GEORGE CUVIER EN OPPOSITION AVEC ETIENNE GEOFFROY SAINT-HIUIRK
Comme nous traitons notre sujet au sérieux, passons maintenant au revers de la médaille, passons de la théorie de Geoffroy Saint-Hilaire à celle de Cuvier: l’une comme
Philotophfe de U Nâturt. 3!
l’autre appuyée sur une logique sans égale et sur une observation des plus rigoureuse; passons, dis-je, à la preuve de la multiplication par la division, et nous verrons, que malgré une apparente divergence de vues, que malgré une dissidence superficielle d’opinions, je dis superficielle, car dépendante seulement de la différence du point de vue de deux observateurs ou de la différence dans la manière d’envisager les faits, de la manière philosophique ou routinière de les envisager et nous verrons: que de quelque manière que nous envisagions la question, que ce soit du côté de la synthèse ou de l’analyse, nous trouverons partout et toujours la môme unité dans la diversité des formes de la nature. Nous verrons, que tout est relatif et conditionnel, qu’il n’y a rien d’absolu, de détaché dans la nature, que tout s’y lie avec un noeud d’unité parfaite, que les différences consistent en simple jeu de mots, que dans le fond, partout et toujours régnent l’ordre et l'harmonie; que ce qui semble être en désaccord dans un fait, ou envisagé sous un point de vue, ou sous un autre, est au fond plein d’harmonie, d'après la loi adoptée par nous dans le principe: de V unité de cause et de fin pour toute la nature.
„Nous avons vu, dit l’école de Cuvier (1), qu’un grand nombre d’êtres vivants a disparu sur la terre, que les souches primitives du chien, du boeuf et du cheval ont disparu — qu'il est donc constaté, que les espèces disparaissent, mais il est non moins constaté que les espèces qui ont subsisté sont inunuables."
(') Flourens. De la quantité de vio sur le globe.
Jusqu’à présent deux faits nous frappent dans cette doctrine: que les espèces disparaissent et que les espèces sont fixes.
„Je sais, dit Cuvier, qu’il s’est trouvé dans tous les temps des naturalistes et des écrivains qui ont soutenu que les espèces Changeaient.”
„Mais quelqu’un d’entre eux a-t-il jamais vu une espèce changer?’’
„Depuis deux ou trois mille ans qu’il y a des hommes qui observent et qui écrivent, une espèce quelconque, une seule a-t-elle changée? Une seule s’est-elle transformée en une autre? Non sans doute.”
„Ainsi donc, depuis deux ou trois mille ans, depuis les observations d’Aristote, depuis les momies conservées d’Egypte, aucune espèce n’a changée.”
„La description que nous a laissé Aristote sur l’éléphant et d’autres animaux se rapporte exactement à l’éléphant aussi bien qu’aux animaux respectifs d’aujourd’hui. Une expérience qui dure depuis deux ou trois mille ans n’est plus une expérience à faire; c’est une expérience faite: les espèces ne changent point.”
D’un autre côté Lamarck veut que tous les animaux aient commencé par être des polypes ou des monades. Pline veut que le liseron soit l’ apprentissage de la nature qui s'essaie à faire un lis.
Maillet prétend que nous avons tous commencé par être des poissons ce qui fit beaucoup rire Flourens et avant Flourens, Voltaire.
Or, ces différences frappantes d’opinion ne doivent pas être sans fondement; je veux dire, qu’elles ne doivent pas être sans germe de vérité au fond, puisque des hommes tels qu'Aristote, Lamarck, Etienue Geoffroy Saint-Hilaire,
Goëthe, Cuvier, Flourens et Darwin s’en sont occupés La vérité est au fond de tout, seulement il faut savoir la démêler et la montrer dévoilée de son manteau de fantaisie de système et de routine.
Dans ce but nous suivrons la voie parcourue par Flourens, avec cette différence, que ce dernier transporté d’admiration pour son maître, imbu de ses principes, et emporté par son penchant à l’analyse soutient avec une logique admirable la doctrine de Cuvier, tandis que nous tâcherons d'exposer sans prévention la vérité sous son véritable jour.
D«» espèce!.
„Je ne vois, dit Flourens, au changement des espèces, que trois ordres de causes: ou des causes lentes, ou des causes violentes et brusques, ou le croisement des espèces.
1° Des causes lentes. „J’appelle causes lentes dit-il, celles qui agissent à chaque instant, sans interruption, sans relâche, et qui, ajoutant chaque jour un petit changement à un autre petit changement, finissent par amener, â la longue, des résultats notables et de grands effets.”
„C’est par un pareil progrès insensible que se font les changements physiques du progrès des âges; la continuité du moment en dérobe la marche; on ne voit point, on ne prend point sur le fait l'accroissement des parties, et cependant elles croissent; on ne voit point, on ne prend point sur le fait le changement de leurs proportions relatives, et cependant au bout de quelques années, ces propositions ont changé, et tellement changé que, dans plus d'un cas, il nous est difficile de reconnaître C individu,
et même l’espèce .” Nous soulignons la dernière phrase. L’intelligent lecteur prévoit dans quelle intention.
„U a fallu toute la sagacité, la sagacité si exercée de Cuvier, pour reconnaître dans le jeune orang-outang ï orang-outang adulte, l’énorme pongo; on a fait jusqu’à ces derniers temps deux espèces du mandrill et du chorus, c’est-à-dire du jeune mandrill et du mandrill adulte; Buffon faisait trois espèces du pithèque, du petit cynocéphale et du magot ; le pithèque est le jeune magot ; le petit cynocéphale, le magot du moyen âge; et le magot est le magot adulte etc. etc.”
Comment donc, Cuvier qui a le génie de ressusciter les animaux, qui d’après une facette trouvée sur un os reconstitue l’animal à qui l’os appartenait, avec ses instinct et ses habitudes . . . . , qui reconnaît l’éléphant du temps d'Aristote, avoue-t-il, qu'il existe des cas dans lesquels il est difficile de reconnaître F individu et même F espèce, et se donne tant de peine pour distinguer un jeune Orang d'un adulte, qui tranche si bien la question là où Buffon fait trois espèces avec un seul et même individu, induit en erreur par les changement résultant de l’âge! Si donc le grand Buffon a pu commettre une erreur si grave dans les choses palpables, combien grande doit être la différence dans le même individu envisagé dans ses trois différents âges et combien doivent être grandes les différences d’une même espèce elévée dans des conditions différentes de celles au milieu desquelles nous lui trouvons des changements si extraordinaires.
„Ün connaît les métamorphoses des insectes, ijui, si le phénomène ne nous était aussi familier, qui reconnaîtrait la mouche dans le ver de la viande, et ce même ver dans la chrysalide? Personne assurément.” N'oublions pas que c'est Cuvier qui dit cela.
, , Personne ne devinerait, dit Cuvier, s’il ne l’avait observé ou appris, qu’une chenille dût devenir papillon” (').
Une jeune grenouille a une queue et n’a pas de pattes et respire par des branchies; la grenouille adulte a des pattes et n'a pas de queue et respire par des poumons. De telles différences feraient de deux animaux ordinaires des animaux différents non-seulement d’espèce mais de genre, de famille, (Tordre et même de classe.
„Commeut donc, si les espèces ont une tendance quelconque à se transmuer, à se transformer, le temps, qui, en chaque chose, accomplit toujours tout ce qui peut être, n’a-t-il pas fini par relever, par trahir cette tendance, par l’accuser?”
«Mais le temps, me dira-t-on, dit Flourens, a peutêtre manqué.”
,,I1 n’a point manqué” continue-t-il.”
„Car voilà deux mille ans qu’écrivait Aristote, et nous reconnaissons aujourd’hui tous les animaux qu’il a décrits; et nous les reconnaissons aux caractères qu’il leur assigne. Nous reconnaissons son hippèlaphe dans notre cerf à crinière, etc. On nous a rapporté d’Egypte des restes d’animaux qui vivaient il y a deux ou trois mille ans: de boeufs, de crocodiles, d'ibis, etc., etc.; les boeufs.... les ibis actuels ne diffèrent en rien de ceux-là. Nous avons sous les yeux des momies humaines; le squelette de l’homme d’aujourd’hui est le même que le squelette de l’homme de l’antique Égypte." Cuvier même va jusqu’à dire que l’histoire de l’éléphant est plus exacte dans Aristote que dans Buffon! (*)
(*) Rogne animal, t. I, p. 88.
Ce que c'est que la prévention. D est vrai que Buffon s’est trompé dans la description de trois espèces de pithèque, mais quelle supériorité dans les descriptions de Buffon sous le rapport de l’instinct des moeurs et des habitudes des animaux sur celles d’Aristote!
J’ajouterai qu’il y & des êtres comme protée, qui toute sa vie respire par les branchies et par les poumons et peut vivre aussi bien dans l’eau que sur la terre et il semblerait qu’il ait été laissé exprès sur la terre par la nature, pour montrer à l’homme, que toutes les métamorphoses, tous les changements d’espèces, de genres et de famille même sont possibles et qu’ils s’opéraient jadis sous l’influence de conditions propices. Quand ces métamorphoses étaient possibles et jusqu’à quel point elles sont justement appréciées par la science d’aujourd’hui, quant au temps de leurs évolutions, nous avons dit à ce sujet notre façon de penser en lieu convenable.
11 est donc évident que les espèces ont reçu de la nature une tendance à se transformer, à se développer, à se métamorphoser et à acquérir des formes de plus en plus parfaites.
Si donc Flourens soutient que le temps ne peut rieu de notable dans le changement d’une espèce, je ferai remarquer, que l’expérience de deux à trois mille ans dont il parle avec Cuvier, ne tranche pas la question dans ce sens, que les conditions dans lesquelles vivait et écrivait Aristote sont identiques avec nos temps d’aujourd’hui; qu’il est vrai que trois mille ans comptent pour quelque chose dans une expérience, ou le temps doit faire pencher la balance, mais Flourens a oublié, dis-je, que les temps d’Aristote et notre temps, sont les temps de la même époque postediluvienne, qu’ils sont en tout identiques, .
aiais que la terre depuis la création du monde n’a pas toujours été dans les mêmes conditions, que ce qui était possible dans les conditions lorsque le pôle boréal avait la température des régions placées sous l’équateur, et qui pouvait permettre les changements qui seraient regardés aujourd’hui comme une fable, n’est plus possible aujourd’hui; que ce qui est une fable aujourd’hui peut ne plus l’être demain.
.le me hâte toutefois une fois pour toute de prévenir le lecteur, pour ne pas l’induire en erreur, quant à mes vues personnelles, que j’admets, qu’après les grands bouleversements de la terre et dans les conditions nouvelles que ces révolutions du globe apportaient, que les animaux aussi bien que les plantes subissaient des changements, mais que ces changements n’ont jamais dépassé les limites de l’espèce; que j’admets les métamorphoses progressives dans les deux règnes, depuis la molécule organique, depuis le premier couple d’atomes jusqu’à l'espèce humaine inclusivement, mais je rapporte ces changements à une époque différente de celles fixées par tous les savants de l’école actuelle.
En combattant donc la doctrine de Cuvier qui nie le développement des êtres, après chaque catastrophe, j’avais pour but unique de prouver que Ces changements sont compatibles avec les circonstances particulières et que je rapporte à Fépoque primitive, comme la plus favorable au développement des êtres organisés dans les limites dépassant les bornes assignés à l’espèce.
2° Des causes violentes et brusques
,,.1’entonds, dit Flourens, par causes violentes les causes mêmes qui ont amené les révolution du globe. Les
( 1 ) Discours sur les révolutions Je la surface du globe.
révolutions du globe ont-elles produit quelques effets sur la fixité des espèces? Elles n'en ont produit aucun.''
On faisait cette objection à G. Cuvier, savoir: que les espèces actuelles pouvaient bien n’être qu’une dégénération des espèces perdues, dégénération qui se serait opérée petit à petit, et par des modifications graduelles. „Mais, répondait Cuvier: si les espèces ont changé par degrés, on devrait trouver des traces de ces modifications graduelles: entre le palaeothérium et les espèces d'aujourd’hui on devrait découvrir quelques formes intermédiaires, et jusqu’à présent cela n’est point arrivé. Pourquoi les entrailles de la terre n’ont-elles point conservé les monuments d’une généalogie si curieuse, si ce n’est parce que les espèces d’autrefois étaient aussi constantes que les nôtres” ( ').
Je laisse cette réponce de Cuvier sans commentaire dans l’intention de la reprendre à la première occasion et je dirai seulement en passant:
1) Que Flourens a tort de confondre les cause des révolutions de la surface du globe qui sont à notre avis internes et saus influence directe sur le changement dans les êtres organisés, avec les effets de ces révolutions, qui comme nous le verrons bientôt en modifiant l’état isothermal du globe et en y déterminant d’autres changements extraordinaires, ne peuvent pas être sans influence sur les changements dans les êtres vivants.
2) Que Cuvier est ici en désaccord avec lui-même; car il dit explicitement dans ses Discours sur les révolutions du globe: qu'après chaque grande catastrophe appa-
(') Discours sur les révolutions de la surface du globe. Philosophie de 1» Nature. 32
raissaient de nouveaux êtres, qui n’existaient pas auparavant. Est ce qu’on ne pourrait pas alors admettre, que justement les milliers d'espèces perdues avec chaque catastrophe n'étaient que les chrysalides des nouvelles espèces si différentes des espèces perdues , comme la grenouille diffère du têtard, comme le papillon diffère de la chenille, comme la mouche diffère du ver de la viande, comme la lumière diffère de la chaleur, comme la chaleur diffère de la force organique et celle de l’intelligence! (t)ue les espèces perdues étaient justement des formes intermédiaires d’espèces dont Cuvier n’a pas trouvé de traces, puisqu’il est reconnu aujourd’hui, grâce à la loi formulée par de Blainville, que les espèces fossilles comblent les lacunes que nous rencontrons entre les espèces vivantes. Il est \ rai que ces espèces perdues formaient des espèces à part, mais il est avéré que ces espèces quoique distinctes s'approchaient infiniment des espèces que les bouleversements du globe ont épargnées. La chenille quoique faisant une espèce et même un genre et même une famille, une classe à part comme ver, n’est-elle pas pour cela un insecte dans le fond, n'estelle pas un papillon en germe, ne se change-t-elle pas en papillon?
Cuvier, qui parle avec une conviction si arrêtée que les catastrophes n’ont pas changé les espèces, prétend toutefois, que les espèces disparaissaient avec chaque catastrophe et qu’à leur place de nouvelles espèces apparaissaient et que l’homme a paru après la dernière catastrophe générale. Cuvier s’arète là, et n’explique ni l’origine, ni le développement du maître de la terre, il dit seulement: que l’homme a apparu?! Singulière démonstration de l’origine de l’homme de la part d’un homme de génie?!
3. Du croisement des espèces. L'union des espèces voisines, ne mène non plus à rien d’après Flourens. Elle donne naissance aux espèces nouvelles en apparence, intermédiaires entre deux espèces, mais ces espèces artificielles ne sont pas durables, car elles périssent à la deuxième et tout au plus tard à la troisième génération: car elles deviennent infécondes dans la troisième génération. Elles ne peuvent donc pas perpétuer leurs espèces et périssent sans progéniture. C’est un fait constaté.
Je prends un exemple de Flourens, et fais unir le chien avec le chacal. Le métis de ce croisement tiendra plus du chacal que du chien; il aura les oreilles droites, la queue pendante, il u’aboyera pas, il sera sauvage; il sera plus chacal que chien.
Voilà pour le premier produit de l’union croisée du chien avec le chacal. Je continue à unir, de génération à génération, les produits successifs avec l’une des deux tiges primitives, avec celle du chien, par exemple.
Le métis de seconde génération n’aboye pas encore, mais il a déjà les oreilles pendantes par le bout; il est moins sauvage.
Le métis de troisième génération aboyé; il a les oreilles pendantes, la queue relevée; il n’est plus sauvage.
Le métis de quatrième génération est tout à fait chien.
Quatre générations ont donc suffi, dit Fourens, pour ramener l’un des deux types primitifs, le type chien; et quatre génération suffisent de même pour ramener l’autre type, le type chacal.
Ainsi donc, ou les métis, nés de l’union de deux espèces distinctes, s’unissent entre eux, et ils sont bientôt stériles; ou ils s’unissent à l’une des deux lignes primitives, et ils reviennent bientôt à cette tige; ils ne donnent, dans
aucun cas, ce qu’on pourrait appeler une espèce nouvelle, c’est-à-dire une espèce intermédiaire durable.
„Soit donc, continue Flourens, que l’on considère les causes externes-, la succession des temps, des années, des siècles, les révolutions du globe, ou les causes internes, c’est à dire le croisement des espèces, les espèces ne s’altèrent point, ne changent point, ne passent point de l’une à l’autre: les espèces sont fixes.”
Je fais remarquer que Cuvier et son École envisage les choses toujours sous le point de vue des conditions cosmiques identiques avec les nôtres et que quant à nous, quoique nous ayons prévenu le lecteur sur notre manière de voir dans cette importante question, nous allons la formuler définitivement à la fin du chapitre suivant.
Des races.
N'oublions pas, que les naturalistes des divers siècles, ainsi que l’école de Cuvier, ne pouvant pas contester les changements extraordinaires, les prodiges que les conditions climatériques, comme celle de la nourriture appliquée avec intelligence et d’autres causes diverses tant internes qu’externes, physiques comme morales, je range dans cette catégorie l’éducation, les lois, les rapports sociaux, les croisements de races etc., peuvent produire dans un individu donné, ont été forcés de créer un nouveau ternie pour exprimer ces changements extraordinaires, tout en ajoutant, que ces changements ne dépassent jamais les limites assignées à l’espèce et ce terme c’est la race.
L’école de Cuvier aurait raison, si les conditions isothermes et autres du globe étaient toujours invariables et s'ils pouvaient nous donner une explication sur l’ori-
gine de l’homme, sur son apparition sur le globe, tandis qu’elle nous dit tout simplement en répétant l’éternel refrain de la Bible, que l’homme a apparu!
Et pourtant Flourens nous dit, que: „rien de plus marqué que la tendance de l’espèce à varier dans certaines limites. Sous le même climat, ajoute-t-il, dans le même lieu, dans la même portée, on trouve souvent, on trouve presque toujours, des petits, de taille, de couleur, de conformation différentes: ou on trouve des petits, des grands, à oreilles droites, à oreilles pendantes, à poil court, à poil long etc., aucun individu ne ressemble parfaitement à un autre.”
„Encore une fois, rien de plus manifeste, dit Flourens que la tendance des individus à changer, mais rien aussi de plus manifeste que les limites de cette tendance.”
„Prenons tous les petits dont nous venons de parler et qui sont issus de la même espèce, or: que l’un ait le poil velu, l'autre frisé, qu’un autre ait des oreilles pointues et un autre pendantes, qu’un individu soit ou un esquimeau rabougri de froid ou un nègre brûlé par le soleil, chez l’homme comme chez les animaux, à savoirs: dans la première catégorie comme dans la dernière, tous les individus de la même espèce sont féconds entre eux et féconds d’une fécondité continue .”
Or, cette succession, cette continuité de la fécondité, ou du pouvoir de se perpétuer entre les individus, constitue Fesp'ece.
Nous appellerons race la transmissibilité héréditaire des modifications ou des variations acquises par un individu d’une espèce donnée à un individu issu de son union avec un autre de la même espèce.
Ainsi, toutes les modifications, toutes les variations, tous les changements qui s’accomplissent dans un individu
par l’influence des causes externes comme internes ne constituent pas les espèces, mais les races de la même espèce.
Un certain groupe de races soumis à la loi de pouvoir se perpétuer entre elles, constitue une espèce.
Les races donc ne sont pas de nouvelles espèces. Les races ont leurs limites dans l'espèce et suivant l’opinion de Cuvier ne sont pas sorties des limites de leurs espèces rèspectives depuis la création.
Les races font une limite extrême du développement de l’espèce et ne peuvent pas se développer au delà.
Ne perdons toutefois pas de vue, que Flourens comme nous l’avons déjà dit plus d’une fois, parle toujours des métamorphoses des races, de l’amélioration de l’espèce dans les mêmes conditions invariables et identiques avec celles au milieu desquelles nous vivons. Est ce que toutefois les animaux ont toujours vécu dans les conditions immuables de notre époque ou de l'époque poste-diluvienne, dans laquelle la race est la limite de la métamorphose dans un espèce donnée?
Nous voyons toujours et tout au même point de vue, sans comprendre le passé et sans prévoir l’avenir!
Les races sont, dit Flourens, la dernière limite du développement de l’espèce et il ajoute: „qu’aussitôt qu’un individu par son union avec un autre d’une espèce voisine dépasse dans sa progéniture la limite de l'espèce primitive, que l’individu issu de cette union cesse d’être fécond et que par cela il cesse de constituer une nouvelle espèce; car il ne peut pas procréer son espèce et finit avec la 2e, ou avec la 3' génération.’’ Que l’aptitude à la fécondation par conséquent étant continue dans une espèce, constitue finalement la base de l’espèce, et confirme la loi
de l’immuabilité des espèces sans laquelle une prompte cessation de la création organique tout entière aurait lieu.
Nous voyons donc, que la théorie d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire serait battue par l’école de Cuvier, contestant toute possibilité de métamorphose chez les êtres dépassant les limites de l’espèce, car elle nie avec raison l’influence du temps et des causes brusques, et quaut aux causes intimes, elle repousse l’influence du croisement des espèces, vu, qu’un individu issu de cette union se trouvant infécond dans la 3e génération, la vie s’éteindrait sur le globe avec la mort de ce dernier individu.
Ainsi, dis-je, la doctrine de Saint-Hilaire serait tombée, si ce n’était la pensée, que la reproductiou des êtres organiques éveille dans l’esprit d'après la théorie de Cuvier la nécessité absolue de la préexistence du premier couple pour chaque espèce, qui étant le premier, a du venir au monde sans parents d’une espèce quelconque et s’est trouvé fait non par l’union de deux êtres de la même espèce, mais par une voie que nos conditions actuelles ne sont pas capables d’expliquer, et nous font admettre des choses inadmissibles, à savoir: que Dieu lui-même à pétri le premier couple de ses propres mains. Et il s’agit comme nous le voyons de trancher le noeud gordien et de résoudre la question de la création de l’homme, ainsi que des plantes et des animaux!
Il reste donc une question préliminaire a résoudre, savoir: si le développement d’un être inférieur peut atteindre le degré de l’organisme de l’homme dans des conditions données ou non, et si la nature ne nous a pas laissé de traces palpables de cette métamorphose.
Avant de résoudre cette question affirmativement, voyons si G. Cuvier et son école ne vont pas nous fournir
(les armes si ce n’est pour résoudre définitivement le problème, du moins pour laisser à l’esprit la liberté d’admettre la première proposition ou la dernière sans la lui imposer et sans être taxé de partialité.
Or, Flourcns après s’être exprimé comme nous l’avons vu, ajoute: „Le globe, cette partie du monde que nous habitons, a eu son origine, son développement, ses progrès successifs, qu’il a commencé sous une forme, qu’il s’est continué sous une autre, que de celle-ci il a passé à une troisième etc. etc.” (*).
„La vie, dit à son tour Cuvier (2) a été troublée sur la terre par des événements effroyables. Des êtres vivants sans nombre ont été victimes de ces catastrophes; les uns, habitants de la terre sèche, se sont vu engloutis par des déluges; les autres, qui peuplaient le sein des eaux, ont été mis à sec avec le fond des mers subitement relevé; leurs races mêmes ont fini pour jamais et ne laissent dans le monde que quelques débris à peine reconnaissables pour le naturaliste!
On ne peut sans étonnement lire Flourens et Cuvier et les entendre s’exprimer daus des termes tellement en dèsacord avec leurs doctrines et si flatteur pour la doctrine de Saint-Hilaire et pour la nôtre particulièrement.
Comment donc, le Grand Cuvier, qui avec un débris d’os reconstruit des animaux tout entiers, qui les ressuscite vivants en quelque sorte, qui fixe à chacun d’eux leur place dans l’échelle animale, qui dit, que nos espèces sont identiques avec les espèces fossilles, que les espèces non-seulement depuis la dernière catastrophe, mais bien depuis
( 1 ) Entret. sur la métaphysique, XI entretien. Flourens.
(a) Cuvier. Discours sur les révolutions de la surface do globe.
le commencement de la création n’ont subi aucun changement, que ce changement donc en thèse générale n'a jamais eu lieu (je souligne cette phrase), qui n’a pas trouvé de squelette d'homme fossile, dit tout à coup: que les débris des êtres fossiles sont à peine reconnaissables par le naturaliste? Or, s'il était si facile à Cuvier de ressusciter les êtres avec des débris à peine reconnaissables, que pourrions nous tirer de ses conclusions en anatomie comparée?
Nous savons, que souvent Cuvier faisait des prodiges, mais convenons qu'il pouvait aussi se tromper, ou se laisser induire en erreur, et si encore une erreur de diagnostic n’a pas été suivie d’une autre.
Cuvier n’ayant pas trouvé de squelette d’homme fossile, a conclu de suite, que l’homme n’existait pas avant le déluge. Je conclurai d’après ce que je viens de dire, qu'il a certainement tenu bien des fois dans ses mains des débris de squelette d’homme fossile sans les avoir reconnus, puisque on l’a découvert depuis quelques années!
On a enfin découvert l’homme fossile déposé depuis des siècles dans les entrailles de la terre. Or, quoique le squelette d’homme fossile appartienne irrévocablement à l’homme, et ne rappelle aucune des races d’homme existantes aujourdhui, il semble toutefois tenir le milieu entre le squelette d’homme et Celui de singe et constituer un trait d’union entre lui et les quadrumanes.
Le professeur Fuhlrott a trouvé en effet en 1857 dans le Neanderthal près de Dusseldorf un squelette d’homme entier de l’époque du remie et de l’aurochs (animal qui vit encore de nos jours en Lithuanie) par conséquent d’homme fossile antédiluvien. Les savants dou-
Philosophie de le Nature. 33
tèreat, qu’il pût appartenir à l’homme, tellement la forme du crâne ressemblait à celle du gorille. Or, quoique le professeur Schaffhausen ait à ce sujet levé tous les doutes et déclaré que le squelette était celui d’un homme dont le développement cérébral était très-faible en comparaison de sa force musculaire, le crâne de Neanderthal se rapproche tout-à-fait du crâne du gorille et du chimpansé et semble former une espèce intermédiaire entre l’homme et le singe. Le squelette de Neanderthal est le seul monument de l’âge antédiluvien le plus éloigné de nous, auquel nous pouvons remonter l'origine de l’espèce humaine; car il devance l’époque de bronze, de fer et est contemporain de l’âge de la pierre ou du renne. Ce qui n'empéche pas qu’on trouvera encore l’homme fossil dans les terrains antérieurs au terrain antédiluvien, puisqu’on y a déjà trouvé des squelettes d'une douzaine d’espèces de singe à moins que ces squelettes de singe ne soient encore autant de squelettes de différentes races d'homme de l’époque primitive.
Je doi8 ajouter ici qu’en faisant venir l’homme du singe je ne veux pas dire que l'homme fut engendré par le singe, mais que le singe en subissant certaines métamorphoses sous l’influence des conditions favorables de l’époque primitive est devenu homme singe et puis homme sauvage de l’époque postediluvienue, comme la chenille devient papillon, comme la chaleur se change en force organique, comme la force physique se transforme en matière
Je poursuis.
Si les branchies par lesquelles le têtard respire dans l’eau comme un poisson, se sont métamorphosées chez la grenouille en poumons, si un organe d’un ordre inférieur
s’est changé en un organe plus compliqué, plus développé dans l’echelle organique; pourquoi dans des conditions favorables les autres organes ne pourraient-ils pas se changer en organes plus développés, pourquoi des êtres entiers, sous l’influence de conditions qui nous sont inconnues ne pourraient-ils pas se changer en espèces plus élevées dans l'échelle animale et dépasser ainsi non seulement les limites assignées à leur espèce, mais même atteindre un développement dépassant les limites des genres, des familles et des classes; pourquoi la cellule organique simple n’aurait-elle pas pu devenir homme!
Le têtard, nous fournit une preuve plus positive encore dans sa métamorphose en grenouille, ou de poisson en reptile.
Ainsi, à une certaine époque de sa vie, la peau se crève des deux côtés de sa poitrine et le germe de deux pattes apparaît comme dans la plante par bourgeonnement, qui deviennent bientôt des pattes parfaites; puis la queue tombe et enfin par la même voie il lui pousse deux pattes de derrière, et d’un poisson nous avons par cette métamorphose un reptile, ou un animal quadrupède avec des poumons parfaits, pondant des oeufs, qui donnent naissance de nouveau à de tout petits poissons-têtards.
Je demande pourquoi un têtard doué de cette puissance de la métamorphose ne pourrait-il pas dans des circonstances exceptionnelles se changer en un être vivipare, en un être quadrumane et même bipède et devenir homme!
Pourquoi l’homme avant de devenir l’homme n’auraitil pas pu être dans des conditions primitives du globe qui nous sont inconnues, un être si différent de l’homme d’aujourd’hui comme l’est la grenouille du têtard?
Quoique dans les conditions actuelles ou depuis le dernier déluge, les espèces ne changent pas, car si elles peuvent subir des modifications, même extraordinaires, ce n’est uniquement que dans les limites de leurs races respectives, puisque nous avons des preuves si positives de la transformation des poissons en reptiles dans les conditions actuelles, pourquoi dis-je, la métamorphose du têtard en grenouille n’aurait-elle pas été laissée par la nature pour servir de clef à l’homme dans l’explication de la mystérieuse énigme du passé; pourquoi une catastrophe à venir, ne pourrait-elle pas changer les conditions actuelles au point de rendre possible une nouvelle métamorphose de l’homme touchant le perfectionnement de son espèce, lorsque le dernier déluge a réduit en glace, les zones torrides des régions polaires avec tous ses animaux, lorsque les conditions de cette dernière catastrophe, limitant très-probablement la métamorphose des êtres, non seulement possible mais fatalement nécessaire à l'époque primitive de la création, ont permis à l’homme-singe de devenir homme ; lorsque par une heureuse influence sur l’organisation de son cerveau, en appelant les autres organes de son être à une nouvelle harmonie avec lui, elles ont si puissamment contribué au développement prodigieux de son intelligence; lorsque la dernière catastrophe a donné, a mon avis, une impulsion si heureuse à son organisme, touchant sa qualité, et a permis, par cette métamorphose admirable, d’acquérir, dis-je, à son cerveau, une aptitude à honorer l’humanité des noms tels que Moïse ou Jésus Christ!
Je vais citer un passage de Flourens qui nous montrera clairement, que non seulement les diverses époques pouvaient amener des changement dans les développements
des êtres, mais l’intelligent lecteur y trouvera le germe de la pensée, que les êtres, vivant à une époque quelconque, pouvaient n’étre que des chrysalides des êtres qui venaient après un bouleversement successif du globe. Car, comme la raison se refuse à admettre l’apparition subite de l’homme sur la terre, elle ne peut pas non plus admettre la création de séries d’êtres successifs sans commencement, sans développement, sans origine, sans germe préalable.
„Or, Flourens dit: „ . . que les reptiles de ces premiers âges du monde étaient plus extraordinaires encore, soit par leurs proportions gigantesques, car il y avait des lézards grands comme des baleines; soit par la singularité de leur structure, car les uns avaient t aspect des cétacés ou mammifères marins, et les autres le cou, le bec des oiseaux, et jusqu’à des sortes d’ailes.”
„Et ce qui est plus surprenant encore que tout cela, c’est que tous ces animaux ne vivaient point à une même époque; c’est qu’il y a eu plusieurs générations, plusieurs populations successivement créées et détruites." Erreur, que la science actuelle a rectifié, car on a trouvé dans des grottes des squelettes d’homme reunis avec ceux des animaux.
Ainsi Cuvier compte jusqu’à trois de ces époques nettement accusées.
„La première comprenait les mollusques, les poissons, les reptiles monstrueux (dont je viens de parler), il s’y trouvait déjà quelques mammifères marins, mais il ne s’y trouvait aucun ou presque aucun mammifère terrestre.” Cuvier confond ce qu’il a trouvé, avec ce qui était inconnu pour lui et ce qu’il n’avait pas encore découvert.
„La seconde se caractérisait surtout par ces genres singuliers de pachydermes des environs de Paris, et c’est
dès lors seulement que les mammifères terrestres commencent à dominer.’’
„La troisième est celle des mamouths, des mastodontes, des paresseux gigantesques.”
„Un fait remarquable” et nous dirons déplorable pour le génie de Cuvier, „c’est que parmi tous ces animaux il n’y a presque aucun quadrumane, presque aucun singe!”
„Un fait bien plus remarquable encore, c’est qu’il n’y a aucun homme.” L’espèce humaine n’était donc pas contemporaine d’après Cuvier de toutes ces races perdues, de toutes ces catastrophes épouvantables qui les ont détruites.
, .Ainsi donc, après l’âge des reptiles, après celui des premiers mammifères terrestres, après celui des mamouths et des mastodontes, est venu une quatrième époque, une quatrième succession d’êtres créés, celle qui constitue la population actuelle, celle que l’on peut appeler l’âge de l’homme, car c’est de cet âge seulement que date l’espèce humaine.”
Remarquons en passant que l’école de Cuvier qui soutient que les espèces qui vivaient à de certaines époques n’ont point changé, qu’elles sont toujours les mêmes, enseigne „que la création du règne animal a éprouvé plusieurs interruptions, plusieurs destructions successives; qu’il y a eu une époque, et la première de toutes, ou aucun être organisé, aucun animal, aucun végétal, n’existait sur le globe.”
Je ne comprends pas d’abord dans cette théorie, comment les espèces qui n’existaient point pouvaient se changer ou pouvaient ne pas se changer et ensuite pourquoi le génie de Cuvier n’a pas cherché à mieux relier la création au lieu de donner sa théorie des brusques appari-
tions d’êtres sans parents ai autres liens de succession; d’autant plus, qu’il a été frappé lui-même de la bizarrerie des formes de certains êtres à de certaines époques tranchant à la fois de l’oiseau et du mammifère, savoir: d’un être faisant transition d’une classe à une autre? (*).
Tous ces faits extraordinaires sont, dit Flourens, démontrés par les rapports de restes d'êtres organisés avec les couches qui forment l’écorce du globe.
„ Ainsi, il y a eu une première époque où ces êtres n’existaient point, car les terrains primitifs ne contiennent aucun de leurs restes (ces restes étaient-peut être si délicats qu’ils ne pouvaient conserver leurs formes premières); ainsi les reptiles ont dominé dans l’époque suivante, car leurs restes abondent dans les terrains qui succèdent aux primitifs; ainsi la surface de la terre a été plusieurs fois recouverte par les mers, et plusieurs fois mise à sec, car les restes d’animaux marins recouvrent tour à tour les débris d’animaux terrestres et sont tour à tour recouverts par eux.”
„La science, guidée par le génie, dit Flourens, en parlant du génie de Cuvier, (génie bien infortuné ici, car il a trop généralisé l’observation de faits restreints, et ne s'est pas douté qu’un seul fait comme la découverte de l’homme fossile peut renverser toute sa doctrine et rendre justice à la doctrine de G. Saint-Hilaire et de Lamarck); la science, dit-il, guidée par le génie, a donc pu
(') Je ne dis pas que les conditions d’une époque aient pu changer une espèce en une autre, car je rapporte toutea les métamorphoses de la nature aux conditions successives de la première époque de la création; je fixe seulement l’attention du lecteur sur lea faits qui autorisent, comme je l’ai déjh dit, h admettre la métamorphose dépassant la limite de l'espèce dans la nature.
remonter jusqu’aux époques les plus reculées de l’histoire de la terre; elle a pu compter et déterminer ces époques; elle a pu marquer, et le premier moment où les êtres organisés ont paru sur le globe et toutes les variations (n’oublions pas ces expressions^), et toutes les modifications, toutes les révolutions qu’ils ont éprouvées.”
„Tous ces changement successifs, dit encore l’école de Cuvier ('), dans la série des êtres organisés coïncident en général avec de grands bouleversements à la surface du globe. C’est en effet au moment des catastrophes produites par les divers mouvements du sol que disparaissent ordinairement les familles, les genres, les espèces de corps organisés qui avaient jusqu’alors existé. Dans les moments de calme suivant, se développe, au contraire, la nouvelle organisation, qui doit se trouver en harmonie avec les nouvelles circonstances atmosphériques et les diverses dispositions que les lignes isothermes ont pu prendre alors"
Je fais observer que Beudant au lieu de dire „les espèces, les genres et les familles disparaissent et les nouvelles se développent” aurait dû dire pour ne pas manquer à la logique: que les espèces, les genres et les familles d'une époque ne disparaissaient pas, mais qu'elles se développaient dans les époques suivantes, d’une manière méconnaissable, de manière à faire supposer que leur souche avait été détruite, quoiqu’elles n’étaient que les anciennes, seulement en harmonie avec ses nouvelles conditions.
Nous voyons donc que les formes animales d’après cette doctrine, loin d’être immuables se modifient lentement (*)
(*) Boudant. Géologie, p. 336.
dans les limites de l'espèce sous l’empire du temps et des circonstances diverses, et même, chose extraordinaire, que les métamorphoses ou les changements brusques , dépassant la limite de l’espèce, ce que prouvent les apparitions brusques des êtres, peuvent avoir lieu après les grandes catastrophes; et que la théorie de Cuvier, confirme sans s’en douter la théorie de l’Unité de composition organique d’Etieune Geoffroy Saint-Hilaire et comme de raison notre théorie de la métamorphose progressive depuis l’atome jusqu’à l’homme, dans des conditions toutefois différentes . quant à nous, de celles au milieu desquelles nous vivons et de sa possibilité dans l’époque primitive de la Création.
Nous avons d’autant plus le droit de faire cette conclusion que les découvertes faites en Paléonthologie depuis quelques années, comme nous en avons fait mention, ont renversé toute la doctrine de Cuvier, car non seulement on a trouvé l’homme fossile, mais on l’a trouvé d’une race à part et occupé dans une grotte à savourer très-probablement avec quelques convives, la moelle crue des os d’animaux qu’il y avait transportés: d’où encore une importante conclusion que l’homme avant le dernier déluge était plus sauvage et plus rapproché des animaux que ne le sont les sauvages des forêts du Brésil et qu’il faisait une transition de l’animal à l’homme, du singe à l’homme, qu’il était donc homme-singe.
Je ne dis pas singe, mais homme-singe et je tiens à exprimer par cette expression sa qualité spécifique d’homme sous la forme de singe (’).
(') Darwin a prouvé la possibilité <lu changement extraordinaire des êtres dans les diverses époques de la création, mais il n'a pas prouvé que ce développement pouvait dépasser les limites assignées à l'espèce.
Philosophie de I* Nature. 34
Au lecteur qui trouverait mou langage extraordinaire je répondrai que cette dénomination n’est pas plus outrageante pour notre espèce, que les traités de Zoologie qui assimilent l’homme au règne animal.
A mon avis plus l’origine de l’homme est humble, plus son mérite est grand, plus éclatante est encore en lui r oeuvre de la Sagesse suprême!
Or, je dis que la doctrine de Cuvier une fois renversée, l’apparition de l’homme s’est trouvée reculée à des milliers milliers d’années en arrière. D'où il résulte, que, pour que la théorie du dernier déluge ou de l’apparition de l’homme après cette catastrophe fut vraie, il faudrait ou faire remonter le déluge Biblique à l’époque de l’apparition de l’homme, ou ce qui revient au même, approcher l’époque de l’apparition de l’homme à l’époque du déluge de Cuvier, que toute la théorie de Cuvier est fausse non seulement par rapport à l’apparition de l’homme sur la terre, mais également par rapport aux brusques apparitions des êtres après chaque catastrophe, sans rapport ni parenté avec ceux des époques précédentes. Ainsi la conclusion de Cuvier, de l’apparition brusque des nouvelles espèces avec chaque nouvelle époque tirée de ce qu’on a trouvé des êtres de plus en plus parfaits dans la succession des époques du globe, doctrine, que nous trouvons reproduite dans tous les ouvrages de la science moderne sans en excepter ceux des sommités connue Flourens, Beudant, E. de Beaumont, de Humboldt et autres, quoique flattant jusqu’à un certain point la théorie de Saint-Hilaire et la nôtre, battue par la génération nouvelle est illogique encore sous ce rapport, que ces changements dans les espèces, les genres familles etc., etc., ne s’opéraient point ni dans la 2“' ni dans la 3rac ni dans la 4mc époque, mais bieu dans
l’époque primitive, dans l’époque vierge de la création; que d'après nos vues depuis cette époque tnerge, que j’ai appelée époque des métamorphoses organiques le développement des êtres organiques dans les limites des races seulement est resté loi fatale.
Le développement de l'homme, dans le sein de la mère, est rapide, moins rapide dans l'homme qui vient de naître, et beaucoup plus lent et même nul dans l’homme arrivé à sa maturité! Même chose avec les métamorphoses des êtres organiques dans la création. Le développement des êtres après chaque catastrophe a eu lieu, peut être même, qui le sait, que ces métamorphoses dépassaient exceptionnellement pour quelques espèces les limites de l’espèce, comme cela se voit eucore aujourd’hui dans la métamorphose du ver en insecte et du têtard en grenouille; l’homme fossile deNeanderthal peut bien n’être que la chrysalide de l’homme actuel, il est non moins sûr et certain, pour celui qui a su s'initier aux enchaînements des idées basées sur l'observation et acquises par la science, qui a su démêler le vrai du faux, qui a su embrasser la loi de la nature dans ses plus profonds mystères, que les métamorphoses des êtres organiques, depuis la cellule organique jusqu’à l’homme dans uue certaine période de la création, étaient non seulement possibles mais même très-rapides.
Nous voyons donc que l’esprit minutieux de routine, que la subtilité des vues mal dirigées a égaré ici le génie d’un grand Homme. Ce qui prouve une fois de plus, que de même que la fantaisie peut entraîner l’élan de la pensée sans base dans les régions de vaincs utopies, qu’atissi les recherches trop minutieuses des faits envisagés sous un faux jour et mal interprétés, peuvent entraîner un génie même dans des détours périlleux.
Et pourrait-ou me répondre, Cuvier même pourrait-il dire ce qui était possible dans les conditions de la première époque, que Buffon fixe à 60,000 et Huxley à 500,000,000 années avant l’époque actuelle? (*).
Peut-on nous affirmer ce qui à chaque époque était possible. A-t-on fait des expériences olors, nous a-t-on laissé des traces de ces observations? Juger des changements qui s’opèrent dans l’homme à l’âge de 20 ou de 30 ans, d’après les évolutions qu’il subissait dans son état de foetus, et viceversa juger des métamorphoses des êtres organiques à l’époque primitive d'après les conditions au milieu desquelles nous vivons, c’est se tromper beaucoup! (2).
C) D’après Buffon l’avant dernière époque était do 10,000 an», celle qui l’a procédée de 15,000, l’époque avant cette dernièro de 10,000 et la première de 25,000 ans.
(2) „L’observation démontre, dit Beudant (Géologie p. 5 et 109), que les variations de température produites par les saisons ne sc font sentir qu’à une faible distance dans l’intérieur de la terre; elle fait voir aussi qu’à une petite profondeur, variable suivant les lieux, la température du sol est stationnaire et égale à la température moycuno de la localité. Au-dessous de ce dernier point un autre phénomène se présente, la température s’accroît successivement à mesure qu’on descend plug avant, et le résultat des observations faites jusqu’ici donne un accroissement de 1 degré par chaque 83 mètres do profondeur. De là il résulte que vers 3 kilomètres andessous du point de température stationnaire, on doit trouver déjà 100 degrés, température de l’eau bouillante; et que, si la loi so continue régulièrement, ou aurait 'a 20 kilomètres 66 6 degrés, température à la quelle la plupart des sulfures ainsi qu’un grand nombre de corps sout en pleine fusion. Vers le centre, à 6,366 kilomètres, en supposant le même accroissement, on aurait par conséquent une température du 200,00 0 degrés dout nous ne pouvons nous faire aucune idée; mais il n’est guère probable que la chaleur s'accroisse toujours uniformément; il est à croire que bientôt
Réauimir place un oeuf d’abeille dans une cellule de gâteau à miel et un autre oeuf dans une cellule spa-
il sc fait un équilibre général, et qu'à une profondeur de 150 à 200 kilomètres il s'établit une température uniforme do 3,000 à 4,000 degrés, la plus forte que nous puissions produire, et à laquelle rien ne résiste.
„De ces observations il résulte, dit Beudant, non-seulement que la terre aurait été fluide à une certaine époque, comme nous l’avons déduit de sa forme, mais meme qu’elle le serait encore et que sa surface seule sc serait consolidée, eu perdant dans l'espaoe sa chaleur primitive, sur une épaisseur de 20 a 40 kilomètres, suivant la fusibilité des substances.
„On conçoit donc facilement qu'avant le moment où la terre est arrivée au degré de refroidissement qu'elle présente aujourd'hui, lus sourcoa thermales devaient être infiniment plus nombreuses. Lorsqu’au lieu de '/M de degré par mètre, la température croissait, par exemple, de a de degré, c’est-à-dire 1 0 fois plus rapidement qu’à l'époque aotucllc, et que dès lors, à 300 mètres de profondeur, sc trouvait le point d’ébullition de l’eau, il est clair qu'un très grand nombre de sources étaient à 100 degrés, et que les fumarollee maintenant assez rares, pouvaient être alors fort communes. De là il devait résulter des circonstances atmosphériques fort différentes de celles où nous nous trouvons; d’épais brouillards devaient sc répandre à la surface des terres en l'absence du soleil, et dès lors le rayonnement vers les espaces célestes, cause si importante de refroidisoment aujourd'hui, devenait tout à fait nul. Les hivers étaient par conséquent peu rigoureux, et cela nous explique encore commcut tant de plantes et d'animaux, qui ne peuvent aujourd’hui supporter nus climats hrperborés, pouvaient y vivre alors comme entre les tropiques, et précisément commo les plantes du Midi vivent sur les côtes et dans les iles du Nord constamment entourées de brumes épaisses. Toute la terre tempérée par cos vapeurs abondantes pouvait partout supporter les mêmes êtres organisés; et voila pourquoi les conches minérales anciennes présentent beaucoup moius de différence dans les débris organiques qu’elles renferment en quelque lieu qu'elles sc trouvent, qu’il u'cu existe aujourd’hui parmi les êtres des différentes zones.”
„Nous devons ajouter encore ioi qu'après le refroidissent complet de notre planète au point où nous en sommes maintenant arrivés, il faut
cieusc (*). Une abeille qui va subir ses métamorphoses dans la cellule étroite sera inféconde ou ouvrière, celle qui se développera dans une cellule spacieuse sera mâle ou femelle.
Une si minime condition, a ôté à l’abeille le sexe ou l’organe et la fonction de la reproduction elle a tué la vie de son espèce ... ! Que dirons nous de ce fait? Qui contestera si les croisements des espèces voisines et même des genres éloignés ne pouvait avoir lieu dans des conditions variables avec les uôtres sans ôter la fécondité aux individus issus de ces croisements!
Nous savons que les entozoaires comme le ténia, les filiaires, les hydatides, les trichines, la douve du foie et du cerveau doivent la vie à des oeufs d’animaux de même espèce, auxquels il a suffi d’un milieu différent pour prendre des formes nouvelles. Nous savons aussi qu’une substance quelconque, l’air par exemple, l’eau ou un morceau d’aliment introduit dans l’organisme d’un ver de terre, de l’homme ou d’un animal quelconque devient une parcelle du corps d’un ver de terre, de l’homme ou d’un animal quelconque. D'où il résulte pour nous par parenthèse que
probablement un temps où les continents du nord ne formaient pas de grandes masses comme aujourd'hui, et où sans doute il y avait a leur place divers groupes d'ilcs éparses au milieu d'un vaste océan, ainsi qu il s’en trouve dans les mers du Sud. Dès lors, les lignes thermales devaient être dirigées tout autrement qu’elles ne lo sont de nos jours; par conséquent les climats maritimes pouvaient être bien plus développés dans cette partie du monde qu’ils ne le sont maintenant. 11 a du en résulter que les plantes et les animanx sc rapprochaient de ceux que nous no voyons plus aujourd'hui, sur les continents, qu’entre les tropiques.”
(') Kéaumur. Edition en G vol.
l’homme, les animaux, les plantes, ont un élément commun et toute la différence entre l’honune, un animal quelconque ou une plante, consiste dans la différence du milieu et des conditions qui ont entouré en principe leur développement qui ont arrêté ce développement, que tous les êtres organiques furent créés avec une impulsion à devenir homme , et que c’est par l’arrêt dans leur développement dû à la cessation des conditions favorables à ce développement, qu’ils constituent autant d’espèces qui lui sont inférieures, que l’accouplement des êtres appartenant aux différents genres ou aux espèces éloignées n’est jamais suivi de fécondité parccquc ces espèces types appartiennent aux conditions spéciales, qu’elles se sont développées au milieu des conditions qui n’ont aucun rapport entre elles, qu’avec la cessation de ces conditions elles ont fatalement subi l'arrêt de leur développement et sont restées à jamais fixes, avec la seule faculté de l’amélioration dans les limites des races respectives à leur espèce; que le singe par exemple, et les autres animaux, ne pourront jamais devenir homme dans les conditions actuelles du globe ni dans celles à venir, dans la voie du développement organique, car le type singe appartient à une autre condition de l’époque primitive que le type homme, je veux dire, que les conditions qui ont favorisé la métamorphose du singe en homme sont pour jamais passées et ne reviendront plus; que l’homme par conséquent, comme tous les animaux ont été créés du premier coup avec l’impulsion à devenir homme; seulement, que les individus, qui ont subi, sans entraves, dans la succession des conditions de l’époque primitive, toutes les métamorphoses depuis l’atome jusqu'à l’organisme, qui caractérise l’espèce humaine et qui le place à la tête de l’échelle animale, comme cela a lieu encore aujourd’hui
«tans le seia de la mère, sont devenus hommes, et que ceux dont le développement s’est, trouvé arrêté par des circonstances exceptionnelles, sont devenus animaux; que les conditions extraordinaires des époques suivantes favorables au développement des espèces, quoique dans les limites de leurs races respectives seulement, n’étaient pas sans influence sur l'amélioration de l’espèce humaine comme de l’espèce animale.
Il en résulte, que l’homme pouvait se trouver à une certaine époque de son développement dans les conditions d’un poisson, sans ressembler à un brochet ou à une anguille: car, on peut être poisson sans ressembler à aucun poisson . Il était donc homme-poisson! Car si la peau en s’ouvrant sur la poitrine d’un têtard et sur l'extrémité de son abdomen, donne naissance comme nous l'avons vu aux quatre pattes par bourgeonnement, si la queue lui tombe, si les branchies se changent en poumons; si le papillon peut subir sa métamorphose renfermé dans une chrysalide, laissée à tous les vents, toute fixée qu elle est a un mur ou à une plante, si les mammifères peuvent subir leurs métamorphoses dans l’oeuf de leurs mères et comme les oiseaux y puiser la nourriture déposée d’avance, constituée par le blanc et le jaune d'oeuf, et y subir toutes ses métamorphoses depuis un point de matière cristallisée jusqu'à leur développement complet, si une patte coupée à la Salamandre ou à l'écrevisse peut renaître par bourgeonnement, pourquoi n’y aurait-il pas des conditions dans la première époque de la création, dans laquelle l'homme aurait pu sans les soins de la mère se développer et atteindre comme animal, le type organique qui caractérise son espèce?
Nous concluons de tous ces faits, ainsi que de l'apposition de la théorie de Cuvier et d’Etienne Geoffroy
Saint-Hilaire que les révolutions du globe étaient sans influence sur le changement des genres et des espèces, car Darwin lui-même n'à pas prouvé ce changement, mais il à constaté seulement, que le développement dans les limites de l'espèce est chose sure et certaine et que les conditions de la nature résultant des révolutions du globe pouvaient améliorer les races; nous concluons que la dernière catastrophe a spécialement influé, comme nous l'avons dit, sur la perfection intime et intellectuelle de notre espèce, qu’elle a permis à l'homme de selevcr si rapidement au dessus de la création et de devenir en quelque sorte créateur lui même par les oeuvres de son intelligence! et que les métamorphoses dans les êtres organisés, depuis les plus inférieurs jusqu'aux plus élevés, sont non seulement possibles, et quelles font loi dans le développement de la création organique, mais que ces métamorphoses sous le rapport organique ont eu lieu à une époque primitive, la plus voisine de la création.
L’homme a-t-il subi ses métamorphoses renfermé dans une chrysalide, remplacée aujourd’hui par la matrice de la mère, a-t-il vécu dans l’eau pendant les premiers temps de son développement, a-t-il vu pousser ses jambes et ses bras par bourgeonnement, était-il un animal inférieur avant de devenir homme? n’importe. Et la dernière supposition qui émane directement de notre doctrine et qui fait regarder les animaux comme autant d’états inférieurs de l’homme, sera d’autant moins blessante pour sou origine lorsque nous nous rappellerons que l’homme tire son origine première de la matière et que comme les animaux il redevient poussière. Je dis seulement que l’homme fut créé avec toute la création, que la première époque de cette création étant
riiil jiophit de lu Nature. 35
favorable à son développement, a permis toutes les métamorphoses qu’il subit aujourd’hui dans le sein de sa mère, et qu'il n’a jamais été pétri d argile par la main du Créateur.
Il est aussi difficile d'expliquer la création d’un atome que celle d'une molécule organique et celle de l'homme. Et quoique j’aie jlonné le premier trait de ma pensée sur ce mystérieux problème, me réservant de le souder, en son lieu, plus profondément encore; j’ajouterai que, je me représente plus aisément l’homme se développant d’une molécule organique, qui n'est que la métamorphose de la matière et qui à son tour est un certain état de la force, passant ensuite par tous les degrés de l’echelle animale jusqu’au singe, plutôt que d’adopter aveuglément l’ingénieuse légende Biblique, qui veut que l'homme ait été pétri de la main de Dieu, ou qu’il soit tombé comme une bombe sur notre planète après le dernier déluge, connue le veut Cuvier. J’admire le génie de Cuvier, et plus je l'admire, plus je suis étonné de voir un homme d’un génie d’une telle trempe avoir dans certains cas si peu de logique. Il est a regretter qu'il ne nous ait pas dit quel était l’âge de l’homme lorsqu’il apparu sur la terre, d’où il venait, quelle fut sa première impression et comment il sè comporta, lui étranger, jusqu'alors, sur notre planète, sur cette terre de pleurs et de grincements de dents! Mais je me trompe. Cuvier nous représente le premier homme nu, en combat avec la nature, sauvé par la puissance de son intelligence qui devait seule, comme nous le verrons plus loin, suffire pour lui donner le sentiment de sa force et de sa supériorité sur le reste de la création.
Ainsi , nous avons vu que G. Saint-Hilaire a ramené les animnv.r vertébré» à un type unique et qu’il a dé-
montré, selon nous, la possibilité du développement organique de ces animaux depuis les plus inférieurs jusqu’aux plus élevés. Saint-Hilaire ne fixe pas toutefois l'époque de cette métamorphose et ne parle même pas de la métamorphose générale ou de celle des êtres organisés depuis l’atome jusqu’il l’homme.
Nous avons vu d'un autre côté, que Cuvier et son école loin de contester la possibilité du développement ou des métamorphoses organiques, les réduit au perfectionnement des races dan» une espèce donnée, en repoussant la possibilité de la transformation d’une espèce en une autre. Nous ajouterons que Darwin, qui doit toute sa théorie à Lamarck, à G. Saint-IIilaire et à Goëthe, tout en abondant dans le sens de la grande loi posée par G. Saint-Hilaire n'a pas démontré le changement d’une espèce en une autre, quoi qu’il ait rapporté une multitude de faits touchant les changements extraordinaires opérés dans les races constituant l’espèce, tant sous l’influence des conditions d’une époque donnée, que d'une série d’époques successives. Quant à moi, j’admets comme conclusion extrême de l’état actuel de la science, le développement des êtres organiques, depuis l’atome jusqu’aux êtres placés au sommet de l’échelle animale, dans l’époque primitive de la création, que j’ai appelé époque des métamorphoses et qui pouvait embrasser des siècles, comme aussi ne durer qu'un temps bien limité, comme cela a lieu actuellement dans le sein de la mère, ou dans la matrice, en bornant le développement qui s’opère sous l’influence du temps et des conditions déterminées par la dernière catastrophe, ainsi que par celles qui l’ont précédées, aux améliorations dans les limites des races respectives de chaque espèce.