ADDITIONS
Page 6.
Remarque j dernière ligne : Comparez aussi mes Éclaircissements à la métaphysique de l'Inconscient, (Berlin C.Duncker, 4874, p.S-H.)
Page 22, ligne 12.
La seconde édition augmentée de « La chose en soi >, a paru en 1875 sous le titre de : Fondement critiqua du réalisme transùendantal. (Berlin, chez C. DMncker.)
Page 25, ligne 21,
Un examen approfondi du rôle qtie l'Inconscient, entendu comme l'onction inconsciente et logique de Tesprit, jouA dans toute la philosophie de Kant, et particulièrement dans la Critique du jugement et par suite dans la Critique de la raison pure, se trouve dans l'écrit de Johannes Volkelt ^ KanJ et la logique inco7iscienle (Philosoph. Monalshefto, 1873. IX vol., 2' et 3° livraisons), et dans son livre : inconscient et le pessimisme. (Berlin, chez F. llenschel, 1873, p. 44, 62.) Volkelt montre dans ces deux passages « que Ton ne peut approfondir la philosophie de Kant, sans s'engager de plus en plus avant dans le do-
550 ADDITIONS A LA PHÉNOMÉNOLOGIli: DE L'INCONSCIENT.
raaine de Tlnconscient. » Toutes les solutions des problèmes analysés par Kant présentent des contradictions, qui demandent à être levées ; et qui ne se laissent écarler que par l'introduction du principe de l'Inconscient. Kant, ici comme ailleurs, a moins travaillé et contribue au progrès de la philosophie par la solution qu'il donne des problèmes, que par sa façon de les poser. Ses ouvrages ont ainsi plus efficacement contribué à fraver la voie à une théorie de Tinconscient, que bien des aperçus isolés où l'Inconscient était plus clairement entendu.
Page ai, ligne 3.
Le livre de J. Voikolt : V Inconscient et le pessimisme (p. 62 et 78) donne d'intéressants éclaircissements sur la philosophie hégélienne. 11 en ressort que « la logique inconsciente est le principe vivant de celle philosophie » (p. 62) ; et que « Thogélianisme porte en soi ime tendance à développer dans toute son étendue le principe de Tlnconscienl » (p. 76). Si l'Inconscient chez Kant n'est encore qu'une hypothèse à peine soupçonnée, que le philosophe n'ose guère envisager en face, l'inconscience de l'Idée dans son être en soi est , chez Ilégel, une supposition évidente par ellemême, qui, par son évidence même, semble au philosophe n'avoir pas besoin d'explication, alors que pourtant celle vérité, comme étant la plus exposée aux malentendus et aiut attaques, avaitbesoin d'être exprimée sans la moindre équivoque et établie sur les démonstrations les plus solides. Cela fait que l'Inconscient, chez Ilégel lui-même, paraît ignoré dans sa véritable signification, alors qu'il constitue .en soi et dans sa substance tout le fond de sa philosophie.
Page SI ^ ligne ii.
Du reste, les œuvres de Ilégel ^contiennent assez de passages propres à convaincie le lecteur incrédule que l'in-
ADDITIOISS A LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE L'INCONSCIENT. 551
lerprétation indiquée ici de rhégéliaiiisme est réellement celle que le maître lui donnait. Yolkell les a réunis habilement. Hegel trouve que l'expression de « pensée objective est peu convenable, parce que le mot pensée ne s'applique habituellement qu'à l'esprit, qu'à la conscience » {EncycL^ § 24). Si l'essence intime du monde est définie comme pensée, rien de la conscience ne lui est pour cela attribué. La logique dans le monde forme plutôt un système de pensée inconsciente (/d., Addition, p. 45 et suiv.). Pour Hegel, le travail de la logique consiste à élever à la conscience de l'esprit les catégories qui n'agissent d'abord que par une puissance instinctive, comme des penchants (Œuv,^ III, p. 48-49). L'instinct est pour lui la finalité agissant sans conscience {Encycl. , § 360). Il dit dans V Esthétique (2' (Mit. , I, p. 53) : « La fantaisie est aussi une sorte de production instinctive, puisque la faculté de produire la forme plastique et sensible de l'œuvre d'art est présente subjectivement dans l'artiste comme disposition et instinct de la nature; et que, comme activité inconsciente, elle fait partie du naturel de l'homme. »
Page 32, ligne 10.
L'essence de l'Inconscient demeure tout à fait indéterminco dans la remarque qui suit imm('»diatement, et qui prouve d'ailleurs qu(î Sehopenhauer avait un sentiment précis do l'importance qu'une analyse approfondie de l'Inconscient devait avoir pour la psychologie et l'esthétique, «f Tout ce qiii est primitif, et, par suite, tout ce qui est vrai dans l'homme agit, comme tel, d'une manière inconsciente, à la façon des forces naturelles. Tout ce qui traverse la conscience prend là forme de la représentation. Aussi toutes les qualités vraies et solides du c iractère et de l'esprit sont ordinairement inconscientes : c'est seulement comme telles qu'elles font une impression profonde. Tout ce qui est conscient est déjà amélioré, intentionnel et
dégénère par là en affectaïion, c'est à-dire tourne au mensonge. Ce que l'homme produit sans conscience ne lui coule aucune peine; mais aussi aucun effort ne saurait le produire. De ce genre est la naissance des conceptions primordiales, qui sont au fond de toutes les œuvres du véritable génie et en constituent le principe même. Ce qui est inné est seul vrai et solide; quiconque veut produire, qu'il soit homme d'action, écrivain ou artiste, doit suivre les règles, sans les connaître. » (Parerga^ II vol., § 352.)
Page 35.
D'après Ilerder, a la nature pense avant l'homme. » Haym admet (Preî<s5. Jnhrb, vol. XXXt, 1873, livre, I p. 43) que Ilerder parle ici de Tlnconscienl infaillible, qui t renferme en soi une sorte d'omnisciencc et de toute-puissance, du principe unique et organique de la nature, de la toutepuissance organique qui est partout répandue, et qui conserve ou permet la vie. » C'est d'elle qu'il voudrait faire sortir la croissance des cristaux, comme les instincts des animaux, comme enfîn la vie, l'activité, la destinée des hommes. A la page précédente, Haym cite un passage d'une lettre de Jacobi à la princesse de Galizin : t Notre conscience sort d'un principe qui n'a pas encore de conscience, notre pensée de quelque chose qui ne pense pas, notre réflexion de ce qui est étranger à la réflexion, noire volonté de ce qui n'a point part à la volonté, notre âme raisonnable de ce qui n'est pas encore une âme raisonnable. Une force mécanique, qui n'a pas besoin pour cela d'être déraisonnable, voilà en toute chose le point de départ. »
Page 42, ligne 48.
Un excellent exposé des mérites de ce physiologiste philosophe se trouve dans Volkelt : Vlnœnscienl et le Pesstmisme{p. 78, 86.) Le même auteur nous montre, (p. 83, 86,)
pourquoi Carus ne pouvait devenir le père d'une philosophie nouvelle et fonder l'école des partisans de Tlnconscient. (Voir aussi A. Taubert : le Pessimisme et ses adver-sa ires.)
Page 44, ligne 2.
La position un peu différente que Wundt adopte dans son dernier ouvrage, en face du concept de l'Inconscient, est l'objet d'un examen dans notre étude additionnelle Sur la physiologie des centres nerveux, (Voir plus haut.)
Page 45, ligne 5.
La pensée citée se retrouve déjà dans ce passage de Georjres Christophe Lichtenberg : « Nous avons conscience de certaines idées, qui ne dépendent pas de nous; d'autres, nous le croyons du moins, dépendaient de nous. Où est la limile des unes et des antres? Ndus ne connaissons que Texistence de nos sensations, de nos idées, de nos pensées. On devrait dire « il » pense, dans le même sens qu'on dit il fait (les éclairs. Dire cogito, c'est déjà trop affirmer, du moment où Ton traduit par : je pense. Supposer le moi à titre de postulat, c'est obéir à un besoin pratique. »
Page 45, ligne 8.
D'une manière, à ce qu'il semble, indépendante du développement de la pensée continentale, le concept de l'Inconscient s'est conquis dans les derniers temps une certaine place dans la littérature anglaise. C'est à un philosophe, à un historien, à un médecin, qu'il doit son expression la plus nette. Hamilton dérive l'existence d'idées inconscientes principalement de ce fait, que le retour d'une série précédente de pensées dans la mémoire présente parfois l'omission de t(»ute une série de membres intermédiaires (voir Lect. on Metaphysics, I, p. 352 et seq,). C'est là, du reste, un argument peu acceptable sous cette forme. Les idées de
55i ADDITIONS A LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE L'INCONSCIENT.
Carlyle sur le concept de Tlnconscieni ressortenl surtout d'un essai de lui intitulé : Characterislics, qui a paru d'abord dans la Revue d'Edimbourg, CVIII, et plus tard dans ses essais mêlés. Parmi les auteurs anglais, celui qui a le plus résolument affirmé et le mieux entendu dans tous les sens ce concept de l'Inconscient estMaudsley, avec cette réserve toutefois qu'il interprète le plus possible l'Inconscient dans un sens matérialiste. Le chapitre additionnel qui termine ce volume analyse avec assez d'étendue les vues de Maudsley (voir plus haut), pour que nous puissions nous dispenser de les reproduire ici. Enfin Lewes serait encore, parmi les auteurs anglais, un de ceux qui ont reconnu dans un certain sens la vérité du concept de l'Inconscient.
Page 45.
Quelque défectueuses et incomplètes que soient les notices rassemblées ici, elles peuvent suffire cependnt à montrer que le principe de l'Inconscient, comme toute conquête importante dans l'histoire, s'est développé par un processus graduel; que tous les systèmes, toutes les écoles de philosophie , depuis les temps les plus reculés jusqu'au présent, tendent plus ou moins à l'affirmation de ce prfncipe {voir dans l'ouvrage de Volkelt, V Inconscient et le Pessimisme^ la première partie : Histoire de V Inconscient). Le présent ouvrage ne fait que mettre en plus vive lumière ce principe, qu'en faire ressortir toute l'importance et les applications étendues, mais ne le donne pas comme une découverte toute nouvelle, ou, comme on dit plus mali- •cieusement, comme une invention.
Page 50. Remarque.
Il est permis, disons plus, il est bon d'introduire, même dans les recherches philosophiques, le concept de la vraisemblance, qui est reconnu dans la science moderne comme
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le seul fondement de toute connaissance humaine. Les philosophes, dans la discussion de problèmes qui ouvrent le champ à plusieurs solutions, doivent s'efforcer aussi de déterminer, autant qu'il paraît possible, le coefficient de probabilité pour chacune des diverses hypothèses possibles. Pour nier cela, il faut ou faire partie de ces philosophes qui considèrent comme l'objet exclusif de la philosophie la possession de la certitude absolue, et déclarent à l'avance indigne du nom de philosophie tout autre savoir que leur prétendue science absolue; ou se ranger du côté opposé parmi ces sceptiques absolus qui révoquent en doute la possibilité de toute connaissance, non-seulement absolue, mais même relative, et refusent à l'homme le pouvoir de séparer par une limite quelconque la vérité et l'erreur. C'est entre ces deux extrêmes que presque toute philosophie s'est développée jusqu'à ce jour. Quand la prétention d'at-. teindre à la science absolue est pour un temps devenue encore une fois et à bon droit l'objet de la raillerie, le scepticisme redevient le maître de nouveau ; et il semble que la philosophie n'ait plus d'autre but que de montrer qu'il est insensé de philosopher. Et en fait aujourd'hui, après l'insuccès de tant de systèmes qui se donnaient pour la vérité absolue, après qu'on a reconnu clairement par quel développement insensible la vérité naît de l'erreur, après qu'il est devenu évident que les instruments de là connaissance humaine ne peuvent atteindre la subtilité et la grandeur infinie de la nature, on comprend difficilement que des esprits soient encore assez naïfs pour demander à la philosophie la découverte de la vérité absolue, et pour refuser le nom de philosophie à toute science qui renonce à la certitude absolue. On ne doit pas sans doute contester que le savoir certain ne soit et ne doive demeurer l'idéal de nos recherches scientifiques. Mais il serait temps toutefois de reconnaître que l'idéal ne se rencontre pas dans la réalité, qu'il forme plutôt, comme l'asymptote, dont la courbe du développement historique se rapproche sans cesse sans jamais la rencontrer. Mais, d'un autre coté, il
n'est pas moins déraisonnable, après qu'on a reconnu Timpossibililé de réaliser l'idéal comme tel, de rejeter aussitôt ridéal comme une illusion, comme une conception sans rapport avec la réalité ; ou de considérer comme infinie la dislance qui sépare la réalité de l'idéal, et par suite de tenir les deux pour incommensurables. Si le scepticisme avait raison, tout notre prétendu savoir serait également éloigné de la vérité (car, si, par hasard, il l'atteignait jamais, nous n'en saurions rien). On supprimerait ainsi toute possibilité d'un développement historique de la science, toute possibilité d'une science, toute distinction démontrable ou hypothétique entre la science, la croyance et l'imagination la plus insensée. H suffît de penser à ces conséquences rigoureuses du scepticisme pour reconnaître qu'il fait violence à l'esprit humain. Aussi voit-on toujours l'humanité retomber du scepticisme dans le dogmatisme et l'illusion du savoir absolu, pour condamner bientôt avec le scepticisme la vanité de ce dogmatisme. Pour éviter de rouler ainsi stérilement dans un cercle, l'humanité doit reconnaître ouvertement que les deux afiirmations extrêmes sont en partie vraies, et en partie fausses. Le dogmatisme qui croit à la science absolue a raison d'affirmer son idéal et de soutenir que la poursuite de cet idéal n'est pas stérile; le scepticisme a raison de nier que la réalisation de cet idéal soit jamais possihie à l'homme. Mais le premier a tort de méconnaître la différence de l'idéal et de la réalité, et de refuser pérempt« ireraent toute valeur à la science, qui ne se donne pas pour la léalisation absolue de l'idéal. Le second refuse à tort d'admettre qu'on puisse distinguer dans le savoir humain des degrés différents, et que notre scienre puisse plus ou moins se rapprocher de son idéal. Il faut maintenir absolument que les différents dej^rés de la connaissance ont une valeur inégale : autrement la vie pratique elle-même n'est plus qu'un empirisme sans raison. Si l'on veut attribuera la connaissance scientifique un plus haut prix qu'à la représentation, qu'à l'opinion vulgaire; au savoir assuré de reposer sur les faits, plus de valeur qu'à
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la conviclion d'une foi qui ne raisonne pas, et qui ne s'appuie que sur les postulats du sentiment ou sur l'autorité personnelle d'un maître, ou même sur les idr'^es fixes de la maladie : il faut absolument mesurer jusqu'à quel point notre savoir s'approche de l'idéal de la ceilitude, que l'on détermine ce point par une formule numérique ou qu'on le laisse sous la forme vague d'une estimation du sentiment, sans l'exprimer en nombre. Si Leibniz a raison de soutenir qu'il n'y a pas d'affirmation, si fausse qu'elle soit, où ne se rencontre une étincelle de vérité; aucune vérité si haute, que le langage, en l'exprimant, ne mêle de quelque élément d'erreur : il n'y a pas nim plus d'opinion, de croyance ou de savoir qui ne nous suggère le vague sentiment d'un mélange d'éléments de vérité et d'erreur. Il s'agil d'éclairer par la science ce sentiment confus; de déterminer le rapport de la vérité et de l'erreur; et de fixer avec précision le rapport de notre savoir à la certitude. Si on voulait mesurer le prix du savoir au rapport des éléments de vérité et d'erreur qu'il contient, comme on fail dans un pari pour la vérité d'une assertion, on aurait un rapport entre deux grandeurs variables, ce qui rendrait difficile la comparaison entre plusieurs rapports de ce genre. On exprime mieux le prix du savoir en déterminani le rapport des éléments de vérité qu'il contient à la totalité des éléments de la science supposée comme vraie; en d'autres termes on prend l'idéal constant de la connaissance certaine comme unité de mesure pour apprécier la valeur de nos connaissances, comme 1 ; et l'on exprime le rapport du savoir à la certitude par le rapport d'une fraction exacte à celte unité. Celui qui s'est une fois familiarisé avec cette expression mathématique en sentira bientôt la justesse naturelle, et s'habituera aisément à ramener son estimation vague et sentimentale du prix d'une science à un coefficient de vraisemblance dont la grandeur, du reste, oscillera toujours entre une limite minima et une limite maxima, et doit être par conséquent regardée selon toute vraisemblance comme imparfaitement rigoureuse. *
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On a élevé de différents côtés des objections contre cette argumentation par le calcul des probabilités. Mais la plupart trahissent si peu d'intelligence de la question qu'elles ne méritent pas un examen approfondi. Aucune d'elles ne touche le point que j'ai déjà signalé, page 52, dans une remarque, comme celui où l'application à un cas particulier de la méthode en question peut le plus facilement égarer. Je ne veux ici mentionner qu'un seul adversaire, tant parce que ses fausses objections ont une apparence de solidité, que parce qu'il m'a fait reconnaître la nécessité de donner à mon argumentation pour les esprits peu intelligents ou malveillants un complément que j'avais cru pouvoir négliger et laissé à l'intelligence du lecteur le soin de trouver. Albert Lange, dans son Histoire du matérialisme (2' édit., vol II, p. 280, 283 et 307-309), combat l'application de la méthode tout entière des probabilités aux problèmes de la nature, en tant qu'il s'agit de remonter des phénomènes à leurs causes. La raison qu'il invoque, c'est que la réalité devrait toujours paraître à priori comme trés-invraisemblable, puisqu'elle n'est qu'un cas spécial entre de nombreux cas possibles, sans que cela enlève rien à la certitude de sa réalité, car la fraction de vraisemblance qu'elle présente n'exprime que le degré de notre ignorance subjective. (Voir p. 282 et 283 du 2** vol.) Il fonde sa critique sur ce que la théorie de la probabilité repose tout entière sur l'abstraction que nous faisons des causes efficientes, que nous ne connaissons pas, tandis que certaines conditions générales nous sont connues, sur lesquelles nous établissons notre calcul (282). Si la dernière supposition était juste, il n'y aurait rien à répliquer contre la conséquence que Lange en lire ; mais, en réalité, cette supposition demande une rectification importante. Si les causes concoumntes, dont on fait abstraction, «étaient absolument inconnues sous tous
les rapports, on ne pourrait parler de déterminer une vraisemblance. Mais le calcul de la probabilité n'est, au contraire, possible que sous la supposition que les causes concomitantes, dont on fait abstraction, sont des causes accidentelles. Par causes accidentelles, au sens de la théorie de la probabilité, il faut entendre celles qui ne sont pas indispensables, sous la forme où elles se présentent à nous, à la production du phénomène en question, par suite, ne s\ rencontrent pas constamment; mais changent tellement, que leur influence se contre-balance d'autant plus que le phénomène se répète plus souvent. L'évaluation, que détermine le calcul des probabilités, repose sur l'hypothèse que les causes concomitantes accidentelles se compensent complètement dans une multitude inlinie de cas répétés. Des causes accidentelles de ce genre sont, par exemple, dans la nature inorganique, les causes qui décident de la chute du dé sur telle ou telle face; dans la nature organique, celles auxquelles sont dus les arrêts de développement ou les monstruosités.
Lange laisse de côté cette supposition essentielle du calcul des probabilités; c'est pour cela qu'il nie que l'on puisse remonter par le raisonnement des effets perçus à la détermination de la nature des causes. Si je prends part à un jeu de rouge cl de noir, oii je vois la rouge se présenter vingt fois de suite, il n'est pas douteux que ce fait peut être du à la simple combinaison de causes accidentelles. Mais, '^ans pouvoir nier cette possibilité, comme elle est très-peu vraisemblable, j'ai le droit d'envisager une autre possihihté, telle qu'une cause constante intervient en faveur de la rouge. Lange n'accusera pas, sans doute, de mal raisonner celui qui hésite à risquer son argent sur un tel jeu et qui se croit en droit de soupçonner (c'esl-à-dire de conclure en vertu du calcul des probabilités) que le jeu est disposé de manière à tricher, bien qu'il soit toujours possible que ce soupçon manque de fondement. Si Lange accorde la valeur de ce raisonnement dans un tel cas, il ne peut refuser de l'admettre pour mes exemples. II devrait
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être en état de prouver à priori que la classe de causes constantes que je suppose est impossible. Son objection aboutit en fait à cette dernière affirmation, qui manque absolument de preuves. Ce n'est pas la méthode de mon raisonnement qu'il peut légitimement attaquer, il cherche à combattre, du point de vue et avec les préjugés d'une conception mécanique et matérialiste du monde, la valeur de l'hypothèse que ma méthode a pour but de justifier. Du point de vue du calcul des probabilités, une telle méthode ne serait acceptable que si la conception mécanique du monde, qui interdit de recourir à des principes métaphysiques (à plus forte raison, à des esprits personnels et mythologiques), avait à l'avance une vraisemblance si considérable, que toute probabilité, si grande qu'elle fût en faveur du contraire, ne pût ébranler en aucune façon la première vraisemblance. S'il en était ainsi, toute philosophie et toute métaphysique' seraient sans doute impossibles, comme Lange le croil. Mes recherches doivent décider s'il en est ainsi; mais je considère à l'avance cette affirmation comme un préjugé antiscientifique, comme une pure pétition de principe, dont la fausseté se fera de plus en plus reconnaître.
Lange cherche à fortifier sa protestation contre le recours à des principes métaphysiques par une comparaison. 11 affirme que la même méthode conduirait, lorsque, dans un jeu de hasard, la chance favorable se répète souvent, à conclure avec la même vraisemblance à l'intervention de la déesse fortune ou d'un esprit familier. Mais il faudrait ici commencer, ce qu'on ne fait point, par éliminer, coinmo ma théorie le suppose, l'action des causes constantes matérielles. En d'autres termes, avant de recourir à la fortune, il faudrait bien s'assurer que les dés ou que le jeu de noir ou de rouge ne sont pas viciés par des dispositions qui agissent comme causes constantes. Supposi? que "cette enquête ait été soigneusement faite et ait donné un résultat négatif^ il n'y aurait plus rien à objecter contre le recours à la déesse fortune comme cause constante, sinon que la nonexistence d'une telle pei^onnalité mythologique a pour soi,
en vertu d'autres raisons, une bien plus grande vraisemblance, que son existence n'est rendue probable par le jeu en question ; qu'il en soit réellement ainsi, cela n'a pas besoin de démonstration. Mais l'exemple ne prouve rien contre la supposition de principes impersonnels et métaphysiques, pour expliquer les processus organiques, puisque le contraire ne repose sur aucune vraisemblance irrésistible. Lange n'a donc pas, comme il se le proposait, découvert dans mon explication un vice de méthode : il n'a montré que l'aveuglement où le jette le préjugé matérialiste qui le domine.
Il faut encore remarquer que le rapprochement qu'on établit entre les gains répétés dix fois de suite du joueur et Texistence d'une finalité organique dans la nature ne prouve rien pour une tout aulre raison. Lange parle d'un homme qui a réussi dans un seul cas à gagner dix fois de suite, tandis que la merveilleuse combinaison des conditions qui président à la finalité organique se reproduit un nombre de fois infini simultanément et successivement. Le raisonnement qui conclurait que le joueur en question est l'objet spécial des faveurs de la déesse fortune ressemblerait à celui qui conclut à la finalité organique, si l'homme dont il s'agit n'avait pas seulement gagné en une seule séance de jeu dix ou vingt coups au doublet, mais avait eu ce bonheur inouï durant toute sa vie sur toutes les tables de jeu de ce monde; et si une exception à ce bonheur inouï était chez lui aussi rare que les monstres parmi les produits de la finalité organique. Au contraire, Lange n'aurait raison de soutenir que la réalité de ce qui est à priori invraisemblable dans la nature organique n'autorise pas, sans autre raison, à conclure à l'existence d'une cause constante, que si la réalisation de cette finalité harmonieuse, laquelle est à priori invraisemblable, était un cas rare parmi les avortons et les monstruosités sans nombre que produirait l'activité impuissante de l'organisme, comme les 10 ou 12 coups heureux successifs sont un cas exceptionnel dans un jeu de hasard (lequel, par
BARTMAlflV. I. ' 36
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son extrême rareté, répond absolument aux calculs à priori de la probabilité). Cette différence considérable est assez frappante, pour qu'on ait lieu de s'étonner qu'elle ait échappé à Lange. Elle suffirait à elle seule pour renverser toutes les attaques de Lange contre ma théorie.
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Ces remarques pourraient suffire à justifier le choix qui a été fait du nom de « Volonté », pour désigner le principe unique, qui est incontestablement au fond de toutes les manifestations de l'activité volontaire. Cette dénomination, si heureusement trouvée par Schopenhauer, n'a si longtemps rencontré l'opposition passionnée des philosophes de l'école, que parce que leur psychologie était tout entière limitée au domaine de l'activité consciente de l'âme et s'appliquait à l'isoler du fondement inconscient sur lequel elle repose, pour en faire un principe spécifiquement distinct et supérieur. Étendre aux fonctions inconscientes de l'âme une dénomination tirée de la vie consciente lui paraissait une insulte à la majesté de l'esprit, qu'elle séparait de la nature par une sorte d'opération artificielle. Plus la doctrine de l'essence identique de l'esprit conscient et de la nature inconsciente a conquis d'adhérents, dans les derniers temps, plus l'usage fait par Schopenhauer du nom de la volonté trouve d'approbateurs et d'imitateurs. (Voir Gôring, Système de la philosophie critique^ Leipzig, chez Voit et C'., 1874. 1" partie, ch. m, particulièrement p. 68- 71, où sont réfutées différentes objections contre le concept de la volonté inconsciente.)
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Si déjà de nouvelles recherches ont montré que des terminaisons de nerfs moteurs se rencontrent aussi dans certaines parties des grands hémisphères, les arguments qui
ADDITIONS A LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE LMNGONSGIENT. 563
suivent ont assez de poids par eux-mêmes pour n*en être point affaiblis.
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Pour qu'un mouvement se produise correctement, c'està-dire avec une énergie convenable dans tous ses éléments, il faut que non-seulement la position des parties correspondantes du corps soit clairement sentie au début du mouvement, mais qu'elle le soit encore à chacun des moments successifs de l'exécution. Il est nécessaire, pour cela, que le sens du toucher aussi bien que le sens musculaire (ou le sens du mouvement musculaire) fonctionnent régulièrement. C'est seulement lorsqu'existe la sensation exacte de la position des parties à chaque moment (et il n'est pas nécessaire que cette sensation se produise dans les hémisphères cérébraux : elle n'a son siège habituellement que dans le cervelet, les couches optiques, ou les corps striés), c'est alors que le degré de l'innervation motrice peut être convenablement déterminé et contrôlé par la comparaison de la sensation du mouvement musculaire perçue, alors que le mouvement est déjà presque accompli, avec la sensation musculaire dont on a l'idée à l'avance, c'est-àdire que l'innervation motrice peut être accrue, restreinte ou modifiée. C'est ainsi que la sensation musculaire, anticipée par ridée, peut (sans doute seulement à l'aide d'une comparaison avec la sensation musculaire perçue avant et pendant le mouvement) servir à régulariser le mouvement; mais le principe régulateur est autre chose ici que le principe producteur ou excitateur, et que ce qui dirige l'impulsion nerveuse sur certaines extrémités nerveuses et par là détermine la qualité du mouvement. Maudsley nomme ce dernier principe « l'intuition du mouvement » (PhysioL etpath, de Vàmc^ trad. de Bôhm,p. 183) ; il le distingue aussi bien de l'idée consciente du mouvement voulu que de la sensation musculaire ; et admet que la perception de la sen-
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sation musculaire est nécessaire sans doute à la naissaùce et à la formation de cette intuition (chez Thomme peutêtre, certainement pas chez les animaux), mais qu'une telle perception n'est nécessaire ni pour l'existence latente ni pour le fonctionnement actif de l'intuition du mouvement, puisque la régularisation nécessaire peut être établie, à la .place du sens musculaire, par un autre sens, celui de la vue (voir plus haut 1' « Appendice » p. 519)..Maudsley considère l'intervention de ces intuitions du mouvement comme aussi indispensable à la production des réflexes, qui suivent une perception sensible, qu'à celle du mouvement volontaire résultant d'une perception consciente. Il est évident, à ses yeux, que ces intuitions du mouvement sont inconscientes (PhysioL et paihoL de Vâmey p. 177 et 187). Et par ces dernières, il entend seulement certaines prédispositions moléculaires qui fonctionnent sans conscience, du moins sans arriver à la conscience des grands hémisphères (p. 187). On ne saurait naturellement contester que de telles prédis* positions agissent, dans la production du mouvement volontaire, aux places les plus différentes des centres nerveux. Dans l'acte si compliqué de l'élévation du doigt, chaque iilet nerveux et cliaque cellule ganglionnaire, où passe le courant nerveux sorti des grands hémisphères, déploient les prédispositions moléculaires spéciales qu'ils ont héritées ou acquises ; et c'est seulement par une telle participation même aux mouvements volontaires des centres nerveux subordonnés, qu'une simple impulsion nerveuse, provenant du cerveau, peut provoquer un résultat aussi compliqué que celui d'actions musculaires agissant intentionnellement de concert. La difûculté capitale est toujours de déterminer comment les cellules pensantes des grands hémisphères conimencent à envoyer des impulsions nerveuses en rapport avec le contenu idéal des idées correspondantes, 'et comment ces impulsions se distinguent entre elles, nonseulement par l'intensité et la qualité de l'innervation, mais encore par la direction diflërente qui leur est communiquée, puisque les extrémités des filets nerveux sur les-
quels il s'agit d'agir dans chaque cas se trouvent à des places divèi*ses des grands hémisphères. C'est la transtbrination du contenu idéal de la conscience (des mots : < petit doigt ou annulaire » ) en mouvement mécanique, qui est l'éternelle pierre d'achoppement de toute explication mécanique.
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Une critique dédaigneuse, contenue dans le n® 40 de* YAmland est dirigée par J.-H. Klein, du point de vue de la science, contre la philosophie de l'Inconscient. L'auteur cite le passage précédent comme une preuve capitale de la' légèreté d'esprit et de la médiocrité démon travail (p. 939), et me renvoie à Fexemple de la méthode darwinienne, comme à un modèle de méthode rigoureuse (94â). M. Klein a malheureusement oublié que, justement dans le passage attaqué, non- seulement Darwin est complètement d'accord avec moi, mais encore que les plus importants des exemples que j'ai cités (ainsi p. 89 et 90) sont directemefnt tirés de l'ouvrage de Darwin sur YOrigine des espèces. M. Klein croit devoir mettre le lecteur en garde contre un philosophe qui se contredit au point d'affirmer, en tête d'un chapitre, que les espèces différentes présentent des instincts différents avec une constitution physique identique; et, à la fin du même chapitre, il entreprend de démontrer pourquoi, au sein d'une même espèce, l'identité de constitution physique entraîne celle des instincts (p. 941). « Dieu garde la science exacte d'une telle légèreté! > (Page 939.)
Page 114, ligne 12.
L'araignée porte-croix se retire, un jour avant le chan- Çfement de la température, dans le coin de sa toile où elle est à l'abri de la pluie, et commence, un jour avant le re-' tour du beau temps, peut-être même au milieu de la pluie,'
566 ADDITIONS A LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE LMNCONSCIENT.
à visiter sa toile, t Le beau temps alors ne dure pus longtemps. Quelquefois l'araignée déchire sa toile et s'en tisse une nouvelle. Cest alors un signe certain de beau temps. On trouve, à un examen attentif, que la toile n'est pas tou* jours faite de la même manière. Tantôt les mailles sont plus larges, tantôt plus étroites. Lorsqu'elles sont larges, c'est un signe que le beau temps durera au plus cinq jours ; si elles sont serrées, on peut compter sûrement sur huit jours de beau temps. > (Atisiawd, 1875, n* 48, p. 360.) On voit aisément que pour prendre les mouches une toile à mailles serrées est plus avantageuse. Mais, en vue des dommages que la pluie et le vent peuvent causer à la toile, l'araignée doit nécessairement se montrer économe de là matière textile que ses glandes sécrètent, et en mesurer la consommation au temps qui se prépare.
Page 146, ligne 9.
La sensation du noir est, en effet, la sensation du processus chimique de restitution ou de recomposition de la masse nerveuse, qui s'oppose au processus de consommation ou de décomposition, lequel se traduit pour la conscience par la sensation du blanc (d'après la théorie physiologique de la lumière et des couleurs de Héring (voir NaturforscheTy 1875, n° 9). La recomposition de toute substance nerveuse (et spécialement des filets conducteurs) est excitée et gouvernée par les courants centrifuges d'innervation qui viennent des centres correspondants. Ce courant d'innervation aboutit aux nerfs sensibles des hémisphères cérébraux, et s'y traduit en partie pour la conscience par un phénomène d'attention (voir plus haut p. 541- 544). C'est donc la même chose de dire : dans les filets nerveux sans organes terminaux pour la perception visuelle, ou dans les parties de l'image rétinienne auxquelles n'aboutit aucun filet nerveux primitif, la faculté de recomposition chimique ne se rencontre pas, parce que les
causes extérieures de composition font défaut ; ou de dire : là où n'ont jamais été ressenties les excitations sensorielles centripètes, aucun courant centrifuge d'innervation ne peut se produire, car il faut pour cela une action réflexe.
Page IS^, au bas de la page.
Je ne puis plus aujourd'hui considérer l'exemple apporté comme une preuve décisive de ce qui est ici en question. Eu fait, dans l'état normal, en dehors de la voie principale que suivent les réflexes (laquelle conduit par la direction la plus courte de la place d'insertion du nerf sensible à celle du nerf moteur dans la substance grise de la moelle), il y a encore un grand nombre de voies secondaires, par où la transmission rencontre plus ou moins d'obstacles, et qui, selon le degré variable de l'excitation et de l'irritabilité, sont utilisées à leur tour. Si la voie principale est détruite, les voies secondaires senent pourvu que l'excitation soit assez forte ou que l'irritabilité de la moelle soit assez grande (la strychnine produit ce second efl^et; il en est de même lorsqu'on sépare la moelle épinière d'avec le cerveau, et par suite lorsqu'on la soustrait à la résistance que ce dernier oppose aux réflexes) ; mais il faut bien remarquer que les voies* secondaires traversent un nombre d'autant plus grand de centres dans la substance grise, qu'elles sont plus indirectes. Notons que, toutes les fois que Texcitation traverse la substance grise (par l'eflet de l'opposition que lui font les cellules ganglionnaires et les forces spécifiques qui ne demandent qu'à entrer en jeu), on n'a pas affaire à un simple phénomène de transmission, mais à un nouveau réflexe. Plus donc une excitation parcourt de voies détournées avant de se manifester au dehors par une réaction motrice, plus le réflexe total est compliqué et composé d'une série de réflexes particuliers, pour chacun desquels se répète le problème de la nature psychique et intime et de la flnalité du
réflexe. Si l'exemple précité ne démontre pas directement ce qu'il doit établir, il prouve encore bien moins la théorie contraire du pur mécanisme; il laisse tout entier le problème, qui se représente à chaque moment. Pour résoudre ce problème, il n'y a qu'à faire attention que la finalité des mécanismes réflexes est un produit du temps; qu'elle est téléologiquement modifiable; que les dispositions existantes ou les mécanismes auxiliaires eux-mêmes résultent d'une somme de fonctions appropriées qui ont été possibles d'abord sans ces mécanismes, et que ces mêmes dispositions se modifient sans cesse par l'efTet des modifications appropriées des fonctions qui amènent en se répétant un changement dans les dispositions existantes des molécules.
Page 158, à la fin.
Rapprocher de ce chapitre l'appendice, particulièrement les chapitres m, iv, v, vi et xi.
Page 174, ligne 12.
. Les considérations précédentes sont empruntées à la physiologie de Burdach. Si elles ne peuvent plus être acceptées complètement sous cette forme par la physiologie actuelle, cela ne change rien au fait général dont il s'agit. La physiologie moderne se voit, au contraire, obligée de plus en plus de reconnaître des fonctions vicariantes; et la biologie trouve dans la théorie de la descendance et dans la diflerenciation graduelle, qu'enseigne cette dernière, des différents organes formés à l'aide de tissus originairement identiques, l'explication de la possibiUté de processus semblables. Ces processus apparaissent, de ce point de vue, comme un atavisme du tissu, qui reproduit par une sorte de réminiscence une période du développement phylogénétique, où la division du travail dans l'organiisme n'était pas encore poussée aussi loin.
A,ODITIONS A LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE L'INCONSCIENT. 509
Pagre 178, %ne 20.
Le passage précédent, qui se trouve déjà dans la première édition de cet ouvrage, montre avec évidence combien peu le sens de ma doctrine a été compris par ceux qui s'imaginent que j'ai jamais songé à remplacer ou à supprimer entièrement l'explication physico-chimique à l'aide des causes matérielles et efficientes par des explications métaphysiques. Rien n'est plus éloigné de moi qu'un dessein aussi peu raisonnable et si contraire à l'esprit de la science moderne. Bien au contraire, jamais un philosophe spéculatif n'a reconnu aussi volontiers l'indépendance de la science et estimé si haut ses services que moi, qui considère comme la mission incontestable et féconde de la science la recherche des causes efficientes et matérielles des phénomènes matériels, et qui tiens pour le devoir impérieux du savant comme tel de ne pas se laisser égarer dans cette recherdie des causes matérielles et efficientes par de.<« principes métaphysiques, théologiques, ou autres d'explication. Cette affirmation des droits de la science sur le terrain des phénomènes matériels el de leur enchaînement causal ne peut cependant me faire oublier, comme quelques philosophes « modernes », que ni les phénomènes matériels n'épuisent la manisfeslalion phénoménale de l'être universel, ni leur enchaînement causal comme tel la connaissance des phénomènes matériels dans la spécification de leurs lois; que, par conséquent, derrière la science et ses solutions, il reste encore des problèmes tout différents à résoudre. Un savant, qui prétend en même temps au titre à'homo sapieiw, c'est-à-dire d'homme cultivé el intelligent, doit pouvoir prouver qu'il a une conscience générale de ces limites de sa science spéciale; savoir qu'elles ne coïncident pas exactement avec les linriites de la connaissance humaine; nourrir enfin un intérêt général, une sorte de curiosité humaine pour les recherches générales de la phi-
losophie. Au contraire, aucun homme, qui n'émet pas la prétention d'être un savant de métier, n'est tenu de se préoccuper tout d'abord, dans l'examen des problèmes, d'étendre l'état présent des connaissances scientifiques, c'est-à-dire de rechercher à augmenter les connaissances actuelles par des découvertes nouvelles sur les causes des phénomènes matériels. 11 laissera cette partie de la tâche scientifique aux savants de métier; et, par ce renoncement, il se sentira non pas gêné, mais au contraire plus en état de travailler utilement à l'autre partie de la tâche, qui ne doit pas être plus négligée. Si les savants méconnaissent cette vérité et reprochent au philosophe toute application des principes philosophiques, tout renoncement personnel à l'originalité dans les questions scientifiques comme une sorte d'impiété à l'égard de l'esprit saint, on doit gémir de cette étroitesse de vues, de ces préoccupations exclusives de métier, comme du genre de terrorisme que les chefs de cette école de savants exercent sur l'opinion publique» non sans un certain succès, et qui produit la confusion des vues sur l'essence du véritable c esprit scientifique >. Il est grand temps de résister ouvertement à cette pression et de rappeler aux trop crédules victimes des leçons et des journaux consacrés à la science populaire, de leur répéter avec autorité que la science naturelle et son application exclusive à la recherche des causes matérielles ne constituent toujours qu'un côté de la science; et qu'elles sont subordonnées aux sciences de l'esprit. Autrement, on serait bien près de voir les sciences de la nature prétendre de notre temps à une tyrannie aussi peu justifiable et plus dangereuse encore, s'il est possible, que celle de la théologie du moyen âge.
Page 198, ligne i\.
Maudsley dit dans sa Physiologie et pathologie de Vâme : € L'idée d'un vomissement prochain, avec la sen-
salion qu'on en a l'habitude, hâtera sûrement le vomissement. Chez un homme nerveux, la pensée qu'il ne pourra effectuer l'acte vénérien, suffit souvent à le rendre, en effet, incapable de l'accomplir. Les Philosophical transac^ lions citent le cas mei*veilleux d'un homme qui pouvait, pendant un certain temps, suspendre chez lui les mouvements du cœur. » (P. il 8). — « 11 y a des gens, auxquels il suffit de penser vivement qu'ils vont avoir le frisson ou qu'une bête va ramper sur leur peau, pour leur donner la chair de poule, è (P. 123). — « L'idée d'une démangeaison en une partie déterminée du corps cause la démangeaison ellemême ; et l'idée vive que la perte d'une partie de l'organisme corporel doit être réparée, à la suite d'une opération, influe parfois sur l'activité organique de la partie en question, de telle sorte que la guérison se produit spontanément. » (P. 118). — # Chaque heure de notre vie journalière nous fournit d'assez nombreux exemples de l'action que nos idées exercent sur nos muscles volontaires. Un petit nombre seulement des occupations habituelles de nos journées mettent la volonté en jeu (j'entends la volonté consciente). Lorsqu'elles nç se produisent point par l'effet de l'activilé sensitive motrice, c'est-à-dire comme des réflexes à la suite des perceptions sensibles, nos idées les provoquent involontairement. )t Même chez les personnes qui, à l'état de veille, ne sont pas assez nerveuses pour faire sur elles-mêmes des expériences convaincantes en ce sens, le rêve leur apporte des preuves manifestes de l'action inconsciente de l'imagination. 11 suffit qu'elles croient en songe avoir été frappées ou blessées en un endroit déterminé du corps, pour qu'elles ressentent distinctement une douleur locale : sans doute le réveil la dissipe.
Page 201, ligne ib.
Bien que je croie pouvoir assigner auxhémorrhîigies cutanées une explication naturelle par l'influence de l'imagi-
572 ADDITIONS A LA PHËNOMÊNOLOGIK DE L*INGONSC!£?]T.
Ration, la vérité exige pourtant qu'en présence de la recrudescence du vertige religieux, que la vue de telles personnes provoque toujours à sa suite, j'avoue que mes enquêtes sérieuses ne m'ont jusqu'à présent permis de constater aucun cas où les phénomènes des stigmates aient été scienti iiquement observés et reconnus comme résultant d'un écoulement spontané du sang par des médecins affranchis de tout préjugé (c'est-à-dire inaccessibles aux influences du clergé catholique) et véritablement à la hauteur de leur science. On a, au contraire, publié plusieurs cas où l'examen attentif des hommes de l'art avait découvert une supercherie dans les faits qui alimentaient la superstition religieuse (voir la cliniqtis allemande^ 4870, n** 1-3 : € Trois devancières de Louise Lateau en VVestphalie » par le docteur Briick). Il n'est pas nécessaire de penser au mensonge proprement dit, bien que la supposition puisse n'être pas interdite. Les personnes, chez lesquelles on a constaté de semblables écoulements sanguins, sont presque toujours des femmes hystériques dont le système nerveux est profondément troublé, l'esprit plus ou moins dérangé, qui sont dominées par des instincts pervei*s, et ne peuvent être rien moins que considérées comme responsables de leurs actions. La ruse et la di>simulaUon instinctives du caractère féminin, qui sont déjà développées d'une manière excessive chez les individus de cette espèce avant leur maladie, paraissent, sous l'influence dé l'état hystérique, agir tout à fait sans raison. Les malades s'ingénient souvent, avec une étonnîvnte finesse, à tromper même leurs propres parents absolument sans aucun motif. Il arrive habituellement que la femme, avec sa vanité naturelle, tire parti dans ce cas de l'état maladif où elle se trouve ; elle cherche à provoquer l'intérêt des spectateurs par la nature étrange des phénomènes morbides. Parfois même un goût dépravé de la torture volontaire et des macérations physiques s'associe à tout cela, et l'imagination et la vanité de la maladie savourent avec ivresse la volupté d'un prétendu martyre. Même la surveillance des
ADDITIONS Â hA PHÉNOMÉNOLOGIE DE I/INCONSCIENT. 573
personnes les plus sérieuses et les plus calmes, est d'ordinaire impuissante en regard de cette folie hystérique. On juge d'après cela combien un entourage, enclin à partager les penchants de la malade, peut les fortifier et les faire dégénérer en idées fixes. D'ailleurs dans la famille d'où sort une telle malade on trouve ordinairement une disposition héréditaire, qui s'est manifestée à un moindre degré dans d'autres membres. Qu'une mère ou une sœur admire et flatte les aberrations de la malade, elle ne confirme pas seulement celle-ci dans ses idées extravagantes ; mais elle fournit des prétextes à la réalisation de ses penchants hystériques, c'est-à-dire qu'elle finit par s'associer à ses aberrations passagères. La folie dans le sexe féminin, aussi bien la folie proprement dite que la manie hystérique, se présente d'ordinaire sous l'une de ces deux formes : elle dérive du besoin sexuel ou du besoin religieux (ou des deux à la fois). Il va de soi que rien n'est plus propre à fortifier des instincts dépravés de cette nature, à les engager dans des voies déterminées, qu'une exaltation religieuse et spécialement ce mélange artificiellement prod.uit par l'Eglise catholique d'excitation sexuelle, d'ardeur pour les mortifications cruelles, d'extase religieuse, où l'imagination en délire se plonge dans la pensée des tortures du divin fiancé. Que le prêtre vienne encore joindre son action; qu'il encourage les illusions de l'infortunée; qu'il exalte comme des signes symboliques de la grâce divine les contusions que, dans l'ardeur désordonnée du martyre, la malade se fait a ellemême, celle-ci croit assez volontiers qu'elle obéit à un ordre céleste en renouvelant ces marques symboliques sur son propre corps. Et, bien qu'elle sache qu'elle trompe les autres, elle peut très-aisément se persuader à elle-même qu'elle est l'instrument choisi par la grâce divine, envoyant l'action religieuse qu'elle exerce sur les croyants qui accourent pour la contempler. Partout où l'on reconnaît la main d'un prêtre, on peut à l'avance considérer comme vraisemblable que la chose se passe comme nous venons de le dire. Et l'on ne saurait douter que le phénomène ne re-
574 ADDITIONS A LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE LMNCONSCIENT.
pose sur une supercherie, lorsque, en dehors des stigmates, d'autres phénomènes sont constatés qui contredisent les lois de la vie organique (par exemple la privation de nourriture à l'état de veille pendant toute une année). Mais ce ne sont pas ces infortunées qu'il faudrait envoyer, comme coupables de mensonge, dans une maison de correction, ainsi qu'on l'a fait pour plusieurs d'entre elles; mais les prêtres, dont l'appétit impudent de domination fait servira ses fins, comme un excellent moyen, la faiblesse et la maladie de l'esprit humain; les prêtres qui cherchent à abêtir encore plus sûrement les masses déjà aveuglées par eux. — Ces remarques ne décident d'ailleurs rien touchant la possibilité d'écoulements sanguins spontanés ; elles n'ont d'autre but que de prévenir l'accusation qui me présenterait comme un défenseur des fourberies du clergé ultramontain.
Paye 202, ligne ii.
Beaucoup de cures ne sont sympathiques qu'en apparence. Les remèdes qu'on applique produisent des effets que les malades seulement ne comprennent pas, ou qui même échappent aux explications de la médecine actuelle. L'action de telles causes est exclue dans les cures sympatliiques qui ne sont dues qu'à une simple conjuration. Les cffels les plus croyables et les plus éclatants des formules de conjuration pourraient bien consister à suspendre l'écoulement du sang (^par suite de la contraction des veines et des capillaires sous Teffel de Faction nerveuse produite par la conjuration), ou à calmer la douleur causée par une brûlure*
PageiHyau bas.
^Voir E. Ha^ckel : At^lhroiwiêine on Histoire du développement de r homme. > Leipzig, Engelmann, 1874.)
Page 224, à la fin.
Contre robjection critique que, dans ce chapitre, il n*a pas été question des solutions apportées par le darwinisme au problème de Torigine de la finalité organique, il convient de faire la remarque suivante. Le darwinisme est tout au plus en état, lors même qu'il aurait raison dans toutes ses affirmations, d'expliquer que l'œuf fécondé apporte une constitution déterminée dans tel ou tel sens pour son développement ontogénétique ; mais ce développement individuel en lui-même n'est pas expliqué par le darwinisme, qui se contente d'admettre comme un fait physiologique donné que de tel germe doit sortir tel organisme. Ce n'est rien moins qu'un manque d'étonnement philosophique, qui cause cette incapacité de comprendre le problème. Tout développement phylogénétique résulte d'une série de développements ontogénétiques : le premier ne peut donc expliquer les seconds, mais au contraire les suppose. 11 est vrai, sans doute, qu'un développement individuel déterminé dépend dans sa marche, dans sa nature, du développement phylogénétique qui l'a précédé; mais il s'agit toujours, avant tout, d'expliquer comment un développement individuel en général est possible : et ce problème est tout à fait indépendant de l'explication du développement phylogénétique, qui résulte d'un ensemble de développements individuels, tout comme l'édifice se compose de pierres ou la plante de cellules. Il suit de là que le problème du développement organique de l'individu justifie aussi bien qu'il réclame un examen spécial et indépendant du jugement que l'on porte sur la valeur du darwinisme.
Du reste, cette recherche demande à être complétée par l'examen de la solution que le darwinisme apporte au problème du développement phylogénétique. C'est ce que nous fai^ns au chapitre x de la 3' partie; ce que nous essayons d'une manière encore plus approfondie dans notre écrit :
Vérité et erreur dans le darwinisme. Noire conclusioa est que tous les principes de la théorie darwinienne ne peuvent être acceptés qu'autant qu'on admet l'hypothèse, partout sous-entendue explicitement, et toujours explicitement repoussée, d'un a principe organisateur » , et qu'ils peuvent s'accommoder de toute explication des phénomènes naturels. Ce n'est là rien autre chose que la confirmatioti, appuyée sur la critique des faits, du principe établi précédemment à priori et évident par lui-même, que tout développement phylogénétique se compose d'une série de processus de développement ontogénétique,.et que les seconds, i^omme tels, ne sauraient s'expliquer par les premiers, mais seulement par un principe organisateur qui dirige et assure la variation régulière soit des individus, soit des espèces et l'action de l'hérédité.
Page 256, ligne 30.
Il peut, sans doute, être très-intéressant de faire l'analyse psychologique de toutes les formes sous lesquelles se dissimule et s'enveloppe, suivant la diversité des caractères et des situations, la passion de l'union sexuelle; d'en essaver la classification et de les ramener à leurs causes. Cette tentative a été faite souvent, surtout par les Français. Mais, lors même qu'une telle psychologie réussirait à épuiser par son analyse l'infinie diversité des formes de l'amour, l'explication de l'amour n'aurait pas avancé d'un pas, tant que le véritable problème n'aurait pas été posé avec précision et résolu d'une manière satisfaisante. Le problème fondamental de l'amour doit porter naturellement sur l'élément commun que présentent les manifestations infiniment variées de cette passion dans la réalité. Cet élément identique, en dépit des formes différentes, n'est évidemment que le désir de l'union sexuelle. La question qu'il s'agit de résoudre est justement de savoir comment le plaisir physique ou intellectuel, esthétique ou moral qu'une per-
ADDITIONS A LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE LMNCONSOIENT. 577
sonne nous cause, peut provoquer le désir tout diiïérent de Tunion sexuelle avec cette personne, et l'exalter jusqu'à la passion. C'est cela et pas autre chose qui constitue le problème fondamental de l'amour. Celui qui ne comprend pas le problème, ou qui ne voit pas qu'il y ait lieu de se le poser, celui-là sera très-peu propre à le résoudre; et toutes les études psychologiques d'un esprit de ce genre sur l'amour ne seront qu'un bavardage plus ou moins spirituel sur des questions secondaires.
On ne peut espérer résoudre le problème qu'autant qu'on connaît exactement l'essence de l'amour sexuel ; et qu'on la découvre dans le désir, plus ou moins dissimulé par des sentiments accessoires, de l'union sexuelle avec un individu déterminé.
Page 268, fin.
Voir encore A. Taubert : le Pessimisme et ses adversaires^ Berlin, chez C. Duncker, 1873, n* IV, c l'Amour ».
Page 275, ligne 34.
La séparation que l'on fait habituellement enlre les plaisirs ou peines, et les désirs des sens et ceux de l'esprit, est parfaitement justifiée, si l'on ne veut désigner par là que la nature et le prix différents des objets, auxquels ces impressions et ces désirs sont rapportés par les idées qui leur sont associées. Mais cette distinction n'a plus de fondement, si on l'étend au delà de la différence qualitative des idées correspondantes ; et si elle doit porter atteinte à l'identilé de la volonté en soi, des satisfactions ou des contrariétés qu'elle reçoit (voir Gôring, Système de la philos, crit.^ i"* partie, chap. vi, € la Séparation des désirs et des plaisirs ou peines en sensuels et intellectuels », pages 107 ef suiv. ; voir aussi le chap. iv, c la Fausseté de la distinction établie entre une volonté inférieure et une volonté supérieure » (p. 78-87).
Page 275, an bas.
Ce principe a été trës-attaqué. Il est pourtant bien simple; mais il parait surprenant et presque paradoxal à l'esprit qui n'est pas habitué à séparer des sentiments ou sensations les idées qui les accompagnent et les produisent. Aussi je me sens d'autant plus heureux de me trouver sur ce point en communauté d'idées avec Kant. Ce penseur dit dans la Critique de la raison pratique {(FAXSveSj xiii, 131) : € Les idées des objets peuvent être très-diflerentes, dériver de l'entendement, même de la raison et s'opposer par là aux idées des sens : le sentiment du plaisir, qui seul, en s'associant à ces idées, en Tait, à proprement parler, les mobiles de la volonté (ainsi la satisfaction, le plaisir qu'on attend et qui provoque l'activité à la production de l'objet), l'essence de ce plaisir, dis-je, est tellement uniforme qu'il n'est jamais connu que d'une façon empirique; qu'il n'affecte même jamais qu'une seule et même faculté, celle qui se manifeste par le pouvoir de désirer; qu'enfln, sous ce rapport, il ne diffère que par le degré de tout autre motif « (entendez de tout sentiment provoqué par un autre motif). Gomment autrement pourrait-on instituer une comparaison enti^ deux motifs tout à fait diflëivnts, pour préférer celui qui touche le plus vivement la faculté de vouloir? >
Page i76, remarque.
Le désir est antérieur à Tétai de sensibilité qu*on désire produire en soi. CelSi est manifeste dans les cas nombreux où Ton voit le désir violent traliir son existence pour la conscience par les tourments qu'il cause, tandis que son contenu ou son but est encore tout a ùii inconscient. Maud>ley dit, dans sa Ph^fs. et pathot. de FesprUy p. 137- 138 de la U^d« de Bôhm : c Chez Fenfant ou les idiots,
nous observons souvent une inquiétude générale qui révèle un besoin ou un désir vague d'un objet que l'individu ignore complélement, mais qui, aussitôt qu'il est possédé, produit le repos et la satisfaction. La vie organique ne se traduit encore que par des expressions très- confuses. Rien n'est plus surprenant que l'évolution de la vie organique qui s'éveille à la conscience, au temps de la puberté, alors que de nouveaux organes entrent en fonction. Ici, un désir vague, étrange, provoque d'obscurs besoins, qui n'ont encore aucune fm déterminée (entendez consciente); ils font naître chez l'individu une inquiétude, qui, lorsqu'elle se tourne à l'action en se (rompant de voie, conduit souvent à des conséquences funestes. C'est sous celte forme que l'amour sexuel (entendez le désir sexuel) se manifeste dès l'origine. Combien peu ce désii% comme simple effet du développement naturel de l'organisme, a de rapport avec la conscience ; il suffit, pour en juger, d'observer que, justement chez l'homme, pendant le rêve, le désir réussit quelquefois à reconnaître le bul qu'il poursuit et à se procurer une sorte de satisfaction, avant que cela se soit produit dans la vie de la veille. Celle simple réflexion pourrait montrer au psychologue quelle part plus considérable, plus importante, revient à la vie inconsciente de l'esprit ou du cerveau, relativement à son activité consciente. » — Le rapport de la volonté et du plaisir ou déplaisir, et les raisons qui obligent d'admettre que le dernier n'est que l'effet de la première, tandis que la réciproque n^esl pas vraiCy ont été exposés par Gôring et défendus contre les objections, dans son Système de philosophie critiqtiej tomel", p. 50, 60-65, et 89-95 (voir aussi chap. v : « la Séparation de la faculté de sentir d'avec toutes les autres. ^)
Page 304, en bas.
Nous connaissons tous cette puissance créatrice de l'imaination inconsciente dans le rêve. Nous possédons tous
cette faculté, comme nos rêves le montrent. Mais elle n*esl pas assez forte, chez la plupart des personnes, pour se défendre à l'état de veille contre la double concurrence que lui font les impressions sensorielles et les associations des idées abstraites. Pour bien entendre les créations de Fimagination artistique, on peut tirer un excellent parti de l'étude des créations fantastiques du rêve : il ne faut pas sans doute méconnaître la différence qui sépare la fan* taisie déraisonnable du rêve, de l'imagination créatrice et sensée de la veille. Je renvoie pour cette question à l'écrit de Johannes Yolkelt : c l'Imagination du rêve » (Stuttgart, 4875). On y trouvera réunis dans une égale mesure le jugement critique et la profondeur spéculative : et tout ce qui a été écrit sur la question est mis à profit par l'auteur. (Voir en particulier le nM5, « Tlnconscient dans l'imagination du rêve ».)
Page 308, remarque.
Les vues de Schiller sur le rôle de l'Inconscient dans la production artistique s'expriment, sous une forme scientifique, dans sa lettre à Goethe du 37 mars 1801 . Voici ce qu'il y écrit : c II y a quelques jours j'ai fait la guerre à Schelling à propos d'un passage de sa philosophie ti*anscendantaie, où il soutient que c la nature débute par l'inconscience pour s'élever à la conscience, tandis que l'art, au contraire, va de la conscience à l'inconscience. » II ne veut sans doute ici que marquer l'opposition de l'œuvre de la nature et de l'œuvre de l'art; et, sur ce point, il a pleinement raison. Mais je crains que ces messieurs les idéalistes ne se laissent dominer par leurs idées, et ne fassent pas assez de cas de l'expérience. Ils sauraient autrement qu'en réalité, le poète débute par l'inconscience; qu'il doit même s'estimer heureux, s'il peut porter assez loin la claire conscience des opérations de son esprit jusqu'à retrouver tout entière et non affaiblie dans l'œuvre achevée la con-
ception obscure qui en a élé la première inspiration. Sans une telle conception d'ensemble, sans une idée obscure mais toute-puissante de ce genre, qu'aucun procédé ne peut aider à trouver, il n'y a pas d'oeuvre poétique. La poésie, à ce qu'il me semble, consiste justement à pouvoir exprimer et communiquer aux autres cette idée inconsciente, c'est-à-dire à la traduire par une forme objective. Celui qui n'est pas poète peut aussi bien que le poète être touché par une idée poétique, mais il ne sait pas Texprimer par un objet; il ne peut la représenter avec le caractère d'une nécessité interne ou idéale. Celui qui n'est pas poète peut, aussi bien que le poète, produire une œuvre avec conscience, et lui donner la nécessité d'une conséquence interne : mais son œuvre n'a pas son principe et sa (in dans l'Inconscient. Elle reste toujours un produit de la réflexion, c C'est l'union de l'inconscience et de la réflexion qui fait le génie créateur. » c L'idée d'ensemble obscure », dont parle Schiller, ne doit pas être confondue avec l'idée inconsciente. EUe n'est que le reflet de celle-ci dans la conscience, et non pas même son reflet immédiat; elle est précédée par une sorte de sentiment vague, de disposition intérieure. C'est ce que Schiller sait bien également; cl il le montre dans sa lettre à Gœthe, du 18 mars 1706 : « Chez moi, le sentiment commence par n'avoir pas d'objet déterminé et précis. Ce n'est que plus tard que ce dernier se forme. Tout d'abord, mon âme est remplie par une sorte de disposition musicale; l'idée poétique ne vient qu'en suite. » Il écrit à Kôrner, le 1*' décembre 1788 : t Vous, messieurs les critiques, ou de quelqu'autre nom que vous vous appeliez, vous redoutez, vous craignez le délire momentané, passager, qui se trouve chez tous les esprits vraiment créateurs, et dont la durée plus ou moins longue distingue l'artiste qui pense du rêveur. De là vos plaintes sur votre impuissance à produire. Vous vous pressez trop d'exclure et faites trop brusquement le triage (entre les éléments de l'inspiration qui se présentent pêle-mêle). » Ce n'est pas seulement le commencement, mais aussi le développement
58i ADDITIONS A LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE LMNCONSCIENT.
de la création artistique qui dépendent, selon Schiller, de rinconscienl. 11 termine en ces termes la vingtième de ses lettres sur l'éducation de Thomme : « L'âme, dans Texer- '«ice de son activité esthétique, est libre à la vérilé, affran- *chie au plus haut point de toute contrainte, mais non pas affranchie de toute loi. Cette liberté esthétique ne diffèro de la nécessité logique de la pensée, de la nécessité morale de la volonté, que parce que les lois auxquelles l'esprit y est soumis sont ignorées de la conscience, et, comme elles ne rencontrent aucune résistance, elles ne paraissent pas nécessaires. » Celui qui puise ainsi dans une inspiration inconsciente ses idées poétiques, et qui leur donne la forme de l'œuvre d'art, d'après des lois qui le dominent sans qu'il en ait conscience, celui-là est un génie. «Apres que le génie a tracé par ses productions les règles de l'art, la science peut rassembler ces règles, les comparer et chercher si elles ne se ramènent pas à des principes plus généraux et enfin à un principe suprême. Mais comme elle emprunte ses données à l'expérience des œuvres du génie, elle n'a que l'autorité limitée des sciences empiriques. Elle ne peut que conduire à une imitation intelligente des cas donnés, mais jamais à des créations nouvelles. Toute extension du domaine de l'art est l'œuvre du génie; la critique n'apprend qu'à éviter les fautes. » (Lettre à Kôrner, du 3 février 4794.) Ces témoignages décisifs en faveur de la vérité de l'inconscient sont d'autant plus précieux, qu'ils dérivent des observations faites par un grand poète sur luimême. Schiller ne se borne pas à puiser sans relâche comme Gœthe à la science de l'Inconscient; mais il fait constamment effort pour atteindre à la réflexion, et soumet toujours la forme poétique à l'examen de sa critique sévère : il aurait donc dû incliner plutôt à exagérer le prix de l'étude et de la réflexion.
ADDITIOiNSA LA PHÉNOMÉNOLOGIE Dl^ LMNCONSGIENT. 583
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Au point de vue de la psychologie comparée des peuples, il est très-caracléristique que les Grecs aient cherché à fonder de plus en plus Tétude dé la géométrie sur la démonstration rigoureuse, discursive, et qu'ils se soient appliqués à ignorer les preuves intuitives les plus faciles à saisir; tandis que les Indiens, au contraire, bien qu'ils fussent beaucoup mieux doués que les Grecs pour Tarithmétique^ appuient tous leurs raisonnements géométriques sur les données de l'intuition immédiate. Ils se contentent habituellement d'aider l'intuition par des constructions de figures, et se bornent à dire en outre : Voyez. Les Grecs sont toujours préoccupés de démontrer rigoureusement la moindre des propositions de leur raisonnement. Ils combinent souvent des séries artificielles de raisonnements discursifs pour démontrer la proposition la plus simple, tant ils évitent avec soin de recourir à l'intuition immédiate, qui ne leur parait pas avoir une autorité démonstrative. Ils ont ainsi construit un système imposant de géométrie, lequel est en même temps une introdut:tion à la méthode pour la soliition de tous les problèmes qui ne se traitent pas directement. Chez les Indiens, au contraire, la preuve de chaque proposition géométrique est due à une inspiration heureuse, et les diverses propositions se tiermcnt sans lien les unes à côte des autres. Aussi les Indiens, malgré la puissance de leur imagination et de la faculté intuitive, et la grande supériorité qu'ils ont sur les Grecs dans les inventions de l'arithmétique et de l'algèbre, ne sont pas allés bien loin en géométrie, et n'ont réussi qu'à en saisir, et encore très-imparfaitement, les éléments. Il est remarquable assurément que Schopenhauer, bien qu'il ignorât complètement. ces faits historiques, ait été amené, par la secrète affinité de son génie avec l'esprit indien, à porter dans l'étude de la géométrie des exi-
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gences que Ton peut regarder comme des tentatives de ranimer le vieil esprit de l'Inde. Comme notre mathématique moderne tout entière est sortie d'une synthèse de la géométrie euclidienne avec l'algèbre que les Arabes ont empruntée aux Indiens, la nécessité est tous les jours mieux reconnue dans l'enseignement de tenir compte en géométrie du procédé intuitif des Indiens. Il est incontestable que l'on peut par ce moyen simplifier, faciliter, éclairer le raisonnement . Mais le projet de Schopenhauer, qui veut fonder la géométrie tout entière sur l'intuition, n'en est pas moins irréalisable de sa nature. La démonstration discursive devra toujours accompagner pas à pas l'intuition pour la contrôler.
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Gomme exemple de ce qui vient d'être dit sur la méthode géométrique des Indiens, citons la preuvfi, donnée par les Indiens du théorème de Pythagore; la ' ure de Schopenhauer n'en est qu'un cas spécial.
Le fond de cette preuve est que le carré de l'hypoténuse, aussi bien que la somme des carrés faits sur les autres côtés, est égal à une troisième grandeur, à savoir le quadruple du triangle plus le carré formé sur la ligne qui mesure la différence des deux côtés.
Comme le dernier, lorsque le triangle est équiangle,
devient égal à zéro, la démonstration générale se ramène à celle de l'égalité des triangles équiangles (voir Hankel, Hùioire de la mathématique dam Pantiquité et le moyen âge. Leipzig, 1874, p. 209). Incontestablement, cette vieille démonstration est de beaucoup la meilleure parmi toute celles qui lui ont succédé en nombre infini, parce qu'elle est la plus sensible, la plus simple et la plus instructive. On ne peut dire rigoureusement qu'elle repose sur une intuition immédiate, puisque l'égalité des deux grandeurs en question, qu'il s'agit de démontrer, doit toujours être conclue de leur égalité visible avec une troisième ; et que cette dernière se présente toujours dans les deux figures sous un aspect différent, et n'est identique que [lar la pensée.
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Sans do^'^e Schopenhauer n'a fait ces concessions au réalisme ^^*.b dans ses dernières années. Dans la première pc ' 1^ de sa carrière philosophique, il se montre idéaliste rigoureux, et nie iéso^*lment toute influence causale de la chose en soi sur la pensée {le Monde comme volonté et représentation^ S* édit., 516, 581). il aboutit ainsi rigoureusement à une conception du monde subjectif des phénomènes chez l'homme éveillé, qui n'établit entre ce dernier et le monde du rêve d'autre distinction qu'une différence accidentelle, à savoir que les heures de la veille sont reliées entre elles par la continuité du souvenir, tandis qu'habituellement cette liaison manque entre les moments successifs du rêve (Id. I, 21 ; et Volkelt, rimagination du rêve, p. 194-203). En fait, si l'on nie la causalité transcendante de la chose en soi sur notre pensée, toute distinclion sérieuse s'évanouit entre les objets du rêve et ceux de la veille. Car il n'y a pas d'autre distinction entre les deux formes de la phénoménalité subjective, sinon que la nécessité instinc-
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tive en vertu de laquelle nous rapportons le contenu de la conscience à une réalité transcendantale et indépendante de la conscience, n'est dans le rêve qu'une illusion trompeuse, danslaveilleune vérité saisie d'inslinct. Et cette vérité consiste ici dans la causalité transcendante que l'être en soi exerce sur la perception, en tant que la qualité des objets de la perception dépend de la constitution de cet être en soi.
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La science moderne se déclare énergiquement en faveur de la philosophie qui accorde une valeur transcendante aux formes de l'existence et du mouvement, à savoir l'espace et le temps. Elle admet (d'accord avec Kant et Schophenhauer vers la fin de sa carrière) que notre perception sensible est déterminée dans ses conditions générales par la nature du sujet; mais que, dans chaque cas particulier et concret, la production et la nature de la perception résultent de l'action causale des choses, dont Texislence est supposée indépendante de la représentation que nous en avons, c'est-à-dire des choses en soi au sens de Kant. La science de la nature sait que toutes les qualités sensibles {lumière, couleur, son, chaleur, odeur, douceur, etc.), résultent de l'action combinée de ces deux facteurs, les choses d'un côté et nos sens de l'autre; qu'elles n'appartiennent donc pas au monde des choses en soi. Mais elle soutient en même temps que la nature spécifique de notre sensation concrète dépend du groupement spécial des éléments conslitutifs de la chose en soi et des formes de leur mouvement. Cette hypothèse, qui n'est plus seulement pour la science une hypothèse, maïs vaut pour elle comme une certitude, repose à son tour sur cette autre hypothèse que l'espace et le temps sont les formes d'existence de ce monde, transcendant pour la conscience, des choses en soi. L'ordre ou le groupement déterminé des atomes suppose l'es-
pace comme forme de l'existence; et l'action causale sur l'organe sensoriel à un moment déterminé du cours des représentations' subjectives, suppose la forme du temps comme forme transcendante et réelle de l'action des choses en soi. Enfin les formes du mouvement (mécanique et moléculaire) qui produisent le groupement des atomes à chaque moment de la durée, et d'où dépend la nature de l'action exercée sur nos organes sensoriels par les groupes d'atomes, doivent être, à leur tour, conçues comme des processus réels, transcendants pour la conscience, si les formes générales, d'où ils dérivent eux-mêmes, à savoir le temps et l'espace, ont une réalité transcendante. Ainsi, en réalité, le monde des atomes en mouvement, que la science reconnaît, est un monde de choses en soi au sens de Kant, et, d'un autre côté, un monde soumis aux formes de l'espace et du temps. Ce n'est pas un monde d'apparences subjectives, puisque jamais les atomes ne sont apparus à un physicien. C'est un monde intelligible au sens de Haut, puisqu'il échappe à toute expérience : et en même temps c'est un monde existant en soi et pour soi, dont la réalité et les mouvements propres sont absolument indépendants de toute représentation dans une conscience quelconque. On doit donc, à tous les points de vue, le définir un monde de choses en soi; et on ne peut le définir autrement, si l'existence n'en est supposée que dans le but d'expliquer l'objectivité transcendantale du monde phénoménal des objets et la relativité transcendante de notre perception. Malgré tout, ce monde est situé dans le temps et l'espace, et ne peut pas ne pas l'être, si l'on veut qu'il explique quelque chose. Qu'on dépouille autant qu'on voudra l'atome de la matérialité, de l'extension ; qu'on le spiritualise pour en faire une monade immatérielle, il conserve toujours sa place, le point qu'il occupe dans l'espace par rapport aux autres atomes, la distance qui le sépare de ces derniers, la direction et' la vitesse de ses mouvements lorqu'il s'en rapproche ou s'en éloigne, par conséquent de pures déterminations dans l'étendue et la durée. Si la science voulait
essayer de dépouiller aussi les atomes de ces propriétés, elle s'interdirait du même coup toute possibilité d'expliquer les apparences subjectives. L'hypothèse d*un monde réel d'atomes n'aurait plus alors aucune raison scientifique de se faire accepter.
Un monde, étranger à l'espace et au temps, de monades purement spirituelles détruirait en germe la possibilité de toute science de la nature; et toutes les explications scientifiques, lesquelles sont fondées sur l'hypothèse contraire, ne seraient plus seulement sans valeur, mais même absurdes en principe. En fait, un monde de monades spirituelles en dehors du temps et de l'espace (ou de formes correspondantes pour l'existence et le mouvement) est impossible métaphysiquement. L'esprit absolu, avant de se manifester dans le temps et l'espace, est étranger à la fois à la réalité et à la multiplicité. L'espace et le temps sont les formes sous lesquelles l'esprit universel sort de son essence indivisible et idéale pour se manifester dans la multiplicité des existences réelles. Ce sont donc les formes sous lesquelles il apparaît comme individu, et par lesquelles son essence se révèle et se manifeste. Il n'est pas étonnant, après cela, que les savants eux-mêmes, peu instruits des problèmes qui concernent la théorie de la connaissance, interprètent la conception du monde, que leur suggèrent les sciences de la nature, tantôt dans un sens réaliste, tantôt dans un sens idéaliste. Si l'on part de ce fait que le monde transcendant des objets réels n'est ni lumineux, ni coloré, ni sonore, etc.,. ni même matériel, et ne se compose enfin que du produit d'une sorte de jeu magique entre des points imaginaires juxtaposes, on peut bien être tenté, avec Kant, de placer la réalité dans la perception empirique comme phénomène subjectif, et de considérer les choses en soi, en lant que monde transcendant d'objets purement intelligibles, comme proprement inaccessibles à notre pensée. Si l'on considère, au contraire, que le prédicat de la réalité ne peut être attribué qu'à une chose existant en soi et pour soi, c'està-dire indépendamment de toute conscience pour se la
représenter, il n'est plus douteux que ce n'est pas le nionde des phénomènes subjectifs qui miroite dans la conscience, mais le monde des groupes d'atomes existant en soi ou le monde de la manifestation objective de l'essence universelle, auquel il faut donner le nom de monde réel, il le mérite d'autant plus que (comme celui de la phénoménalrté subjective) il se meut dans les formes de l'espace et du temps. Disons plus : les apparences objectives que saisit la conscience n'ont une objectivité réelle que parce qu'elles sont rapportées d'une manière transcendantale aux choses en soi qui ont la réalité immédiate; et ces apparences n'ont une signification pratique théorique que parce qu'elles représentent ces dernières pour la conscience. La conception philosophique et scientifique du monde n'est donc, si on l'examine de près, qu'un réalisme transcendanlal. Elle dépasse à la fois l'idéalisme subjectif (qui, pris à la rigueur, ne voit dans la chose en soi qu'un concept purement négatif et limitatif, qu'une illusion indestructible de la conscience chez l'homme éveillé comme chez le dormeur) et le réalisme naïf (qui réalise sans critique les objets apparents du monde des phénomènes subjectifs en véritables choses en soi). C'est à ce même réalisme transcendantal que conclut le développement critique qu'a reçu la théorie philosophique de la connaissance, tel que je l'ai présenté dans mes écrits : Fondement critique du réalisme transcendanlal j et Réalisme IhéorUjiue de J.-H.-V. Kirchmann. Sur ce terrain encore, l'harmonie, la conciliation de la philosophie et de la science, qui sont divisées depuis si longtemps, peut être désormais établie.
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Comparez avec ce passage et la page 342 les idées semblables de Lotze sur l'a priori dans sa Logique^ livre III, chap. III, en particulier page 520.
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De nouvelles expériences sur les singes, chez lesquels des parties isolées du cerveau ont été d'abord éleclrisées, puis détruites el rendues inaclives, ont conduit David Ferrier à des conclusions, qui, si elles se confirment, constitueront ud progrès considérable dans la science de la physiologie du cerveau (voir Proceedings of the royal Socielyj vol. XXIII, n^ 162, et dans l'extrait du Naturforscher, 1875, n* 36). Ce savant constate d'abord que l'ablation des régions frontales et des lobes occipitaux n'altère ni la sensibilité ni la motricité ; mais que l'ablation des premières trouble Tinlelligence et l'attention, que celle des seconds produit une dépression de la sensibilité générale, jusqu'à rendre indifférent à la faim. Selon le même auteur, les différents sens se rapportent dans les grands hémisphères aux cenfres suivants : la vue à la circonvolution angulaire, l'ouïe à la partie supérieure des circonvolutions temporo-sphénoïdiiles (près l'os temporal, l'os sphénoïdal) ; les sensations tactiles à l'hippocampe majeur et aux circonvolutions de l'hippocampe ; l'odorat est localisé dans le cordon (subiculum) de la corne d'Hammon ou dans la circonvolution en forme de crochet; le goût dans la partie inférieure du lobe temporosphénoïdal. Toutes ces localisations dans les centres cérébraux répondent h l'organe sensoriel de la partie opposée du corps. Il faut faire exception pour les centres olfactifs, qui correspondent aux moitiés nasales du même côté.