LIVRE XVI. — CHAPITRE III
les Lapons, les Finnois, les Esthoniens, les Sclayons, les Courlandais, les Prussiens; ce furent elles qui fondèrent tous les empires de TEurope et leur donnèrent leurs lois et leur organisation sociale. Plus d'une fois ils entrèrent en vainqueurs dans Rome qu'ils saccagèrent; Constantinople, après plusieurs sièges, tombe sous leur domination; Jérusalem devient une Bionarchie chrétienne. Aujourd'hui encore elle étend son influence à peu près sur les quatre parties du monde, tant par les princes qu'elles ont établis sur pjesque tous les trônes de l'Europe, que par les empires qu'elles. ont fondés, tant par l'étendue de leurs possessions que par leur industrie et leur commerce; mais s'il n'est pas d'effet sans cause, nous devons trouver la cause qui nous guide dans cette immense succession de faits. .1^ Ces causes M reposent pas seulement dans, le caractère de la nation; sa situation tant ph/sique que politique j une fofde de circonstances qui ne se sont trouvées ainsi réunies dans amun.autre peuple du Nord, ont concouru à son développement. D'une stature grande et belle, ils avaient les yeux bleus, le regard menaçant, où se lisaient la constance et la tempérance; soumis à leurs chefs, intrépides dans l'attaque, calmes dans le danger, ils furent pour toutes les nations, même pour les Romains dégénérés, des amis dévoués, des ennemis implacables. Les Germains servirent de boiuie heure dans les armées, roraainjes et (m les choisissait d« préférence pour former la garde des empereurs; enfin, lorsque l'empire, assailli dé' toutes çarts, ne put jxlus se soutenir par lui-môme, ce fut sur *des troupes germaines qu'il se reposa du soin^de^s^ défense, •sur des^ soldats qui avaient à lutter contre leurs pr^res frères. Par cette alliance, qui dura plusicfurs sièfles^ quelquesuns de ces peuples arrivèrent dans l'art 'et la jdiscipline miUtaires à un degré de perfection, inconnu aux autres barbares ;»en outre, l'exe^û^lOi des Romains et le secret de
ut PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.
leur faiblesse, qu'ils finirent par pénétrer, les poussèrent à tenter pour leur propre compte des conquêtes et des entreprises nationales. Puisque cette Rome, qu'ils yojHÛent si déchue, avait autrefois imposé sin joug à tantde peuples et s'était proclamée la souveraine du monde, comment n'en pourraient^ils pas faire autant, eux en qui reposait toute sa force? Aussi, à Texceptâen des anciennes inya* sions des Teutons et des Cimbres, et si Ton prend pour point de-départ les entreprises des Arioviste, des Marbate et des Hermann, la première atteinte qui fat portée au territoire romain le fut par les peuples limitrophes ou par les cheis qui, parleur service dans les armées de Tempire, avaient appris, et le secret de Tart militaire, et celui de la faiblesse de Rot^e et de Censtantinople. Quelques--uns même servaient encore en qualité d'auxiliaires lorsqu'ils jugèrent préférable de garder pour eux-mêmes ce qu'ils avaient su conserver pour d'autres. D'ailleurs, comme chaque fois qu'un empire moins puissant se trouve dans le voisinage d'un État épuisé, à qui son appui est indispen*' sable, il s'opère un déplacement dans la souveraineté, las Romains mirent eux-mêmes le. glaive dans la main àm Germains qui, placés au centre de l'Europe en faee ém l'empire, se virent bientôt forcément admis dans les armées et jusque dans la cité.
2,^ La longue réêjistance gu'opposàreTU à Marne div^ms %^ ti$ns de notre &ermanie fortifia nécessairement lefwt pm$^ sanoe et leur kdns contre un ennemi héréditaire gui wnpê0^ parmi sespli& beaua>. titres de gloirje le trkmfiM ^ les woifk^ itm^uess La ^uisson^ {omaine était redoutable aux Qer^ ipains, aussi^bien sur le Rhin que sur le Danu^; maid,* quoique ceux-éi eussent combattu avec eux les Qaulois é^^ . d^autres peuplai, ils n'entendaient nullement leur être ^ soumis comme à des maîtres. De là les longues guerres au temps d'At^gustd, guerres qui/ en raison de la faiblesse
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toujours croissante de Tempire, dégénérèrent en incursions et en pillage et ne finirent qu'avec luL Les ligues marco* mane et Houabe que nouèrent plusieurs peuples contre les Romains, ]^ formation dans toutes les tribus germanises, même les plus éloignées, duJban et arrière-ban, qui faisait de cbaque bomme un frère d'armes, d'autres institutions i^çore, donnèrent à la uHUon entière et sa constitution et le nom de Germains ou Allemands, c'est-à<^re peuples confédérés; n}odè]eencoregnc|uerd'im sjstèBie qui, après de looqgs siècles, devait B'étemre à toutes les nations de l'Europe (1).
3» £n présence d'une semilabU constUiUion militaire, les Germains devaient nécessairement manquer de pîusievrs guO' lUA qu'ils ne vaulurenipas stmrifier à leurs goûts au à leur lemn principal, c'est-à-dire à la puerre. Ayant peu de di^^ positions à l'agriculture, le parlai annuel des terres dans plusieurs tribus ne leur permit pas de s'^attadber individuellement à leiurs propriétés et à Tidée de les amiéliorer. Il y en eut, surtout à l'est, qui ne furent longtemps que des chasseurs et des bergers tartares^ L'idée grossi^e de k communauté des i^turages et des pr(çriétés était une des idées favorites de ces nomades, idée qu'ils introduis sîreat dans Ik constitution des fioidtées et des royaumes dimtâlif s'empai^renL L'Allemagne r^esta donc lon^mps I2D6 iiixneuse ioréffi entrecoupée d^ prairies, de marais, d'^élangs, où babitm^it, avec les béros gi^rmains, l'ours et IVSlan, tésmânSf diâ^parus aujourd^bul, Ses temps héroïque»
(i) CJbe dfiBctiptitm détaxée de toutes leS'OonstitiitioiiB gen&aniqttet qm. chai^èrent^ avec Xes teuaps, Jag iribus^ les contrées, sersdt ici «tps objet ; ce qiû esû resté dans rjûstoire des f>euples paraîtra dans son lieu. D'après les nombreuses données de Tacite, Moeser en a fait un tableau qui, dans son bel encliatnement, semble presque un système idéal, quoiqull parsâsse vrai dans les détails. Itloeser, Histoire éPOsn^ WUck, 1. 1, et ses Mê0erie8 patriotiques. «
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de notre histoire. En fait de sciences ils ne connaissaient rien, et le petit nombre d*arts qui leur étaient absolument indipensables étaient abandonnés aux femmes ou à des esclaves, enlevés pour la plupart. Avec une telle nature, poussés par la vengeance, Tennui et Tinaction, le besoin, rinstinct social ou tout autre sentim'ent, ces peuples devaient avoir hâte de fuir la sofftude de leurs sauvages forêts pour chercher de meilleures contrées ou se mettre à la solde de Tempire. De Jk cette étemelle agitation dans laquelle se trouvèrent plusiRrs tribus, ennemies ou alliées. Aucun peuple, à Texception de quelques tribus plu^ paisibles et qui se fixèrent d'abord, ne varia plus souvent le lieu de son séjour. Quand ime tribu se mettait en mouvement, elle en entraînait presque toujours beaucoup d'autres avec elle, jusqu'à ce que la horde devint ime armée. Beaucoup de nations germaniques, les Vandales, les Suèdes, tirent leur nom de cette habitude d'errer tant sur mer que s^r terre [wandéln, schwât/èn, errer). Ils avaient cela de commim avec les Tartares.
Dans rhistoire des temps anciens de la Germanie, il faut se garder de s'attacher de préférence à quelque point de nos institutions modernes ; les anciens Allemands n'ont rien de commun avec eHe^; ils suivirent un'autre courant de peuples. A l'Occident, ils refoulent les Belges é, les Gallois, jusqu'à ce'qif ils^ent réussi k s'établir au centre* de plusieurs autres tribus. A FOrient, ils s'avantent jusqu'à la Baltique, «et côïnme ses grèves 6abl(iimeuses ne Jeu» offraient aucune ressource, à la première occasion ils se tournèrent fiaturellement vers le Midi, où ils allèrent occuper des territoires abandonnés. C'est ainsi que plusieurs des» nations qu? envahirent l'empire rommn avaient d'abord habité les rivages de la Baltique; c'étaient du reste les plus barbares et leur séjour dans ces contrées n'«st pour rien dans le renversement du colosse romain. La