DES FORCES UCI MAINTIENNENT LA FORME DES ÊTRES
„De môme qu'il y a des forces qui gouvernent la matière et qui la font s'écouler et se renouveler sans cesse, il y en a d’autres, qui, au milieu de ce renouvellement continuel de la matière, maintiennent continuellement la forme."
„Ce qui il y a, dit admirablement Buffon, de plus constant, de plus inaltérable dans la nature, c’est l’empreinte ou le moule de chaque espèce, tant dans les animaux que dans les végétaux; ce qui il y a de plus variable et de plus corruptible, c’est la substance qui les compose (
„Cuvier semble s’étre plu à développer cette belle idée: „Dans les corps vivants, dit-il, aucune molécule ne reste en place; toutes entrent et sortent successivement: la vie est un tourbillon continuel, dont la direction, toute compliquée quelle est, demeure constante, ainsi que l’espèce des molécules qui y sont entraînées, mais non les molécules individuelles elles-mêmes; au contraire, la matière actuelle du corps vivant n’y sera bientôt plus, et cependant elle est dépositaire de la force qui contraindra la matière future à marcher dans le même sens qu’elle. Ainsi la forme de ces corps leur est plus essentielle que
(') Tom II. j>. 521 édit de lTourciia.
leur matière, puisque celle-ci change sans cesse, tandis que l’autre se conserve (lj.”
Leibnitz, entre parenthèse, a dit à peu près la même chose avant Cuvier, et Platon avant Leibnitz.
Je remarque cette belle expression de Cuvier: la matière dépositaire de la force, me promettant d’y revenir bientôt, et je poursuis mon idée.
„On conuait les expériences de Bonnet et de Spallanzani, dit Flourens, sur la reproduction des pattes de la Salamandre.’
„ J’ ai souvent répété ces expériences dit-il, et cela sous ce point de vue surtout qui est admirable , la reproduction de la forme des parties anciennes par la forme des parties nouvelles.”
„Je coupe, dit-il, la patte d'une Salamandre; et cette patte se reproduit”
«Cependant ce n’est pas une chose simple que la patte d’une Salamandre. Cette patte se compose d’un carpe, composé lui-même de sept os, d’un métacarpe, composé de quatre os; de quatre doigts, composés chacun de deux et même de trois phalanges , en tout vingt os; et si je coupe le membre entier, c’est trois os, et trois grands os de plus, qu’il faut ajouter, un pour le bras, et deux pour l’avant-bras. Eh bien, chacun de ces os, de ces vingttrois os, a sa forme propre; l’un est rond, 1’ «autre long; celui-ci a une tête, une face articulaire, des saillit s, des trous etc, d’une façon, et celui-là a tout cela d une autre; et la force qui les reproduit ne s’y trompe pas; elle reproduit le radius avec sa forme de radius, le fémur avec sa forme de fémur, chaque os du carpe avec sa forme particulière, etc.
( *) Rapport historique sur le» progrès île* sciences naturelle», p. 200.
etc.; et il en est de même de la peau , des muscles, des > vaisseaux , des nerfs etc.; car toutes ces parties se reproduisent. et chacune avec sa forme première de peau, de nerf, de muscle, de chaque nerf, de chaque muscle etc. etc.”
„Trambley coupe un polype par morceaux, et chaque morceau redonne uu polype entier. Bonnet coupe une ndide par morceaux, et chaque morceau redonne une naïde entière. Et ces nouveaux polypes ont tous la forme du premier polype, et ces nouvelles naîdes ont toutes la forme de la première naïde.”
„U y a doue des forces qui reproduisent les parties coupées, et qui les reproduisent avec leur forme”
„Les forces reproductrices sont donc non seulement des forces plastiques, comme les appelaient les anciens; ce sont des forces morpho-plastiques”
„Dans mes expériences, sur les os, poursuit Flourens, j’ai vu des os entiers périr et se reproduire.”
„Je détruis le périoste interne d’un os. Cet os meurt; mais le périoste externe, qui n'a point été lésé, survit, et me redonne bientôt tout un os nouveau, et tout semblable à celui qui était d’abord.”
„J’ai vu se reproduire ainsi tout un radius, tout un tibia, et ce radius, et ce tibia nouveaux étaient absolument semblables au radius et au tibia anciens.”
„Toute une chirurgie nouvelle, ajoute-t-il, peut naître de ces expériences physiologiques. Que d’amputations, que de mutilations pourront être prévenues! Toutes les fois qu’une portion d’os est cariée, ôtez cette portion d’os en conservant le périoste; le périoste conservé rendra la portion d’os enlevée. Toutes les fois qu’un os sera carié, ôtez cet os tout eutier, en conservant le périoste: le périoste conservé rendra l’os.”
Guidé par les expériences de Flourens, le Professeur Blandin enleva sur un malade, une clavicule cariée, en conservant avec soin le périoste. Au bout de quinze mois, le malade vint revoir son chirurgien avec une clavicule nouvelle.
Un fait si minime en apparence a fait une révolution dans la chirurgie. — Et aujourd’hui nous ne faisons pas tant d’amputations comme on en faisait dans le passé.
Grâce au génie de Flourens nous avons aujourd’hui une chirurgie nouvelle, une chirurgie conservatrice, qui a fait du chirurgien boucher, le chirurgien artiste, bienfaiteur de l’humanité.
Cette conquête dans la science ne date que depuis vingt et quelques années.,, Quel triomphe, ditFlourens, pour la science” et quel bienfait ajouterons-nous pour l’humanité!
Flourens termine son chapitre sur les forces qui maintiennent la forme des êtres, ou plutôt sur le rapport des forces avec la matière dans les corps vivants en ces termes:
„Les expériences, que je viens de rappeler, nous ont dévoilé ce rapport; et, en effet , il est impossible que, parvenu au point où nous sommes, le lecteur ne soit pas frappé de l’aspect nouveau sous lequel se présentent les forces de la vie."
„La matière n’est, selon l’heureuse expression de Cuvier, que dépositaire de ces forces. La matière actuelle, la matière qui est à présent, ne les a roques qu’en dépôt; elle les a reçues de la matière qui l’a précédée, et ne les a reçues que pour les rendre à la matière qui la remplacera bientôt.”
„ Ainsi donc, la matière passe et les forces restent.”
„La loi, la grande loi qui fixe les rapports des forces avec la matière, dans les corps vivants, est donc, d’une
part, la permanence des forces, et de l’autre, la mutation continuelle de la matière.”
Avant d’aller plus loin avec Flourens, je m’arrête un instant pour exprimer ma façon de penser sur un point seulement: pour montrer ce qui pourrait induire en erreur— et en rétirer ce qui est vrai et réel.
Or, si la loi formulée par Cuvier et applaudie par Flourens était vraie; savoir: „que la matière est dépositaire des forces ,” que la matière actuelle ne les a reçues qu'en dépôt, qu’elle les a reçues de la matière qui l’a précédée et ne les a reçues que pour les rendre à la matière qui la remplacera bientôt," les plantes et les animaux ne pourraient pas croître. Car un être vivant, étant composé comme matière de cent molécules par exemple, dans un moment donné, comme chacune de ses molécules a reçu en dépôt la force d’une des cent molécules qui les ont précédées et qu’elle doit rendre à une des cent molécules qui viendra à sa place; que cet être vivant ne pouvant jamais avoir ni plus ni moins que cent molécules comme matière, serait pour jamais invariable dans ses dimensions, comme dans ses formes. L’homme par exemple qui a vingt ans, resterait toujours le même, il serait à vingt ans, comme il a été à cinq, comme il a été lorsqu’il est venu au monde.
Son nez par exemple, ses bras, ses jambes, l'expression de sa physionomie serait éternellement la même. Tandis que nous voyons, que non seulement ce nez, que ce bras, que cette physionomie a changé avec le temps, mais que ce nez et que cette physionomie a pris une autre forme et une autre expression; que cet homme en croissant et en avançant en âge a grandi et que sa figure a pris une expression nouvelle au point, que sa propre mère, qui ne l’avait pas vu depuis nombre d’années ne le re-
connaîtra pas. Ce sera un homme, mais plus le même ni physiqiiement, ni moralement, ni même sous le rapport de ses fonctions, de son intelligence, comme il avait été il y a quelque quinzaine d’années. Le monde et les nulle circonstances de la vie, ses rapports avec ses semblables, en passant sous silence la seule influence du temps et les changements qu’il doit apporter en lui, peuvent changer un mouton en tigre, peuvent d’un tigre faire un agneau, peuvent ennoblir les traits disgracieux, peuvent d'un auge faire un monstre et réciproquement.
C’est pourquoi Cuvier, s’empresse d’ajouter aux paroles précédentes: „Le corps vivant ne garde pas un instant le même état et la même composition.” A la bonne heure, car cette retouche de la loi première, l’éclaire d’un éclat soudain et lui donne mie véritable signification.
Cuvier et l’iourens étaient si près de la vérité, du dernier mot de l’énigme... et, chose surprenante, ils n’ont pas franchi comme philosophes, la dernière barrière de l’obstacle, que la nature, ou les sens opposaient à leur sagesse.
On se tromperait donc, si on supposait que le nombre des molécules dans un être vivant est toujours le même. — Cette proposition toutefois serait vraie si nous y ajoutons:
1° Que les molécules simples en entrant dans un organisme vivant, avant d’occuper leurs places respectives, sont déjà organiquement, ou morpho-plastiquement changées, ou’préparées par une métamorphose definitive, que non seulement elles sont préparées et métamorphosées par la voie de la digestion, de la respiration, etc. mais qu’elles sont déjà préparées par la voie de la métamorphose dans nos aliments, par le règne végétal et par le règne animal; par conséquent, comme le fer, comme je l’ai dit n’est plus fer dans le sulfate, de fer, mais qu’il y est profondément
changé, ou métamorphosé , de même les molécules eu apparence inertes dans notre organisme ne sont pas mortes et inertes, mais elles y sont profondément changées, métamorphosées, vivantes — quoique nous puissions les ramener par des procédés chimiques, à leur état de simplicité primitive, quoique nous puissions en quelque sorte les ramener à leur état primitif, en les réduisant toutes dans le principe aux quatorze éléments des Corps simples, de môme comme nous décomposons le sulfate de fer en fer, soufre et le gaze oxygène; avec cette différence, que le fer dans un organisme vivant est d’une métamorphose plus élevée qu’il n'était en constituant, avec d’autres éléments, le sulfate de fer, — que toute molécule d’un corps simple est vivante et organisée dans un corps vivant comme un soldat qui, étant en quelque sorte mort et passif n'obéissant qu’à la voix de son commandant, qui reçoit les ordres de son supérieur, du capitaine , celui-ci, de son colonel, ce dernier du général et celui-ci enfin du chef de l’armée est vivant, comme unité d’une aimée; qu’il y a dans une armée des unités passives, des remplacements, des grades supérieurs et plus élevés encore, mais qu’il n'y a qu’un commandant en chef et que le tout pris dans son ensemble, malgré les enchaînements et les complications si diverses, ne constitue qu’une seule armée et ne fait qu’une volonté!
2° Nous devons ajouter encore à notre manière de voir, que non seulement il existe des combinaisons des plus intimes et des plus variées entre les molécules d'un corps vivant, dont les unes disparaissent, et les autres ne cessent d’y affluer, mais bien que ces mêmes molécules en subissant des métamorphoses individuelles, entrent avec des molécules nouvelles dans des combinaisons toujours croissantes en nombre aussi bien par rapport de l’une à l’autre, que par rapport à l’ensemble de l'être vivant, et que tou-
tes ces combinaisons, tons ces arrangements, que toutes ces métamorphoses dépendent encore non seulement de la force de la vie inhérente à l’être vivant, mais sont encore modifiées par l’influence d'un millier de causes externes, qu’internes aux-quelles cet être et soumis tant physiques que morales: comme le climat, la nourriture, le croisement dés races, la tendance naturelle de chaque être à se changer, à se perfectionner, comme l’influence des parents sur leurs produits etc etc (’).
Ce qui pris dans son ensemble, constitue alors seulement une vie individuelle, un organisme à part, un être à part, une individualité, en un mot, ce qui constitue la vie avec ses phases de la croissance, du développement, de l’âge, de l’ennoblissement organique et individuelle de la race, tant sous le rapport physique que moral, ce qui constitue une progression dans la perfection, une métamorphose ascendante, — ce qui constitûe l’effacement ou la mort des molécules, ce qui constitue la vieillesse, et la mort ou l’effacement des individus.
Cuvier et Flourens se plaisent dans l’expression: matière depositaire de la force'' quoiqu’ils considèrent la matière comme morte et inèrte, sans rapport ni parenté avec la force, attirée seulement par le tourbillon de la vie dans un être vivant et l’abandonnent comme morte.
Flourens va même plus loin et dit, comme nous l’avons cité plus haut: „quc la force vit au milieu de la matière et qu’elle la gouverne.*’
Or, en lisant ces paroles si hardies, et si profondément philosophiques, au premier abord, je suis étonné, que
O Lisez 'Goethe sur les affinités électives —Use* l’ouvrage de Daéwifi élir l'orlgillé àés’dspéCes...'.
ces grands penseurs aient pu envisager la matière comme morte et sans autres rapports avec la force que le pouvoir de la gouverner et de vivre au milieu d’elle; mais par quel lien, et de quelle manière je le demanderai non seulement à Cuvier et à Flourens, mais à tous les penseurs du monde? que la science restera muette sur cette question. Et pourtant Cuvier et Flourens étaient si près de résoudre ce mystérieux problème. Un pas, dis-je, de plus et la chose était pour jamais résolue. Or, si Cuvier et Flourens, sans formuler ici ma pensée, car je vais traiter cette question au long, avaient dit seulement: que la matière est un état particulier de la force, qu’elle n’est que sa métamorphose, que la matière obéit à la force, parce qu’elle n’est autre chose qu’un état de la force et que la force a une prise sur la matière, parce que cette dernière n’est autre chose qu’un état particulier, que la concrétion, si je puis dire ainsi, que la métamorphose de la force, que la matière s’enchaîne avec la force, parce que la matière est un état particulier de la force et réciproquement et s’ils avaient ajouté après, que la force vit au milieu de la matière et la gouverne, je crois, à mon avis, qu’ils auraient tranché la question. Mais Flourens était comme Leucyppe, qui savait, que les atomes se tiennent sans les crochets de Lactance, bien qu’il ne sût pas comment. Flourens a donné le mécanisme du rapport de la force avec la matière, mais il n’a pas donné le rapport intime de la force avec la matière, sans parler du rapport de la force à la matière
Mais ne devançons pas notre pensée, suivons le cours de l’idée.
Or, quant au premier problème, que la matière est dépositaire de la force, quelle reçoit en dépôt la force de la matière qui était avant pour la transmettre à la ma-
tière qui va lui succéder, l’expérience avec la patte de la Salamandre va à elle seule nous démentir la conclusion physiologique et philosophique de Flourens.
J’ai répété les expériences de Flourens, de Bonnet et de Spallanzani sur le ver de terre, sur l'écrevisse, sur des lézards et sur la salamandre qui sont d'une exactitude reconnue et incontestable, mais j’en ai tiré une tout autre conséquence.
Or, le lecteur conviendra, que si nous enlevons une patte à la Salamandre, toutes les molécules, toute la matière de cette patte sera séparée de la Salamandre et que pourtant une nouvelle patte va repousser sans le secours de la patte ancienne, découpée, et qui au moment de la formation de la nouvelle patte pourrie quelque part, à une grande distance de la patte nouvelle. Comment donc pourrait-elle transmettre la force, dont elle était dépositaire, aux moléctijes de la patte nouvelle? comment donc la patte ancienne pourrait-elle présider à la formation de la patte nouvelle et à l’arrangement intime dé scs molécules?
D’où il résulte que la matière n’a reçu en dépôt aucune force et qu’elle n’eu transmet aucune dans le sens de l’assertion de Flourens et de Cuvier, mais bien, que toute matière, comme force, sous l’influence des certaines circonstances pouvant devenir organique, et puis, que la force organique individuelle de la Salamandre, comme un tout harmonieux dans tous, les degrés de la métamorphose de la force élémentaire, qui est en elle, tenant dans son être la force propre à la reconstruction de la partie manquante à l’harmonie de son être, a pu aussi bien créer une patte nouvelle par le bourgeonnement, par l’arrangement de la matière nouvelle dans le sens organique de la patte découpée, comme lorsqu’elle veillait à son existence pendant que cette
même patte appartenait à son être; que le plan de la création de la nouvelle patte existant d’avance dans la force de l’être, que cette force n’avait, comme du vivant de la patte, que de fixer la matière convenablement appropriée, métamorphosée par la force organique de l’être en commençant par le premier plan, par le premier trait, par la réunion de quelques atomes et leur arrangement convenable, par le noyau, par le bourgeon, pour que ce bourgeon en se développant, nourri par la force donnée et par la matière appropriée devint la patte de la salamandre.
D’où je conclus, que chaque molécule constituant l’organisme de la patte n’a pas reçu la force en dépôt, capable de reconstituer une molécule nouvelle dans cette patte, ou dans un organe tout entier, mais qu’étant force en ellemême, pouvant obéir à la voix de toute force et subir toutes les métamorphoses possibles selon les conditions qui les favorisent, pouvait être entraînée par la force organique et fixée dans un point donné, devenir une molécule de la patte nouvelle; en d’autres termes: que l’atome pondérable, ainsi qu’une molécule, n’étant que -la métamorphose de la force siipple, qu’un certain état fie la forces f1), que tous les degrés des forces si diverses eu apparence étant soeurs, que la force orgauique est soumise en conséquence â la même loi de l’attraction-répulsive comme la force simple, que toute molécule constituant l’organisme n’a pas la force créatrice de l’organisme, ou de ses parties, mais
( ') l'atome proprement dit ou impondérable, qui fait l’atome pesant, est comme nous le savons, la plus minime parcelle indivisible de la matière impondérable ou do la force simple ou de l'éther cosmique-. trois degrés du mouvement ou de la vie du même état materiel -subtil tW 1« nature qui sert de lien de la force spirituelle avec la matière pesante.
qu’étant nne transformation de ? attraction-répulsive, est soumise à la même loi qui préside aux combinaisons et aux décompositions chimiques, — lesqueles combinaisons et décompositions entre parenthèse, ne sont pas ici d’un ordre aussi simple comme dans les corps simples, comme dans les corps appelés inorganiques, mais qu’à cause de combinaisons multiples qui s’enchaînent dans l’organisme comme liant la matière dans un tout vivant et harmonieux, la force est ici d’un ordre plus élevé que l attraction-répulsive élémentaire et constitue une force dite avec raison morpho-plnstiq u e.
Coupons la jambe à un homme et la jambe ne repousse plus (*). Pourquoi cependant, chose remarquable, ce même homme ressentira-t-il une douleur dans le gros orteil par. exemple de la jambe coupée, de la jambe qui n’existe plus, depuis une sérié d'années; — pourquoi se sentira-t-il dans une matière non existante, pourquoi se sentira-t-il dans une jambe qui n’est plus?
Je dirai, que cette sensation, que cette douleur dans une région de l'organe qui n’est plus, éxiste réellement dans un point de la cicatrice du membre amputé, par lequel la force organique, au moyen d’un organe propre, d’un conducteur, d’un nerf, envoyait la vie à la région dan3 laquelle il semble ressentir cette douleur; que dans le langage psychologique cette sensation est le rudiment de la véritable douleur, siégeant dans le rudiment de la jambe amputée; que le moignon souffre dans un point de sa cicatrice et qu'il renvoie cette souffrance, ce travail infructueux vers le point marqué dans l’harmonie d’un tout vivant par la voie reflexe , auquel il l’aurait communiquée si
( ') Nous verrons plus loin pourquoi?
PMJoiophl» de 1» Nature. • 16
la jambe avait existé. Et c’est pour cela que nous éprouvons des sensations illusoires dans les organes dont nous sommes privés. — Or, le moment de cette sensation illusoire, le moment de ce travail infructueux de la force organique, de cette tendance de la force organique à se voir servie par un organisme complet et non mutilé et à vaquer aussi bien sur l’ensemble de l'organisme que sur ses parties composantes, fait, que nous nous sentons dans la matière qui n'est plus en nous, que nous sentons la jambe que nous n’avons plus, que nous sauffrons dans une région d'un membre que nous avons perdu sans retour.
La chimie nous rappelle ici en passant, l’expérience de Mitcherlich, avec les cristaux , expérience à laquelle nous reviendrons et qui nous permettra de saisir cette occasion pour signaler une analogie frappante entre le règne animal et le règne minéral, non sous le rapport de la sensibilité, mais Sous le rapport de la tendance aveugle dans ce dernier à réparer ses mutilations.
Retenons ce fait dans notre pensée et poursuivons.
Une molécule de la matière qui entre dans la composition du corps humain, de ses muscles, ou de ses os, n'est pas l’homme, mais constitue seulement un de ses éléments primordiaux. La force qui gouverne cette molécule, qui la tient avec une autre, qui la dirige dans un corps vivant, n’est pas la force organique entière, mais une de ses forces subalternes, une de ses branches; c’est la force organique, mais d’un ordre inférieur quoique de la même espèce quelle: autrement la force organique et celle qui lui est inférieure ne pourraient pas influer l’une sur l’autre, autrement elles ne pourraient pas faire un tout ensemble; comme la molécule du corps d’un être vivant est de la même espèce que la matière tout entière de l’organisme de l’être dont elle ne fait qu’un élément primordial matériel.
D est vrai qu’une force meut la matière, qu'une autre préside à la forme de chaque partie de l’organisme, d'un être, nous verrons même plus loin que dans chaque organe, que dans chaque parcelle d’un organe siège une qualité différente de la force; n’oublions pas toutefois que liées, forces comme matière dans un ensemble de l’individualité de 1 etre vivant, elles ne font qu’une unité parfaite, tant aux forces diverses, qu’aux diverses métamorphoses de la même matière, que leur différence ne dépend dans ses manifestations, quant à la force , que du degré de sa métamorphose et quaut à la matière de la métamorphose de l’élément primordial de la matière.
Je reprends l’ingénieux travail de Flourens et j’arrive à l’intelligence.
LE L’INTELLI&ElfCE.
„Les forces du système nerveux , d'après Flourens, sont au nombre de cinq: la sensibilité, la motricité, le principe delà vie, la coordination des mouvements de la locomotion et de t intelligence. Et. chacune de ces forces réside dans un organe propre.
La sensibilité réside dans les faisceaux postérieurs de la moelle épinière et des nerfs; la motricité dans les faisceaux antérieurs; le pi-incipe de la vie dans la moelle allongée; la coordination des mouvements de locomotion dans le cervelet, et l'intelligence dans le cerveau proprement dit (lobes ou hémisphères cérébraux).
Ainsi, quant on coupe les racines des nerfs postérieurs l’animal éprouve de la douleur; et quand elles sont coupés, les parties ou elles se rendent ont perdu toute sensibilité.
Si on pince une racine antérieure, point de douleur, mais mouvement; si on la coupe, perte de mouvement, et du mouvement seul dans les parties où elle se rend.
Le sentiment et le mouvement sont donc deux propriétés distinctes, séparées, et qui peuvent être séparément conservées ou abolies.
Même chose pour la moelle épinière. La partie postérieure de cet organe d’où naissent les racines postérieures est pour le sentiment, et si on la coupe, la sensibilité seule est paralysée et si on coupe la moitié antérieure on ne paralyse que le mouvement.
Le cervelet est l’organe de la coordination des mouvements. L’animal qui a perdu son cervelet, conserve toute son intelligence; mais il a perdu toute régularisation de ses mouvements; l’animal qui a perdu son cerveau, conserve toute la régularisation de ses mouvements, mais il a perdu toute son intelligence.
Si nous enlevons un des deux tubercules bijumaux, perte de la vue, de l’œil du Côté opposé, par paralysie de l’iris et de la rétine, par paralysie de sens-, et de plus: tournoiement de l’animal sur le côté du tubercule enlevé.
Ces effets n'ont rien d’ étonnant; car les tubercules sont l’origine des nerf optiques.
Mais on observe, en outre, un effet particulier et tout nouveau sur le mouvement.
Après l’ablation d’un seul tubercule: l'animal comme je viens de le dire tourne sur lui-même <tyi côté du tubercule enlevé.
Et je fais remarquer cet effet, parce qu’il a été le premier exemple des mouvements particuliers, déterminés par certaines parties de l’encéphale.
J'ai trouvé ainsi, dit Flourens, que la section des pédoncules cérébraux détermine un mouvement en avant; celle des corps restiformes un mouvement en arrière; et celle des canaux semi-lunaires des mouvements plus étonnants
encore, et dont la direction est déterminée par la direction même de chaque canal.”
Le lecteur a remarqué , que si nous blessons le cervelet, ou si nous l’enlevons petit à petit, que l’animal perd peu à peu l’équilibre de ses mouvements de locomotion et que si nous enlevons tout le cervelet, l’animal perd toute faculté de se tenir debout, de marcher, de courir, de voler régulièrement, que cependant le mouvement persiste, et que l’animal peut même l’éxécuter quand il veut: d'ou il résulte que la production du mouvement est dans la moelle épinière et ses nerfs, que la coordination de ces mouvements est dans le cervelet et que la volition est dans le cerveau. Je dirai d’après cela, ce que Flourens n’a pas dit, mais ce qui reste à prouver par l’expérience, que la volition des mouvements est dans les points précités de l’encéphale qui les déterminent, et qu’il y a une volition qui siège dans les pédoncules cérébraux et qui détermine le mouvement en avant, qu’il y en a une autre qui siège dans les corps restiformes et qui commande le mouvement eu arrière et qu’il est une volition dans le sens de chacun des canaux semi-circulaires; tandis que l’équilibration est une fonction propre du cervelet, parce que la lésion de ces parties de l’encéphale produit le même effet quoique d’un ordre plus déterminé quant à la direction, que la section du cervelet.
J’arrive au cerveau.
„Or, si on enlève, dit Flourens, sur un animal, un seul lobe, l’animal perd la vue de l’œil du côté opposé, mais l’intelligence subsiste: un seul lobe suffit , comme un seul œil suffît à la vision!
Si on enlève à un animal les deux lobes cérébraux à la fois: il perd tous les sens: il ne voit plus, il n’entend plus;
il perd tous ses instincts, il ne sait plus ni se défendre, ni s’abriter, ni fuir, ni manger: il perd toute intelligence, toute perception, toute volition, toute action spontanée.
Le cerveau est donc le siège exclusif de l’intelligence.
Voilà donc les quatre parties de l’encéphale, à savoir: la moelle allongée, les tubercules, le cervelet et le cerveau proprement dit, et les quatre fouctions propres de chacune d’elles.
Il faut, dit plus loin Flourens, faire une grande distinction entre les sens et l’intelligence.
L’ablation d’un tubercule détermine la perte de la .vernation, du sens de la vue; la rétine devient insensible, l’iris devient immobile.
L’ablation d’un lobe cérébral laisse la sensation, le sens, la sensibilité de la rétine, la mobilité de l’iris, elle ne détruit que la perception seule.
Dans un cas, c’est un fait sensorial; et, dans l’autre, un fait cérébral; dans un cas, c’est la perte du sens; dans l’autre, c’est la perte de la perception.
La distinctions des perceptions et des sensations est encore un grand résultat; et il est démontré aux yeux.
Il y a deux moyens de faire perdre la vision par l’encéphale: 1 u par les tubercules, c’est la perte du sens , de la sensation: 2° par les lobes, c’est la perte de la perception, de l'intelligence.
La sensibilité n’est donc pas l’intelligence; penser n’est donc pas sentir; et voilà toute la philosophie des Descartes (*), des Locke et des Helvétius renversée.
(') Locke, Helvétius et Dcscartes cuseigivaient que sentir n'est pas autre chose que penser.
L’idée n’est donc pas la sensation; et voilà encore une autre preuve du vice radical de cette philosophie.
Une philosophie, poursuit Flourens, a dit: penser c’est sentir. Penser est si peu sentir (même matériellement parlant) que le cerveau est insensible, impassible; on peut le blesser, le pincer, le couper par tranches, sans produire aucune douleur.
La sensibilité est dans les nerfs et la moelle épinière ou n’est pas l’intelligence; et l’intelligence est dans le cerveau ou n’est pas la sensibilité.
La sensibilité et l’intelligence sont donc deux faits distincts, et si distincts qu’ils ne résident pas même dans le même organe, qu’ils résident dans deux organes très-distincts, très-diiférents, très-iudépendants l’un de l’autre.
L’indépendance entre les organes est telle, que l’un, le cerveau peut être enlevé sans que cela nuise à l’autre (la moëlle épinière), à savoir: que l’animal peut sentir la douleur quoiqu’on lui ait enlevé le cerveau ou organe de la perception.”
Je ne suis pas d’accord avec Flourens, sur ce point, car comment démontrer que l’animal sent.lorsquïl est privé de l’organe de la perception de la douleur? L’animal ne percevant pas de sensation, ne pourra en aucune façon nous faire comprendre qu’il sent.
Si toutefois en pinçant un animal à qui nous avons enlevé le cerveau nous voyons qu’il bouge, ce n’est pas parce qu’il soit resté une sensation dans sa moelle épinière, ou que sa moelle épinière soit restée apte à sentir, mais que les phénomènes de la douleur, ou les mouvements qu’il manifeste peuvent dépendre d’une contraction
purement mécanique des muscles sous l’influence des derniers vestiges de la force organique non encore éteinte.
On m’objectera que, lorsqu’on enlève le cerveau, l’animal perd la vue, ou la perception de la vue seulement, mais que l’iris reste contractile, donc que le nerf optique est sensible, quoique l’animal ne voie pas; qu’il n'y ait plus vision, mais que tout ce qui est sensation subsiste. Je répondrai que si je coupe une patte aune grenouille, que cette patte sous l’influence d’agents propres, peut se contracter, mais quelle ne sent pas, parce quelle n’a pas de cerveau; qu’elle est restée seulement apte à servir d’organe de la sensation, à savoir: que si par la pensée je la rendais à la grenouille vivante, dont elle faisait partie, et qui a le cerveau, qu’elle fonctionnerait de nouveau comme organe sensible, qu’elle serait sensible.
„Mais, poursuit Flourens: l’indépendance entre les fonctions est telle que l’une, l’intelligence, disparaît tout entière avec le cerveau, et qu’alors la sensibilité reste tout entière parceque la moelle épinière reste.
C’est encore ici, dit-il, une opposition, admirable. La sensibilité est où n’est pas l’intelligence; l’intelligence est où n’est pas la sensibilité. L’organe qui pense ( *) n’est pas celui qui sent; l’organe qui sent n’est pas celui qui pense.
(') Je fais remarquer l'expression de Flourens: „l' organe qui pense,” qui facilitera au lecteur l'intelligence de ma théorie du rapport de l'âme à l' organisme, lorsqu’il y trouvera, que la forer vitale ou organique de la aubetance grise du cerveau ou l’éther de cette substauco pria au moment de son élan dans le domaine de la pensée pour ge transformer en verbe , e*t l'âme ou plutôt le phénomène de l’intelligence, de l'esprit, de l’Ame.
Hblloiophlo de U Nature. 1 7
Preuve absolue de la distinction de la sensibilité et de l’intelligence, et la première qui le soit à ce point.
On a dit penser c’est sentir, poursuit Flourens; sentir n’est pas même percevoir.
Le cerveau seul, dit-il, perçoit.”
A la bonne heure, mais qui percevra alors la sensa- . tion lorsque le cerveau sera enlevé? 11 nous semble donc que nous étions dans le vrai, puisque les résultats des expériences de Flourens sont de notre côté.
,,Ici, dit Flourens: les fonctions, les facultés, les forces sont séparées par les organes, nouvelle analyse et tout expérimentale.
Je dis, poursuit-il: que tout ce qui réside dans un môme organe est de même nature, et que chaque fait qui réside dans un organe à part, est un fait distinct.
Je distingue les forces par les organes.
Qu’opposer à cette analyse, à ces distinctions?
Tout ce qui est de même organe est de même nature, tout ce qui est d'organe différent est de nature différente.
J’analyse par les organes.”
FNITR DK r/INTRLLIflFNCE. SIÊGB DK D'A MF
„L’intelÜgence tout entière, dit Flourens, est-ce une faculté une? Réside-t-elle dans tout le cerveau? Le cerveau tout entier (le cerveau proprement dit, bien entendu), est-ce un organe un ?
On bien, l’intelligence n’est-elle que la collection de différentes facultés ?
lie cerveau n’est-il qu’une collection de différents organes ?
Remarquez, que si l'intelligence est une faculté une, est une faculté, l’intelligence est un fait et non un nom; elle doit avoir son siège, son organe.
Au contraire, si elle n’est qu’une collection de facultés, ce n’est pas elle qui est le fait; ce sont les facultés; et alors il ne faut plus chercher le siège de l’intelligence en général, mais le siège particulier de chaque faculté.
Voyons d’abord l’expérience. Le cerveau proprement dit est le siège de l'intelligence: en l’enlevant tout entier, toute intelligence est perdue; mais cela peut tenir
à ce qu’on a ônlevé un organe collectif, l’organe multiple d’une collection de facultés.
Or, on peut enlever, sur un animal, soit par devant, soit par derrière , soit par côtés, une portion assez étendue des lobes ou hémisphères cérébraux, sans qu'aucune faculté intellectuelle soit perdue: toute l'intelligence subsiste.
Mais, passé une certaine limite, dès qu’une faculté dis parait, toutes disparaissent.
Et il y a plus. On peut conduire l’expérience de manière, que la lésion puisse se guérir, et les fonctions renaître. Eh bien encore, dès qu’une faculté renaît, toutes renaissent. Tout se perd, tout renaît donc à la fois, tout n’est donc qu’un; l’intelligence est donc essentiellement une faculté une.
Voilà la preuve physiologique de l’unité de l’intelligence, la preuve philosophique est bien plus forte sans doute; mais il faut parler à chacun son langage, et aux mauvaises philosophies qui prétendent avoir un appui sur la physiologie, il faut montrer que cet appui n’est pas et que la physiologie ne dément pas le sens intime.
Le cri le plus fort du sens intime est celui de Fumte (le 1 intelligence, de limité de moi."
Nous ajouterons à ce cri intime du grand penseur français: que la plus grande preuve de l’unité des forces si diverses dans leurs principes, tant intellectuelles qu’organiques, que des forces simples, est l’unité individuelle d’un être vivant, composé de tant d’éléments divers. Et comme ces éléments, et comme ces forces d’un ordre
si différent dans l’homme par exemple, se rencontrent tantôt chez les animaux, tantôt dans les corps simples (quoique d’un ordre inférieur chez les premiers et à l’état d’élément dans les derniers) il s’en suit, que les forces qui gouvernent la matière pondérable, qui président aux fonctions du règne végétal, comme du règne animal, comme celles qui élèvent l’homme au dessus de la bête et l’élèvent à l'Etre suprême, à l’intelligence suprême, ne sont qu’une seule et même force: et comme les phénomènes de la lumière et de la chaleur par exemple, dépendent de l’arrangement des molécules de l'éther ou d’un certain état des parcelles de ce fluide en mouvement ou de la force . en action, que toute la différence entre les forces d’un ordre plus élevé dépend de l’arrangement et du degré de la métamorphose des éléments qui constituent les corps vivants. J’ajouterai que ces ordres de la force président comme causes à ce degré de la métamorphose et en sont la conséquence comme phénomènes.
La plus intime union de toutes les forces, tant organiques qu’intellectuelles se concentre, dit Flourens, entre le cerveau et la moelle allongée dans un point qui n’est pas plus gros que la tête d’une épingle et qui est placé dans la pointe du V de substance grise, inscrit dans le V des pyramides ou bec de plume et dont la limite supérieure passe sur le trou borgne et la limite inférieure passe sur le point de jonction des pyramides postérieures. Or dans ce point qui ne dépasse pas une ligne, est le point vital ou le noewl vital. C’est donc d’un point matériel que dépend la vie. Ce point blessé, toutes les forces organiques, comme intellectuelles cessent, la vie cesse, l’animal meurt comme foudroyé.
Nous avons donc, d’après Flourens, une preuve déplus de l’unité des forces de la vie dans l’unité de l’organe.
Il semble toutefois que Flourens s'est laissé ici induire en erreur par les apparences, car si la vie cesse par la section du point vital, expérience, que j’ai bien des fois répétée sur les animaux, si toutes les forces organiques et intellectuelles cessent, c’est que justement, du point indiqué par Flourens, naissent les racines de la huitième paire ou du nerf pneumogastrique, qui va aux poumons et très-probablement, comme nous le verrons tout à l’heure, et les nerfs phréniques qui se portent au diaphragme et aux muscles intercostaux ; car la section de la huitième paire en paralysant les poumons n’arrête pas complètement la respiration, qui s’elfectue en cette circonstance par le diaphrame et par les muscles intercostaux. Si je coupe les nerfs phréniques, la respiration ne se fait plus par le diaphragme, ni par les muscles intercostaux. — Si je coupe les nerfs de la 8-e paire et les nerfs phréniques, la respiration reste soudainement arrêtée, et l’animal meurt par paralysie de l’organe tout entier de la respiration ou par asphyxie, comme la section du point vital paralyse l’organe de la réspiration et tue la vie. J’ajoute ici entre parenthèse, ce que d’ailleurs Flourens reconnaît ouvertement avec la no-, blesse, qui caractérise toutes les actions de sa vie, que bien qu’il soit parvenu le premier à limiter ce point, qu’avant lui Legalois, avant Legalois Bichat et avant Bichat Lower a le premier trouvé ce point et son importance. Je suis toutefois de l’avis, que les nerfs phréniques prennent naissance de ce point vital aussi bien que les racines de la 8-e paire, puisque la section de ces deux ordres de nerfs donne le même résultat que la section du point vital proprement dit. Je dirai à cette occasion, qu’il ne faut pas prendre un point visible de l’origine des nerfs pour leur vraie origine, physiologiquement parlant: car leurs fibres extrêmes peuvent dans leur finesse presque idéale
échapper au scalpel et toucher les régions bien plus éloignées du cerveau ou de la moelle épinière.
J’ajouterai, pour finir, que le point vital concentre en lui même la vie en tant, qu'il donne naissance aux racines des nerfs qui président à la fonction de la respiration, et que Flourens à mon avis fut induit en erreur dans ses conclusions par les apparences, résultant de l’enchaînement des faits qui se trouvaient dans la dépendance solidaire.
Flourens s’est encore éloigné à notre avis, de la vérité, en rendant la vie dépendante d’un point limité de l’organisme, comme s’il eût voulu méconnaître que ce point se trouve solidairement hé non seulement avec le cerveau vivant, mais qu’il reste sous la dépendance de l’organisme tout entier de l’être vivant.
Comme conclusion de ce chapitre nous dirons encore une fois: que le cerveau est le siège exclusif de t intelligence, que F intelligence tout entière se trouve dans le ceo-veau et nulle part ailleurs. Que le cerveau par conséquent et le cerveau seul, ou ses deux hémisphères sont le siège exclusif de 1 ’ à m e (’).
( ’) Flourens. Psychologie comparée, Paris 1865.