‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 87 sur 208 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

Soixante-dix ans avant la chute de l'empire juif, naquit lin homme qui devait produire dans l'intelligence des peuples, aussi bien que dans leurs mœurs et dans leur législation, une révolution aussi profonde qu'inattendue. *Jésus, né pauvre, quoique descendant des anciens rois, élevé dans la partie la plus grossière de la contrée, loin des sages et des lettrés de sa nation, arrivée alors au dernier degré de la décadence, vécut ignoré pendant la plus grande partie de sa courte vie. Enfin, consacré sur le Jourdain par une apparition céleste, il prend avec lui, pour disciples, douze hommes de sa classe, parcourt avec eux ime partie de la Judée, puis les envoie çà et là annoncer la venue d'un nouveau règne... Le royaume qu'il annonçait, il le nommait le royaume de Dieu, royaume céleste, réservé aux élus, et qui ne demandait ni cérémonies ni devoirs extérieurs, mais un cœur pur et des vertus spirituelles. L'hûnumité la plus ivraie respire dans les quelques discours qui nous ont été conservés de lui ; elle vit dans ses actes, elle est fortifiée par sa mort, et le nom

de prédilecUon qu'il se donne fut celui de Fils de V Homme. Maintenant, si dans sa nation il trouva de nombreux disciples, surtout parmi les pauvres et les opprimés, si ses voies furent bientôt altérées par ceux qui se servant du voile de la sainteté, imposèrent leur joug au peuple, en sorte que c*est à peine si nous pouvons déterminer l'époque à laquelle il se révéla publiquement, il faut en chercher la cause dans les temps où il vécut.

Qu'était^il donc, ce royaume du ciel dont Jésus annonçait rapproche, qu'il s'e£Força d'établir, et dont le monde attendait la venue? Que ce n'était pas une domination terrestre : c'est ce que prouvent et ses paroles et ses actions, et jusqu'à la dernière et éclatante profession de foi qu'il fit devant son juge. Agissant comme sauveur spirituel de sa race, il voulut former des hommes de Dieu qui, quelle que fût la loi à laquelle ils obéissent, seraient guid^ dans leurs actions par l'intérêt d'autrui, selon les principes les plus purs, et, supportant le mal avec patience, régneraient en souverains dans le royaume de la vérité et de la justice. Il est incontestable qu'im but sem-*' blable est le seul qui puisse entrer dans les intentions de la Providence sur notre espèce, le seul auquel peuvent et doivent concourir, non-seulement les sages, mais toutes les nobles âmes de l'univers, selon la pureté de leurs idées ou de leurs efforts; car l'homme pourrait-il avoir im autre idéal de sa perfection et de son bonheur que cette pure humanité, partout répandue, partout active?

Je m'incline, plein de respect,, devant ta noble ims^e, 6 toi chef et fondateur d'un royaume si grand dans son objet, si illimité dans sa durée, aux principes si simples et si vivants, aux moyens si puissants que la sphère de cette vie terrestre lui semble trop étroite I Nulle part dans l'histoire on ne trouvera une révolution à la fois si paisible et si rapide, qui, par de faibles instruments, se répand sur

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