‹ Philosophie de la fortificationChapitre 11 sur 16 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DES LOIS DANS LESQUELLES ON DOIT CHERCHER l’assiette des DIFFÉRENS ORDRES.

Pour compléter le Tableau des conditions et des qualités dans lesquelles on doit développer les besoins et la science de la fortification, il nous reste à consigner ici quelques doctrines sur l’assiette des places de guerre en général.

Nous avons vu clans le cours de ce mémoire à quelles conditions la fortification pouvait obtenir l’âme ou les élémens de la puissance : nous allons maintenant déterminer l’équation des combinaisons dans lesquelles on trouvera l’apogée des conditions et de la puissance (les places.

Jusqu’à présent l’assiette et l’enceinte d’une place forte n’ont été qu’une chaîne de fronts typés sur un modèle multiplié par N, et développés, soit sur ce qu’on appelle un polygone régulier, soit sur les désirs balancés de la poposition. On a cru avoir satisfait aux conditions imposées à sa création, quand on a eu trouvé l’enclôture et l’équilibre à-peu-près de la force de l’enceinte dans les limites les plus rapprochées possible de l’assiette prescrite. Il en est résulté qu’on a fait des places de vingt-cinq fronts, comme des places de six à Imit fronts ; que la dépense qui suit au moins la progression du développement , ne fait bénéficier la défense que de quelques misérables jours, au bout desquels la garni-^

— lOO —

son qui a été proportionnée à réteiuliie <Ie la place , est obligée de capituler avec les trois quarts quelquefois de son effectif primitif sous les armes, parce que le front et le champ des attaques n’augmentant pas en raison du développement de la place , les scènes du siège dévorent l’espace à parcourir, à quelques plus ou moins de difficultés près, dans le temps matériellement nécessaire pour traverser cinq à six cents mètres entre la première parallèle et les remparts de la place. Il est cependant tout naturel et tout simple de supposer qu’une grande place qui coûtera quatre, cinq et dix fois plus qu’une petite, doit produire, pour sa valeur représentative, plus de cinq, dix, et même quinze jours de résistance de plus qu’une petite place. Il est dans les idées du gouvernement qui ordonne la construction d’une place , que son existence réponde aux espérances et aux conditions qui en déterminent la création.

Si donc, quoi qu’on en dise, et comme nous croyons l’avoir démontré , le système de nos places actuelles ne répond pas aux

besoins de notre époque, il faut franchement renoncer aux défectuosités qui le pourrissent, et chercher à le recomposer dans les élémens de nos besoins et facultés nationales actuels.

Toute place de guerre est projetée pour les conditions suivantes , isolées ou réunies ;

1° Elle doit être offensive ou défensive, ou l’un et l’autre à la fois. Dans le premier cas, elle doit être le plus près possible de la frontière et sur les points d’où on peut déboucher dans le pays ennemi. Dans le second cas, elle doit être dans l’intérieur, à une distance de la frontière telle qu’elle ne puisse être ni surprise ni inquiétée dès les premiers jours qui suivraient une bataille perdue à la frontière. Il faut qu’elle soit une puissance que l’ennemi n’aperçoive pour ainsi dire que lorsque l’exaltation de son succès commençant à s’affaisser dans la lassitude, se dissout précipitamment devant la sphère d’action de la place : l’amplitude de cette distance peut être évaluée à six ou huit jours de marches ou de manoeuvres.

— ni —

Elle doit être magnétique ou simplement répulsive. Dans le premier cas, elle doit attirer toutes les opérations et toutes les forces de l’ennemi , sur un rayon de vingt à vingtcinq lieues. Et elle doit dès- lors être combinée dans les principes généraux de la grande tactique actuelle de la guerre; son assiette doit se prêter aux grands rassemblemens , comme aussi elle doit pourvoir à ses besoins personnels, avec une garnison ordinaire. Dans le second cas , son assiette doit être la plus resserrée et la plus robuste possible , et on doit s’interdire de la compromettre par des développemens au-delà de l’atmosphère indispensable à son existence.

Les places qui peuvent cumuler plusieurs des conditions que nous venons d’énoncer , sont d’autant meilleures et utiles.

Quant à l’assiette particulière ou personnelle des places, elle doit pourvoir, par une résistance proportionnée,^ à l’importance de l’ordre dans lequel on la crée. TNous laisserons

de côté les forts et fortins, dont l’exiguité ne comporte pas le nombre d’hommes suffisant pour organiser la défense dans le principe de la puissance par expansion, et qui par conséquent ne peuvent être que ce qu’ils sont , des lazarets à résistance de pied-ferme avec toutes les déceptions qu’occasionne un foyer qui est l’égoût non interrompu de l’artillerie assiégean te , et qui ne permet aucun repos à moins qu’ils ne se trouvent être les annexes de quelque grande place, auquel cas, ils deviennent au contraire des foyers à puissance excentrique.

Nous partirons du troisième ordre des places, de l’hexagone, qui peut déjà entrer dans les combinaisons d’une existence développée dans l’action de deux ou trois petits foyers extérieurs, à l’horizon de la portée des armes du corps de la place.

Nous dirons que cette place qui comporte, dans le système en usage, une garnison de cinq mille quatre ou cinq cents hommes,

peut et doit avoir une existence de soixante à soixante-dix jours, au lieu d’une agonie actuelle de tpiinze à dix-sept jours, en présence d’une armée assiégeante de quinze à vingt mille hommes.

En effet les gardes journalières proprement dites , n’employant que sept cents hommes environ, il reste quatre mille sept cents hommes pour les renforts des postes et pour les consommations du sièfire. Or il est évident

par l’histoire, qu’un siège de quinze et même vingt jours ne peut les consommer. Loin de moi, sans doute, l’idée de mettre cette consommation dans les conditions de la garnison ; mais je pense et je dis qu’avec une telle masse d’hommes , qu’on ne peut réduire sans annuler par le fait la place elle-même, on doit leur procurer une existence qui use au moins soixante à soixante-dix jours d’attaques.

On sait qu’avec trois mille hommes ou pourvoit aux* besoins d’une attaque pendant tout un siège , c’est-à-dire aussi que le tiers

(le repos y est compris. On sait encore qu’on peut fortifier un poste de trois à quatre cents hommes , de manière qu’il ne puisse être enlevé d’assaut, et, à plus forte raison, si ce poste peut être secouru, protégé et renouvelé à tous besoins. Il ne s’agit donc que d’asseoir deux ou trois de ces postes hors de l’enceinte de la place, pour y fixer les orages et les consommations de la défense ; avec cet avantage immense, pour le bien-être de la garnison , que pendant tout le temps de leur résistance , le corps de place sera hors de cause et l’asile de repos de ceux qui auront été relevés de service. C’est le seul moyen d’obtenir des défenses prolongées , par l’entretien des forces physiques et morales de la garnison, d’nne part; et par le double ou le triple de chemin à parcourir pour les attaques de l’assiégeant.

Les places du second ordre, l’octogone, l’ennéagone et le décagone, doivent, à plus forte raison , être traitées dans le double principe de la puissance des hommes, dévelappée

par les dispositions défensives: c’est le même système d’une enceinte redoublée et robuste pour le corps de place, entourée d’une atmosphère assurée pardeux ou trois tètes à couronne renforcées, à la distance de mille ou douze cents mètres de la place , et qui formant des positions magnétiques ou le sommet des camps retranchés, procureraient aussi le grand avantage de contenir entre la place et les tètes à couronne, des faubourgs allongés, qu’il est si difficile d’empêcher auprès des villes populeuses, qu’il est si dangereux et si désastreux de laisser former hors de la police de la place , et qu’il serait si précieux d’avoir à sa disposition pour le logement des troupes du camp, et pour les provisions de toute espèce qui peuvent y exister ou y être réunies soit par le commerce, soit par les ordres et les expéditions de la garnison.

Ces places du second ordre, avec six ou huit mille hommes de garnison, doivent tenir cent jours de tranchée ouverte, contre une armée qui doit être d’autant plus considérable

ll(j —

que la sphère d’activité qu’on obtient par les annexes est immense, sans compromettre la garnison qui s’entretiendra d’autant mieux qu’étant hors de l’atteinte des projectiles de l’ennemi, elle pourvoit par les points les plus petits possibles à la sécurité et à l’énergie de l’ensemble.

Si nous passons maintenant à l’assiette d’une place de premier ordre, d’une place de quinze à vingt mille hommes, nous dirons qu’il faut qu’elle soit l’ancre de salut de la patrie. Elle doit en commander la conviction au pays comme à l’ennemi. Il ne s’agit plus ici d’argumenter sur lesressorts plusou moins tendus, sur un bien-jouer plus ou moins habile et énergique. Elle doit , par son assiette et un corps de vingt mille hommes , être la tête de Méduse devant laquelle l’impuissance devient une barrière insurmontable. Je vais tâcher de justifier cette proposition , car ceux qui chercheraient l’assertion dans la physionomie de nos grandes places actuelles , me traiteraient, avec raison , de visionnaire.

Si nous jetons un coup-d’œil sur le type de nos places actuelles du premier ordre, nous voyons d’abord qu’elles se composent en général d’une vaste enceinte, plus ou moins fortement constituée , et rattachée à une citadelle qui leur sert de réduit. Leur objet, leur but, comme leur valeur normale, paraît n’avoir pour élément de leur force que le grand développement de leur enceinte, et la nombreuse garnison qu’on y dépose.

Aussi leur avantage réel et peut-être unique sur les ordres inférieurs, est, ou d’éloigner d’elles le théâtre de la guerre , si l’ennemi n’est pas assez fort pour les masqner, ou d’appeler sur elles une masse d’hommes et de moyens, dont le nombre, la réunion et les dépenses puissent influer sur l’existence de l’armée qui serait obligée de les fournir, de neutraliser enfin et d’arrêter la marche des conquêtes.

Ces résultats sont positifs, en temps que ces places ne sont pas entourées d’obstacles , comme grandes inondations qui en s’oppo-

sant aux grandes manœuvres permettraient à l’ennemi de diminuer cl de concentrer ses forces sur les points où il aurait à craindre des sorties: mais ils ne le sont, positifs, que pour le temps des blocus ou préparatifs du siège : cardés que les attaques sont ouvertes, la durée de la défense n’est guère plus longue que celle des polygones inférieurs :

l’assiégeant n’y fait guère plus de consommations , proportionnellement parlant , et la place se livre par capitulation , avec un matériel et un personnel qu’on n’a pas eu le temps d’user à sa défense, et dont les résultats sont désastreux, parce que le vainqueur bénéficie et renaît, pour ainsi dire, de toutes les ressources qu’il y trouve.

Pour prolonger la défense , on renforce en général ces places par une citadelle qu’on a soin de constituer et de placer, autant que possible, de manière que l’ennemi ne puisse l’attaquer avant la ville, à laquelle elle doit survivre. Elle est censée devoir donner de l’énergie à la défense, et servir d’asile en cas

(le besoin : mais il faut en convenir, toutes ces belles promesses de garanties ne sont que des ri^ves qui font des dupes et des victimes au jour où il faut en user.

D’abord malgré le surcroît d’énergie qu’on donne aux citadelles, sur le reste de la place, il arrive quelquefois que c’est à elles que l’ennemi s’adresse de prime-abord, parce que leur prise les met, par ce seul siège, en possession de toute la place. Si l’ennemi attaque la ville avant la citadelle, la défense et ses résultats n’en sont guère plus grands m moins périlleux : on peut au contraire donner pour certain qu’ils sont de beaucoup audessous des sacrifices qu’on y fait : car en supposant , ce qui est vrai presque partout , que le développement d’un front d’attaque sera, avec celui de défense, dans les rapports ordinaires , la durée de la défense sera à-peu-près la même que celle des ordres inférieurs. Le plus grand nombre des défenseurs sera contre-balancé par le plus grand nombre des attaquans; le plus grand nombre

cl’anues de la place , non pas en développement, puisqu’il est toujours moindre que celui de l’assiégeant, mais eti remplacemens successifs , sera encore dévoré par celles de l’assiégeant, faute d’abris convenables sur les remparts. Ainsi donc les grandes consommations seront du côté de la garnison.

Cependant lorsque la brèche sera faite, la place capitulera : la citadelle , souvent trèséloignée, n’est pas une garantie contre la chance des assauts au corps de la place :

elle ne peut retirer les'babitans, femmes et enfans, qu’on ne peut, absolument parlant, exposer à un pareil événement. On a beau dire qu’un gouvei-neur ne doit ni interpréter sa consigne , ni en considérer les désastres ; c’est au moins un devoir de plus au gouvernement de lui donner les moyens de l’exécuter sans compromettre la vie, l’honneur et le repos des familles bourgeoises :

autrement, il ne manquera p\r> de prétextes plausibles pour capituler dès que la brèche au corps de place sera praticable et menacée.

tl restera à la vérité la citadelle qui exigera un second siège; mais le gouverneur ne pouvant s’y retirer qu’avec trois ou quatre mille hommes, sera obligé de recommander le reste de ses troupes k la générosité du vainqueur.

Voilà donc une place de vingt mille hommes de garnison, livrée, la citadelle exceptée, aprèsunsiège presque ordinaire endurée, avec dix mille hommes portant les armes, et trois mille malades ou blessés. Et ce corps de dix mille hommes sera livré au choix par cette première capitulation.

Cependant le siège (le la citadelle ne sera plus qu’une amusette qui occupera d’autant moins d’assiégeans, qu’indépendamment du petit nombre qu’on aura pu y retirer, la capitulation portera nécessairement une clause de neutralité pour le côté de la ville.

Il répugne sans doute aux principes comme

aux ncntimens de l’humanité d’établir et de

mesurer la valeur des fortifications sur la

consommation et la durée de consommation des hommes; mais enfin c’est un sacrifice auquel les militaires sont résignés, et ce n’est pas la moindre ni la seule de leurs vertus.

Nous dirons donc qu’une place ne devrait jamais être rendue par le fait des fortifications, avec douze ou quatorze mille hommes sous les armes, et qui ont encore des munitions et des vivres. Nous dirons qu’une place, quelque grande qu’elle soit, qui met dans le cas de capituler pour la première brèche qui se fait à son enceinte, a un vice d’organisation que sa dépense rend intolérable , et qu’une citadelle de quatre ou cinq bastions, pour une grande place, n’est pas en proportion avec ses besoins. L’assiette générale d’une semblable place est donc aussi fausse que le type particulier des fronts en usage. 11 en faut donc sortir et s’élancer dans les combinaisons où l’on puisse trouver le foyer commun entre la durée de la défense, l’économie et la sûreté matérielle des habitans, qui ne doivent jamais être livrés à la

brutalité des vainqueurs. Nous ne départirons pas des bases que nous avons énoncées :

I® Qu’une place du premier ordre doit être l’ancre ,de salut de la patrie.

a® Qu’elle doit être combinée de manière qu’elle soit défensive avec la garnison qu’on lui assigne communément, c’est-à-dire , dans les limites de dix-huit à vingt -cinq mille hommes.

3“ Qu’elle puisse servir de dépôt, et contenir au besoin les levées nécessaires à une nouvelle armée.

4® Que la santé physique et morale de la troupe et des habitans ne reçoive aucune atteinte par les menaces et les armes de l’assiégeant , même pendant les orages les plus rapprochés des attaques.

5® Que l’investissement en soit presque impossible par l’étendue de sa sphère d’activité.

6® Enlin , que le siège en soit moralement interminable , et ne compromette jamais les habitans.

Le canevas crime place qui paraît* devoir satisfaire à toutes ces conditions est :

1 ° D’avoir la citadelle au centre, et de composer l’enceinte de la ville de deux outrois quartiers bien séparés , et rattachés à la citadelle qui en sera le nœud commun.

2 De compléter l’assiette générale et extérieure de la place par trois têtes à couronne lancées à quinze cent ou deux mille mètres en avant du polygone extérieur, de manière à l’encadrer à-peu-près dans un triangle, et de lier enfin les têtes à couronne à la place, par des camps retranchés qui en contiendraient les faubourgs.

Par cette disposition qui parait gigantesque, sans excéder les facultés d’une garnison de vingt mille hommes , et dont la dépense

comparée avec celle d’une place du système de Cormontaigne d’un même nombre de fronts, présente, comme nous l’avons vu plus haut, une économie de vingt millions , l’investissement exigerait huit à neuf lieues de développement, tandis que la place présenterait sur chacun de ses trois côtés un front de cinq mille mètres environ de lignes qui ne seront attaquables que par leur extrémité, ou , pour parler plus vrai , que l’ennemi n’a point d’intérêt à enlever ailleurs que par les extrémités, parce qu’il ne saurait s’y maintenir tant que les tètes à couronne ne seraient pas en son pouvoir.

Nous avons vu que nos places actuelles du premier ordre étaient obligées de livrer à l’assiégeant la majeure partie de la garnison pour une brèche au front d’attaque : dans la disposition que je propose, on ne sera jamais forcé de capituler avant la fin du troisième siège. Les deux premiers sièges composés d’une ou de deux attaques, seront d’autant plus longs que le .système que je

propose est plus robuste; qu’on y défendra les brèches et les maisons, parce qu’on les fera évacuer selon les circonstances, et au fur et à mesure des besoins. Les sièges d’Espagne nous donnent sur ce genre de guerre défensive, des espérances d’autant plus fondées , que nous avons l’avantage de pouvoir en isoler les habitans.

Nous avons vu que la citadelle, dans nos places actuelles , ne pouvait retirer ni les habitans, ni même les troupes restantes après la prise de la ville; dans la disposition que je propose, on peut la réduire à une caserne défensive, revêtue de trois ouvrages à corne, dont la combinaison intégrée et antée sur l’enveloppe des casernes, présente pour l’ensemble l’assiette de la meilleure fortification. Son exiguité n’est plus un défaut, puisqu’elle réserve deux ou au moins un quartier pour retraite aux troupes et aux habitans.

Mais on dira : Pour construire une place d’après ce système, il faudrait détruire pres-

que toute une ville ; les grandes places s’établissent d’ordinaire où il y a de grandes cités; et il s’y trouve souvent pour plusieurs millions de travaux faits, qui sont autant d’économies à faire sur la place projetée , et par le moyen qu’on propose on se ruinerait à payer des démolitions, et l’on réduirait à presque rien ce qui resterait des habitations et des anciennes fortifications.

Je répondrai que sans rien ou presque rien démolir de la ville et de ses fortifications, il faut établir la citadelle à une extrémité, et former de la ville un des quartiers de l’enceinte. Les autres portions de la place seront par la suite des villes neuves. Si même l’assiette de la ville ne se prêtait pas suffisamment aux conditions que l’on demande , il ne faudrait pas balancer à la laisser en dehors, sous le canon de la place où elle servira de faubourg retranché. En général il faut se méfier de ces grandes villes entourées d’une enceinte quelconque : pour vouloir ménager quelques millions, on en dépense souvent

trop à habiller décemment de la décrépitude, et l’on perd encore toutes les qualités qu’on se fut acquises au même prix.

Il convient encore de démontrer qu’une place du type que je propose, tout énorme qu’elle paraisse, n’est pas hors de proportion avec la garnison qu’on lui destine , et qu’elle lui donnera le temps de se consommer , ou disons plutôt , les moyens d’attendre sa délivrance.

On compte qu’une place du premier ordre doit avoir vingt mille hommes de garnison ; c’est le terme moyen entre quinze mille et vingt-cinq mille qu’exigent nos places de cet ordre en général.

Nous comptons ?oo hommes par tête à couronne, ci, pour trois. i,5oo h.™”

Pour chacun des camps retranchés 4oo hommes à employer aux gardes de police, ci, pour trois. . 1,200

A reporter. . . 2,700

Report 2,700 h.'"“

Nous compterons par quartier de la place qui équivaut à un hexagone, terme moyen 2,000 hommes , ci , pour trois quartiers. 6,000

Pour la citadelle 900

Enfin il restera disponible dans la place , pour les grandes opérations et pour fournir aux consomma tionsdela défenseen toutes armes io,4oo

Total de la garnison. . . . 20,000 h.”“

Nous voyons donc que , sans compter le service possible et non exposé de la garde nationale , même dans la supposition où l’assiégeant mènerait deux attaques à la fois, on peut , indépendamment des reviremens des troupes dont les points attaqués bénéficieraient sur ceux qui ne le sont pas, et on la garde nationale suppléerait en partie, on peut, disons-nous, fournir à chaque attaque un renfort de trois mille hommes et avoir

encore quatre mille quatre cents hommes en réservepour les circonstances imprévues, et pour le surcroît d’énergie ou de défense que nous croyons obtenir sur le système en usage.

Nous ne parlerons pas des recrues que l’on ferait, sans doute, dansu ne cité populeuse et qui remplaceraient une partie des pertes de la garnison.

Analysons maintenant ce résultat sous le point de vue des pertes de la garnison. Quoique cette question ne puisse pas être résolue d’une manière fixe, néanmoins on .sait quelles sont à-pcu-près les pertes de la défense :

nous pourrions espérer que les nôtres seraient moindres, par les qualités et les abris que nous croyons avoir obtenus : mais à cause de sa plus longue défense , nous supposerons les pertes les mêmes. Le système et les dispositions que je propose ont au moins cet avantage que, dans chacun des sièges successifs qui préluderaient à la conquête de la place , le gouverneur peut à-peu-près faire

ses combinaisons de manière à ne pas dépasser, à moins d’événemens imprévus, les consommations moyennement reconnues. Il n’a pas de coups désespérés à risquer, parce qu’il a des ressources en réserve et qu’il peut attendre sa revanche. De même dans la guerre de maisons, s’il s’y trouve engagé, il réglera son entêtement et la durée de cette espèce de guerre sur les consommations qu’il pourra faire sans entamer les troupes qu’il lui faut réserver pour l’énergie des enceintes qu’il aura encore à défendre, et qui perdraient leur valeur com me celles des quartiers engagés, si l’on s’obstinait à consommer sur un trop grand développement.

Revenons à notre sujet ,et nous supposerons que l’assiégeant mènera deux attaques, bien séparées , car il ne peut attaquer ailleurs que par les têtes à couronne , et elles sont trop distantes les unes des autres pour qu’il puisse les lier. Même si nous admettons cette hypothèse, c’est pour n’être pas taxé de favoriser le système que je propose : nous pourrions dire encore ici que c’est assez gratuitement

et seulement pour donner un motif à une réunion de vingt raille hommes que l’on suppose qu’une place du premier ordre peut avoir trois attaques à soutenir. L’assiégeant, quelque fort qu’il soit , et à moins qu’il ne soit mal conseillé, n’entreprend point, par luxe , plus d’attaques qu’il ne lui en faut ; il a bien assez à faire d’entretenir et de pousser celles qui luisont indispensables. Nous disons donc qu’il ne mènera, au plus, que deux attaques sur nos places actuelles du premier ordre; l’une sur la citadelle, et l’autre sur la ville. Toute autre est fausse attaque. £t il ne se détermine à en mener deux, que parce que, s’il ne pénètre pas par celle de la citadelle avant celle sur la ville, du moins il en approche d’autant et partage ainsi les moyens de la place.

Dans la combinaison de la place que je propose au contraire, il lui faut trop de moyens et de renouvellemens à une seule attaque pour qu’il puisse en entreprendre d’autres. Il n’a d’ailleurs aucun intérêt à di-

Viser ses forces, puisqu’il ne peut, d’aucuile part, s’adresser directement à la citadelle.

Mais malgré tous ces motifs et conséquences, nous allons reprendre la sér» des pertes probables de la garnison en supposant deux attaques menées de front : nous n’aurons à compter que les pertes supposées réelles des différens sièges qui se succéderont , et nous laisserons pour fond d’bôpital , la proportion qui est reconnue résulter d’un seul siège , puisque ceux-ci se renouvelant, les malades se renouvelleront aussi, et auront le temps de rentrer successivement à leurs corps.

Nous dirons donc qu’on peut estimer que la défense de chacune des deux têtes à couronne par lesquelles le siège commencera et qui tiendront quarante jours au moins, coûtera douze cents hommes au plus, et pour les deux a,4o6 h."’"

Que la défense des deux camps retranchés, en disputantlesmaisonset les tours-modèles tiendront

.4 reporter a,4oo

Report. . .a,4oo

quinze àvingt jours au moins puisque celle des maisons des faubourgs de Dantzig et de Kell, a duré un mois, supposons qu'on y perdra i ,aoo

Que la défense du corps de place consommera par chaque attaque, et eu égard à l’énergie du système pour quatre-vingts jours de défense, deux mille cinq cents hommes, et pour deux attaques 5,ooo

Que la guerre de maisons jusqu’aux glacis de la citadelle , sans pouvoir être appréciée , consommera par chaque attaque supposée de vingt-cinq jours, quinze cents hommes , attendu que cette guerre est chicane de postes, et pour les deux attaques 3,ooo

Que le siège de la citadelle jusqu’à la prise des contre-gardes ou

/i j'eporter. . . 1 1 ,600

Report ... 1 1 ,600 h.™'' ouvrages à corne , coûtera dans l’espace de trente à quarante jours. 2,000

Qu’enfin le nombre des malades ou blessés à l’hôpital sera, dans la proportion d’un seul siège, augmenté d’un cinquième pour chaque siège successif, pour amputés ou incurables, de 2,400

Les pertes , blessés ou malades non combuttans à l’époque où la place capitulera seront de 16,000 h.”'*

Ainsi le gouverneur capitulera après un siège de six mois environ , avec quatre mille hommes sous les armes, et deux mille quatre cents malades, ayant pour position au moins un quartier de la ville intact, pour les habitans , et protégé par la citadelle qui se trouverait au sommet de l’attaque : nous disons qu’il capitulera ! Mais est-il à croire que le gouvernement l’abandonnerait à une si longue lutte sans le secourir ? Est-il à croire

que l’ennemi pourrait soutenir ses attaques j alimenter des travaux aussi immenses ? que la fortune dont les chances sont si- mobiles, le soutiendrait dans une série d’opérations dont le succès demanderait six mois au moins de persévérances, d’efforts toujours renouvelés, toujours croissans et de plus en plus périlleux ! Il y a tout à croire que l’assiégeant lèverait le siège sans le terminer.

Si l’on peut compter sur d’aussi vastes ré* sultats pour les places du premier ordre en général , qui seraient faites dans le système que je propose, celles à établir autour de Paris qui ne seraient certes jamais exposées à une épreuve de six mois , et qui , fussentelles attaquées , seraient imprenables par l’énergie que leur donnerait leur réunion sur un théâtre où l’immensité des moyens s’ac* croîtrait encore des proportions de la sphère d’activité de l’ensemble, une telle disposition bannit toute idée et toute crainte d’étre jamais réduit à y disputer notre existence politique et nationale.

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