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CENTRES DES SENS QUI FORBIËNT L'ESPACE

lui son regard. La substitution du sens de la vue à celui du toucher est ici toujours imparfaite, et n'a jamais la sûreté de direction des réflexes immédiats, que les couches optiques produisent sous Taction du dernier des deux sens. Si les couches optiques sont blessées sur un côlé, la coordination l'éilexe des mouvements est détruite, principalement pour une moitié du corps. On voit les muscles d'une moitié du corps fonctionner réjjulièrement, tandis que ceux de l'autre moitié deviennent tout à coup impuissants, et semblent frappés de paralysie sans être réellement paralysés. Il en résulte une absence de symétrie dans les mouvements, qui ont une tendance à produire la rotation du corps, le phénomène qu'on appelle c mouvement de manège ». (Voir 196- 199.) On reconnaît l'absence d'une véritable paralysie à ce lait que le désordre des mouvements cesse avec le temps, et que la volonté des hémisphères apprend à corriger les faux mouvements. Les mouvements réguliers de fuite, que les lapins et les grenouilles exécutent après l'ablation des hémisphères et des corps striés, à chaque irritation de la peau, pourraient être rapportés aux couches optiques comme à leur centre. Ce qui semble confirmer cette hypothèse, c'est qu'une grenouille dans cet état, après la lésion des couches optiques, exécute son mouvement de fuite par une série de mouvements de manège.

La proximité des tubercules quadrijumeaux et des couches optiques, les voies de communication qui s'observent entre eux, le fait que chez les vertébrés inférieurs (comme les grenouilles) les couches optiques sont très-peu développées et que leurs fonctions sont remplies en partie par les tubercules, paraissent indiquer que les deux centres sont étroitement associés; et cette correspondance rappellerait celle des sens de la vue et du toucher. Ces deux sens sont, en efTet, les seuls sens étendus, c'est-à-dire les seuls qui étendent dans l'espace leurs sensations, il ne me parait pas déraisonnable de croire que la fusion dans la pensée de rétendue tactile et de l'étendue visible, d'où résulte l'étendue unique du champ de nos perceptions, cette fusion

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celui (lu cervelel montre que cet organe contribue essentiellement à rinncrvation énergique des muscles; et que les muscles, dans l'étal normal, tirent du cervelet une partie considérable de leurs excitations nerveuses. Cela n'autorise pas sans doute à considérer, avec Luys, le cervelet comme la source de toute innervation motrice : môme après la • destruction du cervelet, des mouvements Irès-énergiques peuvent être produits par tous les autres centres, qui suppléent ainsi jusqu'.i un certain point à la perte du cervelet.

Ce que nous savons le plus sûrement du cervelet, parce que nous ne l'avons pas appris par des vivisections, mais parce que nous en avons fait l'expérience variée sur l'homme vivant, c'est que le cervelet est l'organe du vertige sous toutes ses formes. Le vertige peut résulter, soit de lésions restreintes de cet organe; soit d'une simple pression, de l'action d'un courant galvanique qui le parcourt transversalement; enfin delà perception d'images mobiles, même de la simple imagination de mouvements dont certaines perceptions visuelles suggèrent l'idée. Le vertige, on le sait, est indépendant de la volonté des grands hémisphères, ou du libre arbitre; il se manifeste comme un trouble de la coordination involontaire qui préside aux mouvements du corps. Comme le trouble partiel de la fonction (' i cervelet produit des désordres partiels dans les sens.i.ons des deux yeux (le croisement des filets conducteurs est ici partiel de la même manière que dans les tubercules quadrijumeaux), il produit une représentation différente de la place occupée. par l'œil et par suite un mouvement apparent des objets, qui cause, à son tour, lorsque le vertige s'accroît, l'obscurcissement du champ visuel. L'organe continuant de fonctionner et s'efforçant d'accommoder k ses sensations nouvelles l'attitude du corps, cette accommodation, si les sensations sont faussées par la maladie, doit conduire à des mouvements musculaires objectivement faux. Ce sont les mouvements de rotation, qui suivent tout vertige, bien que, aux degrés inférieurs du

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vertige, les impulsions nerveuses correspondantes qui proviennent du cervelet puissent être paralysées par les impulsions opposées du grand cerveau {Wundt; 207, 221). Demandons-nous maintenant comment le ganglion auditif est devenu justement le plus important de tous les centres nerveux, qui servent à coordonner les mouvements du corps d'après la place qu'ils occupent dans l'espace. Li réponse à cette question doit être cherchée peut-être dans ce fait, que le sens spécial de l'équilibre est trè-élroitemenl associé à celui de l'audition; et que, pour cette raison, il devait être rattaché tout d'abord au même ganglion que le sens de l'ouïe, comme à son organe central. Ce sens de l'équilibre consiste dans les trois canaux à demi-circulaires que l'on peut regarder comme un manomètre pour la pression hydrostatique interne, selon les trois axes réciproquement perpendiculaires. La lésion de Tun d'eux amène à sa suite les mêmes phénomènes de veitige, les mêmes mouvements rotatoires, que la lésion du cervelet lui-même. Cet organe de l'équilibre nous sert d'abord à nous orienter sur l'attitude que la tète a prise par rapport à la direction de la pesanteur. Et, comme l'attitude du corps par rapport à la tête est déterminée par des sensations tactiles, le même organe nous sert à déterminer l'attitude générale du corps. Il est clair que ce sens de l'équilibre devait' se développer dans la même mesure que le centre correspondant; et que ce développement corrélatif du cervelet devait consister dans le perfectionnement des dispo>ilions réflexes qui servent à coordonner l'attitude du corps d'après la sensation de l'équilibre. Le développement du centre qui sert au sens de l'équilibre remporta bientôt dans le cervelet sur celui du centre qui sert au sens de l'ouïe; et, comme ce dernier n'avait pas lardé à trouver un second centre dans les hémisphères cérébraux, le centre de l'équilibre s'unit a d'autres auxiliaires pour remplir sa fonction, d'abord avec le cordon conducteur des nerfs du toucher général, en second lieu avec le sens de la vue.

Parcelle correspondance on s'explique que les vertébrés vivant dans Tair et clans Teau ont le cervelet plus développé que ceux qui vivent sur le sol. C'est que pour ramper et marcher, le sens du loucher, aidé par la superficie horizontale du sol, fournit des indications suffisantes, et rend moins nécessaire la coordination des mouvements à l'aide du sens de l'équilibre; tandis que, pour voler et surtout pour nager au fond de l'eau, le sens de l'équilibre est la base e^^sentielle, sinon unique de la coordination.

Chez l'homme, l'union originelle du cervelet et du sens de l'ouïe se manifeste surtout par deux signes. Le premier, c'est que l'origine nerveuse de l'organe de l'ouïe n'est chez l'eu bryoïf -ju'un développement de la vésicule du cerveau pi st'rieu» 5 le second, que le rhythme musical, perçu par l'oreille, p^rovoque irrésistiblement des mouvements rhylhmés. On ne se tromperait pas en définissant le cervelet le cenlre de la danse. Le fait qu'une troupe fatiguée est ranimée par les sons d'une musique guerrière, et se remet en marche avec une vigueur nouvelle, s'explique par cette considération que, à la place des hémisphères, des corps si ries et des couches optiques fatigués, le cervekt, comme un organe frais, se charge, à son tour, d'innerver les muscles. Bien que presque tous les sens paraissent] être représentés assez complètement dans le cervelet, la destruction de cet organe rfallère pas la perception sensible des hémisphères cérébraux. Cela prouve que les derniers ne recueillent, par l'intermédiaire du cervelet, aucune espèce de perceptions sensibles (même celles de l'ouïe), dans le même sens qu'ils recueillent les perceptions visuelles par l'intermédiaire des tubercules quadrijumeaux.

Les hémisphères cérébelleux sont, en dehors des hémisphères cérébraux, le seul centre où se soit développée une couche corlicalc de substance grise. Ce fait indique que le passage de la forme compacte de noyau à l'extension superficielle répond dans les deux cas au même but. Ce but ne peut-être que la correspondance des parties de la

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