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LIVRE XX. ~ CHAPITRE II

répoque et la manière dont on comprenait alors Thistoire de l'antiquité permettait, commandait même ce mélange de tous les temps et de tous les pays. Troie et la Grèce, Jérusalem et Trébizonde, tout ce que publiait une renommée ancienne ou nouvelle, tout venait ajouter un fleuron de plus à la couronne de la chevalerie; une origine troyenne devint une gloire transmise de père en fiils, une gloire que tous les peuples et tous les empires de l'Europe disputaient à leurs rois et à leurs plus grands chevaliers. Avec les Normands, le roman passa en Angleterre et eu Sicile ; chacune de ces contrées y ajouta de nouveaux héros et de nouveaux éléments; nulle part cependant il ne se développa avec tant de bonheur qu'en France. Grâce au concours de plusieurs causes, ce goût imiversel régla la manière de vivre, la langue, la poésie, même la morale et la religion des hommes (1 ).

En effet, si nous sortons du domaine de la fable pour entrer dans celui de Thistoire, dans quel pays de l'Europe la chevalerie a-t-elle fleuri avec tant d'éclat qu'en France? Lorsque la chute des Garlovingiens donna de la puissance et de l'éclat à tant de cours de petits potentats, de ducs, de comtes et de barons; lorsque les provinces étaient couvertes de châteaux et de forteresses, chaque manoir, chaque tourelle devint une école de chevalerie. La vivacité de la nation,^ les luttes qu'elle dut soutenir pendant des siècles contre les Arabes et les Normands, la gloire que ses ancêtres y ont acquise, l'état de prospérité auquel plusieurs familles étaient arrivées d'elles-mêmes, son mélange avec les Normands, mais par dessus tout ce caractère natif qui se manifeste dans tous le cours de son histoire depuis les Gaulois, donnèrent aux chevaliers français cette faci-

(1) Nous parlerons plus loin des tendances et des éléments des roma 9 du moyen ftge.

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tité d'élocuiion, e^ie élégante légk*elé, oekte fadfe coinl^aisance et cette grâce brillante qu'on ne rencontre que plus tard, rarement au même jamais dbez les autres peuflcB. Combien pourrait-on cher de che?alîers français qui, dans toute Thistoire, sœi en temps de paix, soit en temps de. guerre, jusque sous le despotisme des rois, ont montré dans leurs sentiments et dans leurs actions, tant de iraillance, de galanterie et de noblesse^ qpc knrs descendants en garderont ime gloire éiemdlel Lorsque ks cnnsades éclatèrent, les cheraliers français étaient la fleur àt ia chevalerie de toute rEurope ; des familles françaises OKint* tarent sur le trûoe de Jérusalem et de Constantinople ; les lois dn nouvel État furent promulgaéca en français. Avec Guillaume le Conquérant, leur langue et leurs moears â'assireni sur le trône britannique ; les deux nations, rivalisant de vertus chevaleresques^ se disput^ent la palme en France et en Palestine, jusqu'au temps où TAnglelerre abandonna à ses voôsins un vaitt éclat, pour suivre la trarrière plus utile des institutions eivileâ.

Ce fui la France qui, la première,, osa poorter ub dâ& à la pnissanjne dn pape, ei quoique le motif es îdt Satëk^ eUe y mit une grande courtoisie ; saint Louis hn-mème âaâi loin d'être Teselave de la cour de Borne. L^Angletene, r Allemagne et d'antves pays ont eu des roîs plus cofaragenx que la Franee; mais celle-ci,, empruntant la polilîqae de lltalie, a toujours sauvegardé les fermes, môme dans ses entreprises les plus bonteuses. Ce mène esprit se cobubuuiqua aussi aux institutions scientifiques, à la magistrature et aux tribunaux ; cette eonséquence fui d^'abord beurcuse, plus tard die devint funeste. Commani donc s'étonner que la Bation fESiiçaise soH dcivenue la plus vaine de toutes? c'est elle qui, presque dès le commencement de sa monarchley a éclairé l'Europe; c'est elle eâeere qui a donné le signal des révolutions les plus il

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