‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 86 sur 208 · LIVRE XVI. — CHAPITRE VI. i6i · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. — CHAPITRE VI. i6i

sacrifiant ainsi celles qui, en raison ^e leur situation, n'ont pu atteindre au même degré de gloire et de bonheur. Les Allemands ont pu apprendre quelque chose des Slaves, et peut-être les Cimbres et les Lettoniens auraient atteint les Grecs, s'ils eussent occupé un autre plan parmi les peuples. Nous pouvons certes nous féliciter de ce que le monde romain, au lieu de rester le domaine des Huns et des Bulgares, soit tombé en la possession d'une race semblable à celle des Germains, forte, belle, noble dans sa culture, chaste dans les mœurs, animée de sentiments d'honneur, de générosité, de loyauté. Cependant ce n'est pas un motif pour la considérer comme le peuple choisi de Dieu en Europe, et ce serait le fait d'un barbare sot et orgueilleux de croire que l'imivers lui appartient par droit de naissance, l'univers qui n'avait pour les autres qu'esclavage et misère. Le barbare subjugue les peuples, le vrai conquérant les instruit.

40 Aucun peuple en Europe ne s^est-il élevé de lui-même à la civilisation? Au contraire, chacun s'est efforcé do conserver autant que possible les mœurs grossières que lui avaient léguées ses ancêtres ; à quoi ils furent beaucoup aidés par un climat rude et sévère et surtout par Ja nécessité d'une constitution militaire. Aucun peuple européen, par exemple, n'a inventé d'alphabet ou n'en a pofrsédé qui lui fût propre. Les inscriptions runiques de l'Espagne, comme celles du Nord, furent empruntées à l'écriture d'autres peuples, et la civilisation entière du Nord, de l'Ori^t et de l'Occident, est un arbre dont les racines se trouvent dans Rome, la Grèce et l'Arabie. Il fallait bien du temps avant qu'il pût se faire à ce sol dur et rocailleux, et porter des fruits naturels, quoique d'abord amers et sauvages. Pour arriver à ce résultat, il fallait l'aide d'un instrument particulier, d'une religion particulière^ et ce que les Ro-

mains n'avaient pu flaire par les armes, fut accompli par une conçuête spirituelle.

Avant d'aller plus loin, nous devons donc examiner le nouveau moyen de civilisation, dont le but lut de réunir, pour le bien de chacun dans ce monde et dans le monde futur, tous les peuples en un peuple; car son action ne se fit sentir nulle part aussi puissamment qu'en Europe.

« Le voilà qui s'élève glorieusement, le signe qui rend à « l'univers l'espérance et la foi ; des milliers d'âmes se « confient en lui ; des milliers de cœurs battent à son apc proche; il écrase l'amère puissance de la mort; il fait « flotter au loin des étendards de victoire. Un frisson parce court les membres du sauvage guerrier : il aperçoit a la croix, il dépose les armes, d

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