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LIVRE XIV. — CHAPITRE IV

Saxe, la Lusace, la Bohême, la Moravie, la Silésie, la Pologne et la Russie. Au delà de ces frontières, établies depuis longtemps dans la Valachie et la Moldavie, elles s'avancèrent toujours dès que les circonstances le leur permirent, jusqu'à ce qu'enfin l'empereur Héraclius les reçut en Dalmatie et qu'elles eurent fondé les royaumes d'Esclavonie, de Bosnie, de Servie et de Dalmatie. Un grand nombre de leurs tribus se trouvaient en outre dans la Pannonie, elles occupaient l'angle sud-est de l'Allemagne, depuis le Frioul, de sorte que leurs domaines se terminaient par la Styrie, la Carinthie et la Carniole : espace immense qui, de nos jours, n'est encore habité, dans sa partie européenne, que par une seule nation.

Partout ils s'implantent sur des territoires abandonnés par d'autres peuples : colons, agriculteurs ou bergers; ils savent rendre la vie à des contrées désolées et maintes fois épuisées par leurs prédécesseurs. Ils aimaient les travaux des champs et des moissons, l'élève des troupeaux, les arts domestiques ; les produits de leurs terres et de leurs industries leur permirent d'entreprendre un commerce des plus utiles. Le long de la Baltique, depuis Lubeck, ils construisirent des villes maritimes, parmi lesquelles Vinète, l'Amsterdam des Slaves. Leur langue indique qu'ils entretinrent des relations avec les Prussiens, les Courlandais et les Lithuaniens ; ils bâtirent Kiew sur le Dnieper et Nowogorod sur la Wolckowa ; établissements qui prospérèrent d'autant plus rapidement qu'ils unissaient la mer Noire à la Baltique et exportaient les produits de l'Asie au nord et à l'occident de l'Europe. En Allemagne, tout en cultivant leur goût si prononcé pour la musique, ils exploitaient les mines, fondaient et battaient les métaux, préparaient le sel, l'hydromel, le lin, plantaient des arbres fruitiers. Ils étaient généreux, hospitaliers jusqu'à l'excès, amis de la liberté que donne la campagne, mais soumis et

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fidèles et ayant en horreur le vol et le pillage. Néanmoins ces vertus, loin de les sauver du joug de l'oppression, furent plutôt une des causes de leur asservissement. Comme jamais ils ne se laissèrent séduire par l'espoir d'exercer la souveraineté du monde, et qu'ils n'avaient parmi eux aucun prince héréditaire qui entretint l'esprit guerrier, comme, d'un autre côté, ils ne firent aucune difficulté de payer d'un tribut le droit de vivre en paix dans leurs foyers, ils furent en butte aux persécutions, sans cesse renouvelées, de diverses nations, la plupart d'origine germanique.

Déjà sous Charlemagne éclatent ces guerres impies qui n'avaient pour but que l'avantage du commerce, bien qu'elles prissent pour prétexte l'intérêt et la religion chrétienne. Il était beaucoup plus conmuode, en effet, aux oisifs héros francs de traiter en vassaux ces peuples actifs, adonnés au commerce et à l'industrie, que de prendre exemple sur eux. Ce que les Francs avaient commencé, les Saxons l'achevèrent. Dans toutes les proTinces, les Slaves sont exterminés ou réduits en esclavage et leurs terres partagées entre les évoques et les nobles. Les Germains du Nord ruiDent leur commerce sur la Baltique; leur Vinète succombe sous les coups des Danois et les restes de leurs tribus allemandes éprouvent le sort des Péruviens sous la domination espagnole. Faut-il done s'étonner si, après des siècles d'oppression, après avoir tout souffert de la part de ses maîtres, dé ses assassins chrétiens, ce peuple, oubliant enfin son ancien caractère, n'a plus que les ruses cruelles, la bassesse, les vices de l'esclave? Malgré cela, là où il jouit de quelque ombre de liberté, on peut retrouver encore les traces de son empreinte originale. Ce qu'il y eut de malheureux pour c& peuple, c'est qu'à côté de cet amour pour le repos et pour les occupations domestiques, il n'ait pu se donner une ins-

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