LIVRE XX. — GHAnTRS U
langues dérivées du latin, comme le proTençal lui-même, et nommées pour cela langues romanes, il put jeter de plus profondes racines et produire des fruits plus beaux et plus vigoureux en s'étendant depuis l'fispagne jusqu'en France, en Italie et en Sicile. En Sicile comme en Espagne, ce fut d'un sol autrefois arabe que naquit la première poésie italienne.
ÎP Ce que les Arabes avsd^it commencé au Sud, les Normands ie développèrent encore davantage au Nord, en France^ en Angleterre et en Italie. Lorsque leur caractère romasDesque, leur amour pour les aventures, les épopées et les «xercices cbevaleresques, leur respect natif pour les femmes s'unirent à Télégante chevakrie des Arabes, ces qualités firent plus de prog*>ès en Europe et s'y établirent plus solidement. Alors une vogue populaire s'attacha à ces légendes qu'on appelle Toàiajis et dont les éléments existaient longtemps avant les «roisades. Au milieu de la plus grande ignorance, ces chants et ces poèmes s'étaient conservés dans les «oours des grands et dans les monastères ; plus la vMtable histoire disparaissait, plus l'esprit humain prenait @oût à la légende imaginaire, au roman. Aussi ^ dès les premiers siècl^es du christianisme, on voit l'imagination humaine en mouvement se légibr d'abord sur ie type grecoHifricain, puis sur celui du naid de iJËurope ; les moines, les évèques, les saints n'avaient pu se soustraire à son influence. U y a môme plus : la Bible et l'histoire véritable, pour ètie compris, devaient être trasusformées en romans. De là naquit la lutie de Béiial a^ec le .Christ; de là ieb déguisemenis aUégoriques et mystique» de toutes les vertus; de là les moralités, les boi2ft)n]ieries^ et tout le syâlème du tJiéâtre r^igieux.
Giéoe à ee ^oûi gén^iA du si^:^ produîi ide Tigaoranee, de la supefstltiûn «^ d'une ima^giuatiaQL exdblée, âes cQHles et les filiaux <éiaieni le s&d sîiàfBBeoi de la pensée
:)a9 PHILOSOraiB DE L'HISTOIRE.
humaine et les légendes héroïques faisaient seules Tadmiration de la chevalerie. En France, centre de cette nouvelle culture, on choisit naturellement les sujets qui tenaient de plus près à l'un ou à Tautre des deux courants ]^)oétiques qui s'y étaient rencontrés *: d'im côté, l'expédition de Cbarlemage contre les Sarrasins avec toutes les aventures que rappelaient les Pyréûées; de l'autre, les anciennes légendes qui circulaient en Normandie, en Bretagne sur le roi Arthur. Dans la première poésie, on introduisit, d'après la nouvelle constitution de la France, les douze pairs et tout ce qu'on pouvait raconter sur la magnificence de Charlemagne et de ses chevaliers, et sur la cruauté des mécréants et des Sarrasins. Dans cette histoire figurent Ogier le Danois, Huon de Bordeaux, les fils Aymon, plusieurs légendes des pèlerinages et des croisades, mais toujours les personnages et les événements les plus intéressants se rattachent au sol limousin , à la Guyenne, au Languedoc, à la Provence et à cette partie de l'Espagne où fleurit la poésie provençale. La seconde source poétique, les traditions sur Arthur et sa cour, passa la mer en se dirigeant vers la Cornouaille ou plutôt vers un pays d'utopie où briUait un génie merveilleux. Le miroir de la chevalerie acheva de se polir dans ces romans. Dans les différentes nuances, dans les différents caractères des chevaliers de la Table-Ronde, on indiquait clairement les défauts de cette cour, et le poète avait une grande liberté en parlant d'un temps aussi reculé, d'un monde aussi illimité que celui de la légende d'Arthur. Enfin, de ces deux catégories de romans naquit une troi-^ sième, qui ne se renfermait pas dans les limites d'une province de la France ou de l'Espagne. Le Poitou, la Champagne, la Normandie, la forêt d'Ardennes, la Flandre, et même Mayence, la Castille et l'Arlgarve fournirent à ce drame des chevaliers et des scènes; car l'ignorance de