CHAPITRE II
DE l'esprit de la CHEVALERIE EN EUROPE.
Toutes les tribus germaniques qui parcoururent l'Europe se composaient de guerriers, et comme de tous les services militaires celui de la cavalerie était le plus difficile, il fallait naturellement que celle-ci obtint un riche dédommagement de ses fatigues. Il se forma bientôt un corps de cavaliers, enseignant leur art selon toutes les règles; suivant toujours le chef, le duc ou le roi, ils établirent peu à peu dans les camps une sorte d'école guerrière, où les écuyers devaient passer leurs années d'apprentissage ; pour les mettre à l'épreuve on les envoyait peut-être chercher des aventures, et selon qu'ils s'étaient distingués ils pouvaient continuer à servir en qualité de vétérans, avec le droit de maîtres, et instruire à leur tour d'^iutres élèves. On trouverait difficilement ime autre origine que celle-ci à la chevalerie. Les peuples allemands, portant à tout l'esprit de corps, durent l'appliquer surtout à l'art que seuls ils comprenaient; et parce que c'était leur seule et principale science, ils y apportèrent tout l'honneur que, dans leur ignorance, ils ne pouvaient ac-
corder à d'autres. Voilà l'origine de toutes les lois et de toutes les règles de la chevalerie (1 ).
Le service était le but principal de cette compagnie de cavaliers, en sorte que pour Técuyer comme pour le chevalier, la fidélité à son seigneur était considérée comme le premier devoir. Les exercices du cheval et des armes firent naître plus tard ce qu'on appeilait les épreuves de chevalerie, les joutes et los taum«is. A la<Qour, le jeune écuyer, empressé auprès du seigneur et de sa dame, leur rendait de gracieux services ; de là les règles de la courtoisie envers les seigneurs et les dames, règles qu'il apprenait à l'école de la chevalerie. Comme, outre le cheval et les armes, une certaine teinte de religion et la faveur des femmes lui étaient nécessaires, il apprenait Tune dans un court bréviaire et obtenait l'autre d'après les usages et diaprés ses facultés. Ainsi iut itaUie la 'dievAlerie, fondée sur une foi entière dans la religioa,»ura2Be iidélké aveugle à son seigneur., tant que celui-ci ne .commandait rien de contraire à rordse,.sur la politesse au service et la galan— terie envers les dames, vérins qui «permettaient à Vesfnnk et au cœur du chevalier de rester libre de toute autre pansée, de tout autare 4eveir. JLes classes inférieures ne régalaient ^s : wcheivalier servant et accompli, il avait le droît de mépriser tce qulapprenaient le savant, l'artiste et l'ouvrier.
Il«st évident que oe métier des armes dut dégénérer es une véritable barbarie aussitôt qu'il 'devint un droit h^^ diiaire, et que 'le ferme et sévère chevalier fut dès le ber—
(1) Moesers osnàbruckrische GeschichtCt tome I.
Pour ce qui «uit, je me contenterai de prendre pour autorité Curne de Saint-Palaye , dont l'ouvrage a été traduit en allemand par le D* Kluber, sous le titre : La'Chevaltrie du moyen âge. l.*original ne s^aecupe gilève que des (iheyaliers français ; je ne sache pas que jamais \*Hhtoire de la Chevalerie en Europe ait été écrite.
csam Hu noble châtélaiB. Des piinces «nteltigeiits qui iMmrfissaieiDlt de seoiUables suâtes oisF^es à leur cmif s^af|>]itfuai«ftt à perfeetionireT pias oa iQoisis cet «nxlFe, à hHÔDculquer quelque idées «t à ad^ocir les mœurs de ces îDobles pages, daiQs Tiatërèt «de ]fa sécurité de leur propre ."oonur^ de leur famille et de leur pays. Dte là, 'ces l«âs ngîdes, flétrissait toute bassesse ; de là ces inobles devoirs, ppotecfâon de i^oppiimé, défense de l'iimocenGe Virginale, magnaninkité envers les ^^anemis, 'qui ttous» étaient iaiispour ptrévenir les Tiolenoes des homsies 4'armes, et adoucir leur esprit rude «et grossier. €es vègles faisaaent une profonde impression sur des âmes loyales ù qui on les inculquait dès la jeunesse^ et Von S'étonite au-* jourd'bmi de la i^.déïité et de la coB^aace q^ie «ces rpreuasi che^^ers montrent dans leurs paroles et dans leurs actions, La souplesse, la diversité des pensées, l'abondance des idées n'étaient pas le fort de 'cet?be époque.; c'^est pour cela «que la langue du moyen âge procède d'une mamière si cérémonieuse, a roide, si formelle ; il semble qu-eafermée dans une cuirasse d'airain, «lie se meut avec toute la pompe de la dievalerie autour de deux ou trois idées.
•De 'deirx «xti^émités de la terre agirent certaines causes, qui donnèrent plus <ie vie et de mouvement à la chevalerie.; l'Espagne, la France, l'Angleterre et l'Italie, mais surtout la France, furent le champ où. ^elle se développa avec le plus de liberté.
1® De tout temaps, une sorte de chevalerie errante, à laquelle se mêlait un doux amour, est restée héréditaire ciiez les Arabes, k cause du caractère de leur conlTée et de leurs tribus. Ils cherchaient des ^aventUTes, aimaienrt les combats singuliers, et lavaient dans le sang de leiirs ennemis toute injure faite à eux-mêmes cfu à leur tribu. Habitués à une vie rude, à des vêtements grossiers, ils cliërissaient par dessus tout leur cheval, leur êpée et Than-
neur de leur famille. Dans leurs pérégrinations, pendant qu'ils cherchaient des aventures amoureuses, ils exhalaient leurs plaintes sur Téloignement de leur bien-aimée, dans ce langage poétique dont ils étaient si ûers; aussi fut-il
* bientôt de règle dans leurs chants, de célébrer le prophète, leurs propres hauts faits, la gloire de leurs tribua et les attraits de leurs belles, sans s'inquiéter de chercher à tout cela d'adroites transitions. Dans les expéditions, les tentes des femmes se trouvaient à côté de celles des hommes, elles enflammaient les plus courageux au combat, et c'était à leurs pieds qu'on venait déposer les trophées de la victoire. Depuis Mahomet, l'influence des femmes sur lé développement social des Arabes, ayant toujours été trèsconsidérable, et les Orientaux ne recherchant dans la paix cfue les divertissements auxquels elles prenaient part et les jeux de hasard, les conquérants de l'Espagne apportèrent le plus grand éclat dans La célébration, en présence des dames, des fêtes de la chevalerie, le jeu de bague et d'autres exercices. Les belles animaient les champions et leur donnaient pour récompense des bijoux, des échasses ou bien un vêtement tissé de leurs mains, car c'est pour elles que se faisaient ces réjouissances. Devant les yeux de tous, on portait le portrait de la dame du vainqueur, ainsi que ceux des cheyaliers qu'il avait vaincus; des couleurs, des devises et des vêtements différents distinguaient les combattants, des poèmes célébraient ces fêtes,
•• et la reconnaissance de l'amour était le plus beau prix du vainqueur. Il est donc évident que les galants usages de la chevalerie ont été apportés de l'Arabie en Europe ; ce fpii, chez les héros du Nord, si pesamment armés, ne fut qu'un métier ou une simple fiction, devint chez cette nature du Midi un jeu facile, un joyelix exercice (1).
(I) Reiske sur Thograi, Pocock sur Albufarage, Sales, Jones, Ochley,
• Cardonne, etc.