LIVRE XIV. — CHAPITRE
lés fables et il en était probablement de même de nombre de tribus sibériennes qui avaient été en communication avec le commerce de la Phénicie : il ne restait donc plus qu'à savoir sous quelle forme et sur quel point de Tltalie allait naître la fleur indigène.
Elle naît d'abord chez les Étrusques qui sont, quelle que soit leur origine, un des peuples les plus précoces et au caractère le plus personnel qui aient jamais été. L'esprit des conquêtes n'entrait pas dans leurs goûts, ils aimaient les établissements paisibles, les bonnes institutions, le commerce, les arts, la navigation que leur facilitait surtout l'heureuse disposition des rivages de TEtrurie. Dans presque toute l'Italie, ils ont fondé des villes, introduit les arts, développé le commerce, et c'est à eux qu'un grand nombre des cités les plus fameuses de cette contrée doivent leur origine (1). Leur constitution civile, qui servit de modèle aux Romains eux-mêmes, est de beaucoup supérieure à celle des barbares et porte si évidemment l'empreinte du caractère européen, qu'il n'est pas possible de l'attribuer au génie de l'Afrique ou à celui de l'Asie. Longtemps avant l'époque de sa ruine, l'Etnirie était une république fédérée^ composée, de douze tribus régie, par des principes que la Grèce n'adopta que beaucoup plus tard et seulement sous l'empire de la nécessité. Aucun Etat isolé ne pouvait, sans l'assentiment des autres, engager la guerre ou conclure la paix. En employant la trompette, le javelot, lepilum comme signaux d'attaque, de retraite, de marche, de ralliement, ce peuple avait fait de la guerre un art véritable; en reconnaissant les droits des hérauts, c'était établir un commencement de droit de la guerre et de droit des gens. Ces augures, ces nom- Ci) V. Demster, Etrur. Hegal. cim observai, BuonaroH etparaUpmn. Passera. Florence, 1723, 1767.
breuses cérémonies de leur religion dans lesquelles nous ne voyons que crédulité et superstitions, furent les instruments de leur politique qui prouvent que, les premiers en Italie, ils cherchèrent à fonder une habile alliance entre le sacerdoce et le gouvernement. En tout cela, les Romains ne furent que leurs imitateurs; et si des institutions de ce genre contribuèrent pour quelque chose à la grandeur et à la solidité de leur puissance, c'est aux Étrusques qu'ils le doivent.
De bonne heure déjà ce peuple possède Tart de la navigation et, par ses colonies comme par son commerce, il règne pendant longtemps sur les côtes de l'Italie. Il entendait Tarchitecture et Tart des fortifications, et la colonne toscane, qui lui emprunta son &om et qui précéda Tordre dorique, ne peut être attribuée qu'à lui. U aimait les courses de chars, les représentations dramatiques, la musique, la poésie même, et ces fables pélasgiques qu'il s'est si heureusement appropriées. Les ruines et les débris de ces monuments que protègent les tombeaux démontrent que les premières tentatives de ces tribus naissantes furent grossières et imparfaites, mais elles prouvent aussi que leurs rapports postérieurs avec diverses nations, même avec les Grecs, n'ont jamais altéré leur originalité. La ruine de l^ir liberté (1 ) ne put même pas enlever au style de leur art (2) et à leur système religieux leur caractère propre et indigène. Dans leurs lois réglant l'admission des étrangierS) la sûr^ intérieure du conunerce, la culture du Mé et d£s vignes, les rapports des deux sexes, elles devan-
(i) Wîiiclcelniaan's GesMcte dwr Kunsl, voL I« ehan. m, (â) He^oe, de fabutaram rgligiowumque Grœcarum ah Etrusca arte frequentatanim natura et ccmsis : de reliquiis patriœ religionis in arlis, Etruscœ monwnerUis : Etrusca ArUiquitcu a commentittis interpre^ tûmmiiê Jêtwala : ArUs Etnucœ motrimmAa ad çmara £t ternira sua revocata m N. CommetUariis Soc. GodUngf I. JII, sâgq»