DE L’INTELLIGENCE
Flourens dans son ouvrage „de la vie et de l’intelligence” s’exprime ainsi:
„La vie et Inintelligence: quels phénomènes!”
„Depuis un siècle, toutes nos physiologies ne sont que des répétitions de celle d'Haller.”
„U est temps de sa faire de la vie des idées nouvelles, et de l’intelligence, ou du moins „ajoute-t-il," des limites qui séperent l’intelligence de la vie, des idées plus nettes.”
Ainsi Flourens, en séparant une force d’avec une autre, pressent l'unité de leur nature intime, avec une différence dans le degrés de leur développement, de leur métamorphose.
„Je donne, dit-il ici le résumé philosophique de deux de mes plus essentiels travaux: mes expériences sur le système nerveux et mes expériences sur la formation des os.” .
„Dans mes expériences sur le système nerveux, le point capital est la séparation de la vie et de l’intelligence,
et de tontes les propriétés vitales d’avec toutes les propriétés intellectuelles.”
„Et, pour la première fois, cette séparation, cette analyse est certaine, car cette analyse et toute expérimentale.”
Le lecteur me demandera avec raison, pourquoi je cite Flourens, puisque je suis pour la synthèse, puisque je me suis proposé de prouver dans mon livre l’unité de toutes les forces dans le principe, avec la seule différence dans le degré de leur développement, de leur puissance, par la voie de la métamorphose, tandis que Flourens par la plus minutieuse analyse, résultat de ses expériences ingénieuses, ou par la dissection des organes, est arrivée à l’analyse philosophique de la force, à ses divisions, subdivisions en autant de forces distinctes et indépendantes ?
Un moment de patience et la question va s’éclaircir d’elle-même. — Or, nous savons que les jambes sont les organes de locomotion, que les mains sont pour saisir les objets, etc; que si je coupe les jambes il n’y a plus de locomotion, que si je coupe les bras il n’y a plus d'organe, ni de fonction de saisir: — que la locomotion est donc là, où il n’y a pas d’organe pour saisir et que la fonction de saisir n’est pas là, où est l’organe de la locomotion; que la fonction de mâcher, et de déchirer la proie n’est pas dans les jambes et réciproquement; que tout en conséquence dans un être donné, tant aux organes, qu’à leurs fonctions est solidairement lié, que tout s’enchaîne, que tout tend vers le même but, et ne fait qn’u/; dans le fond; que si un animal carnivore, un tigre par exemple, n'avait pas de jambes propres pour atteindre la proie, que ses dents et leur fonction lui seraient inutiles. Ainsi, la division de l'organisme en organes, entraîne la division dans leurs fonctions; mais comme les organes s’enchaînent ensemble pour former un organis-
me, ou ud ensemble harmonieux, de même leurs fonctions en s’enchaînant ensemble, convergent vers le même but et ne font qu’une seule et même unité, aussi bien dans leur principe, que dans leur conséquence.
Même chose, à mon avis, avec l’analyse de Flourens. Suivons toutefois notre mâitre jusqu’à la fin de son analyse et nous verrons que c’est par elle qu’il a contribué le plus à notre synthèse des forces organiques, comme des facultés de l’intelligence.
„Je sépare, dit-il, les propriétés par les organes „J'appelle propriété distincte, toute propriété qui réside dans un organe distinct.”
„Je dis lintelligence distincte de la vie, parceque l'intelligence réside dans un organe, où ne réside pas la vie, et réciproquement, la vie réside dans un organe où ne réside pas l'intelligence; parce que je puis ôter l’organe de l’intelligence, et l’intelligence par conséquent, sans toucher à la vie, sans ôter la vie, en laissant la vie tout entière.”
Flourens en ôtant l’organe de l’intelligence, laisse la vie organique, mais n’oublions pas qu’il tue l’organe de l'intelligence, que la mort de celui-ci est bientôt suivie de la mort de l’organisme entier et de la force organique entière. Que tout dans un être vivant, tant à l’organisme, qu’à ses fonctions est solidairement lié, que tout ne fait qu’un vivant; qu’on ne peut pas ainsi morceler et décomposer d’une manière absolue la machine vivante, qu’on ne peut pas impunément ôter l’organe de la pensée du reste de l’organisme: car je pourrais ajouter aux paroles de Flourens, ,j'ôte l’organe de l’intelligence et l'intelligence en conséquence” qui est bientôt suivie de la cessation de la vie organique entière; — ou en d’autres termes, j’ôte par la pensée, si je puis m’exprimer ainsi, l’organe de la force organique et les forces organiques en conséquence, et l’intelli-
gence quoique je n’aie pas touché à l’organe de l’intelligence, se trouvera éteinte.
On peut comparer ici l’organisme à un prisme, qui décompose la lumière. La lumière est une en elle-même, le prisme la décompose en sept éléments divers, quoique ces éléments ne font qu’une seule lumière. — La force de la vie est une, l’organisme la décompose en éléments divers, qui bon gré mal gré ne font qu’une seule et même force.
Flourens à mon avis, connaissant mieux que personne cette solidarité entre les divers orgaues de la machine animale, aussi bien qu’entre leurs fonctions, a prouvé seulement, que les diverses faces du prisme organique, ou de l’organisme proprement dit, présentent la même force dans ses facultés diverses; que loin de lui était la pensée, que ces facultés, que ces fonctions de la même force, que ces éléments de la métamorphose de la même faculté, démentaient l’unité de toutes les forces si diverses en apparence.
„Dans mes expériences sur la formations des os, dit Flourens, je me suis donné ce grand problème, pour la première fois posé en physiologie: le rapport des forces et de la matière dans les corps vivants.
„Ce n’est pas la matière qui vit: une force vit dans la matière, et la meut et l’agite et la renouvelle sans cesse.”
,,Me»s Rgiut molcm et magno se corpore miscct.
Virgile."
„Le grand secret de la vie est la permanence des forces et la mutation continuelle de la matière.”
„Un esprit vit en nous et meut tous nos ressorts.
La Fontaine."
Avant d’apprécier en son lieu la valeur de ces grandes paroles du philosophe Français, avant d’aller plus loin, avant de faire plus, avant de rapporter ses expériences capitales et exposer ses vastes vues en physiologie et en philosophie, pour faciliter ainsi notre travail, je m’arrête ici sur un point culminant de la question, savoir: si la découverte de la grande loi de la permanence de la force et de la mutation de la matière a donné oui, ou non, une idée plus exacte de la matière, de la force et du rapport de la force à la matière qu’on n’en avait avant cette découverte?
Certes, cette découverte est grande et admirable; elle marque un progrès dans la physiologie et dans la philosophie en tant, quelle explique le rapport mécanique, si je puis m’exprimer ainsi, entre la force et la matière dans un corps vivant, et si elle nous a conduit à des conclusions bien téméraires peut être, c’est quelle est loin de nous expliquer le rapport intime de la force à la matière.
Nous reviendrons plus d'une fois dans notre travail à cette importante question.