‹ Philosophie de la fortificationChapitre 15 sur 16 · IG-Ï · texte numérisé non relu

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c’est la coalition des murailles contre les canons qu’on semble espérer de lasser à force d’éditions de remparts , et dont on est satisfait quand leur dépense , quelle qu’elle soit , ajoute quatre à six jours d’existence à l’agonie de la place.

Une. autre fausse méthode dans la création ou dans l’examen d’un projet, est de le traiter exclusivement par la supposition ou des attaques ou des garanties , comme si l’ennemi manquait de moyens pour les éluder , en prenant le côté des combinaisons sur lesquelles on a établi, quand elles ne sont que spécialement répulsives au lieu d’étre absorbantes et magnétiques par rapport au dehors.

C’est l’erreur de M. Ad. Féline sur Montmartre quand il dit qu’il ne le regarde pas comme une position exposée; et sur Chaillot, parce que, selon lui, l’ennemi ne doit pas arriver par les ponts de Sèvres et de Saint-Cloud.

M. Féline a raisonné sous l’empire des études qu’il a faites: ce sont elles qui l’ont égaré dans un problème qui, il faut l’avouer, est mal éclairé.

Le symbole du génie de la fortiBcation est, selon moi , dans l’expression la plus simple et la plus robuste de la puissance militaire par la combinaison du service des troupes et des ouvrages dans une spbère proportionnée au nombre comme aux besoins de ces deux élémens du problème, et dont le système doit dériver d’une prévision centrale et normale à toutes les combinaisons d’attaques que l’ennemi pourrait imaginer. Ainsidemème que, dans la fixation du lieu d’une place, on a pour but de neutraliser ou d’absorber moralement les combinaisons de l’ennemi dans une sphère d’activité magnétique ou répressive , proportionnée à l’iinportaiice qu’on veut exercer, de même, dans l’assiette particulière de la place, quant à son tracé, on doit procéder, moins par supposition de détail des combinaisons d’attaques, que d’ailleurs on ne peut nombrer , que par absorption, dans le foyer, de toutes les combinaisons extérieures quelles qu’elles soient , en les forçant à rentrer dans celle de la sphère rapprochée du noyau , sans la prise duquel

l’occupation extérieure n’est qu’un provisoire fort dangereux pour l’ennemi. C’est l’application du principe et des avantages de l’ordre profond sur l’ordre mince. L’expression du symbole doit aussi enraciner la défense dans la puissance d’expansion et d’énergie des troupes, en leur donnant la fortification comme cuirasse de protection facultative, de préfé* rence au principe de la force d’inertie des murailles et remparts, comme obstacles interposés et de principal service contre l’ennemi : il doit enfin se prêter et pourvoir aux besoins spéciaux de la localité pour laquelle on fait le projet. Telle est l'esquisse qui signale la différence des doctrines pour lesquelles nous discutons.

Revenant à la question de Paris, parce qu’elle a été controversée dans le Spectateur militaire, M. Ad. Féline, dont les idées sur la défense de la capitale rentrent dans le cadre de celles dont M. le capitixine Dunoyer fait l’apologie , n’en diffère que par la proposition d’une ligne échelonnée sur la

Marne; il n’acimet pas les grandes places que je propose à quelques lieues de Paris, parce qu’il prétend qu’elles y seraient sans effet, trop grandes , et que c’est à une beaucoup plus grande distance qu’il faut en établir de moyennes ou du second ordre. J’ai suffisamment développé les motifs qui m’ont déterminé dans les dispositions que je propose , pour attendre le jugement de l’opinion. Mais pour faire observer jusqu’où peut entraîner le despotisme d’une étude qui, jusqu’ici, a prescrit sans s’associer la mesure des effets moraux de ses prévisions, je citerai ce que dit et réclame M. Féline, page 5/j7 de son article.

« Le premier soin d’un général menacé d’un siège , doit être de faire enlever les vivres et fourrages qui se trouvent dans un certain rayon, ou ce rayon doit nécessairement s’étendre avec les besoins et les dimensions de la place. On pourrait donc tâcher d’enlever les ressources que pourrait trouver l’ennemi à une distance de dix à quinze lieues de Paris. On le pourrait d’autant mieux que ce ne serait

pas tout autour de la ville, mais sur une certaine distance seulement. 11 est peu probable que l’ennemi converge par des points très-éloignés; les routes situées entre l’Oise et la haute Seine seraient sans doute les seules par lesquelles il pourrait arriver : ce serait donc le pays entre ces rivières qu’il faudrait faire évacuer en approvisionnant Paris et les autres places , ou en faisant passer les denrées sur les rives opposées.»

Je suis loin de faire à M. Féline un reproche de cette proposition ; elle est conforme aux doctrines sur la matière , elle est de droit absolu à la guerre, en pays ennemi surtout; mais pour être légitimée, il faut qu’elle remplisse son objet par une exécution complète, et, d’un autre côté, que le sacrifice ne soit pas disproportionné ; ou en faisant un désert sur la moitié à-peu-près de la circonférence de Paris , l’ennemi ne viendra-t-il pas passer, fût-ce avec quelque peine , sur l’autre moitié non dévastée? En second lieu, je demanderai s’il serait facile, s’il serait possible d’enlever

toutes les tienrées et productions d’un territoire de deux cent cinquante lieues carrées , le plus populeux et le plus industrieux de la France? Que ferait-on de ses habitans, et quelle impression produirait une pareille mesure sur l’opinion? Elle exaspérerait au moins la population qu’elle frapperait, et ferait de beaucoup d’entre eux des ennemis à la patrie. Mettons- nous en sûreté sans déranger le monde , en plaçant nos établissemens au milieu de cette population: l’appui qu’elle en recevra , nous donnera, pour la défense, des auxiliaires que l’ennemi n’oserait infiltrer. Il ne pourra que s’arrêter sur la lisière de cet Eden , dans l’intérieur duquel une puissance nationale non compressible, quand même elle serait foulée partiellement et momentanément dans quelques f^ttaques d’essai, rejetteraitpar explosion, hors du royaume, l’imprudent qui aurait eu la présomption de rêver la conquête.

Quant à l’idée de croire qu’avec une simple chemise à l’enceinte de Paris, et sans foyers d’existence au dehors de la capitale.

on peut y arrêter l’ennemi à-peu-près à la portée du canon , en attendant le secours des corps qui manoeuvreraient ou qui se réorganiseraient au loin , pour revenir ensuite en guerroyant sur la capitale, ce n’est pas, à mon avis, l’hypothèse sur laquelle on doit politiquement compter. Dans la crise pour laquelle nous discutons, il ne faut pas se confier aux illusions, les mécomptes seraient épouvantables. En résumé, je persiste donc à penser qu’il faut changer notre système défensif; qu’il faut créer notre réserve absolue à Paris et aux environs; et que le système que je propose me semble le plus conforme à l’esprit comme aux besoins de notre époque.

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