LIVRE XYL — CHAPITRE V
capitale du monde, quel effroyable changement dans la suite de l'histoire de l'Europe? Heureusement que ses peuples battus et dispersés se retirèrent dans leurs steppes et ne laissèrent pas derrière eux un saint empire romanokalmouck.
Après les Huns, on voit les Bulgares venir jouer leur épouvantable rôle dans l'Europe occidentale, jusqu'au jour où, semblables aux Hongrois, ils se courbent sous . le joug du christianisme et laissent leur langue même se confondre avec celle des Slaves. Le nouveau royaume qu'ils avaient fondé, avec les Valaques du mont Hénus, ne tarda pas non plus à s'écrouler. Ils se perdirent alors dans cette grande masse de peuples répandus dans la Sacie, l'IUyrie et la Thrace, et de nos jours une seule province de l'empire turc porte leur nom sans avoir conservé un seul trait distinctif de leur caractère.
Nous passerons en silence à côté de quelques autres peuples, tels que les Khazares, les Avares, les Petchénègues, qui, après avoir longtemps jeté le trouble dans l'empire d'Orient, et même dans les possessions des Goths, des Slaves et d'autres nations de l'Occident, se retirèrent enfin en Asie, ou se confondirent dans la foule sans laisser de traces de leur passage, ou de leur nom.
Nous nous arrêterons moins encore à ces restes d'anciens lUyriens, de Thraces, de Macédoniens, d'Albanais, de Valaques et d'Amauthes. Ce ne sont pas des étrangers pour nous; non-seulement ils appartiennent à une ancienne souche européenne, mais ils furent eux-mêmes une des principales nations de l'Occident; mêlés les uns aux autres, ils ne forment plus aujourd'hui qu'un amas confus de divers peuples et de diverses langues.
La seconde invasion des Huns qui ravagèrent l'Europe sous Gengiskan et ses successeurs, est également étrangère à notre sujet. Les premiers marchèrent sans s'arrêter
iU PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.
jusque sur le Dnieper; puis, changeant subitement de projet, ils revinrent sur leurs pas. Leurs successeuis pénétrèrent jusqu'au cœur de rAllemagne, qu'ils mirent à feu et à sang; mais* ils en furent bientôt chassés. Le petit-fils de Gengiskan subjugua la Russie qui, pendant un siècle et demi, resta tributaire des Mongols; à la un, elle secoua ce joug et Timposa à son tour à ses anciens maîtres. Plus d'une fois les Mongols, ces loups féroces sortis des antres de l'Asie, ont ravagé le monde, mais jamais ils n'ont réussi à transformer l'Europe en désert; ce ne fut, du reste, jamais leur intention : le pillage leur suffit.
Nous nous bornerons donc à parler ici des peuples qui ont séjourné plus ou moins longtemps dans nos contrées, soit à titre passager, soit à titre de propriétaires de territoires. Tels sont ;
1® Les Arabes. Non-seulement ce peuple donna de rudes secousses au premier empire d'Orient, mais pendant 770 ans il fut maître d'une partie de l'Espagne, outre qu'il étendit sa domination sur presque toute la Sicile, la Sardaigne, la Corse et la campagne de Naples, qu'on ne parvint à leur arracher que lentement et par lambeaux. Aussi,
. après avoir agi puissamment sur le génie de ses voisins et
Âe ses contemporains, a-t-il laissé presque partout des traces, encore vivantes, de son influence sur les langues,
. les institutions, les sentiments et les caractères nationaux. Dans plusieurs contrées il agita sur l'Europe encore bar-
: bare le flambeau des sciences; et un des résultats les plus précieux des Croisades fut de nous avoir appris à connaître nos frères d'Orient. Comme un nombre assez considérable de ces derniers embrassèrent le christianisme des pays où ils habitaient, ils furent ainsi peu à peu incorporés à l'Eu-
^.rope, en Espagne, en Sicile et d'autres lieux.
2^' Les Turcs^ sortis du Turkestan, malgré leur séjour de