CUVIER ET LA M.ÊONTHOLOGIE MODERNE
„On n’a pas trouvé d'homme fossile, disait Beudant en 1857, dans aucune des conches qui ont été soulevées du sein des eaux — d’où il suit, que l’étre privilégié de la création n'est venu sur la terre qu’après les animaux.” — Nous trouvons, comme je l’ai déjà dit, dans tous les ouvrages depuis un demi siècle la répétition de la même faute, et pas un homme ne s’est levé pour la combattre. La science toutefois s’appuyant toujours sur des faits a mieux fait d’attendre les découvertes récentes que de s’aventurer dans des hypothèses quelque logique quelles soient.
Ainsi, d’après Cuvier et son école l'apparition de l’homme sur la terre est toute récente et ne remonte que de 5,000 à 6,000 ans avant nous.
Beudant toutefois ajoute, ce qui lui fait à notre avis beaucoup d'honneur, que s’il existait quelques débris d'homme antédiluvien, qu’il faut les chercher dans les dépôts sous-marins. Et s’ils apparaissent un jour sur la terre, que c’est lorsque de nouvelles catastrophes vont relever ses dépôts sous-marins au dessus du niveau de l’océan.
„Le soulèvement du Ténar, et quelques tremblements de terre, dit il, u’en ont mis à nus que quelques lam-
beaux dans lesquels il ne s’est encore trouvé que quelques débris d’industrie naissante” (').
Puisque de la Marmora a trouvé dans les couches sous-marines diluviennes, des débris de l’industrie naissante de l'homme, il était alors claire comme le jour que l'homme existait avant le déluge et qu’il ne restait donc qu'à le trouver, pour que la théorie de Cuvier sur l’apparition de l’homme après le déluge fût renversée.
J’ai d’autant plus le droit, appuyé sur la découverte de de la Marmora de rester avec ma conviction (je formulais ces lignes il y a déjà douze ans), que les découvertes faites en paléonthologie depuis quelques années, comme je l’ai déjà dit, ont pleinement confirmé les vues que j’avais sur cette question depuis la lecture de l’ouvrage de Beudant et surtout du passage que je viens de rapporter.
On a donc trouvé l'homme fossile en Europe, comme en Danemark, en Suisse, en Angleterre, en Allemagne et en France, lequel à en juger par les débris de son squelette n'était pas comme nous l’avons dit aussi parfait sous le rapport de sa conformation que l’homme actuel, qu’il formait plusieurs races distinctes très-rapprochées de certaines espèces de singes, qu'il faisait une espèce de transition entre les animaux et l’homme actuel et qu’il était homme-dinge. Si on n’a pas trouvé jusqu'à présent l'homme fossile dans les terrains antérieurs aux dépôts quaternaires, c’est qu’on le trouvera, on le trouvera en Asie aussi bien qu’en Amérique, puisque du temps de Cuvier on ne con-
(’) Beudant. néologie, Paria. 18S7, p. SS4, fait alluaion a la découverte de de la Marmora dam Pile de Sardaigne.
naissait pas de singes fossiles et qu’on en a trouvé depuis jusqu’à onze espèces (*).
A quelle époque doit-ou rapporter l’homme trouvé dans le dépôt diluvien, quel était le type de ses races diverses, ce qu’il fut avant de devenir homme singe, quelles sont ses destinées tant sous le rapport de ses métamorphoses organiques possibles dans des conditions imprévues de l’avenir, que sous le rapport de ses progrès intellectuels, quelle influence cette découverte pouvait avoir sur la date du dernier déluge sur la Classifications des dépôts, le nouvel horizon que cette découverte ouvre à la géologie, à la géognosie, à la paléontologie et à l'histoire, de combien de siècles cette découverte a fait reculer la date de l'apparition de l'homme sur la terre, combien elle a enrichi et éclairée nos vues sur les conditions mystérieuses
(') Quoique d'après no tre théorie le» métamorphoses de l'homme ou «on développement a eu lieu h l’époque primitive ou la plu» rapprochée de 1a création, comme ocla h lieu actuellement dan» le sein de la mère, nou» croyons que le» coudition» du dernièr déluge pouvaient transformer graduellement l’homme-animal ou l'homme-ginge en homme actuel; malgré, que parmi «es diverse» race», qui existent actuellement, il en est, qui sont encore aujourd'hui très rapprochée» de l’étut animal.
D’où il résulte que l'homme a été homme-singe ou a appartenu h la race trè*-rapprochée do l'homme saurage de l’époque diluvienne et qu'il a véou dan» cet état avec quelques amélioration» dan» son espèce, que le temps apporte bien entendu, depuis l’époque primitive jusqu’au déluge: qu’ensuite, la seule influence des conditions favorables climatériques, celle ries découvertes, de leur application, le développement et l’application de l'instinct de /’ abstraction dont il fut doté et qui n'était que la transformation en lui des forcos intellectuelles animales d’un ordre inférieur a changé même son côté physique, qu’elle l'a ennobli et l’a rendu moralement et physiquement tel que nous le voyons et connaissons en nous-mêmes et en nos semblables d’aujourd'hui.
de son origine, dans lesquelles la terre pouvait se trouver dans son enfance tout en favorisant son développement progressif, nous nous sommes déjà en partie expliqué, nous réservant de revenir quaut au reste dans le conr3 de notre ouvrage.
LIAISON Dü RÈGNE MINÉRAL, VÉGÉTAI, £T ANIMAL
J'aurais dû me borner à ce que j’ai déjà développé sur l’unité de toutes les forces en général et sur l’unité de type pour la création entière aussi bien inorganique, qu'organique, si le sujet n’était pas nouveau et si son importance ne m’imposait pas le devoir de l’etudier sur tous les points possibles. Aussi comme une nouvelle théorie doit être mise à toutes sortes d’épreuves, et je me suis imposé la tâche de la présenter sous toutes les faces possibles, je serai forcé quelquefois de me répéter, lorsque je ne pourrai pas éviter cet eccueil mais c'est uniquement pour prouver, que notre théorie trouve partout et toujours la sanction de la vérité, ou du moins, qu’elle s’approche de la vérité, par sa rigoureuse logique. Puisse un esprit plus lucide nous la montrer sous un meilleur jour.
Quant à la limite fixée entre le règne animal et le règne végétal, le passage de l’un à l’autre est tellement
imperceptible, tellement insaisissable, si éthéré en quelque sorte que cette limite n'existe que dans la science. Les naturalistes les plus consommés placés sur cette limite trouvaient toujours des difficultés invincibles pour déterminer, si un être appartient au règne animal, ou au règne végétal.
Jusqu’à quel point cette transition est imperceptible, je vais le démontrer rien qu’en touchant un fait, savoir: que les fonctions de la respiration, de l’assimilation et de la circulation sont communes aux végétaux et aux animaux, ou en rapportant une expérience de Bretonneau de Tours faite sur la sensitive ("Mimosa sensitiva, L ), si sensible, quoique plante, qu’elle ferme ses feuilles à l'approche d'un corps étranger. Or, Bretonneau l’a endormie au moyen du chloroforme comme on endort un animal. La plante anesthésiée ne donnait plus signe de sensibilité. Elle ne fermait plus ses feuilles à l’approche d’une main ou d’un corps étranger!
Rien ne démontre pourtant plus nettement le degré de liaison et d'unité entre deux règnes et ne prouve en même temps la grande difficulté de tracer une limite entre l'un et l’autre, comme la fonction de la reproduction, ou de la génération qui leur est commune.
Nous outrerons à ce sujet dans une série de curieuses études physiologiques, «avec cette conviction, que non seulement la loi de l'unité de la nature n'en souffrira pas, mais bien au contraire, qu’elle en sortira victorieuse.
Je prends la reproduction par Scission, qui consiste à couper l’individu en plusieurs morceaux, ou à séparer une partie quelconque de son organisme.
Dans les plantes la majeure partie de l'art du jardinage est basée sur ce système. On peut découper une branche, la planter dans le sol, et cette branche une fois
plantée ne tardera pas à pousser des racines dans la terre et des branches avec des feuilles dans l’air, et à devenir un individu nouveau, exactement semblable à la plantemère, dont elle faisait partie avant d’en être séparée. Chose plus remarquable encore, je prends une feuille de figuier, de citronnier ou d’oranger, je la plante dans la terre et cette feuille prend et donne un individu exactement semblable à sa souche primitive, ainsi: une feuille de citronnier donnera un citronnier et une feuille de figuier donnera un figuier. Une feuille est donc un individu susceptible de reproduire le type entier de l'espèce. Nous verrons, que la propriété de se reproduire par cette voie, la plus grande chez les plantes, est encore dans toute sa force chez les vers, quelle s'affaiblit chez les reptiles sans exclure de cette loi, jusqu’à un certain point, l’homme même: lorsque nous prendrons en considération le fait, que son épiderme, que ses ongles, que ses cheveux, que ses os même et ses divers tissus enlevés dans une étendue donnée se reproduisent. . . .
En descendant de l'homme au batracien par exemple, nous rencontrons chez ce dernier cette propriété de reproduction, bien plus rapprochée encore des plantes. Le fait rapporté dans ce livre, sur la reproduction de la patte de la Salamandre , en est le plus éclatant témoignage; et j’ajouterai, que Spallazani a observé cette reproduction dans la Salamandre de toute une mâchoire inférieure, que Bonnet et Blumcnbach ont observé la reproduction de l’oeil, d’un organe si compliqué, dans la même Salamandre. J’ajoute, que le nerf optique et les membranes du globe oculaire ont été respectés pendant l’expérience. Aug. Broussonet a découpé des nageoires et il a vu bientôt se former un renflement, d'où naquit un prolongement mem-
braneux d’abord épais, puis qui s’amincissait en se développant, et, après trois mois, renfermait les rudiments encore cartillagineux de deux rayons. Ces rayons acquiéraient plus de longueur en s’amincissant, et, vers le huitième mois, la nageoire était complètement reproduite (’).
La fonction de la reproduction est encore plus manifeste chez les crustacés et chez les insectes. Spallanzani a même observé la reproduction de la tête entière dans certains mollusques.
Chez les vers, la force de la reproduction est encore plus palpable, car ces animaux se multiplient par division non seulement transversale mais aussi par division longitudinale. Ainsi, d’après Bonnet et Roesel, la tête et la queue douze fois découpées à une naïde (ver de la famille des anntlides) se reproduisent à chaque fois et cette même naïde coupée six fois dans la longueur de son corps, chaque partie se refera et produira une naïde nouvelle. Ces savants sont même parvenus à démontrer qu’un morceau de naïde de trois millimètres de diamètre se complète et reproduit une naïde entière.
D’après F. Millier la propriété de la vie, la centralisation de la vie est si faible chez ces animaux, nous dirons si végétale, si généralisée, si grande, qu’on peut découper la tête à une naïde ce qui n’empêchera pas, que si nous lui enlevons ensuite la queue, que cette queue va se reproduire en même temps que la tête! Une plante à qui nous enlevons la couronne (branches et feuilles) une fois plantée par son extrémité supérieure dans la terre ne
(') Lisez pour ces détails lo 3 volume de l'important ouvrage do Longet: Traité do physiologie. Paris, 1859.
va-t-elle pas faire pousser des feuilles sur ses racines devenues autant de branches par cette artificielle condition?
Laurent a découvert dans ces derniers temps, que le bras découpé à Thydre , qu’une partie du bras découpée à ce polype d’eau douce se reproduit. Dugès même a prouvé, qu’il y a des êtres qui se multiplient par la scissiparité ou par la division longitudinale de l’individu en deux parties ou comme chez la vorticellc microstome (infusoire) par un lent et progressif décollement de ses deux moitiés constituant l'individu, à partir de la bouche jusqu’à la queue, en deux individus distincts. La loi donc de la symétrie de Serres présidant à la formation organique des animaux, serait ici la base de la loi qui présiderait à sa division dans des parties constituantes.
Ainsi ce que la symétrie a lié, la symétrie l’aurait dénoué, décollé pour que d’une moitié non symétrique fut créé un être symétrique.
Nous verrons tout à l’heure que cette reproduction par section chez les animaux n’est, sous un certain rapport comme chez les plantes, qu’une reproduction par bourgeonnement et que la fonction de la reproduction est ici intimement liée avec le nombre des ganglions, ou avec les systèmes des centres nerveux, ou avec l’unité ou la pluralité des ganglions cérébraux, si je puis m’exprimer ainsi, ou avec des cerveaux sui generis, ou avec des systèmes de cerveaux tellement généralisés chez un individu, que toutes les parties les plus minimes en quelque sorte de son être sont des germes d’individus nouveaux et indépendants, qu’elles constituent des individus collectifs d’un individu donné, pouvant vivre aussi bien séparés que dans un individu commun. Il faut donc regarder ici un individu comme un être collectif ayant le plus d’analogie sous ce rapport avec les plantes.
Nous voyons d’après ces faits, comme les fonctions de la digestion, de la nutrition, de la croissance et de la reproduction, en un mot, des organes ou de ses parties, nous conduisent insensiblement à la fonction de la reproduction d’un être tout entier, qui chez les êtres organiques supérieurs, comme chez l'homme, par exemple, semble constituer nue fonction si tranchée et si à part!
Nous voyons donc partout, que tout constitue une chaîne interrompue dans le développement organique, comme toutes les forces organiques, comme nous l’avons vu, ne sont que la succession du développement de la même force élémentaire.
J’arrive à la reproduction dans le règne organique par bourgeonnement.
Or, chez les plantes, comme chez les animaux cette fonction consiste en une réunion, par le travail organique, dans un point donné de l’individu, des éléments primordiaux organiques indispensables pour former le noyau d'un individu futur, exactement semblable à l’individu-mère. Ces noyaux imperceptibles, bornés dans le principe à quelques atomes réunis en une cellule organique ou eu un point cristallin-organique augmentent de volume, croissent et se développent organiquement, par l’arrangement des matériaux chariés par la force de la vie et puisés dans la matière de l'individu, mûrissent graduellement, subissent ainsi leurs métamorphoses sous les auspices de l’individumère jusqu’à ce qu’ils acquièrent des conditions suffisantes pour une vie individuelle. — Ces boutons ou bourgeons une fois devenus autant d’individus à part, susceptibles de vivre de leur propre vie, restent sur l’individusouche et comme chez les plantes se changent en branches, eu feuilles et en fleurs Ij 'entends- par la fleur sa partie la plus importante, à savoir: l’ovaire et autres organes
de la reproduction) ou comme dans l’espèce humaine poussent dans l’ovaire de la mère, se développent, mûrissent et une fois mûrs et fécondés (dans l’ovaire encore) une fois la membrane, qui le maintenait dans l’ovaire, rompue par leur mûturité (vésicule de de Grilf ) laissent tomber leur partie essentielle ou l’ovule (corps infiniment petit) dans la matrice, lequel s’y fixe de nouveau, s’attache pour la seconde fois à la souche-mère, ou pour être plus explicite aux parties internes de la matrice et y bourgeonne de nouveau ou autrement, subit ses métamorphoses depuis le point cristallin jusqu’à sa mâturité, pour qu’une fois mûr il se sépare de nouveau de la mère avec laquelle il faisait un tout inséparable, comme lié avec son organisme au moyen de vaisseaux sanguins et de nerfs, pour vivre d’une vie individuelle — quoique dans cette existence nouvelle il ne cesse d’être lié par mille liens avec toute la nature et ne peut jamais vivre hors d’elle, qu’il n’en est donc qu'une parcelle inperceptible, un bourgeon en quelque sorte à part. On peut donc regarder l’homme comme un bourgeon attaché au milieu de la nature, qui y subit scs changements au dépens de la mère, comme de toute la création—et une fois mort, une fois retourné à la nature cosmique, qu’il fournit des éléments, comme matière, à la vie des bourgeons des générations futures.
Je fais remarquer que si l’oeuf tombe sur le péritoine, que cette dernière membrane remplacera très-bien la matrice.
Nous voyons donc, qu'il est un moment dans les phases du développement de l'homme où il était bourgeon, où il était homme-plante, et que l’homme est un être chez lequel le bourgeonnement se fait sur deux points à savoir: dans C ovaire et après la fécondation do l’oeuf dans ce dernier, et dans la matrice. — Chose remarquable, nous
voyons ce même fait se reproduire chez les plantes. Ainsi, le grain qui a bourgeonné dans l’ovaire de la plante une fois mûr et fécondé tombe sur la terre, y pousse des racines, espèces de vaisseaux sanguins et une fois lié avec cette dernière, bourgeonne de nouveau ou vit attaché à elle d’une vie individuelle. Ainsi, la terre remplace ici la matrice des animaux et la différence de l’homme avec la plante consiste seulement ici, à ce qu'une fois formé et pouvant vivre d’une vie individuelle il s’en détache, tandis que la plante reste pour l’éternité attachée à la terre. Mais môme cette loi est relative, comme nous le verrons plus bas; car les plantes sont douées d’une certaine sorte de locomotion et peuvent, philosophiquement parlant, changer même de lieu.
Je ferai remarquer, entre parenthèse, que ces vues sur la reproduction de l’homme par bourgeonnement dans F ovaire, dans la motrice et dans le pt'ritoine, que l'oeuf n’est qu’un bourgeon comme le grain, que le bourgeonnement dans notre espèce se fait à la partie interne du corps, tandis qu’il se fait chez les plantes et chez les animaux inférieurs à la superficie de leur corps, que t homme est un bourgeon attaché et se développant au milieu de la nature — que toutes ces idées me sont personnelles.
Passons toutefois en revue les différentes classes des êtres organiques appartenant au règne animal et nous conviendrons, que ce mode de reproduction rapproche infiniment les animaux du règne végétal.
Ainsi, chez les infusoires, la vorticelle dont nous avons parlé plus haut, se reproduit non seulement par scission mais aussi par bourgeonnement, comme une plante: à savoir: que ses bourgeons poussent à la partie externe de
son corps. La production d’un pareil bourgeon chez la vorticelle se fait d’une manière exactement semblable à celle dont nous avons fait mention en parlant de la formation des bourgeons en général, savoir: qu’il s’accumule, sur un certain point du corps des éléments organiques formant d’abord une éminence arrondie ou globuleuse, qui porte le nom de bourgeon. Ce bourgeon se creuse d’une cavité qui communique primitivement ou consécutivement avec la cavité de l’animal, et il se développe peu à peu, de manière à constituer un individu semblable à l’individu souche, sur lequel il a pris naissance. Enfin après son développement, lorsqu’il a assez d’individualité acquise au point de vivre indépendant, il se détache de la mère, vit de sa propre vie, tout en puisant dans le monde extérieur des éléments nouveaux pour son existence et son développement futur.
Chez les polypes, comme chez V hydre par exemple, nous voyons se reproduire exactement le même phénomène extraordinaire avec cette différence de plus, que les bourgeons y poussent sur le corps tout entier, depuis la tête jusqu’à l’extrémité. Plus toutefois nous remontons dans l'échelle animale vers l’homme, plus la localisation des bourgeons est limitée jusqu’à arriver aux animaux chez lesquels, comme chez l’hydre, de l’externe elle se fait interne et occupe, comme je l’ai dit l’ovaire, la matrice, ou comme dans les grossesses extrauterines, le péritoine, lorsque l’oeuf fécondé dans l’ovaire s’échappe accidentellement et tombe dans la cavité de l’abdomen.
Milne Edwards cite un fait qu’il a observé lui-même sur la Myrianide h bandes (annélide, qu’il a trouvée sur les bords de la Sycile) et qui donne une éclatante preuve physiologique de la liaison du règne animal avec le règne végétal, dans la manière de se reproduire de cet animal.
„Chez cc ver, dit-il, l'individu souche, an lien de produire par bourgeonnement un seul petit, en forme jusqu’à six, qui sont réunis en chapelet à l'extrémité postérieure de son corps et qui, de même que chez les syllts, renferment les organes de la génération, partie, dont l'individu souche est lui-même privé.”
Or, ces petits se constituent précisément dans le point où naissent les nouveaux anneaux chez les larves d’annélides, c’est-à-dire entre le segment candal ou anal et le dernier segment du tronc; mais tous ne se forment pas en même temps; et ils sont d’autant plus jeunes qu’ils sont placés plus près de l’individu producteur.
Or, comme chez une plante, d’après notre manière de voir, donnant naissance par la racine à de nouveaux rejetons, ces derniers poussent d’autres branches ou individus, de même chez ce ver poussent de l'extrémité du corps de nouveaux individus dans les points entre le segment terminal du tronc et son anneau caudal, qui refoulé en arrière par le bourgeon producteur, aura dès lors cessé d'appartenir à la mère et sera devenu un des zoonites constitutifs de l’être en voie de formation.
11 est à noter, que dans ces reproductions par bourgeons, les jeunes individus se développent de la même manière que lorsqu’ils proviennent d’un embryon.
Quant à la reproduction par la semence ou graine, l'oeuf renfermé dans l’ovaire des animaux mammifères et la graine de la plante renfermée dans son ovaire est anatomiquement, comme physiologiquement parlant exactement la même chose. Ainsi, les deux règnes se touchent sur ce point plus que partout ailleurs. Car je le répète, si toeuf n’est qu’un bourgeon , à ma manière de voir, de l’ovaire de lanimal-mèrc, la graine n’est aussi qu’un bourgeon de
l’ovaire de la plante. Et je parle ici des vivipares comme des ovipares.
Ainsi le rapport sur ce point entre deux règnes est si intime et si profond, qu’il ne marque môme pas de limite entre l’un et l’autre, à part les formes extérieures et d’autres détails insignifiants pour uu naturaliste-philosophe.
Ce qui prouve une fois de plus, qu’il faut considérer chez l’homme par exemple, depuis sa conception jusqu’ à sa mâturité , comme dans les anneaux de la chaîne des êtres organisés et même de toute la création depuis la matière simple jusqu'à l’homme, tout anneau supérieur, tout être supérieur anatomiquement comme physiologiquement, comme le développement de l’étre inférieur, comme un degré plus haut de l’anneau ou de l’être qui lui est inférieur.
En étudiant maintenant le système nerveux dans la grande chaîne des êtres organisés, nous trouverons exactement la même chose, à savoir: que les propriétés végétatives ou que les fonctions végétales se retrouvent à chaque pas dans le règne animal et que le règne animal reflète en lui des traces manifestes de l'existence de ce système dans le règne végétal.
Ainsi, l’homme a toute l'individualité de la vie concentrée dans un cerveau un, ou dans un centre ou ganglion nerveux unique, et c’est pourquoi on ne peut le couper en deux ni en quatre, sans porter atteinte à sa vie individuelle, et c’est une raison encore, pour laquelle son bras, ou sa jambe non seulement ne reproduit pas l’homme, mais même ne peut se reproduire elle-même.
N’oublions pas toutefois, que les animaux supérieurs sans en exclure l’homme, ont à part le cerveau
Philosophie de U Nature. $7
proprement dit plusieurs ganglions, ou centres nerveux de la vie purement organique, qui se trouvent placés le long de la colonne vertébrale et surtout dans les ganglions du nerf grand sympathique. Ces cerveaux de la vie organique président aux fonctions instinctives, ou à celles qui s’effectuent sans connaissance de leurs actions, et dirigent la partie la plus mystérieure de la vie organique, de La digestion, de la respiration, de l’assimilation et finalement de la métamorphose de la matière dans un corps vivant.
Chez les êtres inférieurs du règne animal, il est des êtres comme le lombric, qui portent dans chaque anneau de leur corps un ganglion central et à part, de la vie organique entière ou un cerveau à part, et c’est pourquoi chacun de ces anneaux découpés reproduit un nouveau lombric. Chaque anneau est ici un système d'individu, chaque anneau est un individu susceptible de reproduire le type entier de son espèce.
Le ténia même, ou le ver solitaire, dans chacun de ses segments porte non seulement un cerveau à part, mais même un ovaire à part, et c’est pourquoi chaque segment étant un individu à part, peut se reproduire par les oeufs, dont chacun donne naissance à un seul segment, dont la réunion constitue un ver solitaire. La solidarité de la vie organique est si grande entre les segments ou individus à part qu’une fois attachés l’un à l’autre pour former un ruban de ténia, toute nourriture que prend la tête ou le premier segment, passe successivement aux autres segments et les entretient.
Ainsi nous voyons, chose remarquable, que l’homme a un cerveau et est doué de plusieurs ganglions de la vie organique, et que les animaux inférieurs ont le cerveau et des ganglions qui à leur tour peuvent devenir cerveaux!
Ainsi le cerveau de l’animal placé à la tête de l’échelle animale est en quelque sorte l’hypertrophie, le développement, la métamorphose du ganglion de la vie organique, dans les êtres inférieurs les ganglions de la vie organique sont ^les rudiments du cerveau proprement dit et chose plus remarquable encore c’est que le segment qui n’a pas de tête et qui n'a pas de cerveau, une fois devenu animal entier aura une tête et un ganglion principal, faisant les fonctions du cerveau.
L’homme envisagé sous ce point de vue est homme et animal, puisqu’il a un cerveau et les cerveaux rudimentaires de la vie organique animale.
Les animaux encore plus rapprochés des plantes ont le système ganglionnaire ou le système des centres nerveux ou des cerveaux tellement généralisé, tellement épars dans les plus petites parties de leur corps, que comme chez les plantes, ils n’en ont presque pas en apparence; et, c’est justement à cette généralisation des centres nerveux chez ces animaux, offrant une si grande analogie avec les plantes, que nous voyons la généralisation de la vie individuelle des premiers aussi analogue à celle de ces dernières.
Les plantes comme on sait, anatomiquement parlant, n’ont pas de système nerveux; et si elles n’en ont pas, c’est qu’il y est, mais trops généralisé; car la physiologie dément le fait de sa non existence par le fait: que partout où il y a fonctiou, l’organe de la fonction doit y être aussi. — Si on n’a donc pas trouvé des nerfs chez les plantes, cela tient, à ce que ces nerfs doivent avoir une consistance liquide ou gazeuse et consister en un système mystérieux et invisible, quoique trouvable et d’une existence matérielle et positiye.
Ainsi selon nous, on ne doit pas douter de l’existence du système nerveux chez les plantes.
La plante donc, d’après ma manière de voir, envisagée au point de vue des parties qui la constituent, à savoir: du tronc, des branches, des feuilles et des bourgeons, peut être regardée comme un individu composé d’autres individus, ayant chacun un ganglion central nerveux de sa vie organique individuelle, également réparti dans tout son être, car dans le bourgeon existe la plante tout entière, parce que dans une feuille de figuier, un figuier tout entier existe; car une branche plantée dans la terre donne la plante entière. Et chose surprenante qu’il y a des animaux chez lesquels un organe peut remplir jusqu’à deux fonctions , tellement les lois en se généralisant prouvent l’unité dans tout. On sait qu’il existe un zoophyte, être placé sur la limite des deux règnes (végétal et animal), qui a la forme d’une poche et qui digère par sa doublure, tandis qu’il fait ses excrétions par la peau, et lorsqu’il sent que cette dernière a réuni assez de petits êtres pour sa consommation, il se retourne sur lui même, les digère et sa parois interne ou doublure, qui lui sert d’estomac va excréter à son tour les éléments, qui ne lui sont plus nécessaires, que pour attirer les petits êtres propres à son existence.
Je reviens aux parties constituantes de la plante, et je dis: que les feuilles comme les tiges sont des individus ayant leur vie individuelle indépendante. Est ce que cette diversité de parties constituant la plante ne prouve pas leur identité sous le rapport de leur organisme comme sous le rapport de la vie organique qui leur est propre, qui constitue leur individualité, avec l’organisme et avec la force de la vie de leur souche-mère? Est ce que cha-
cune de ces parties ne renferme pas l’ensemble des éléments organiques, comme de la force organique de la vie de l'individu collectif, quoique ces parties, ou ces individus à part, comme l’individu tout entier n’aient pas de ganglions nerveux à part? Est-ce que chacune des parties constituant l’arbre n’est pas un individu à part, comme le veut J. Militer (') contrairement à l’opinion de Longet (*) et d autres physiologistes de premier ordre?
Si nous passons maintenant des plantes au règne minéral, chaque molécule de ce dernier est absolument identique avec un autre dans un corps donné, parce que n’ayant pas de cerveau, elle a son cerveau, si je puis m’exprimer ainsi, dans toute la nature, ou généralisée dans tout son être.
Nous voyons par là, que la physiologie comparée du système ganglionnaire ou central nerveux, prouve une fois de plus, qu’il n’y a pas de limite sous ce rapport entre le règne végétal et le règne animal, que même sous ce rapport les animaux ne sont que des plantes plus développées, plus élevées dans leur métamorphose, comme les plantes ne sont qu’un certain état de la matière, comme elles ne sont que la matière métamorphosée, nous voyons dis-je, que le cerveau généralisé, disséminé dans la plante se réunit en quelque sorte en plusieurs ganglions chez les animaux inférieurs, pour se fondre en un seul ganglion chez les animaux supérieurs, à la tête desquels la Sagesse suprême à placé l’homme.
Si nous passons maintenant d’une classe à l’autre dans le règne animal, nous trouverons que la nature dans
( 1 ) J. Millier. Manuel de Physiologie. Paris, 1845, trad. Jourdan, tom II, p. 558.
(■*) F. A. Longet. Traité de Physiologie. Paris, 1869, tom III.
les échidnés et dans les ornithorhynques a semblé établir un passage entre les mammifères et les ovipares.
L’intestin effectivement chez ces derniers, au lieu de s’ouvrir directement au dehors comme chez les mammifères ordinaires, débouche dans un cloaque commun, de la même manière que chez les oiseaux; l’appareil de la reproduction présente aussi des anomalies très-grandes; et le système dentaire est rudimentaire; quelquefois les mâchoires sont garnies de lames Cornées qui ressemblent beaucoup à un bec de canard. Enfin les mammifères ne diffèrent des oiseaux qu’en ce que les premiers sont vivipares et les derniers ovipares. Et comme l’oeuf des premiers, comme des derniers, physiologiquement et anatomiquement parlant au fond est la même chose, nous voyons par là comme est grand le rapprochement entre ces deux classes.
Si nous prenons les poissons par exemple et les batraciens, nous trouvons sur la limite de ces deux classes le protée. — L’anguis fragilis qui n’a pas de pattes, a l’extérieur d’un serpent et porte sous la peau les rudiments des omoplates et des clavicules, fait une admirable transition du lézard au serpent , ou des reptiles aux batraciens. Examinez maintenant la tête de la couleuvre et de la grenouille, ou du lézard et celle de la Salamandre, examinez le corps de ces êtres, et bien que vous trouviez ici quatre pattes et que là vous n’en trouviez aucune, vous aurez une très-grande analogie entre les batraciens et les reptiles.
Le passage d'une classe d'animaux à une classe voisine et même aux classes éloignées est si imperceptible, que la nature pour conduire l’homme à le mieux saisir, a laissé, dans la métamorphose du têtard en grenouille et de la chenille en papillon un frappant exemple de la possi-
bilité de ces changements extraordinaires. Elle à même laissé dans le protée l’exemple de la compatibilité des organes appartenant aux deux classes à part, telles que la classe des poissons et des batraciens!
Faisons un saut à travers plusieurs classes, passons des poissons aux oiseaux par exemple, et nous aurons dans le manchot et autres oiseaux des régions polaires une analogie entre ses classes si éloignées en apparence. Prenons lornithorhynque par exemple, avec sa tête aplatie et terminée par un bec de canard, ayant tant d’analogie avec l’extrémité antérieure de la tête d’un poisson; prenons le manchot avec sa tête fixée sur un cou court, à corps épais, avec des ailes ressemblant plutôt à des nageoires écailleuses qu’à des ailes proprement dites, aux pattes courtes, qui sortent à peine du corps, à larges membranes entre les doigts, ne pouvant marcher sur lé sol et nageant si bien sur l’eau — or, si nous nous souvenons ce qu’Aristote a dit au sujet de la plume et de l’écaille de poisson, qu'ils sont au fond la même chose, nous aurons un être qui est poisson et qui n’est pas poisson, qui est oiseau et qui n’est pas oiseau, qui tient le milieu entre le poisson et l’oiseau, qui est oiseau-poisson.
Cette analogie sera plus facile à saisir lorsque nous nous rappellerons, qu’il y a des poissons qui peuvent s’envoler au moyen de leurs nageoires au dessus de l’eau, fait d’ailleurs, qui nous donne le premier trait de la tendance à la métamorphose du poisson en oiseau. Les poissons ensuite nagent dans l’eau, tandis que les oiseaux nagent pour ainsi dire dans l’air, qui est un liquide comme l’eau, seulement plu3 éthéré, et savent nager sur l’eau et même comme de certaines espèces nager sous l’eau comme des poissons. Les poissons sont comme je l’ai dit couvert
d’écailles qui ont beaucoup d’aualogie avec les plumes d’oiseaux, les uns comme les autres naissent des oeufs; — même la chair des oiseaux est intermède entre la viande des mammifères et la chair des poissons.
L’analogie entre les poissons, les oiseaux et les mammifères est aussi frappante qu’entre les deux premières classes. Ainsi les animaux vivipares sont couverts de poils sans excepter l’homme de cette règle jusqu’à un certain point ('), ces poils ne sont qu’une métamorphose, qu’un certain état de la plume, de l'écaille, de la corne, de l’ongle ou de l’épiderme, ils nagent (certaines espèces), la nature a même laissé à quelques uns de leurs espèces des ailes, comme à la chauve-souris ou des becs semblables à un bec de canard , ou au museau des poissons, comme à l’ornithorhynque ou plutôt elle a oublié de les leur ôter, comme si elle voulait que cet oubli servit à l’intelligence humaine pour arriver plus facilement à l’origine de chaque être et finalement à saisir l’unité de son plan dans la création.
Les animaux inférieurs aux poissons, comme certains vers par exemple vivent dans l’eau, nagent très-bien, puis certains insectes vivent et nagent dans l’eau comme les poissons et volent dans l’air comme les oiseaux, ont un système circulatoire, respirent, digèrent, se reproduisent comme les poissons et comme les oiseaux, à savoir: sont ovipares, et même physiologiquement parlant se reproduisent comme les mammifères avec la différence que les métamorphoses du foetus chez les premiers s’accomplissent
(') Il y a (les hommes tout couverts île poils et ceux qui ne le sont nas portent sur certaines parties du corps ecs vestiges «le leur communauté de nature avec les animaux.
dans l'oeuf fixé dans lu matrice, tandis qu'ict ces même» métamorphoses s’opèrent dans l'oeuf expulsé de la matrice et. qui n’a. que la nature pour matrice— ils sont couverts de matière membraneuse ou écailleuse ayant beaucoup de rapport avec la matière de l'épiderme ou avec des ongles et des poils de mammifères etc. etc. (*): toujours et partout de l’analogie, toujours et partout des preuves d’une métamorphose ou progressive ou rétrograde ou rudimentaire, partout on voit les traces de l’unité de plan dans la création.
Ce que j’ai dit par rapport, à l'analogie et à la métamorphose d’une classe dans une autre se rapporte à la métamorphose d’une espèce inférieure en une espèce supérieure, d'une famille en une autre famille, d’une simple variété en une autre varriété, d’un organe, je dirai même d’un tissu, d’une cellule organique en un autre tissu, en une antre cellule. Tout n'est, donc dans la grande famille des êtres organisés que le développement du type élémentaire, de la cellule organique — d’un même atome.
D'un autre côté, la limite entre la matière simple et les classes précédentes d’êtres organisés, est si imperceptible et l’analogie en est si grande, que la matière étant la base de leur être, existe, quoique invisible, voilée chez, tous, et forme la charpente de tous; car sans la matière ils n’existeraient pas, ils ne seraient pas êtres physiques,
(') Les animaux vivipares tel que le Pangolin, sans être poisson est couvert décaillos, la tortue est couverte if écaille, les serpents, le» lézards sont couverts d’écaillcs — le castor a la queue couverte d écailles, les oiseaux ont les pattes couverte» d’écaillcs, les ongles même dan» notre espèce sont le» rudiments d’éeaille du poisson, tandis que quelques oiseaux portent des vestiges devrais poils, comme le dindon, leeasoar, etc.
Philosophie de la Nature. 3H
palpables, et n’appartiendraient pas à la création et que ce qu’ils sont, ils le doivent â la matière. — C’est la matière qui dans l’être vivant est métamorphosée, c’est donc la matière simple qui est matière organique, qui est plante, qui est animal, qui est homme, comme la force simple, qui régit la matière simple est chez les plantes la force organique, et qui chez l’homme atteint par sa métamorphose le degré de l’intelligence.
Sans la métamorphose de la force en matière il ri y a pas de matière , et sans matière il rit/ a pas de création!
Tout se lie, tout s’enchaîne, tout ne fait qu’un.
L’homme, envisagé séparément, comme individu à part, est matière simple, est plante, est animal, est un être intellectuel.
Il est matière, car il contient dans son être physique le gaz hydrogène, le gaz oxygène, le gaz acide carbonique, l’azote, le fer, le soufre, le calcium, l’iode, le phosphore et les composés de ces divers principes. . .
Il est plante, car il se reproduit par bourgeonnement, car il respire, car les liquides, car la sève circule en lui, car il assimile etc.
Il est animal, car il peut changer de place, ear il est doué de sensibilité, car il a l’intelligence.
Il est homme par dessus tout, car par son moral il s’élève à Dieu!
Toujours le développement de l’atome jusqu’il l’organisme parfait et de la force simple à l’intelligence, il l’âme. Toujours l’analogie du lien inséparable des forces simples avec les forces de la vie, avec les facultés intellectuelles; toujours l'identité spécifique ou de l’espèce dans le principe, toujours la diversité dans l’unité, et l’unité dans la diversité.
D’uu autre côté les forces de la vie 11e pourraient pas avoir de prise sur la matière simple s’il u’y avait pas d’analogie dans l’espèce, comme nous l’avons dit, entre ces forces et les forces qui gouverueut la matière simple, si elles n’etaient pas basées sur la même loi et si elles n’obéissaient pas à la loi commune, les unes comme les autres — si elles 11’étaient pas dans le principes de la même espèce — si elles n’étaient pas les mêmes au fond.
Ainsi, la nature élémeutairc est la même dans toutes les forces de n’importe quel ordre; et c'est pour cela qu’elles peuvent agir d’accord dans l’oeuvre de l’unité et de l’harmonie de la nature. Toujours, je le répète, daus tout existe la diversité, partout et toujours existe l’harmonieuse unité.
J’ai dit, que la température du corps humain ou de celui des animaux est le résultat de la mutation continuelle en lui de la matière, qu’elle est le résultat de continuelles combinaisons et décompositions chimico-organiques de la matière première, fournie par l'air ou introduite en lui sous forme d’aliments brutes, comme l’eau ou morpbo-plastiquements préparés, comme les aliments du règne végétal ou animal. — Nous voyons donc chez l’homme la matière simple et organique agir de concert, avant que la première placée dans les conditions favorables ne devicnc à son tour matière organique.
J’ai dit au commencement de ce livre que la force ne consiste pas seulement à passer d’un état d’équilibre ou de repos à l’état de mouvement, mais que la modification, que la direction de ce mouvement siège dans la nature de la force et constitue sa vie, son esprit, sa sagesse cachée. . . .
Or, si nous suivons par la pensée une molécule d’aliment introduite daus notre économie, nous savons, que depuis sou arrivée dans notre bouche, elle se trouve
d’abord divisée, puis, par son contact avec la salive modifiée et au point physiquement parlant méconnaissable. —
Ainsi modifiée, passée dans l'estomac elle y subit d'autres divisions et d’autres métamorphoses; ne perdons pas de vue que quoique ces changements sont morphoplastiques, qu'ils s’opéreront d’après la loi d’attraction et de la répulsion. Nous savons déjà, que la force organique lui imprime un mouvement suivant les diverses courbes, la dirige dans son mouvement, l’arrête dans son cours et la fixe définitivement dans un point donné de l’économie, où elle sera tenue encore dans ce point avec les molécules voisines dans un tout, obéissant à la loi «le l’attraction répulsive ou de l’affinité, de la sympathie organique, quoique instinctive, marquée toutefois au coin de l’amour et de la Segesse suprême ... ; car jamais l’intelligence humaine la mieux exercée ne saurait en faire autant!
L'estomac sentant le besoin do prendre des l’alimeuts, signifie, qu'il manifeste son attraction à la matière de l'aliment. — L’organisme éprouvant un élan quelconque, toujours signifie le réveil en lui de la force à la vie, à l’action, qui finalement n’est que l’attraction répulsive.
Décomposons chimiquement cette merveilleuse machine que nous appelons l’homme, brûlons la, décomposons tous les êtres organiques végétaux comme animaux et de toutes ces formes si riches en variétés, de tous ces types nous obtiendrons toujours l'hydrogène,, l'oxygène, le gaz acide carbonique, l’azote, le calcium, ie soufre, le potassium, le sodium, le chlore, le fluor, le silicium, le magnésium, le phosphore et le fer.
Ainsi, dans le corps humain il se passe des procédés chimiques ou simples, ainsi que des procédés morpho-plastiques ou organiques végétaux et animaux.
L'homme est en co»séi|ueneo un être simple, végétal et animal.
Ainsi les molécules sont en lui organisées suivant la loi qui régit les forces simples et organiques, qui dans le tond, dans le principe ne sont que l'attraction répulsive élevée jusqu’à l’instinct, jusqu’à l’intelligence, jusqu'à l’amour et la Sagesse.
Passons à présent au développement de la création depuis l’atome jusqu’à l’être placé à la tète de la création organique.
Or, nous avons vu dans la nature simple, dans l'atome, la force simple ou l’attraction répulsive exprimée ou métamorphosée, nous avons vu comment dans une cornue les atomes d’un corps s’appropriaient par la force d’affinité élective les atomes d’un autre corps et s’unissaient avec eux eu abandonnant à leurs antagonistes les atomes qui un instant avant leur appartenaient. Nous avons vu la force agir suivant la ligue droite, et suivant les diverses courbes, qui ne sont que la résultante de plusieurs forces, dont chacune pourtant n’agit que suivant la ligne droite. . .
La capillarité dans les corps simples nous a donné le premier trait de l’endosmose dans les corps organiques végétaux et finalement de la circulation du sang chez les animaux.
La limite ensuite entre la matière simple et organique est insaisissable et les cristaux ces premières esquisses de l’organisation, font comme nous l’avons vu le premier plan dans les corps simples de l’organisme des êtres organiques .... et relient ces deux règnes ensemble.
Les zoophytes sont des animaux en quelque sorte retournés sur eux-mêmes; car le système osseux chez ••es derniers se trouve à l’intérieur du corps, tandis que
chez les premiers l’être proprement dit est renfermé eu quelque sorte dans sou squelette de forme qui tranche de la plante.
La tortue dans les degrés plus élevés de l’échelle auimalc conserve encore les trace de ce caractère si tranché dans les zoophytes, car à part sa tête, sa queue et ses pattes son squelette est a l’extericur de son corps et double pour ainsi dire sa demeure cornue ou écailleuse.
Même chose dans les moeurs et dans les habitudes de l'homme. Ainsi voulez vous voir le type de l’homme vivant il y a quelques mille ans, avec son costume, avec ses préjugés, avec ses habitudes, avec sa religion, avec le fanatisme de sa religion, avec son intelligence arriérée de quarante siècles? Vous le verrez vivre au milieu de vous dans le siècles de progrès et de la civilisation lorsque vous jetterez un coup d'oeil sur un houssite, ou juif polonais noyé dans les préjugés de son talmoud et perdu dans le préjugés de ses lois antiques.
Voulez-vous avoir le type de l’homme immédiatement avant ou après le. déluge, avec scs moeurs et scs habitudes? Vous le trouverez aujourd’hui encore chez les sauvage du Brésil, vous le trouverez nu et sauvage comme était nue et vierge la nature première; vous le trouverez avec les mêmes morceaux de bois perçant ses oreilles, avec des anneaux aux narines, tout badigeonné de jus de différentes plantes; vous trouverez dans les sauvages du IJrésil d’aujourd'hui, l’intelligence de l’homme fossile ou plutôt les premiers traits de l’intelligeucc moderne — ce qu’il y a de plus, vous reconnaîtrez dans scs traits et jusque dans ses manières et dans ses habitudes le type primitif qui le rapproche tant de la bête.
Tu penses toutefois, tier habitant de Paris ou de Londres être bien loin du type de l’homme primitif? Re-
garde les anneaux percer les oreilles de ta femme, ou de ta fille et tu retrouveras dans ces clincans le reste de ton premier état sauvage; tu verras, que si la nature a conservé dans la tortue les vestiges de l'organisation des zoophytes, elle a conservé en toi ces rudiments de la barbarie primitive dans le but de te rappcllcr tou état primitif, de te rappeler ton origine. Est-ce qne les épaulettes et autres ornements du costume actuel militaire ne sont pas les rudiments de l’armure du moyen fige? Est ce que la coutume des sauvages de l’Inde et du Ilrésil, de se tatouer le corps, ne se perpétue pas parmi nos militaires d’aujourd'hui, est ce qu'ils ne se font pas tatouer les bras et la poitrine de diverses figures, en se faisant piquer jusqu’au sang avec des aiguilles et en faisant brûler de la pondre avec laquelle on leur a saupoudré ces marques devenues indélébiles?
Jetons un regard sur nos prêtres lisant leur messe à l’autel, la mitre sur la tête et la crosse à la main. Est-ce que nous devinerions, qne nous avons devant nos yeux le costume de l’antique Egypte, avec la seule distinction que la différence de religion lui a imprimée?
Je dirai plus: rentrons par la pensée en nous mêmes au coeur de nos moeurs, de nos habitudes, de nos préjugés, de nos instincts barbares, de nos discordes, de nos querelles, de notre ignorance et nous conviendrons que non seulement il est resté beaucoup du sauvage en nous, mais que nous ne nous sommes pas encore beaucoup éloignés des animaux. Nous croyons par exemple en Dieu les uns à la manière des juifs, les autres à la manière des turcs, mais nous ne le connaissons pas et nous ne savons pas l'honorer comme il convient. Nous nous sommes habitués de croire et nous croyons, basant le plus souvent toute notre croyance dans l’accomplissement machinal et sans
intelligence do quelque*? formules et. cola s'appelle connaître son créateur et lui rendre les hommages qui Lui sont dûs. Et nous qui rions des sauvages, nous nous croyons plus avancés que les payons! Nous confondons aussi le savoir avec le progrès et la civilisation, et nous nous croyons civilisés, parceqne nous savons prendre des forts et mitrailler nos semblables...! Pauvre dix-neuvième siècle!
Chose toutefois non moins frappante et comprise dans les lois éternelles de la Sagesse c’est que cette inégalité dans le progrès, cet arrêt dans le développement que nous rencontrons û chaque pas dans toute la nature, existent fatalement pour éclairer l’homme dans les ténèbres de son passé, de l’orienter, sur son origine, pour que sans recourir aux parchemins moisis du passé il puisse trouver à chaque pas autour de lui en présence des progrès incessants de son intelligence, son présent comme les traces de son passé, comme le présent et le passé de toute la nature.
En tout et toujours le même fait se reproduit, qu’avec la métamorphose du têtard en grenouille, ou de la chenille en papillon.
Homme, ne cherche pas loin de toi, regarde autour de toi, et tu verras tout, et tu trouveras en tout l'histoire du passé, car ce qui fait la vraie sagesse de Ton Créateur c'est qu’il t’a laissé à chaque pas des indices pour deviner le mystère de ton origine, de ton passé, des phases (pie ton intelligence à parcourues, des lois de la nature comme des mystères de h nature du Créateur même.
Tout dans la nature simple, végétale, animale, intellectuelle, et celle qui touche aux habitudes et aux moeurs des êtres qui font son ornement, tout est basé sur le même principe et sur la même loi. Tout est lié par le noeud de l’unité et de la solidarité. Tout fait une unité une. — Coupons un seul anneau de cette chaîne d’unité harmonieuse et tout s'arrêtera à l’instant. Retirons, par la pensée, la matière de la nature et la nature n’existera plus; retirons la force simple, retirons la force de la rie. retirons l’intelligence, et l'euvre Divine sera estropiée, elle n’aura plus son témoin et son admirateur dans l'homme; retirons la morale, et la nature ne sera qu’une machine indigne de son souffle Divin, de son origine — il n'y aura ni Dieu, ni création!
Nous avons exposé, grand trait, le rapport entre les trois règnes de la nature, ou entre les trois grands embranchements de la création; passons maintenant à la différence qui les sépare, pour démontrer, que la nature envisagée même sous le rapport de son revers, bien loin de démentir son unité, nous permettra d’admirer une fois de plus la Sagesse suprême dans l’unité du plan général de la création.
La science reconnaît pour différence capitale entre la matière simple et les corps organiques vivants, que nous pouvons obtenir à volonté dans nos laboratoires tel
l’hiloioplde do la Nataia. 30
composé chimique ou tel corps simple, tel sel par exemple ou tel autre, tandis, qu’il nous est impossible d’obtenir un être vivant par aucun procédé artificiel.
Or, la science a semblé oublier, que de même que le chimiste obtient le sulfate de zinc ou le nitrate d’argent par exemple, par les procédés en usage, que les éleveurs d’Angleterre et les jardiniers hollandais obtiennent aussi des variétés de races d’animaux et de plantes choisies d’avance au moyen des procédés donnés et en soumettant un individu donné aux conditions appropriées.
Est-ce que cette analogie n’a pas déjà frappé le lecteur ?
Est-ce que l’un et l’autre de ces procédés, philosophiquement parlant, ne sont pas au fond les mêmes, est-ce qu’ils seraient tous deux sans aucune analogie?
Ensuite, les corps organiques ne sont pas divisibles comme des corps simples. On ne peut pas couper un animal en deux sans lui ôter la vie.
Puis, les corps organiques ont la propriété de s’approprier, de s’assimiler les parcelles du monde extérieur sous forme seulement liquide ou gazeuse.
Si toutefois nous étudions de près la fonction de la digestion et celle de la respiration, nous conv iendrons que même ici, les combinaisons organiques ne s’effectuent pas sous forme liquide, mais sous forme solide d’une divisibilité extrême.
Ensuite, si nous soumettons au microscope une parcelle d’un corps animal vivant, nous verrons une masse de corpuscules infiniment petits, se mouvant dans tous les sens, s’approchant, s’éloignant l’un de l’autre, se séparant et s’unissaut par affinité élective ou par sympathie instinctive, de même que cela a lieu dans une cornue au moment des combinaisons et des décompositions chimiques.
Si nous allons étudier par ce procédé le germe à peine fécondé d’un foetus , nous verrons ses molécules dans un mouvement continuel; car ces molécules quoique vivant et n’obeissant qu’à la loi de l’affinité élective ou de sympathie organique, sont soumises à la même loi d’attraction répulsive. Si nous suivons de la sorte la formation de tous les tissus, nous arriverons à la loi: que la cellule organique est l’élément de tous les tissus; que le noyau de cette cellule est occupé par un point de matière cristallisée, que ce noyau est le centre de la vie de la cellule, ou le germe d'une organisation future et que la vésicule ou cellule microscopique qui le contient n’est que son enveloppe; que ces cellules au noyau cristallisé, en s’unissant, en se comprimant, en s’arrangeant, en se doublant par la pression de plusieurs ensembles, constituent la base de tous les tissus depuis les plus délicats et aérés, comme le tissu cellulaire, jusqu’aux plus durs et aux plus serrés, comme le tissu tendineux, musculaire, cartilagineux et osseux etc.
Ainsi le principe élémentaire organique végétal et animal n’est qu’une cellule ou plutôt qu’un point microscopique de la matière arrangée d’une certaine manière et métamorphosée, n’est qu’un cristal microscopique organisé; tandis que le type des corps simples est l’atome pondérable, ou un couple d’atomes , et l’atome impondérable est l’élément de toute la création.
En envisageant donc la question au point de vue philosophique, les combinaisons entre les éléments des corps organiques comme entre les éléments des corps simples s'effectuent de la même manière et si la différence entre un corps simple et un autre dépend de l’arrangement, d’un certain rapport de principes élémentaires qui les constituent, la différence entre un tissu organique
et un autre, entre un individu et un' autre dépend de rarrangemeut et du rapport de ces éléments primordiaux plus ou moins métamorphosés.
Ce que nous appelons par conséquent, d’après l’antique axiome, la propriété d'agir des corps sous forme liquide seulement, n’est qu’une erreur de sens, n’est qu’une manière grossière d’envisager la question.
Il est vrai, que l’état liquide facilite l’action des corps, mais je le répète, qu’il n’y a pas d'assimilation, dans l’acception du mot, sous forme liquide. Toutes les combinaisons dans les corps simples, comme l’assimilation chez les êtres organiques s’effectuent sous la même forme, celle des corpuscules solides, d’une petitesse extrême ou sous forme d’atomes pesants pour les corps simples et sous forme d’éléments primordiaux organiques chez les êtres organisés— et en dernier lieu sous forme des atomes impondérables ou d’un fluide subtil, mais nullement sous forme liquide.
La différence ensuite entre les corps organiques et simples, consiste en ce que les premiers comme composés, d’éléments solides, liquides, et gazeux acquièrent une forme arrondie, plus ou moins sphérique, tant dans ses éléments, que dans la masse de leur être, tandis que les corps simples, affectent la forme anguleuse. — Si nous regardons toutefois la chose de près et si nous envisageons la terre par exemple dans son ensemble ou bien les corps célestes, est-ce qu’ils ne sont pas sphériques, quoiqu’ils ne soient constitués que par la matière simple?
La plus grande différence, peut être, entre les trois règnes de la création consiste en ce que certaines plantes croissent continuellement et sans limites fixées, tant que les conditions environnantes, comme celles de la température, de la lumière, de l’air et de l’humidité du sol
ue s'y opposent pas; les tissus nouveaux s’ajoutent aux anciens sans fin ni limites. Les animaux comme certaines plantes dites annuelles (singulière analogie) ont des bornes limitées dans la croissance et dans la vie. Les corps, brutes comme une pierre par exemple, laisses en repos, sont éternels, à savoir: que la mutation de leur matière s’opère à sa manière, dans les limites des siècles. Us disparaissent entraiués molécule par molécule par l’influence du monde environnant, ou s’accroissent par l’addition insensible et continue de nouvelles parcelles, ou se changent petit à petit eu matières nouvelles. Toutefois, les corps organiques envisagés philosophiquement, ne sont-ils pas éternels dans leurs espèces, dans leurs générations, comme l’est la matière simple?
Nous mentionnerons aussi la différence frappante des deux règnes, celle: de la propriété qu’ont les êtres animaux de pouvoir changer de place, tandis que les plantes, ainsi que la pierre sont fatalement fixées au sol où elles ont pris naissance.
Malgré toutes les mutations de la matière dans les êtres organiques, malgré les combinaisons et les décompositions qui ont lieu en eux, la forme et le type individuel de l’étre reste immuable.
Le jeu ensuite des fonctions purement animales comme de la locomotion et de la sensibilité sont soumis à la loi d’intermittence. La fonction de la digestion ou de l’assimilation ou de la mutation de la matière n’est pas continue. La respiration est continue daus son intermittence comme la locomotion et comme la sensation. . . .
Le système nerveux, comme je l’ai dit, quoique les traces de son existence chez les plantes soient des plus manifestes dans le sens physiologique du mot, constitue toutefois une différence des plus essentielles entre les ani-
maux et les végétaux; et si la fonction d’innervation demande une intermittence dans son action, la continuité de mutation de la matière dans un corps organisé, la continuité en lui des moments de la vie et de la mort, n’est au fond qu’une espèce, qu’une suite d’intermittence trèsrapprochée de la vie de ses molécules: intermittence et continuité qui étant une suite nécessaire de la vie , constituent la vie de l’individu. — Est-ce que les corps brutes, est-ce que la matière simple ne se trouve pas en rapport continuel avec le monde extérieur qui l’entoure, est-ce qu’elle ne subit pas à chaque instant son influence, comme le subit une plante ou un animal par la respiration, par la digestion etc., etc.?!
Jusqu’à quel point nous rencontrons encore les traces communes de la vie organique dans le règne minéral et chez les végétaux, malgré l’apparente différence, dont nous avons fait mention en son lieu et dont nous dirons encore quelque mots plus loin, je rapporterai ici un fait, savoir: que quoique les cristaux ne soient pas doués de la fonction d’assimilation, ni de celle qui veille sur le maintien de leur forme individuelle, qu’il s’opère pourtant en eux une réparation de mutilations accidentelles de leurs angles et de leurs arrêtes d'une manière étonnante, ayant beaucoup d’analogie avec la reproduction de la patte de la Salamandre. Or, Mitscherlich a remarqué, que si nous enlevons le sommet d'un angle à un cristal et si nous plaçons ce cristal ainsi mutilé dans une solution d'un autre corps, ayant avec lui la même forme cristalline et le même nombre d’équivalents (loi d’izomorphizme), que notre cristal, comme s'il vivait, comme s’il avait en lui une force douée de la propriété de vaquer sur l’ensemble de sa forme, comme s’il était doué d'une force intellectuelle supérieure, capable
d’attirer les parcelles du monde extérieur, de se les approprier et de les arranger au profit de sa partie mutillée, attirera dans la région de sa mutilation un atome après un autre de la solution au milieu de laquelle il se trouve placé et réparera son défaut, quant à la forme, d’une manière absolument identique. — Ce sera une réparation au frais d'un corps étranger, dissout dans la solution, mais cette réparation sera dune exactitude mathématique et remplacera à s'y méprendre la pointe de son angle endommagé.
Est-ce que ce fait ne donne pas l’idée des premières traces de l'instinct d'assimilation ou du germe de la vie dans la nature dite inorganique?
La sensitive ue nous montre-t-elle pas les traces des premiers éléments de la sensibilité et par cela même de l’existence du système nerveux dans le règne végétal?
La force donc qui a créé l’atome, qui métamorphosée a créé l’organisme (et j’ai ici en vue l’organisme de l’homme et surtout l’orgauisme de la substance grise de son cerveau), prise en elle-même au moment de s’exprimer en verbe est le point culminant de la métamorphose de la force élémentaire, comme l’organisme du cerveau est une métamorphose des atomes de la matière simple, arrangés et combinés entre eux d’uue manière des plus compliquées et des plus ingénieuses.
Quant au fait, que les plantes sont privées de locomotion, ou qu’elles ne peuvent changer de place, je citerai des faits, dans lesquels nous verrons, que quoique la nature ait privé ces deux classes de locomotion, qu’en donnant toutefois une sorte d’ailes aux graines de différentes plantes, elle a prévu Futilité de ces organes. Car, par quel autre moyen ces graines sans le secours de ces ailes, pourraient elles se disperser autour de l’arbre-mère, sur l’étendue d’un vaste espace, si ce n’est par le veut, qui
les détache de leurs pédicules et les emporte d’autant plus loin, que l’arbre qui les a produites est grand et élevé. Tombées toutes au pied de leur mère, à peine gcrmécs elles étoufferaient ou donneraient naissance à une espece naine et de courte existence, n’ayant ni assez de place, ni assez de nourriture pour sortir de son état de rabougrissement.
Nous voyons donc, que la nature en privant les plantes de locomotion, a donné des ailes aux graines et a si bien calculé ses moyens, pour que justement au moment de leur maturité et de leur ensemencement il régnât des vents continuels.
Les corps simples sont privés de locomotion, mais est-ce que la propiété qu’ont les corps de tomber, lorsqu’ils sont laissés à leur propre sort, est-ce que leur volatilisation continuelle et leur divisibilité sans porter atteinte à leur individualité, n’est pas une locomotion dans le sens profond du mot?
Les corps organiques sont indivisibles en ce sens, qu’une fois mis en pièces ils perdent leur individualité, quoique même ici, les êtres inférieurs de l’echelle animale, comme les v< rs et les polypes nous aient fourni des preuves du contraire. — Les animaux toutefois envisagés comme matière, sont susceptibles de division.
Dans le règne végétal, est-ce que les branches et les feuilles quoique privées de la faculté de changer de lieu no tournent pas du cêté de la lumière, est-ce que les racines ne tendent pas toutes du côté de la rivière, est-ce que même les vieux troncs séculaires ne plient pas sous l'impétuosité d’un vent orageux, est-ce que le vent ne berce pas ses feuilles et ses rameaux, comme une mère berce un enfant qui ne sait pas marcher, — est-cc que les plantes n'exécutent pas jusqu’à un certain point des mouvements, est-cc quelles ne changent pas de place à leur manière?
N’ont-ils pas les organes de la reproduction comme les animaux? Est-ce que ces organes dans leur structure, dans leur forme et dans leur disposition ne présentent pas d’analogie avec les mêmes organes des animaux le plus haut placés dans l’échelle animale? Est-ce que ces organes n’exécutent pas de certains mouvements nécessaires pour la conception d’un être nouveau?
D’un autre côté chez les plantes appartenant aux espèces dans lesquels les organes sexuels ne se trouvent ni sur le même individu, ni dans le même calice, mais sur deux individus différents, quoique ces individus ne peuvent ni changer de place, ni s’approcher l'un de l’autre pour accomplir l’acte de la copulation, étant privés de locomotion, est-ce que la nature toujours sage et prévoyante n’a pas su rémedier à ce défaut, en se servant du vent pour porter le pollen ou sperme mâle sur les stigmates des organes sexuels femelles et accomplir ainsi l’acte de l’accouplement et par cela perpétuer leur espèce.
La sensation est une propriété exclusive de l'animalité, dit la science.
Or, nous avons cherché à démontrer que même cette propriété est ici relative, car nous avons cité des plantes douées d’une sensibilité irrécusable et dont nous supposons même le germe, quoique occulte, dans la matière inerte.
Cette terre froide et silencieuse qu'insocieux nous foulons à nos pieds, est-ce que les mutations d’atomes, ou les combinaisons et les décompositions n’ont pas lieu à chaque instant jusque dans ses minimes parcelles? Ne renferme-t-elle pas dans ses entrailles une température fondant les pierres et les métaux? Est-ce qu’elle ne transpire pas? N’absorbe-t-elle pas l’air athmosphérique? Ne respire-t-elle pas? Est-ce que les liquides ne
Philosophie de U Nature. 40
circulent pas dans son sein, le long de scs artères, de ses Heuves et de ses rivières? Est-ce que les pluies en mouillant sa surface ne remplacent pas en elle la circulation capillaire? ....
N’oublions point, que là ou il n’y a pas de locomotion, de sensibilité, de circulation ou de respiration, que la nature jalouse de son harmonieuse unité, y pourvoit par d’autres voies mystérieuses empreintes d’une sollicitude pleine de sagesse et d’amour. La pierre comme nous avons dit, ainsi que toute la nature simple, comme toutes les plantes ont une âme en germe dans les forces simples qui font leur essence, elles ont la connaissance de leur moi dans l’homme et finalement en Dieu ; quant à leurs fonctions intellectuelles, ainsi que quant aux organes de ces fonctions elles les ont dans la Sagesse placée à la tête de l’harmonie universelle de la nature, elles les ont dans l’atome! Tout s'aide, tout s'enchaîne, tout ne fait qu’uu tout harmonieux et vivant. — Il n’y a pas de mort, tout vit dans la nature!
Daus les êtres organiques, avons-nous dit, végétaux comme animaux, tous les tissus, tous les vaisseaux, tous les organes sont l’arrangement sui generis, sont la métamorphose d’un élément primordial, de la cellule organique, qui à son tour est le résultat de l’arrangement et de la métamorphose du principe élémentaire cosmique, de l’atome.
Si je prends donc un atome, ou une cellule organique, une pierre ou une plante, si je considère l’homme ou les animaux, si j’élève mes regards jusqu'aux astres, jusqu’aux mondes des mondes, si je contemple l’univers entier, l’atome, l’homme et l’univers, quant au principe matériel, n’est autre chose pour moi qu’un atome plus ou moins limité dans son nombre, seulement ici plus et là moins développé ou métamorphosé; et quant au principe de la
force, l’homme ne diffère de l’atome que par l’ordre plus élevé de cette dernière, qui est simple dans l’atome, et qui brille de la connaissance de Dieu dans l’intelligencè! Que l'atome étant la métamorphose de la force simple, l’homme aussi bien que la plante, que l'univers n’est autre chose qu’une métamorphose, ou un certain ordre de la force, simple dans le principe.
D’où il s’en suit, qn’autant il y a d’individus hommes, autant il y a de variétés dans les plantes et dans les animaux, qu’autant il y a de variétés entres les corps brutes et entre leurs éléments, autant il y a de degrés ou d’ordres dans la métamorphose d’une force élémentaire.
D’où il résulte, qu'il n’y a pas deux brins d'herbe ni deux feuilles qui se ressemblent; comme il n’y a pas un seul homme semblable à un d’autre, quoiqu’ils soient tous hommes.
Aussi J. J. Rousseau en commençant ses confessions dit avec raison : „ Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu.”
Ainsi la pierre, l’eau, l’air ou le monde dit inorganique , de même que l'homme , la plante , les étoiles, l’univers sont la résultante du rapport de deux propriétés essentielles de la force élémentaire, exprimée en elle même, par la volonté suprême, dans les divers ordres de son développement dans la création, ou que la force élémentaire type est exprimée dans l’atome ou dans l’élément type de la matière simple, qu’elle est plus vivante, plus organique dans les plantes et dans les animaux et qu’elle est la plus rapprochée de Dieu dans l’homme.
Je souligne la phrase exprimant cette loi de la synthèse générale , comme ne souffrant aucune exception dans le principe pour toute la nature, comme immuable aussi bien pour les mondes célestes, que pour la simple poussière de notre planète — aussi bien pour les forces , que pour la matière.
Nous voyons donc, que la nature vue il grand saut, se laisse diviser et subdiviser en plantes, en corps simples et en animaux et en saisir les propietés individuelles, et que dans le fond toute la création n’est qu’une suite noninterrompue de T unité, n’est qu’un tout vivant!