LEGENDE
POOR l'inteliigence du plan ci-contrb.
A. Citadelle.
B, C, D. Quartiers de la place.
E, F, G. Têtes à couronne.
H. Tours- modèles.
I. Lignes de fortification de campagne formant camps retranchés et communications de la place aux têtes à couronne.
Nota. C’est dans l’intérieur de ces camps retranchés qu’on permettrait l’établissement des faubourgs.
Le type de cette place est une combinaison dont les principes s’appliquent aux terrains en plaine comme aux sites montueux , aux pays de rivière, comme à ceux qui n’en ont pas.
Cette division est un type de principe pour l’énergie des masses, dont l’analogie est dans les lois de la nature, dans les combinaisons du contrat social, et notamment dans le mécanisme de l’organisation de l’armée, qui ne peut être étrangère à celle des fortifications. Et quand on réfléchit sur les leçons qu’on trouve dans ces analogies , on se demande comment on n’en a pas découvert encore la nécessité de l’appliquer à l’assiette des grandes places, surtout. On parle encore de forljfier Paris comme on fortifierait un hexagone, sans s’apercevoir que les grands développemens d’enceinte exigent, pour l’énergie des masses et la responsabilité du chef, des subdivisions analogues à celles d’une armée eu différens corps agissant isolément et en combinaison les uns des autres. La division d’une grande place par quartiers est donc un type de principe.
Une place du modèle ci-contre peut être défendue par une garnison de quinze à vingtcinq mille hommes, et peut contenir au besoin une armée de soixante-dix mille hommes. L’isolement de chacun de ces quartiers rend la défense plus vigoureuse ; il rend aussi la police plus facile et plus sûre : cette disposition rend enfin les devoirs du gouverneur exécutables dans les crises les plus violentes de la défense.
La construction d’une place du type que je propose, peut être faite par parties, qui présenteraient des résultats défensifs croissans à chaque période de sa construction : elle peut être commencée, suspendue, reprise; suivre enfin lés hypothèses d’une création qu’on peut augmenter ou réduire selon les conseils de la réflexion, pendant les périodes successives de sa construction , parce que chacune des parties ou foyers, sont des unités indépendantes les unes des autres, et dont l’existence accroît à l’ensemble, par la souche centrale à laquelle elles se rattachent.
Ce tracé figuratif a pour but de présenter Tassiette de comparaison des surfaces des corps de place et du déploiement de leur enceinte. Il a pour but aussi de fournir dans leur physionomie comparée quelques réflexions générales sur les conditions, les qualités ou les défauts qui influent sur la valeur des places , en évitant dans la discussion toutes celles qui seraient spéciales à une localité particulière et pour ainsi dire personnelle.
Nous voyons d’abord que, sous le rapport ■des surfaces et des enceintes, les deux places comparées renferment le même espace à-peuprès, à part celui qui accroît à la masse du système que je propose, par les foyers excentriques qui constituent une atmosphère extérieure à l’enceinte générale du corps de la place.
La figure du tracé qui est mise ici en comparaison avec celle du type que je propose, a une analogie de caractère qui ne saurait échapper à l’observation ; c’est sa
d’ ujie Place de premier Ordre cxiatante
Pour comparer 1» conditions et les qualités momies de son assiette, avec celles du système que je propose.
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forme générale triangulaire comme principe de son assiette. Cette pensée, essentiellement juste, a été tout ce qu’elle pouvait être au temps de sa création, à cause de la doctrine routinière des proportions du flanquement à la portée des petites armes : mais en rendant à l’auteur l’hommage qui lui revient pour la pensée de premier jet, nous dirons aussi que les besoins actuels de la guerre et de la société exigent d’autres garanties que celles exprimées par l’assiette générale de cette figure.
D’abord la citadelle au sommet du triant gle , n’est ni en position pour servir de retranchement à la brèche sur l’enceinte de la place , ni assez spacieuse pour retirer les débris de la garnison et les habitans, à la suite de la crise des assauts.
D’un autre côté , les grandes lignes de front qui renferment l’espace se trouvant composées d’une série de petits ouvrage uniformes qui n’y existent que par la réciprocité de leur action, et qui, engagés simultanément dans^
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une attaque , se trouvent tous compromis si un des maillons de la chaîne est enlevé par force on par négligence , la police de la ligne n’a ni agglomération ni puissance à produire sur les flancs , parce que toute la ligne est également et simultanément exposée, ni réserves spéciales de secours que celles du corps de la place qui se divise. en détachemens sur la ligne menacée, au lieu de se grossir des postes échelonnés entre le coin de l’attaque et les ouvrages qui en disputeraient les progrès.
Pour*justîfier les prévisions que je viens de déduire sur la flgure que nous analysons, je vais tâcher d’énoncer en théorie générale les conditions dans lesquelles on peut trouver la vie et la puissance.
Plus le front de la défense est étendu et uniformément parsemé, en ligne droite, de points ou redoutes correspondant directement avec l’iinilé centrale du commandement, plus la surveillance est difficile et compliquée, plus aussi l’énergie s’affaiblit et se ramollit ,
soit dans la défiance réciproque des points répandus sur la ligne , soit dans le sentiment que de longues lignes uniformément constituées , doivent être sujettes à accident sur l’un ou l’autre point, et qu’un seul de ces accidens peut tout compromettre. C’est l’expression des inconvéniens reconnus aux lignes continues, qui par contraste avec l’origine de l’organisation de l’armée partagée en divisions et subdivisée par corps ou régimens, se fond dans le grand principe , que tout objet dans la nature physique ou morale ne remplit les conditions de son existence qu’en déléguant les fonctions de la vie par des anneaux intermédiaires et divisionnairement gradués entre l’unité centrale et les parcelles d’unités qui délimitent la forme extérieure de l’enveloppe générale. Cette proposition, qu’on prendra peut-être pour de la méthaphysique on de l’idéologie oiseuse, est symbolique des exemples ci-après :
Que, dans la nature, l’arbre qui se compose du tronc, des branches et rameaux, ne
porte son fruit qu’aux extrémités des canaux capillaires dans lesquels la sève se modifie et se complète, par son passage dans les bran-.ches intermédiaires;
Que, dans le moral, l’ordre social qui est ensouché dans le gouvernement n’obtient la vie que par les administrations graduées intermédiairement entre le citoyen et le chef de l’Etat;
Que, dans l’armée, la puissance et la discipline ne se développent que par les divisions de commandement gradués entre le général en chef et le soldat.
Ainsi tout dans la nature réclame la division graduée et échelonnée, pour accomplir le développement de son existence, dans des travaux dont les produits ou les résultats se rapportent à l’unité suprême pour le profit de tous, quand ils sont heureux, et dont les mécomptes ne doivent être qu’accidentels et fractionnaires, dans la sphère partielle et particulière des divisions.
La fortification qui doit remplir des conditions analogues , doit les chercher dans les mêmes doctrines. Les grandes places ne doivent donc pas former une seule masse comme les petites; et quand bn parle encore aujour* d’hui de fortifier l’immense enceinte de Paris comme on fortifierait un hexagone ; c’est l’histoire du ballon, qui, quelque grand qu’on le fasse, ne contient le gaz qui est le principe de son existence que dans une seule poche, à laquelle la moindre égratignure est une blessure mortelle.
Mais si le déploiement indéfini en lignes continues pour renfermer un foyer unique, agit, sur la force d’existence de l’ensemble , en raison inverse d’un développement extrarationnel , il faut reconnaître aussi , par analogie avec la cause et les ressorts de la puissance des armées, que l’assiette, par quartiers, d’une grande place de guerre pour une garnison de quinze à vingt mille hommes, . complétée par un petit nombre de foyers magnétiques extérieurs, et échelonnés à l’ho-
rizon de la portée de ses armes , donne , par ses divisions graduées, un développement et une aug^aentation de puissance qui s’accroît encore de l’espacement des corps jusqu’à la limite de la sphère de leurs facultés physiques et guerrières.
I.ia place dont nous analysons ici la figure, a donc une assiette vraie dans la forme générale triangulaire de son enceinte : mais elle perd la plus grande partie de ses qualités dans le déploiement indéfini et fractionnairement uniforme de ses lignes de front , qui ne présentent pas une longanimité d’existence proportionnée à l’importance de la masse unique du corps de place.
Si cette place qui exige vingt-cinq mille hommes de garnison , se trouvait enveloppée en grande partie par des inondations artificielles , elles renforceraient la sûreté par l’isolement, en tant que la surveillance est exacte : mais si ces inondations presque générales ou vaguement délimitées sur leur littoral extérieur , procurent à la place une
espèce de manteau ou de bande neutre , entre les armes des deux parties belligérantes; elles privent aussi la garnison de son action expansive sur les fronts inondés. Les avenues de la place se trouvent réduites et déterminées. C’est sur elles alors que l’assiégeant s’établit et concentre ses forces. Et quand il est parvenu à asseoir sa position par des contre-fortifications, il marche sur la place par les travaux de siège.
Si le système de l’assiette de la place n’est pas organisé pour les grandes sorties de front et de flanc, l’assiégeant arrive à la position des batteries 'de brèche , sans événemens et pertes extraordinaires; et dès qu’il y a une brèche praticable au corps de la place , on peut dire que le siège est fini, sauf quelques exceptions sur lesquelles l’Etat ne doit pas compter, parce que, la citadelle exceptée, la place , quelque immense qu’elle soit , suit le sort de la brèche.
Ainsi cette place qui aura coûté énormément, qui contient des valeurs immenses,
qui exige une surveillance telle sur les détails de son développement, qu’une négligence sur un point peut tout compromettre, est obligée de se rendi'C au bout d’un siège presque ordinaire de quarante à cinquante jours, avec une garnison non consommée , mais épuisée par les fatigues que l’organisation de son assiette lui fait subir au lieu de les lui épargner aux dépens de l’ennemi.
Le moyen de donner à une place de la Bgure ici représentée , une énergie et une augmentation de résistance réclamée par son importance militaire et civile, serait d’ajouter une tête à couronne renforcée d’une redoutemodèle casematée , en annexe à quinze cents ou deux mille mètres en capitale de chacun des sommets du triangle général, afin de conserver la population et ses richesses, hors de la portée des orages d’un premier siège qui serait alors d’autant plus long et énergique que les moyens de la place se succéderaient sur les foyers volcanisés à l’extérieur. Tels sont les principes et le caractère que
j’ai cherché à exprimer dans la proposition d’assiette d’une grande place en général, par la ligure qui a été mise en comparaison avec celle-ci. C’est à l’opinion à prononcer si je me suis trompé.