FILETS NERVEUX ET CELLULES GANGLIONNAIRES
Tous les éléments nerveux de l'organisme se répartissent en deux classes bien distinctes : les filets conducteurs et les cellules ganglionnaires. Les filets conducteurs n'ont pas dans l'organiî^me une fonction isolée, indépendante : ils ne servent qu'à conduire , qu'à transporter une excitation, 1 ° des organes périphériques aux cellules ganglionnaires; 2" des cellules ganglionnaires aux faisceaux des filets musculaires ou aux membranes sécrétoires; 3"* d'une cellule ganglionnaire à une autre. Ils servent donc à unir la périphérie et le centre de l'organisme, ou les différents centres entre eux. Au contraire, les cellules ganglionnaires remplissent les fonctions centrales : elles reçoivent les excitations provenant de la périphérie, les modifient par une action spontanée; et tantôt les annulent par la résistance intérieure qu'elles leur opposent, tantôt sont provoquées par elles à déployer en partie la force emmaganisée dans leur sein, et à se répandre ainsi en actions périphériques par dos voies plus ou moins compliquées et par des conduits centrifuges.
Los cellules ganglionnaires concourent encore à la nutrition des filets nerveux qui émergent de chacune d'elles. Les nerfs, qui sont isolés de leurs centres d'innervation, ne tardent pas à s'atrophier (Wundt, p. 107).
Mais il serait inexact d'entendre la distinction dont il s'agit, comme si les filets conducteurs n'étaient que des intermédiaires passifs, et les cellules ganglionnaires seulement des organes actifs. Les premiers ont aussi une activiré propre; et la substance grise, qui se compose des cellules ganglionnaires, peut, à son tour, servir à transmettre les excitations. Mais comme la conductibilité rencontre moins de résistance dans les filets nerveux que dans les cellules ganglionnaires, les premiers sont plus propres que les seconds à la transmission ; et comme la force emmagasinée est beaucoup plus considérable dans la cellule ganglionnaire que dans le filet nerveux, ce dernier est moins propre que la première à des manifestations d'activité propre. Tant que l'excirationcommuniquéen'estpasannulée parla résistanceà la conductibilité, chaque excitation se transmet aussi à travers la sub^ance grise, à moins que la force représentée par cette excitation ne se dépense dans une autre direction, ou la résistance opposée à ia conductibilité est moindre. Ainsi la substance grise de la moelle épinière, après la sei*tion des cordons blancs, qui forment les filets conducteurs, se montre en état de transmettre les excitations qui ne sont pas trop faibles. Le fait qu'une transmission souvent répétée dans une direction déterminée dispose la substance grise à exécuter cetle fonction plus facilement, et qu'ainsi la résistance, que cette substance oppose à la conductibilité, diminue par Telfet de l'habitude, rend possible le phénomène, si important pour la conservation de l'organisme, du rétablissement spontané des voies de transmission, après un désordre quelconque, non-seulement parce que d'autres réseaux nerveux, mais encore parce que la substance grise elle-même se charge de remplir la fonction {Wundt, p. 274).
L'accommodation moléculaire de la masse nerveuse à une fonction qu'elle a été souvent forcée de remplir nous explique comment les filets nerveux qui aboutissent aux organes des sens sont surtout aptes à la transmission centripète, timdis que les filets qui se terminent dans les faisceaux irmsculaires sont propres surtout à la transmission
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centrifuge, et rencontrent une moindre résistance à leur conductibilité dans la direction correspondante. On ne saurait prouver en tout cas qu'ils ne sont pas du tout conducteurs à l'état normal dans la direction opposée. Nous n'avons aucun moyen de constater si une transmission de ce genre a lieu réellement. Cependant la direction des courants nerveux en sens inverse de leur voie habituelle semble être démontrée pour les nerfs moteurs par la dépendance déjà mentionnée où ils sont dans leur nutrition des cellules ganglionnaires correspondantes ; et, pour les nerfs sensibles, par le courant centrifuge d'innervation, qui accompagne l'attention, et par l'action centrale à laquelle sont dues les illusions des sens. En tout cas ces courants nerveux en sens contraire supposent que les vibrations des molécules ont une forme différente de celles qu'elles présentent à l'état normal. Comme l'accommodation et l'amoindrissement par reflet de l'habitude delà résistance opposée à la conductibilité ne se rapportent toujours qu'à une espèce déterminée d'excitations, le même nerf peut très-bien s'accoutumera la transmission centrifuge de telle forme de vibrations, et à la transmission centripète de telle autre, et opposer à la transmission eu sens opposé de ces mêmes vibrations une résistance considérable. Mais cette résistance n'est pas d'ailleurs insurmontable. Les expériences de Philipeaux et de Vulpian l'ont montré. Ces savants ont réussi après une section à cicatriser en travers les extrémités des nerfs voisins, sensibles et moteurs, et à réaliser ainsi sur une certaine étendue l'interversion de la direction fonctionnelle (Wtmdt, p. 2:27). L'expérience démontre incontestablement que la condition essentielle dans le processus nerveux est la forme des vibrations, laquelle résulte des organes terminaux soit de la périphérie soit du centre, et est transmise aux (ilets conducteurs; cl qu'il ne peut plus être question d' « énergies spécifiques » des nerfs, au sens d'une diversité absolument immuable. VVundt reconnaît d'ailleurs (page 361 et suivantes) que l'habitude, dans les processus vibratoires d'une forme et
d'une direction déterminées, peut imprimer à la masse nerveuse une disposition moléculaire telle que « tout trouble survenu dans l'équilibre des molécules provoque justement cette forme de mouvement »; il est forcé en outre d'admettre que cette accommodation n'est qu'en partie l'œuvre de l'individu, et qu'elle repose avant tout sur une prédisposition innée, héréditaire. On ne voit plus pourquoi l'ancienne expression d'énergie spécifique ne pourrait pas être conservée dans un sens relatif et après explication. Il y aurait lieu, tput au plus, de la changer en celte autre « disposition spécifique ».
Cette « disposition spécifique » devient une énergie réelle, en ce qu'elle ne représente pas seulement une diminution de la résistance opposée à la transmission d'une forme déterminée de vibrations, mais encore une certaine force de tension ou une énergie potentielle qui se traduit sous certaines excitations en force vive ou en énergie motrice. Ainsi le travail qu'accomplit un filet moteur sous une excitation galvanique, et qui se traduit par une contraction musculaire, n'est pas simplement la transformation d*une force communiquée, mais l'effet d'une énergie propre, qui était en réserve, et que Texcilation extérieure a seulement provoquée à se déployer. Mais il faut que cette activité ait sa règle intérieurement : autrement toute excitation, qui dépasserait la limite d'indifférence, mettrait en jeu la force tout entière qui est tenue en réserve dans les filets nerveux. La réaction serait désordonnée; et le nerf deviendrait incapable à la longue de répéter le même travail. Le mécanisme des nerfs doit donc comprendre, à côté des puissances d'excitation, des forces d'arrêt, qui servent à maintenir la limite que l'excitation doit dépasser pour se faire sentir, et à légler dans son intensité et sa duiée la dépense de force nerveuse. Qu'on irrite la cuisse d'une grenouille, et qu'on fasse représenter graphiquement la courbe contractile par les oscillations d'un balancier qui reproduisent sous une image sensible le cours suivi par la réaction, on observe d'abord une forle ondulation, qui répond à la pré-