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LIVRE XX. — CHAPITRE lU

calma enfin Tardeur guerrière qui armait TOccident contre la Palestine ; et les dernières possessions chrétiennes dans cette contrée, Tyr, Saint-Jean-d'Acre; Antioche, Tripoli, passèrent Time après l'autre sous la domination des Mameloucks. Ainsi unit ce long égarement qui avait coûté tant de sang et d'or à TËurope chrétienne; quelles en furent les conséquences (1)?

On a rhabitude d'attribuer aux croisades une influence si heureuse et si grande, qu'en suivant cette opinion, on devrait souhaiter que tous les cinq ou six siècles, une fièvre semblable vienne agiter et ranimer les forces de notre £urope; un examen plus approfondi montre que la plupail de ces effets ne proviennent pas des croisades ou du moins d'elles seules. Au milieu de toutes les causes qui, à cette époque, poussaient l'Europe en avant, elles ne furent que des impulsions hâtant tout au plus sa marche par un concours de forces parallèles dont le progrès se fût facilement passé. En. général, c'est une simple fiction de 1 imagination que de regarder comme une source principalç d'événements sept campagnes différentes qui furent entreprises durant deux siècles, par tant de peuples, et pour des motifs très différents.

1® Le commerce, comme nous l'avons vu, était ouvert aux Européens en Arabie" avant les croisades; ils pouvaient librement en profiter et l'étendre d'une manière plus glorieuse que par des expéditions de bandits. Elles firent la fortune des prêteurs, des banquiers, des fournisseurs, mais aux dépens des chrétiens contre lesquels ils faisaient en réalité des croisades. Ce que, par un vol honteux, on arracha à l'empire grec, ne servit qu'à rendre

(1) Les divers essais couronnés par plusieurs sociétés savantes sur l'influence des croisades ne sont pas en ma possession ; je n'exprime donc que mon opinion propre, sans aucune restriction.

^0 mumoma oe lihstoiius.

plus ÊBcile k ecmquâle de Clonstaiitiiiople que chaque jour les TuTCS meaaçakxïl de plus pràs. Si aujourd'hui lis ont pris pied ea Europe et s'y étendent en tout sens, on le dmt au lion de Saint-Marc, qui ieur a ouvert la voie iors de la quatrième croisade. A la Térité, les Grènois aidèrent uae branche de la famille impériale de Constantinople à remonter sur le trône, mais sur le trône d'un empire afiaibli, morcdé, et que les Turcs devaient bientôt reuTerser. Alors les Y^itiens aussi bien que les Génois perdirent leurs meilleures possessions sur la Méditerranée et sur ia mer Noire, et presque tout leur commerce en Orient.

2f* Ce ne sont pas les croisades qui ont donné nalteanee à la chevalerie, mais c'est la chevalerie qui a fait naître les croisades. Dans la première expédition déjà, la fleur de la chevalerie de France eftde Normandie se rendit dans ks champs de la Palestine, et les guerres saintes ont au <»ntralre contribué à ternir son éclat et à transformer d<^ vrais fiçuerriers en nobles seigneurs n'-ayant que leurs armoiries pour tout honneur. Tel prit ie casque en Palestine, qui n'aurait osé le porter en Europe; maint guerrier en rapporta des armoiries et une noblesse qu'il transmit ii ses descendants; ainsi se forma l'ordre héraldique, et plus tard le système des lettres d'anoblissem^il. Le nombre des and^mnes dynasties des véritaMes chevaliers ayant diminué, les manbres de cette nouvelle caste dberohèreiit à obtenir des domaines et des faveurs héréditaires comme leurs prédécesseurs. Ils comptèreait soigneusement lems anoôtres, acquirent des dignités et des privilèges, de sorte que, après quelques générations, on les r^arda comme appartenant à 1 ancienne n(d)les9e, quoiqu'ils ne tmidu»sent en rien à ces princes, leurs suzerains. Quiconque portait les armes en Palestine pouvait devenir chevalier*. Bientôt cette nouvelle noblesse guerrière au service de ia monarchie naissante lui vint fort en «de, et ies rois m-

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axïiri Tempio j'ier babikiDeni ecmtre leurs puissants vassaux . Ainsi les passions se cooEnbatteai, «i i'appareoce eiSace r«pparance^ bieniôt le vidl édifice de la chevakm s*écroula entièrement et sur ses Tuioes s'éleva la xfeoJbiessc militaire et la noblesse de •ooar^ -

Il est éTideoat que les onlres spirituels de cb^'palesrie iondés &x Palestina ne Airent d'aucune uUlitéii r£urope. Jis dépensèrent, et pda saaits nul profit pour les âges suivants, mae grande partie des richesses jadis affectées au «Saint-Sépukre. Les hospitaliers devaient loger les pèlelins à leur^arri^ée, soigner les malades, serrir les lépreux; ce sont les hauts cheraiiers de SaintrJean de notre époque. Lorsqu'un g^itilhomme du Dauphiné, Raymond du Y^^ établit parmi eux le yœu des annes, l'ordre «de Saint- Lazare se sépara et resta Mêle aux règles primitives. Les Templiers, dianoines réguliers, vivaient dix ans d'auménes et protégeaient les pèlerins du Saint-Sépulcne; mais ieurs faieiis s'accrurrait, et leurs statuts Au^nt adaptés à ce changement ; le chevalier «Hit à sa suite un écuyer, et l'on vit naître l'ordre des Frèites servants. Enfin l'ordre Teutoaiique &it institué pour secourir les malades et les blessés gisant sur les champs de bataille; des vêtements, de l'eau et du pain furent la réeompoise de ces religieux, jusqu'au temps où d'utiles services contre les infid>Mes furent la source de leurs richesses. Ces ordres ont montré en Palestine beaucoup de vaillance ^ d'oi^ueil^ mais ausâ beaucpiq) de perfidie et de délo;^uté; et leur histoire devbiit finir avec celle de la Terre-Sainte. Lorsque les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem durent quitter ce pays, quand ils eurent perdu Chypre ^ Rhodes, et que Cfaûarles-Quint leur eut&it présent du rocher de Mal^, queUe singulière mission que de se livrer à d'étemelles croisades, même hors de la I^alestine, pour ocmâerver des territoires dans des contrées qw les Turcs n'attaquaient

même pas, et que les pèlerins ne trayersaient pas pour se rendre au Saint-Sépulcre. Louis YII admit en France Tordre de Saintr-Lazare et tenta de le ramener à son premier but, le soulagement des malades. Plus d'un pape voulut le dissoudre ; les rois de France le défendirent, et Louis XIV Tunit à plusieurs ordres moins importants, agissant en cela d'une manière bleu différente de son aïeul Philippe le Bel, qui, poussé par ravarice et la vengeance, extermina lâchement les Templiers et s'appropria leurs biens. Enfin, les chevaliers teutons sont appelés au se^ cours d'un duc de Masse trie contre les Prussiens idolâtres; il& reçoivent en présent d'un empereur allemand tous les territoires qu'ils peuvent conquérir hors de ses domaines, Ils prirent la Prusse, s'unirent aux frères de l'Épée en Livonie, obtinrent l'Estonie d'un roi incapable de la conserver, et firent régner le luxe et le débordement des chevaliers d'alors, de la Yistule jusqu'aux bords de la Duua et de Neva. L'antique nation prussienne fut anéantie; les Lithuaniens et les Samoïèdes, les Courlandais, les Lettoniens et les Esihoniens furent partagés entre les nobles allemands. Après de longues luttes avec la Pologne, ils perdirent d'abord la moitié de la Prusse, puis ce pays tout entier et enfin la Livonie et la Courlande ; ils ne laissèrent après eux que la honte d'une oppression dure et hautaine dans des contrées qui, civilisées par quelques villes maritimes, seraient entrées daiis la voie du progrès. En général, les trois ordres dont nous venons de voir l'histoire lîÉppartiennent point à l'Europe, mais à la Palestine. C'est là qu'ils ont été fondés, c'est là qu'était leur véritable place. Là, ils pouvaient combattre les infidèles, servir dans les hôpitaux, garder le Saint-Sépulcre, soigner les lépreux, escorter les pèlerins. Hors de la Palestine, ils n'avaient plus déraison d'ôtre; leurs biens appartenaient à des œuvres chrétiennes, surtout aux pauvres et aux malades.

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