ORGANISME ET AME
sive, c'est-à-dire exclusivement dans les hémisphères cérébraux de rhomme (ou même des mammifères les plus parfaits). Celle vieille conceplion, dont Wundt est encore au fond en partie partisan, tandis queMaudsley l'a réellement dépassée, retombe dans l'antique erreur de la localisation de l'âme, et fait d'une partie du cerveau antérieur (les hémisphères) le siège unique de l'âme. Il faut en finir avec elle. Aux diverses parties du système nerveux sont attachées des fonctions psychiques spéciales. Il y a de l'âme en général, partout et nulle part, selon le sens qu'on donne au mot. L'âme individuelle (comme unité inconsciente de toutes les fonctions psychiques de l'individu organique et psychique) n'est en soi et pour soi nulle part. Si on la rapporte au phénomène extérieur de l'individu organique et psychique, elle s'étend aussi loin que l'organisme.
En ce qui concerne le rapport du phénomène interne et externe, il faut maintenir que les données immédiates de la conscience ne sont jamais en état d'expliquer les processus des phénomènes matériels de l'organisme. Mais la réciproque n'est pas moins vraie, comme tous les savants réfléchis devraient le reconnaître. Si l'on ne veut pas renoncer absolument à toute explication, et se borner comme du Bois- Reymond à un aveu d'ignorance, il faut avouer qu'il n'y a qu'une voix ouverte à l'explication. Il faut dériver la régularité interne des fonctions conscientes de l'esprit, et la réirularité externe des conflits des forces matérielles d'una même source commune, non d'un principe qui aurait, une fois pour toutes et par une harmonie préétablie, réglé pour la suite des temps Taccord de ces deux classes de lois, mais d'un principe qui soit immanent par son essence à tous les phénomènes internes et externes, et dont la vivante activité manireste constamment la nature sous cette double forme de phénomènes (voir plus haut v* chapitre). Ce principe des lois des phénomènes internes et des phénomènes externes ne peut pas être autre que la nature de la substance métaphysique elle-même, qui est l'essence unique des deux faces de la réalité phénoménale, aussi bien pour
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chaque individu isolé d'ordre supérieur ou inférieur, que pour l'individu suprême et dernier, c'est-à-dire pour le inonde envisagé comme un tout.
Si l'on n'admet pas le lien mystérieux qui unit l'individualité externe de l'organisme avec l'individualité interne de l'âme, il es( impossible de voir dans l'individualité organique et psychique une unité réellement vivante et concrète, impossible, en d'autres termes, de construire une psychologie physiologique. Mais ce lien ne peut en aucun façon être cherché dans le monde des phénomènes, soit externes et matériels, suit internes et conscients. Ne venons-nous pas de reconnaître que l'une des faces de la réalité phénoménale, même prise dans sa totalité, est incapable d'expliquer l'autre. Ce lien doit donc être cherché en dehors delà matière comme de la conscience. La psychologie physiologique est obligée par son propre concept de s'aventurer sur le domaine de la métaphysique. Quand cetle vérité incontestable sera reconnue clairement et universellement, le jour sera venu de l'entente entre la science et la philosophie, et ce n'est pas sans raison qu'il a tant tardé : une ère nouvelle se lèvera pour la science.
Le lieu qui unit l'organisme et la conscience dans l'unité de l'individu organique et psychique, la source de vie d'où s'épanchent dans une éternelle et toujours nouvelle harmonie les lois de la réalité matérielle et celles de la vie consciente, — l'être qui se révèle par ces deux formes du monde phénoménal, c'est l'Inconscient ou l'esprit inconscient dans sa double nature de volonté toute-puissante et d'idée logique (et par suite téléologique). C'est cet Un-Tout insconscient, dont on désigne sous le nom d'âme inconsciente l'individuation fonctionnelle.