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LIVRE XX. — CHAPITRE III. 2lSo

ses, ainsi que leurs propriétés, étaient mis sous la protection et la juridiction de TÉglise et du droit canonique; affranchis durant la guerre sainte de toute taxe et de tout impôt, de toute poursuite judiciaire et du payement des intérêts de leurs dettes, ils recevaient en outue une absolution complète de leurs fautes. La piété, la barbarie, la légèreté, l'ennui du repos, Tamour des aventures, le fana-, tisme, rassemblèrent une masse innombrable d'hommes de toutes classes et de toutes positions ; on fit le dénombrement de ces troupes, et Pierre l'Ermite, pieds nus et couvert d'un long cilice, se mit en marche suivi par trois cent mille hommes. Incapable de les contenir, ils pillaient tous les pays par lesquels Us passaient; les Hongrois et les Bulgares s'unirent pour les chasser dans les bois; en sorte que quelques débris de cette grande armée, trente mille hommes environ, arrivèrent à Constantinople dans le plus déplorable état. Le prêtre Godescale le suivit avec quinze mille hommes, puis un comte Emich avec deux cent mille. Ces deux derniers commencèrent leur sainte campagne par un massacre des juifs, dont ils tuèrent, dans quelques villes du Rhin, jusqu'à douze mille; ils furent eux-mêmes exterminés ou noyés sur les bords du Danube, en Hongrie. Les hordes indisciplinées de Pierre l'Ermite, après s'être grossies en Italie, étaient arrivées en Asie; la famine les décima, et elles auraient été complètement anéanties par les Turcs, si Godefrbid de Bouillon n'était arrivé devant Constantinople avec son armée régulière et la chevalerie. Ces troupes, dénombrées dans les plaines de Chalcédonie, étaient composées de cinq cent mille fantassins et de cent trente mille cavaliers. Après des dangers et des fatigues incroyables, les croisés prirent Nicée, Tarse, Alexandrie (1), Edesse, Antioche et

(i) Alexandrie en Syrie. •

30» PULOfiOmiK DB LmSTCmB.

enfin Jérasaleiii^ eè Cjodefroid àe Boaillan est uBambiièment choisi pour roi. Baudoin» son frère^ était âevesm. comte d'Edesse; Bohémond de Taieoke, prince d'Anlîodie; Raimofid de Tonloose, comte de Tripoli; entre cela, cette expédition illustra tons les héros célébrés dans le poteie immortel dn Tasse. Bientôt les malheurs se sneeédèroit sans interruptiixi ; le petit royaume^ obligé de lutter contre d'innombrables nuées de Turcs à Test, et d'Arabes do <;ôté de FËgypte, se défendit d'abord arec un courage ei une vaillance incroyables^ Mais les anciens héros deseen-» clirent dans la tombe; le royaume de Jérusalem tomba sous une régence; le désaccord se mit entre les princes et les cfaeraliers; il s'éleva en Egypte im nouvel empire {i\ v»lui des Mameloucks; à leur tète, le noble et vaiBant Saladin punii les dirétiens déloyaux *et corrompus, s^empara de Jérusalem et dispersa oomplétemeni cette ombre de royaume, avant qu'il ait pu fêter son centième anni— versaire.

Tcmtes les guerres qui se firent après pour sauver Jéni* sakm on la reconquérir furent inutiles; les petites prm^ eipaotés eurent le même sort que le royaume, ei presqtie en même temps. Ëdesse ne resta que cinquante ans entre les mains des chrétians, et la seconde enûsade, la pti» lormidable de toutes, ne réussit pas davantage, malgré ses deux cent mille heonmes rassemblés à la voix de saint Bernard et commandés par l'eniperenr Conrad ID et Lons VII, rm de France.

TtoBS vaillants momarques, l'cmpereor Frédéric I*'^ le rai de France, PhiU{^}er-Au;giiste, et le roi d^An^elerrev Bicfaard Gienr-de-Lion, s'engagèrent dans une trasliaie «rmsadft cmitre Saladin; le pfemier se noya dans va fleuve, ei son fils ne lui SKnvéeui que peu de leaqps.; le

(I) Pttis exactement» la dynastie de la mai«Qf!«.

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Frabe ei 1& BreUm^ rivaux jalaox^ bonièreat leurs exploits à reconquérir SainWean-d'Âcre. Manquant à la parole jurée, Philippe-Auguste retourna en Europe^ et Richaanl Goeur-de-Iion, ne pouvant résister à la puissance de Sala* àin^ fut contraint malgré lui de le suivre. Traversant VAX- I^magne en pèlerin, il eut le malheur d'être arrôté par rarchiduc Léopold d'Autriche qui, voulant venger une injure reçue au siège d'Acre, le livre basseanent à Temp^reur Henri YI; celui-ci, par une félonie plus viie encore^ le retint pendant quatre ans dans une prison; le m<»)de entier murmurant enfin contre le déloyal dban^mlier, Richard donna pour sa rançon cent mille marcs d'argent.

La quatrième croisade,, «lireprise par les Français, ks Allemands et les Vénitiens, commandés par le comte de Montferrat» n'arriva pas même jusqu*en Palestine; elle servit les intérêts et la vengeance des Vénitiens, Les eràises prirent Zara et s'embarquèrent pour Constaatinople» la eité impériale fut deux fois prise et pillée; l'empereur s^enfuit; Baudoin^ comte de Flandres^ fonda un rojai!naai& latin à Consiantioiople; on parta^ le butin et T^m^nre, et la |das riche paît appartient aux Vénitiens sur TAdriatique^ la mer lioire et l'ArdiipeL Le chef de l'expéditiQaDL devint roi de l'Ile de Candie qu^il vendit à ses sordides aUié»; w^ lieu des amtréea en deçà du Bosphore,, il obtint la souveraineté de Thessalonique. On crée une principauté d^Achfkîe, un duché d'Athènes pour les barons francs; de no- Ués famiUea die Vexnse acquièrent I3& duchés de Nax0s„ de NégrqpQEkl; on nomme un comte palatin de Zanteet de Céjphalonie ; l'empixe grec est cédé comme mie proie dangevsaae.au plus offrant. Diantre part» ks deseendasits de: la famiUe ro^rale élèvent un empare k Nicée, un dœhé à Tlrébizonde» un Ëlat despotique en Épire^ qui tocEiP deio: prendront dans la suite îencna d'emplie. Les neaveafox-

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empereurs laims de Gonstantinople, dont les possessions venaient d*étre si restreintes, purent à peine conserver pendant cinquante ans cette couronne chancelante, objet de la haine générale. Les empereurs de Nicée reprirent r^cienne cité grecque; à la fin tous ces territoires, conquis à la pointe de Tépée, tombèrent entre les mains des Turcs.

La cinquième croisade, composée d'Allemands et de Hongrois, n'eut aucun résultat. Trois rois, celui de Hongrie, de Chypre et le roi titulaire de Jérusalem, les grands-maîtres des différents ordres de chevalerie, avaient cerné le mont Thabor et enveloppé les ennemis; ils se croyaient sûrs de la victoire, mais la discorde et la rivalité la leur arrachèrent, et les croisés, découragés, revinrent sur leurs pas.

Cédant aux instances de la cour romaine, Tempereur Frédéric II envoie une flotte en Palestine; on négocie un armistice avantageux que le légat du; pape fait manquer, et quand Tempereur, contre son gré, entreprit la campagne, le pape lui-même mit obstacle à tout succès par un bannissement absurde et par des attaques perfides contre les États du pnnce absent. On con(^t une trêve avec le sultan de Bagdad; la Palestine et Jérusalem sont données à TEmpereur; mais le Saint-Sépulcre reste entre les mains des Sarrasins, comme un asile pour les pèlerins de tous les pays.

L'Europe ne posséda Jérusalem, ainsi divisée, que pendant quinze ans à peine; saint Louis ne put la reconquérir dans la septième croisade, la plus malheureuse de toutes. Il tomba lui-même en Egypte avec toute son armée entre les mains des ennemis ; sa rançon fut mise à un haut prix, et dans une seconde entreprise contre les Maures, entreprise aussi inutile et plus funeste que la première, il perdit la vie devant Tunis. Son triste exemple

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