CHAPITRE
APPLICilTION ITT DÉHONSTBATION DES DOCTRINES ÉTABUE3 DANS CET OUVRAGE, POUR LE PROBLÈME DE LA MISE EN ÉTAT DE DÉPENSE ET DE SÛRETÉ DE LA CAPITALE DD ROYAUMEi
Si enfin , et pour terminer par une dissertation sur la question qui a été le motif et le but de cet ouvrage , nous portons nos regards sur celte grande ville de Paris, qu’il faut bien se décider à mettre en sûreté dans le cas d’une guerre malheureuse > car il n’est pas un Français qui ne frémisse à l’idée de supposer les armées étrangères camper encore
aux Tuileries , nous voyons d’àbord une superficie immense, délimitée par une muraille de police financière qui est à-peu-près celle' de la figure ci-contre.
Elle est douze ou quinze fois grande comme celle de la figure précédente qui représente une de nos plus grandes places de guerre du royaume, et sur laquelle nous avons démontré que la surveillance ne pouvait être énergique ni assurée, à cause de son grand développement. Que serait-ce donc de celle de Paris avec la population qu’elle a, avec une forêt de maisons et un labyrinthe de rues dans lesquelles le trouble ne serait ni reconnu ni répressible? Et c’est sur une localité si extraordinairement différente de toute autre, par son étendue, par ses mœurs et par ses besoins, qu’on resterait dans le cercle ordinaire , ou des petits nids à défense semés devant cette enceinte, ou d’une chemise bien haute et bien simple, en place à-peu-près de celle qui en fait la police urbaine, sous le prétexte que le gros canon
TIEACE TI^KÏÏJ'BiY.n.T'
Des Murailles de l’Octroi de Piiri»
' Bt r^rrmani c/aiW Itur attiW
^\inê ,'upoi jic'ii: tV »■>. cvxctvcM.; ,
Jt
Jftpt mrnrfre
étant un bagage qui n’est pas commode à mener en avant-garde, elle serait suffisamment assurée contre des attaques de viveforce, au moyen de ses défenseurs, ne fussentils que des gardes nationales. Mais de bonne foi, quelle est l’opinion qui sera rassurée dans l’énergie de corps de différentes formations disséminés sur une ligne de vingtcinq mille mètres de développement. Peuton supposer qu’il ne surgira pas quelque part une défection qui transigerait avec l’ennemi? Peut-on mettre sous la responsabilité d’un chef une armée éparpillée, hors de sa vue, et dans un foyer où, militairement et politiquement parlant, la prudence ne permet pas de se fier à un dévouement unanime?
Peut-on enfin supposer ou admettre que si la dissolution pénètre quelque part dans l’intérieur, les défenseurs du rempart resteront inébranlables, entre l’ennemi qtii serait à ses portes, et les menaces, peut-être les supplications, le désordre enfin qu’ils entendront sans le voir et l’apprécier au travers des quartiers ?
C’est cependant sous la puissance de toutes ces considérations qu’il faut trouver une assiette qui satisfasse d’une manière absolue et incontestable un résultat proposé : celui que Paris et le Gouvernement ne soient jamais réduits à subir le joug de l’étranger ou des factions.
C’est ce besoin qui avait motivé le projet de Vauban, qu’aujourd’hui l’agrandissement de Paris et le nouveau système de la guerre ne permettent plus d’adopter sous le rapport du tracé ; bien que l’esprit en soit une prévision vraie, et à modifier seulement quant à l’application.
C’est ce besoin auquel on croit pourvoir dans un projet de remplacer l’enceinte actuelle à-peu-près, par une chemise haute, épaisse et simple qui , à mon avis , ne répondrait à aucun des accidens que j’ai signalés tout à l’heure.
C’est ce besoin qui , senti sans être défini dans les limites que nous ne pouvons franchir, a fait proposer par l’auteur d’tin essai
sur la défense des Etats par les fortifications , (ancien élève de l’école polythecnique), qu’il fallait une immense place unique au centre de la France , sans égard pour l’existence de Paris.
C’est le sentiment des besoins et des incon-. véniens que je viens d’énumérer qui fait dire à M. le marquis de Chainbray, dans sa Philosophie de la guerre, qu’il faut à la France une grande place de sûreté sur la rive gauche de la Loire probablement, et dont il croit légitimer la dépense en en faisant une immense garnison en temps de- paix, et le. logement du Gouvernement avec toute la représentation nationale en temps de guerre , si Paris était menacé.
Quoique je ne partage pas la solution des idées de ces deux derniers auteurs, je leur dois la justice de dire que leurs ouvrages présentent beaucoup d’intérêt; le premier est le produit d’une imagination qui s’affranchit, au résultat, des considérations dontnous
n’accepterions pas le sacrifice total ; le second est un livre écrit avec chaleur et élégance, dans lequel le chapitre relatif aux places fortes et à Paris exprime parfaitement des griefs et des besoins qu’on ne peut méconnaître; mais, à mon avis, l’auteur se trompe en croyant, comme le précédent, résoudre la difficulté par le déplacement fortuit de tout le Gouvernement. Le personnel et le matériel de l’administration générale de la France sont trop immenses pour qu’une telle opération soit possible ; d’ailleurs l’influence citadine de Paris qui resterait au foyer, l’emporterait sur la puissance mutilée et comprimée d’un Gouvernement caserné hors de sa résidence, et peut-être coupé par l’ennemi.
En revenant à la défense de Paris, comme foyer de principe et obligé, il reste à démontrer que la solution que j’en ai donnée dans mon livre premier et dans l’article du Spectateur militaire, àu i 5 Octobre 1829, est la seule admissible , en observant , toutefois , que la question à examiner dans ce moment.
StMrrsfj-.
F*nt Ja
spppiDiSPE
^Oa«.» fc eVi},>l^mt' T'um (C'^ici’twlç continMC ■ ^y/ /yy^^'^y/y^ yyy/yyy!/^ ry^’ /^k^yi^ry.
.« i^acc <^ut J5<5ui^ iHxlift /?u»U la Wiaj^êcmcttic n'cif c.M. VIU.M1VJ l iT'acptcA.Hoti -tAWtoi* î\» ^^iJcwe'
CccMtcl cv) o«èwtaû-5 [
Fichellv J'un»fcentiinrtre tiMur miîlv mèb-«
- IGl —
ne se rapporte qu’au système de la chemise de police de la capitale; celle des grandes places à l’extérieur appartenant à un autre ordre d’idées qui sont cependant essentiellement liées à la combinaison du problème.
Il paraît , d’aprèsun article de M. lecapitaine Dunoyer, inséré dans la quarante-quatrième livraison du Spectateur militaire ( 1 5 Novembre 1829) et qui est une réponse au mien du 1 5 Octobre , qu’il existerait , au comité des fortifications, un projet sur Paris par une enceinte continue. Cette enceinte, qu’on suppose une simple chemise dont l’énergie, qui ne consisterait que dans la hauteur et l’épaisseur du revêtement, ne peut représenter qu’à-peu-près le tracé de la figure ci à côté.
En regard du nombre immense des fronts qui en font la chaîne et dont la dépense s’élèverait certainement à plus de cent millions , je demanderai s’il serait admissible, je ne dirai pas de confier, je dirai d’exposer la ville de Paris à une lutte quelconque avec
l’ennemi qui bivouaquerait à portée du canon des remparts , si , comme on parait le dire , on n’admet ni les trois grandes places d’avanN garde à quelques lieues de Paris, ni les citadelles de réserve sur l’enceinte : je demanderai si la moindre menace ne porterait pas la désorganisation dans cette Babylone et dans la défense de l’enceinte; je demanderai si cette enceinte est une garantie pour l’opinion et même pour les besoins de la cité.
Pour résoudre ces questions, il suffit de se rappeler ce que j’ai dit au commencement de cet article sur les événemens qui pourraient résulter ou surgir dans les crises de la défense d’une ligne aussi immense et d’un séjour rapproché de l’ennemi ; on ne peut en nier aucun , et la solution du problème se réduit à l’examen et au choix des deux propositions suivantes:
Paris sera conquis, du moment qu’il sera menacé ou foulé , dans un hourra ou autrement , si l’opinion publique et la puissance
Del’Assielle proposée par l’ Auteur
lT| C Ci
[«me
ifiyiifa/ .
Btrufrf V«
~o»ïw ineiro»
militaire n’ont pas de foyers indépendans de la bagarre : et au contraire Paris serait foulé qu’il ne serait pas conquis , si des foyers de sûreté, à sa circonférence, compriment, de concert avec le château qui est au centre, la ratification d’une transaction quelconque.
Le choix du parti à adopter ne saurait être douteux ; le principe de la question est tout entier dans l’empêchement d’une transaction quelconque, autre <)ue du libre avis du Gouvernement. Il est donc évident qu’il vaut mieux laisser les grilles en fer de l’octroi , et les murailles actuelles telles qu’elles sont, sauf quelques redressemens ou dispositions complémentaires, en ayant, comme je l’indique par la figure ci-contre, sur l’enceinte actuelle, les trois citadelles que je propose sur Montmartre, Chaillot et le Jardin des plantes , auxquelles je donnerais pour annexes, et afin d’assurer l’existence des défenseurs sur une ligne qui n’est que de police , quelques casernes défensives, à la barrière du Roule, à l’hôpital Saint-Louis, à la barrière
du Trône, à l’Observatoire, à la porte de Vaugirard et à l’Ecole militaire. Paris manque de casernes pour sa garnison ordinaire; celles que j’indique en compléteraient le logement, et le moyen défensif de ces casernes ne serait que pour un bataillon , qu’il remplirait le but qu’il faut atteindre. Il suffît qu’elles ne soient pas forçables sans artillerie, pour donner à l’enceinte générale une existence que l’ennemi se gardera d’autant plus de tâter, qu’il est évident, pour lifl et pour nous, qu’il ne parviendrait pas à faire capituler la masse pendant l’action , et qu’ainsi sa retraite ne pourrait se résoudre qu'en un désastre.
Mais j’admets toujours, comme indispensables , les trois grandes places extérieures que je propose d’établir, l’une au confluent de l’Oise dans la Seine; la seconde sur la Marne, à la hauteur de la Brévonne; et la troisième sur la haute Seine vers l’embouchure de l’Orge. Ces trois places forment la frontière particulière de Paris qui conserverait à la capitale et au Gouvernement l’élasticité d'action sans laquelle elle ne serait rien.
Un officier, M. Ad. Féline, qui m’a fait l’honneur de combattre mes opinions dans un article du Spectateur militaire, du 1 5 Mars i83o, en admettant la nécessité de fortifier Paris, réfute tout mon système et dit que mes erreurs semblent dériver de ce que je parais considérer Paris comme une place ordinaire : ce n’est point à moi de prononcer sur la position de cette question , dont je crois que le reproche va précisément à celui qui me l’adresse; cependant je demande la permission de tâcher d’expliquer et d’exprimer ici les principes qui divisent nos opinions sur la matière.
différence qui caractérise les dispositions dans lesquelles mes commentateurs se retranchent, et celles que j’ai énoncées, tient à ce que nous n’avons pas le même symbole sur le génie de la fortification.
Les auteurs et les professeurs de fortification n’ont jusqu’ici traité ou examiné les systèmes que sous le point de vue de la solidité passive des combinaisons matérielles : cette préoc-
iüü —
cupation semble concentrer toutes leurs recherches, d’abord sur le compassement des feux de position , en les considérant comme déterminés , certains et imperturbables; ensuite sur les difficultés à opposer à l’opération des brèches, soit au moyen de forts revêtemens qu’on est à la veille peut-être de proposer en fer coulé , soit en se ménageant en réserve une pièce pour boucher la trouée de cette brèche sur la place. C’est à cela qu’ils réduisent en résumé et en général presque tout l’examen d’un système quant à la question militaire , et ils proclament le meilleur celui où la brèche paraît la plus difficile à faire , ou celui qui présente le meilleur retranchement à cette brèche. On ne s’occupe nullement des dispositions qui produiraient de la puissance par les manœuvres ou par l’économie des fatigues et des dangers du service , du moins on ne les traite pas sur l’échelle d’où il en surgirait véritablement de la puissance. On ne demande que du dévouement à disputer des enceintes successivement embrèchées : on pourrait dire que