alors que les barbares s'étaient disséminés dans les différentes contrées de l'Europe, alors qu'une plus grande égalité existait encore entre les mem-. bres de la nation, et qu'on traitait plus humainement les anciens habitants, il ne manquait au zèle universel que des encouragements qui ne lui auraient pas fait défaut, si plusieurs Théodoric, plusieurs Charlemagne et plusieurs Alfred se fussent partagé l'empire de la terre. Mais lorsque tout tomba sous le joug de l'esclavage , lorsque toute ime classe d'hommes , ne subsistant que par l'héritage acquis, fit retourner au profit de ses débauches et de son luxe insensé les sueurs et l'activité de ses vassaux et eut honte de s'appliquer à quelque industrie utile; lorsque tout esprit porté vers le progrès dut d'abord être affranchi par des lettres de grâce ou par la censure de l'empire du démon pour avoir le droit d'exercer son art, alors les chaînes étaient vraiment lourdes à porter. Des souverains intelligents firent ce qu'ils purent : ils fondèrent des villes et les protégèrent, ils favorisèrent des artistes et des artisans, attirèrent sous leur juridiction des négociants, même des usuriers Israélites, délivrèrent les uns des impôts^ donnèrent souvent aux autres des libertés nuisibles dans le commerce, parce que l'or des juifs leur était nécessaire ;

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némmoios, malgré toutes eei» tentatives, Taetiviié humaine ne pouvait, dans les circonstances dont nous avon» parlé plus haut, avoir une entière liberté d'action sur lecontinent européen. Tout était séparé, isolé, morcelé, opprimé» et rien n'était par conséquent plus naturel que de voir, pendant im certain temps, Tadresâe et la gaietéméridionale prévaloir sur Tactivilé septentrionale. Mai& cet état de choses fut de courte durée, car tout ee que Venise, Gènes, Pise, Amalfi ont fait n'a pas dépassé la- Méditerranée; c'était aux navigateurs du Nord qu'appartenait l'Océan, et avec l'Océan, l'univers.

Comme Rome, Venise était née dans ses lagunes. D'abord elle avait été le reftige de ceux qui, lors des excursions des barbares, se sauvaient sur de pauvres^ îles inabordables, et s'y nourrissaient comme ils pouvaient; puis, reliée à l'ancien port de Padoue, elle réunit ses lagunes et ses lies, se créa un gouvernement, s'éleva en quelques siècles, du misérable traûc de poisson et de sel avec lequel elle avait commencé, au rang de première ville commerciale de l'Europe et d'entrepôt des marchandises pour tous les pays environnants; elle entra en possession de plusieurs royaumes, et jouit maintenant encore (1) de la gloire d'être la plus «icienne république et de n'avoir jamais été conquise. Elle prouve par son histoire ce que beaucoup d'États commerçants ont prouvé : que de rien on peut arriver à tout, et se préserver de la ruine la plus imminente, tant qu'on allie la sagesse à un zèle infatigable. Ce ne fiit qu'assez tard qu'elle se risqua hors de ses marais, et qu'elle chercha, comme un- timide animal du limon, rme petite langue de terre sur la côte; puis elle fit eneore quelques pas en avant,, et briguant la faveujr de l'empire le flm» riehe, elle secourut ses faibles exargues

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de RaYe»Ba. Elle obtint ea pécooapeodele but au^uâi teya-liaient tous ses voeux : les libertés; las plus considérabLes dans cet empire, qui faisait alors, la commerce principal du monde. Lorsque les Arabes commencèrent leurs con-* quêtes- et qu'ils s'approprièrent, en même temps que la Syrie et TÉgypte, presque toutes les côtes de la Méditerranée,, ainsi que. leur commerce, Yenise, sur la mer Adriatique, résista à la vérité avec courage et avec boflheur à leurs attaques; mais elle entra à temps en relation avec eux, et accapara ainsi, avec des avantages imxoenses, le commerce de toutes les richesses dfi TOrient. Ce fut donc par Venise qu'arrivèrent en Europe les. épices, la soie et tous les objets du luxe oriental, en si grande quantité que presque toute la Lombaj^die fut transformée en entrepôt^ et qu'à c6té des.j,uifs, les. Vénitiens et les Lombards devinrent les maîtres du commerce de tout l'Occident Le négoce plus, utile des pays septentrionaux en souffrit pour quelque temps, et alors,, poussée par les Hongrois et, les Arabes, la riche Venise mit aussi un pied sur la terre ferme. Sans rompre ni avec les. empereurs grecs-, ni avec les Arabes, elle sut se servir de Gonstantinople, d'Alep et d'Alexandrie> et elle s'opposa avec une incroyable ardeur aux établissements commerciaux des Normands, jusqu'à ce que ceux-ci fussent également tombés entre ses mains. Mais ces productions mêmes du luxe, qu'ainsi que ses rivales elle apportait de l'Orient, les richesses qu'elle acquit par ce moyen, et en outre les récits des pèlerins sur ia magnificence des Orientaux, excitèrent en Europe un plus grand désir d'avoir les possessions mahomjétan^s que de conquérir la tombe du Christ; et lorsque les croisades éclatèrent, personne n'en profita autant que ces mêmes villes commerciales de Fltalie. Elles transportèrent plusieurs armées^ leur donnèrent des vivres et gagnèrent ainsi, non-seulement des sommes incroyables, mais en-

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core de nouvelles places de commerce et de nouvelles possessions dans les pays récemment conquis. Venise fut la plus favorisée ; car ayant réussi avec im corps de croisés à s*emparer de Constantinople et à y fonder un empire latin, elle se fit une part si avantageuse dans le butin que ses alliés n'eurent que peu de chose, et encore pour un temps fort court, tandis qu'elle s'attribuait tout ce qui convenait à son commerce : les côtes et les îles de la Grèce. Elle conserva longtemps ces possessions et les augmenta encore considérablement; elle sut échapper avec bonheur et prudence à tous les dangers que lui suscitèrent ses rivaux et ses ennemis, jusqu'à ce qu'enfin un nouvel ordre de choses, le passage de l'Afrique, découvert par les Portugais, et l'invasion des Turcs en Europe, vinrent la confiner sur les rives de son Adriatique. Ses lagunes ont renfermé ime grande partie du butin de l'empire grec, des croisades et du commerce de l'Orient; les fruits heureux et funestes de cet accaparement se sont répandus sur l'Italie, la France, l'Allemagne et surtout sur le Sud de celle-ci. Les Vénitiens lurent les Hollandais de leur époque: ils se sont distingués dans Je livre de l'humanité, par leur activité commerciale, par leur industrie dans les arts et les métiers ; mais avant tout par la durée de leur gouvernement (1).

Gènes se distingua avant Venise, par son immense commerce; aussi, obtint-elle, pour quelque temps, la suprématie dans la Méditerranée. Elle prit part au négoce grec et plus tard au négoce arabe; et coûime avant tout elle tenait à la sûreté de la Méditerranée, elle s'empara non-

(1) Dans V Histoire de Le Bret sur Venise, nous trouvons un extrait des ouvrages les plus remarquables écrits sur cet État, extrait tel que n'en possède aucune autre langue. Nous montrerons dans la suite quelle fut l'influence de cette cité maritime, dans V Histoire d^ V Europe, sur l'Église, la littérature, etc.

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