‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 60 sur 208 · LIVRE XV. — CHAPITRE V, UT · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CHAPITRE V, UT

dire elle cherche les règles qui ordonnent les choses entre elles selon leur essence. Lh loi intime repose donc dans la connaissance de la vérité et de l'existence, dans le. classement des créatures, suivant leurs rapports et leurs propriétés. Image de la divinité, elle remonte aux lois de la nature, aux idées par lesquelles le créateur a r«lié tous les êtres et qu'il a déposées dans .l'essence de chacun d'eux. La raison ne peut donc pas agir plus arbitrairement que la divinité ne peut penser arbitrairement.

4. Sous l'empire des besoins les plus pressants, l'homme commença à percevoir, puis à examiner les forces de la nature. Son but fut seulement d'arriver au bien-être, c'est-à-dire à l'emploi bien ordonné de ses forces dans le repos et dans l'action. Il entra en relations avec d'autrôs êtres,, et alors même sa propre nature fut la mesure de ces rapports : la règle de la justice s'imposa à lui, car elle n'est rien autre chose que la raison pratique, la mesure des actions et réactions d'êtres semblables entre eux. .

5. C'est sur ce principe que repose l'humanité, en sorte que jamais l'individu ne peut se figurer exister dans l'intérêt d'un autre ou de la postérité. L'homme le plus infime dans la hiérarchie sociale, lorsqu'il obéit à la loi de raison et de justice qui repose en lui, a une véritable œnsistance^ c'est-à-dire qu'il jouit du bien-être et de la durée ; il est raisonnable, juste, heureux, non par le caprice d'une créature ou du créateur lui-même, mais par les lois d'un ordre naturel, universel, ayant ses bases en soi-même, S'écarte-t-il des règles du droit, la peine qui suit ses fautes le ramène forcément à la raison et à la justice, comme aux lois de son existence et de son bonheur.

6. Comme sa nature est composée d'éléments si divers, il est fort rare qu'il arrive au bien par le plus court che»

lis PHILOSOPUE DE L'HISTOIRE.

min. Il balance entre deux extrêmes, jusqu'à ce qu'il soit forcé d'accepter une position tdle quelle, ou de s'arrêter à un terme moyen dans lequel il fait consister son bien* être. S'il. se trompe en cela, ce n'est pas sans que sa conscience l'en avertisse secrètement et sans qu'il supl>orte tôt ou tard la peine de ses fautes : cette peine, il la supportera jusqu'à ce que, par ses propres efforts, il soit revenu au bien, ou jusqu'à la défaillance complète et anticipée de son être. La sagesse suprême ne pouvait attacher une plus bienfaisante utilité aux peines physiques et morales ; on n'en conçoit ps^s de meilleure.

7. La terre n'eût-elle été foulée que par un seul homme, le but de l'existence himiaine eût été accompli en lui. comme il est à croire qu'il Ta été par tant d'individus isolés et de peuples qui, par suite des circonstances de temps et de lieux, ont été tenus séparés de la chaîne générale de l'espèce. Maintenant, comme tout ce qui peut vivre sur la terre subsiste, pour autant que la terre elle-même subsiste, il est certain que l'espèce humaine, comme, toute autre créature vivante, possède en soi des forces de reproduction qui ont pu et dû trouver leur ordre et leur proportion suivant le système universel des choses. Ainsi la raison, l'essence de la pensée humaine, et son organe, la tradition, se sont propagés à travers toute la suite des générations. Petit à petit la terre fut habitée et l'homme fut ce qu'il pouvait être sur la terre dans tel temps et dans celui-là seulement.

8. La reproduction des familles et des traditions forme ainsi le lien de la raison humaine; non qu'elle soit dans chaque individu un fragment du tout, un tout qui n'existerait nulle part et dans aucun sujet et qui ne pourrait en aucmie façon remplir le but que s'est proposé le créateur, mais dans ce sens seulement que chaque anneau de la cjbalne de l'espèce la porte en soi et la compraid à sa

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