PHILOSOPHIE DE LA HAI80N PIHL
7. — La vie et la doctrine de Jésus pouvaient déteriDiner la forme de la discipline sociale de plus d'une manière: elles pouvaient, par exemple, la déterminer dans le sens socialiste ou communiste. On connaît les passages assez nombreux des Évangiles qui rendent témoignage de la grande liberté d'esprit avec laquelle Jésus disposait de ce qu'il avait en faveur d'autrui, et de ce qu'il n'avait pas pour ses propres besoins (1). On sait aussi que les privilégiés de la fortune n^étaieni pas bien notés dans son esprit. «Je vous dis en vérité (ce sont ses paroles) qu'il est bien difficile qu'un riche entre dans le royaume des cieux. Je vous le dis encore une fois : Il est plus aisé qu'un chameau, xa>>,Aov, passe par le trou d'une aiguille, qu'il ne l'est qu'un riche entre dans le royaume des cieux (2).,) Et en parlant ainsi Jésus n'a pas du tout en vue les mauvais riches, comme on se plaît à le soutenir et comme on peut du moins le prétendre avec quelque apparence de rai.on, qiand, dans la célèbre parabole, il relègue dans l'enfer un homme riche : homo quidam dives, qui ne donnait pas au pauvre Lazare les miettes que celui-ci cependant ne lui demandait pas (3). Non, la sentence précitée par laquelle Jésus se montre si sévère aux riches, n'est pas
(1) Voyez entre autres passages Luc, XIX. 5, 31 ; -. Matth XV, 32 sqq.
(2) Matth., XIX, 23, 2h. ^ Marc, X, 23-25; - Luc XVIII 24, 25. ' '
(3) En eflet, le texte ne dit pas que Lazare les demandait, xim> seulement qu'il les désirait : cuiiiens saturari, etc. (Luc, XVI, 21).
APPENDICE. - NOTICE Si;n LA VIE DE JESl S. 203
rendue à l'occasion d'un mauvais riche, elle est rendue à l'occasion d'un jeune homme d'une irréprochable moralité et que Jésus aime, mais qui ne consent pas à se dépouiller nu comme la main (1). Ailleurs il dit encore, sans aucune restriction : «Malheur à vous, riches (2) ! »
Il y a des passages plus décisifs encore de communisme. Ainsi saint Matthieu, qui rapporte sans doute la belle prière appelée l'Oraison dominicale, telle qu'il l'a entendue prononcer par Jésus, énonce comme suit le
sixième point : ... â^,; i^,, ,à o^e./Wr« r^a^., â>; x«, v^^ei,
àcptVtv T.r; èvP£tXcTa(,'r.pwv (3), Ce qui ne veut pas dire du tout, ainsi qu'on l'a altéré en français :<> Pardonnez-nous nos offenses, etc.,.) mais cela veut dire: a Et remettez-nous nos dettes, comme nous les remettons à nos débiteurs. » Telle est aussi la version de la Vulgate, et cela s'accorde avec la manière dont la seconde partie, la partie du passage qui nous importe le plus ici, est rapportée par saint Luc : « Car nous remetlons nousmêmes à tous ceux qui nous doivent: xac -yàp œWoi à<^jVv TravTt hftilo-^ri y,[x^-j (h).)) Il y a bien plus fort encore, et ce n'est certes pas sans étonnement qu'on
(1) Marc, X, 21 : quœcumque haies vende, et da pauperibus.
(2) « Vœ vobis divitibus » (Luc, VI, 24). Il ajoute, il est vrai : « Parce que vous avez votre consolation. » Mais est-ce là une raison pour dire malheur à qui est riche ? Aucun prébende, aucun prélat, aucun pape, etc., ne consentira à raffîrmer.
(3) Matth., VI, 12.
(4) Luc, XI, 4.
lu
Ht des conseils ou des préceptes comme ceux-ci : « Si quelqu'un vous prend votre manteau, ne l'empêchez point de prendre aussi votre robe. Ne redemandez point votre bien à celui qui vous l'emporte (1). »
Nous avions donc raison de dire que la doctrine de Jésus pourrait déterminer la forme de la discipline sociale dans le sens du communisme, et, de fait, nous voyons que la chrétienté primitive commence par se constituer sur cette base: « tout ce qu'ils possédaient était commun entre eux » (2).
Cependant ce n'est pas cette direction quia prévalu, et la raison en est bien simple. Pour être à la hauteur du communisme tel que Jésus le comprenait et le prêchait par exemples et par paroles, il fallait que les neuf dixièmes de l'humanité, ou plus encore, ne fussent pas des Ananie et des Saphire. La doctrine communiste n'a pas pu déterminer la forme de la discipline sociale, parce qu'elle présumait des hommes plus que leur nature phénoménique ne leur permet de donner.
Le contraire est vrai pour la forme aristocratique, car la forme aristocratique aussi est préconisée par les enseignements de Jésus, et par conséquent la discipline qu'elle comporte était appelée à gouverner la société nouvelle. La doctrine du petit nombre des élus, que le prophète de Nazareth présente avec tant d'insistance, est assurément l'expression la plus fidèle en môme temps que la plus caractéristique du plus pur régime
(1) Luc, VI, 29. 30. — Cf. Mallh., VI, 'lO.
(2) Actus apost., II, ^^ sq. ; IV, 32.
APPENDICE. - NOTICE ^{]\i LA VIE DE JÉSUS. 205
aristocratique. Mais tout le monde a un secret et naturel penchant pour être aristocrate et pour vivre en aristocrate, ce qui fait que tout le monde est disposé à se compter au nombre « des élus que Dieu a choisis (1) ». Jésus donc en fixant au plus bas le nombre des privilégiés, et en disant que peu sont destinés à trouver la voie de la vie (2), avait contre lui tout le monde, non pas ouvertement mais, ce qui, parfois, est bien plus efficace, tacitement. L'humanité s'est sentie dépréciée et rabaissée, et ainsi la discipline sociale du petit nombre des élus n'a pas pu s'établir sur une base qui, tout en convenant à l'homme, se trouvait trop étroitement circonscrite. L'ordre qui en serait sorti, eût été immoral, injuste et impitoyable comme le népotisme, la prédestination, la parabole des ouvriers de la onzième heure (3) et celle des talents, qui avec sa morale : « on donnera à celui qui a déjà ; mais pour celui qui n'a point, on lui ôtera même cequ'iia», peut passer pour la consécration de l'aristocratie de banque {U).
U faut citer encore la doctrine fataliste, car le fatalisme aussi éclate çà et là dans les enseignements de
(i) ^(Electosquos elegit» (Marc, XHI, 20}.
(2) Mallh.. VII, 1/i; - XX, iG'.passi.m.
(3) Matth. XX. — Ceux qui admirent cette parobole ont certes une admiration bien irrénéchie, car y a-t-ii rien de plus injuste que de rendre égaux ceux qui n'ont travaillé qu'une heure à ceux ' qui ont porté tout le poids du jour et de la chaleur ?
(4) Voy.Matth., XXV, 14, sqq. -Jésus revient souvent sur cette morale. Cf. Matth., XIII, 12 ; - Marc, IV, 25 ; - Luc, VIII, 18.
SCHOEBEL. |o
206 PHIL080PHIK J)K LA RAISON l»l HK.
Jésus. Qui ne se rappelle ici cette parole significative : «Il est nécessaire {necesse est) qu'il arrive des scan^ flales (1), n et celle qui en est l'écho clans la chrétienté primitive : o II faut (oportet) q.i'ij y ait des hérésies (2).)) Un instituteur religieux ne saurait parler ainsi sans être inspiré par le fatalistne, et la preuve que Jésus le fut réellement, se trouve, en général, dans la croyance qu'il manifeste si souvent que tout ce qu'il faisait et disait était irrévocablement déterminé à l'avance. Pour lui, tout était écrit, et tout ce qu'il (liit, il le fait «afin que l'écriture s'accomplisse ut consummaretU7' Scriptnrai^), dixit, etc.». Et ce n'est pas seule^ ment par rapport à lui qu'il voit tout se présenter dans un ordre irrévocable, c'est aussi par rapport aux autres, et dans les moments où cette idée le domine, ses discours prennent une teinte sinistre et vraiment machiavélique. Qu'on en juge : « Pour vous, dit-il, à ses disciples, il vous a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu, mais pour les autres (ifne leur est proposé qu'en paraboles), afin «ju'en voyant ils ne voient point, et qu'en écoutant ils ne comprennenl point, de peur qu'ils ne viennent à se convertir, et que leurs péchés ne leur soient pardonnes (6). t>
(1) Matth., WllI, 7.
(2) l. adCorinth., XI, 19.
(3) Juan., XIX, 28. —Matth., XII, 17.
(4) « ...I^equando convertantur, et dimUlantur eis peccata.» (Marc, IV, 13 ; Luc, VIII, 10; Mattl.., XIII, U; Joau., XII, 39, /|0 et alibi pluries.)
On comprend, sans que nous y insistions, tout ce que cette doctrine a d'épouvantable et de désolant, alors surtout qu'on voit que saint Paul se plaît à dire qu'il y a des hommes « préparés pour la perdition» (1). Ce n'est pas sur de telles bases assurément que la chrélienté pouvait être tentée d'établir la discipline sociale.
Le pouvait-elle sur la base de la liberté ou de l'indépendance individuelle? Car c'est encore le principe de l'indépendance individuelle que Jésus consacre par sa vie et par sa doctrine. « Vous n'avez qu'un seul maître, le Christ,... qu'un père qui est dnns les cieux [2], >; disait-il, et l'on sait avec quel sans-façon il se débarrassait de l'autorité de sa famille, de sa mère et de celle du prince de son pays. « Votre mère et vos frères sont au dehors et demandent à vous parler (3), » lui dit-on un jour, et il répondit : «Qui est ma mère, et qui sont mes frères? Et étendant la main vers ses disciples : Voici, dit-il, ma mère et mes freines, etc.». Quant au tétrarque de la juridiction duquel était le Nazaréen, et qui, entendant parler de tout ce que faisait son sujet, avait envie de le voir, il le traita de i-enard et, loin de se rendre à son désir, évita sa rencontre en se retirant dans un lieu désert (/*). Et (juand,
(1) ^ci/îom.,IX, 18.22;cf. »6., XJ, 7, sqq. Une doctrine toute pareille se trouve aussi dans le Coran. (Voyez Spren^er, loc, hudato, II, 3lZi, /i23.)
(2) Matth., XXIII, 8-10.
(3) Matth., XII., 47. -Luc., VIII, 20 sq.
(4; Luc, IX, 7, sqq. ; XIII, 31, sq. : dicife vulpi illi, etc.
plus tiird, il fut mis en présence de ce prince, il opposa à toutes les demandes d'Hérode un silence complet (1).
L'indépendance personnelle que le fils de Marie pratiquait pour son compte, il la revendiquait aussi pour tout le monde. ^ L'esprit souffle où il veut (2), » disait-il ; et ailleurs: aLe sabbat a été fait pour l'homme, et non pas l'homme pour le Sabbat (3)». Au disciple qui lui rapporte : «Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom ; mais nous l'en avons empêché, parce qu'il ne vous suit pas avec nous,)) il répond : «Ne l'en empêchez point {k). » Et quand ses disciples veulent faire dévorer par le feu du ciel les gens d'un bourg qui n'avaient pas voulu recevoir Jésus, il les réprimanda : increpavit illos (5). Enfin, ailleurs il dit : «Si quelqu'un entend mes paroles et ne les garde pas, je ne le juge point : ego non judico eum (6). ))
Voilà un faisceau de preuves assez fort pour qu'il nous soit permis de soutenir que Jésus voulait l'indépendance personnelle qui va si bien avec la liberté morale et qui est si chère aux hommes. Néanmoins ce n'est pas encore cette doctrine^qui prévalut pour former la
k\) Luc, XXIII, 7-9.
(2) Joan., 111,8.
(3; Marc, H, 27,
(4) Luc, IX, /i9, 50; Marc, IX, 37, sq.
(5) Luc, IX, 55.
(6) Joan., XII, ^7, VIII, 15.
discipline sociale, et il en est de même de plusieurs autres, celle de la fraternité et de l'égalité, par exemple, qu'on trouve déposée dans les actes de Jésus avec tout autant d'évidence que celles que nous venons de constater. Quelle a été donc alors la doctrine assez puissante pour primer toutes les autres et pour imposer à la société sa discipline à l'exclusion de toute autre? Nous allons le dire.
8. — La doctrine de Jésus, qui a créé la discipline sociale telle qu'elle existe encore avec puissance sinon avec intégrité, est tout entière dans celte courte phrase : « Tout est possible à celui qui croit : omnin possibilia sunt credenli{\);» c'est la doctrine de la foi, la foi quand même. Pour le faire comprendre, le fds de Marie ne craint pas de dire : «Si vous aviez une foi semblable au grain de sénevé, vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi, et va te planter au milieu de la mer, et il vous obéirait (2). o 11 y a un nombre considérable de passages conçus dans le même sens.
Eh bien, c'est à cette doctrine que le monde s'est rallié, et c'est sur les inspirations qu'elle suggère que l'Eglise a façonné la discipline qui nous régil encore aujourd^iul, du moins en partie. Au premier abord cela paraît incroyable et inexplicable, mais en réfléchissant on trouve aisément les motifs qui ont poussé la société dans ce sens. L'état de la société était tel à l'époque
(1) Marc, IX, 22.
(2) Luc, XVII, 6. Cf. ; Mallli., \XI, 21 ; XVH, 20, et alibi.
210 PHILOSOPHIK DE LA UAISON PIRE.
du prophète de Nazareth, qu'on peut dire que les esprits alors étaient à la fois trop près et trop loin de la doctrine susdite; ils étaient inihus d'une extrême superstition, saturés de toute incrédulité, ou infatués outre mesure des habiletés dialectiques de la philosophie grecque. Un tel état excluait toute vraie liberté de jugement, et par conséquent le moment était propice pour faire accepter ce que saint Paul appelle « une folie en Dieu » (1).
Une folie! N'est-il pas remarquable que toutes les religions, à un certain moment de leur existence, se présentent au monde comme une folie et que c'est à ce titre surtout qu'elles subjuguent les masses? On connaît le respect dont jouissent dans le bouddhisme, le civaïsme et l'islamisme les fous en dieu ; les arhats, les yogis, les siddîkîn, les ouélis (2), les ajssaoua, etc., etc. On aurait aimé à voir (lue le christianisme répudiât une pareille solidarité. Malheureusement saint Paul ne nous permet pas de l'absoudre d'une tache aussi compromettante, et l'on comprend, puisque l'évangile est une folie, la croix une folie (3) et la prédication de l'un
(i) « Quod stuUum estDei. » (/. ad CorirUh., I, 25.) (2) Les idiots, dit Ibn Khaldoun, p. 229, tr. Slane, les gens dont l'esprit est troublé, arrivent quelquefois aux mêmes stations d'extase que les ouélis, et aux mêmes états d'exaltation spirituelle que les siddikin, » et il établit à ce sujet toute une théorie pour prouver que la raison n'est pas nécessaire pour avoir la connaissance de la félicité parfaite.
(S) /. adCorinlh.. 1. 18 : Crucis slultUia .
APPENDICE. - NOTICE SCIl LA VIE DE JÉSES. 211 et de l'autre une folie (1), et que celle triple folie est la vertu deDieu,y/rto Dei{'2), « poursauvertousceux qui croient », que le monde d'alors, disposé de longue main à toutes les folies, demandant des miracles et s'ennuyant de la sagesse, ait du se rendre avec quelque empressement à l'argument inspiré par la folie à l'apôtre. Pour vivre et pour être heureux, il fallait non pas voir ou examiner mais croire, «car le juste vit de la foi» (3). Beafi qui non viderunt, et credidernnt (/i). On crut donc.
Mais dès qu'on eut admis la foi comme le souverain moyen de tout salut, dans cette vie et dans une vie à venir, qu'on eut fait fond sur cette promesse : « Je vous dis en vérité, personne ne quittera, pour moi et pour l'évangile, sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou ses enfants, ou ses terres, que présentement dans ce siècle même il ne reçoive cent fois autant de maisons, de frères, de sœurs, de mères, d'enfants et de terre, avec des persécutions, et dans le siècle à venir la vie éternelle (5) »; une fois qu'on eut affirmé que « celui qui ne croira point sera condamné (6) », et que h la colère de Dieu demeurera sur
(1) « Stulliliam prœdicationis. » (M., 21.)
(2) Ad Rom,, I, 16.
(4) Joan., XX, 29.
(5) Marc, X, 29, 30 : ... qui non ancipiat centies lanlum^nunc in temporehoc, Luc , WIII, 23, 30.
(6) Marc. XVl, 16.
lui (1) », la discipline sociale dut se constituer sur une base exclusivement théologique et suivre dans ses développements la voie d'une tradition sacerdotale établie par le clergé et par le clergé seul. L'église théocratique était faite.
L'église! Le mot {txy.Ucia) est déjà employé avec un sens évidemment spécial par Jésus même ; mais le passage où il se trouve (2) nous montre que ie fondateur du christianisme lui attribuait le sens de «communion religieuse ». Pas plus que Mahomet ne le fit pour l'Islam (3), Jésus n'institue des prêtres pour gouverner son royaume évangélique; il se réservait à*lui-même, et, après sa mort, à son esprit sans doute, de diriger «rassemblée» de ses fidèles; cela résulte de plusieurs passages de ses discours rapportés par saint iMathieu (U) ; mais l'intention d'instituer, sinon une hiérarchie ecclésiastique, c'est-à-dire sacrée, du moins un chef représentatif exerçant le pouvoir de Jésus par délégation, paraît avoir été dans sa pensée (5). Seulement cette intention n est jamais clairement et nettement exprimée ; on voit que les autres disciples reçoivent le même pouvoir que Pierre (6), et le : « Suivf z-
(1) Joan., III, 36 : « ira Dei manel super eum ».
(2) Matth., XVIII, 15.17.
(3) Les Imam et les Moallim du mahométisme n'ont aucun caractère sacerdoial ou sacré. Les uns sont des « guides » dans les offices et les cérémonies ; les autres enseignent.
(4) Matth., XVIII, 21 ; XXVIII, 20.
(5) Ib., XVI, 18 ; — Joan., XXI, 15-17. (Gj Matth., XVIII, 18; Joan., XX, 23.
moi (1) ,,, est malaisé à interpréter par : Succédez-moi. Cependant Jésus a fondé et institué l'Église, et il a ajouté au caractère politique ou civique, qui est'le sens historique du mot sxxXvj^t'a, le caractère surnaturel d'une cité opposée à l'enfer (2). Ce dernier caractère comme il était dans la nature de levangile et de son prophète, a du promptement s'assimiler l'autre, de sorte que les servants, les vieillards et les surveillants (3) delà «réunion», devenant hiératiques ou sacrés, se sont changés en diacres, en prêtres et en évêqnes, et amsi la hiérarchie, la magistrature sainte, a transformé la simple u assemblée >> en cette construction d'état théologique ou théocratique dans lequel les Césars même ne prirent rang qu'après le dernier diacre, après le dernier servant (/*).
^ 9. - Voilà donc la société toute entière inféodée à l'Eglise, qui tendait rapidement à s'incarner et à se personnifierdans la hiérarchie, c'est-à-dire dans le clergé. C'est le clergé en effet qui est. au sens le plus accepté bien que mal compris, l'Église proprement dite. Sans doute, on veut aussi que l'Église soit la communion
(J) « Sequere me » (Joan., XXI, 19, 22).
(2) Matth., XVI, 18.
(3) C'est le sens linguistique des mots (5^'.a)ccvcç, TrpeagÛTccc et
(4) Qui est le portier. Le souverain, dans les prières du vendredi-saint, ne vient qu'après le portier. (Voy. VOffœe du malin du vendredi-saint.)
de tous les tidèles, mais comme les fidèles n'ont droit qu'à la foi silencieuse (1), sous peine de devenir scinsmatiqnes ou hérétiques, l'Église, au sens populaire, n'a existé que tant qu'elle n'avait pas trouvé un trône où s'asseoir et d'autres trônes à se soumettre. D'abord, étant ce qu'elle doit être, le peuple, elle se gouvernait par le régime populaire, c'est-à-dire électif. Cette période liélas! fut trop courte, car elle n'embrasse, à la bien préciser, que les temps des apôtres et des pères apostoliques, quand personne encore ne faisait des études spéciales pour remplir les fonctions sacrées. La vocation intérieure, l'élection du peuple, la confirmation de l'ancien y suftisaient amplement. Alors aussi le joug de l'Église, comme Jésus le disait du sien, était doux et son fardeau léger (2); elle donnait vraiment le repos aux âmes tant tourmentées par l'orgueil, par l'immoralité, par la superstition ou par le scepticisme du monde gréco-romain ; les premiers temps de l'Église sont souvent admirables, ils rayonnent dans le crépuscule de l'empire en décadence avec une douce et bienfaisante clarté : l'Église alors était
(1) Exemple : Sous Louis XIII le tiers état et le parlement proposèrent pour loi que TÉglise ne peut déposer les rois, etc. Le cardinal du Perron ne voulut absolument pas admettre cette proposition, et cependant il était Français et évoque en France. Et pourquoi ? Parce que, disait-il, ce n'est pas au tiers état (le peuple) a proposer des lois sur des choses qui concernent l'Église. (Voy. Rohrbacher, Hist. deVÉglise, XXV, p. 345, Vxl .\
'2) Matth., XI, 30.
APPENDICE. - NOTICE SUR LA VIE DE .lEStlS. 215
en petit l'humanité régénérée. Non pas qu'elle fût même dans cette période, toute lumière, tonte intelli^ gence, toute raison, toute morale; non ; saint Pierre et les Siens déjà a ne marchaient pas droit, selon la vérité ^lel évangile «.(l); l'Église au lieu de ne voir l'évangde que dans la morale instituée sur la notion d'un I).eu personnel, s'appliquait déjà à le convertir en dogmes, c est-à-dire en points d'arrêts pour la liberté morale, et ainsi elle se préparait dans l'avenir un appel à la violence et à la force brutale. C'était travailler pour justifier malheureusen^ent celte pai-ole du maître • « Croyez-vous que je sois venu pour apporter la paix sur la terre? Non, je vous assure ; mais la division 2)„ et cette auti-e phis fuiieste encore : a Forcez les ge.is d enti-er. ali„ (,ue ma maisoi, soit i'einplie(3) ,>. On neuf cro.re cependant qu'elle n'avait pas tout d'abord con scence d'une aiissi li-iste mission, et (,ue, si ,\\, cornmençait de bonne heui-e déjà à définir sa docti'ine ce n était pas avec l'ariièi-e-pensée de l'imposer et dé la man^tenii. le cas échéant, par le fer et le feu, comme elle 1 a fa.t réellement daris la suite et pa.tout ou elle la pu quaiid la simple p.édicalion ne voulait pas aboutir ; dans sa période initiale, elle fut toute charité et toute espérance. ^
1) c ésUantt Paul qui le dit : « ..Mé.sc. ^juoU non rëcie a.n^ ^>ularent ad verUatem EvangeUi. o (Ad Galatas^ II, U )- 'ïémni f,'nage terrible contre les r^rétentions à i'innullibiiité des papes
(2) Luc, XII, 51. * *
(3) Luc, XIV, 23.
Elle avait aussi, cela va sans dire, la toi. Mais la foi de l'Église première, l'Église vraiment évangéliciue et qu'un païen qui, sans doute, n'était pas loin du royaume de Dieu, Ammien Marcellin, a su si bien peindre dans quelques lignes (1); la toi de celte Église, n'était pas formaliste ; elle n'avait rien de dogmatique dans le sens de l'école. Sans doute, elle croyait que Jésus était le Christ, le iils de Dieu, car le fils de Marie l'avait affirmé nettement, tous les évangélistes sont d'accord là-dessus (2). Mais croyait-elle que Jésus était l'égal de Dieu, Dieu en personne? Cela est douteux et plus que douteux. Saint Jean et saint Paul semblent atfirmer (3) la
(1) Quand il compare la vie des cliel'i ecclésiastiques des provinces avec celle des prélats de Rome et qu'il dit d'eux que leur frugalité, jointe à l'extrême simplicité des vêtements et à des regards toujours abaissés vers la terre, les recommande comme des êtres purs et vénérables à l'Être suprême et à ses vrais adorateurs. (Am. Marc., Rerwn gestarum L., \\\[\, c, 3: édit. II. Valesius, p. 481.)
(2) Marc., XIV, 62 ; Matih.,XXVI, 64; Luc, XXH, 70 ; Joan., IV, 26; IX, 37; et alibi.
(3) Nous disons qu'ils semblent l'aflirmer, parce que saint Paul varie étonnamment, de sorte qu'il est impossible de savoir au juste sa pensée sur le sens de la divinité consubstantielle de Jésus ; et les expressions de Jean respirent tant de mysticisme qu'il est fort difficile de fixer leur sens comme le veut la théologie dogmatique. On ne parle pas, par exemple, d'une personne réelle au neutre (quod) comme si elle était une chose do spéculation pure. (Voy. I, Joan., I, 1 sqq.) — Lew; (xcvcjfêv&Ô; Trapàrarpo; (Joan., I, 14) quasi unigénitif etc., n'est pas moins vague et équivoque.
AI»l»KM)l(;t;. - NOTICE SUR LA Vit; DK ,IKSl S. 217
consubtantialité de Jésus, mais les synoptiques, et principalement saint Marc, qui passe pour être l'écho de saint Pierre, ne l'affirment nulle part et cela est grandément à considérer.
Sous le rapport doctrinal, on distingue trois époques dans l'Eglise primitive. Chacune d'elles nous a légué des inoimnients qui ne permettent pas de s'y tromper. La première qui est la plus courte, qui est presque éphémère, est toute dans la réalité de la vie et de la doctrine cvangéliques, c'est-à-dire morales de Jésus; la seconde commence à transformer cette réalité par le mysticisme et par des abstractions de théologie orientale ; la troisième abonde dans la théologie dogmatique et jette les bases du système scolastique. L'Église devient alors une théocratie. Le monument principal de la première époque est l'évangile selon saint Marc. Kcrit d'un style rapide et qu'on dirait lapidaire, il porte d'un bout à l'autre les traces d'un témoignage qui ne dépose que ce qu'on a vu et entendu. Ce sont des >.6ya,v (1), des rapports ou traditions [trans-dare), comme les Uyo, du père de l'histoire profane, avec cette différence que les llyor^m ou on-dits d'Hérodote, sont rendus dans un style digne du maître ou du moins de l'incitateur de Thucydide (2), tandis que ceux de Tinterprète de saint Pierre (3) rappellent par leur forme le
(1) Voy. Papias ap. Euscbe, tlist. cccles., III, 30.
(2) Voy. Photius, Biblioth, cod. LX ; édit. Bekker.
(3) Macpxoç {y.iv tpp.r^veuTf,; nixçQj. (Papias, ib,) SCHOECEL. ijj
218 PHILOSOPHIE DE LA RAISON PLRt.
non in sapientia verbi de saint Paul (1). Et c'e^t une bonne fortune pour l'histoire qu'il en soit ainsi, comme aussi que l'amplification et le désordre de saint Mathieu de même que l'esprit plus littéraire et plus ordonné de saint Luc ne servent le plus souvent que pour corroborer le livre de saint Marc.
Les monuments principaux de la seconde époque sont les épîtres de saint Paul et les écrits de saint Jccin. Quant au temps, cette époque coexiste, dans ses commencements, avec la première, mais elle lui survit de beaucoup ; elle n'a même jamais cessé d'exister (2), car c'est l'époque mystique, théosophique ou théologiciuc purement subjective. Rien de plus probant à cet égard que la seconde aux Corinthiens et les épîtres aux Romains, aux Éphésiens et aux Hébreux ; mais c'est surtout dans la première épître de saint Jean, dans l'évangile et dans l'Apocalypse de cet apôtre que nous avons les témoignages les plus expressifs de l'esprit qui, s'il ne naquit dans cette seconde époque, y prit du m'oins tout son accroissement.
Aussi ne pouvait-on en rester là. La spéculation subjective, pour être contenue et réglée, a besoin du système, et ainsi se façonna le dogme, la doctrine ecclésiastique, caractère de la troisième époque. Ses monuments principaux sont les symboles, et son foyer premier est l'é-
(1) /. ad Coi^intJu,\, 17.
(2) Bien que les « Maximes des saints » aient été condamnées à Rome, on ne sait trop pourquoi, Marie d'Agreda y a trouvé bon accueil et comme elle tous les mystiques hon moins extravagants.
APPENDICE. — NOTICE SLR LA VIE DE JESUS. 2id
cole caléchétique d'Alexandrie. Ce n'est pas que des écrits dogmatiquesneseproduisetitdéjàdans la seconde époque; l'épître aux Romains est particulièrement riche sous ce rapport ; mais la forme arrêtée, la Forme canoni(iuedu dogme proprement dit s'élabore lentement et ne trouve son expression officielle (pie dans les symboles (1). C'est donc le iv"" siècle qui clôt la troisième époque, puisque c'est a» concile de Nicée, en l'an 325, que l'on formula le symbole qui, augmenté depuis peu d'un dogme aussi insolite que nouveau, a cours encore aujourd'hui.
Nous ne pouvons qu'indiquer ici, mais ces indications quehjue succinctes qu'elles soient, suffisent, parce qu'ellessontsubstanlielles, pour comprendre la distance qu'il y a entre la déclaration de saint Pierre : « Vous êtes le Christ ('2) », et le ojjiooucrjov tw Harpe, la confession du dogme de la consubslantialité du concile de Nicée, convoqué par i'onim'cuv Cowài'ànûu. Combien celle idée delà consubstantialité était peu arrêtée dans la pensée de Jésus, c'est ce que prouvent invinciblement les pas-
(1) Il y en eut beaucoup avant ([ue celui de Nicée ne devint gênerai , t)ar Vaulorilè det empereurs tel» que Constantin et Théodosc plus encore que par la persuasion évangéliquc. — Voy. quelques-uns de ces symboles chez Tertullien de Virginibus vélo /(dis ^ p. 173; Opera^ édit. 107 j, Paris ; De prescriptione hivreticorum^ ib., p. 206, sq. ; adcerms Praxeam, ib., p. 501. — Irénée, conlra Hœreses, 1. 1, c. 10, p. /J8 ; édt. 1710, Paris.— Uutinus, Dcfide, ap. Sirmond., Opéra varia, I,col. 27:) ; édit. 169G, Paris.
(2) Marc,\in, 21).
220 PHlUXSOPHIt DL LX liAlbOX PLKE
sages ci.é. ci-dessus(l), et celui-ci c.core : „ 0,.a„t •..,
-• ne e sait, ni les anges dans le ciel, „ "^ t {ncgue filtus], mais le Père seul (2) «
subslanlmhte, se remarque aussi entre le moment où esusprononça le : ffocesUorpusn^.um, eicei^ZZ dehnu le dogme de la transsubstantiation. Toute fo on nedes,gne nulle part clairement le concile «ull'I en. le prenne, ce qui peut faire penser, vu d'à j. qu d n est msent dans aucun symbole, «ue c'est h U mour de Jésus, à, -enthousiasme de ■; ilTl]^ csmc des fKièles. plutôt qu'à la spéculation .. ,2 qu d faut attribuer la création et l'établissement X"e dogme Et cela expliquerait aussi la marche fort ilgale qu on observe dans la manifestation de celle donne cerlame déjà au sens positif, on dirait, pou, u.lm et Irenee, tandis que Tertullien et Origè^e mi leur sont un peu postérieurs, prennent encore 1^ E o^t corpus meu,n dans un sens figuré ou.allégoriquc (3)'
(1) Voyez n" 3.
(2) Marc, XIII. 32. Si |e passage i.iéccJcnt est amnrr ■ a s.intMaU„ieu (XVI. ,0), eeU.i-ei, ;. 1^1^^^'
d être significatif. P^^
(3) La mort de Justin est placée en 107 ; celle d'Iréndc en 20O ■ celle de Tertullien, en 2/iO ; celle d'Ongcne. en 254 -Vov n • '
corpore. -Term. advers. Marcion., IV, 40 Hoc , '"eumaiccco, U, est, fleura corporis:,ei '"""''""
Aussi Tertullien et Origène sont-ils comptés, l'un comme trop oljectif, l'autre comme trop philosophique, j)armi les pauvres égarés (1).
10. —Et voilà le point. Ce sont les dissidences, les schismes et les hérésies qui ont déterminé la forme et souvent aussi l'esprit de la doctrine ecclésiastique d'où est sortie la discipline sociale et le régime théocratique. Tout le monde le sait et les oracles des f( décisions ecclésiastiques» le savent mieux que personne (2). En ciTet, la contradiction provoque la contradiction, et à ce jeu les esprits, quelque froids et sensés qu'ils soient d'ordinaire, sont souvent entraînés plus loin qu'ils n'avaient l'intention d'aller. Il est facile de constater ce fait dans les développements do la doctrine chrétienne, et l'on peut le constater déjà dans l'Évangile même, et jusque dans les paroles que les évangélistes attribuent à Jésus. La cilalion comparative d'une portie seulement des passages qui attestent l'augmentation d'intensité de tel ou tel point de doctrine dans la bouche de Jésus, nous demanderait trop de place; deux exemples peuvent suffire d'ailleurs. Suivant siiint Luc, Jésus enseigne le pardon des offenses dans une limite fort étendue, il est vrai, mais enfin dans une limite; il veut que : «s'il se repenti, nous
(1) En effet, Origène produisit l'arianisme qui nie la divinité nu gens ecclésiastique de Jésus, et Tertullien niait la coopération du Saint-Esprit dans l'œuvre de l'Église.
(2) Al'nsion à un passage i]es Mémoires du cardinal Pacca (I, 27).
pardonnions à notre frère «sept fois le jour (1)». Suivant saint Matthieu, le pardon doit être fait sans condition et sans limite, car le ((jusqu'à septante fois sept fois (2) » n'est évidemment pas une limite et la condition du repentir n'est pas énoncée. Quelle est la cause de cette différence entre les deux doctrines? Quand on lit dans saint Matthieu le passage qui précède celui que nous venons de citer, on comprend que cette cause est dans une sorte d'irritation que Jésus éprouve d'une demande de Pierre qui sent le formalisme judaïque. C'est pourquoi Jésus le contredit de telle manière qu'il n'y reviendra plus (3).
Ailleurs, enseignant qu'il faut renoncer à tout pour lui, Jésusdit : «Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi, etc., qui amat patrem, etc., plm guam me {t\].)) Ces paroles, le Sauveur les dit à ses disciples. Mais une autre fois, parlant à la foule qui marche avec lui et importuné sans doute de ses empressements, il formule la doctrine du renoncement avec une rigueur faite pour le débarrasser de son entourage, car il leur dit : a Si quelqu'un vient à moi, et ne hm'f pas (et non ndit) son père et sa mère etc., e^
(1) Luc, xvn, 3, h.
(2) MatU»., XVIII, 22.
(3) Une grande partie de l'fivangile est (»n antithèses, et e'eî^t ponrquoi tout esprit peut y trouver sa satisfaolion. Saint Pnul aussi aime beaucoup celte allure dan{çpreu<îc.
(4) Matih., X, 37.
même sa propre vie, il ne peut être mon disciple (1).» Eh bien, c'est d'une manière analogue, excités par les contradictions des Ebionites , des Cérinthiens, des Docètes, des Nicolaites, des Gnostiques, des Manichéens, des Donatistes, des Ariens, pour ne nommer que quelques-unes des hérésies antérieures au Concile de Nicée, que les apôtres déjà, comme saint Jean et saint Paul, puis les hommes apostoliques, les Justin, les Clément, les Origène. les Tertullien, les Irénée, les Athanase, et tant d'autres, élevèrent peu à peu le niveau de la doctrine ecclésiastique et par suite aussi celui de la discipline sociale au point où il fallait pour que, afin de les faire triompher des résistances de la raison et de la liberté morale, l'Église dût recourir aux moyens coërcitifs, c'est-à-dire se faire pouvoir politique. C'est à quoi niJésus,niPaul ni aucun deleursdisciples n'avaient songé, eux qui ne récusèrent jamais les juridictions sécu lieras devant lesquelles on les citait. La théocratie était la nécessité de la position que l'Église s'était faite en ren dant exagération par exagération. Assiégée de toute part de mécontents et d'adversaires, l'Église, à la fin du ur siècle était trop loin déjà de l'évangile de charité pour qu'elle pût se contenter du gouvernement purement moral que Jésus lui avait conseillé (2) ; devenue toute dogmatique, il fallait que, pour se faire obéir, elle eût la force matérielle. Ce fut donc une bonne fortune pour elle qu'en attendant d'être elle-même
(1) Luc, XIV, 25, 2(i.
(2) Vuv. Matth.,XVnî, 1'), sqq.
224 PHILOSOPHin DE LA UAISON PUKE.
une autorité temporelle, elle rencontiàt dans les empereurs des dispositions favorables à ses vues politiques. On sait assez l'appui, le plus souvent accompagné de violences extrêmes et de toutes sortes de destructions, qu'ont prêté à l'Église et à ses décisions les empereurs Constantin, Constance, Jovien, Valentmien, Valens, Tliéodose, Arcadius, Honorius et Justinien, ce Domilien chrétien, pour s'étonner qu'à peine deux siècles après le Concile de Nicée toute autre liberté religieuse que celle de l'Église orthodoxe se soit trouvée anéantie dans l'empire romain. Sous Théodose la religion romaine était devenue la rehgion de l'Etat ((et plus que la religion de l'État dans nos idées modernes (1)». Les lois et ordonnances que cet empereur, et après lui ses successeurs, Arcadius et Justinien surtout, firent en faveur de la religion, devenue officielle déjà de par les édits de Constantin, rendirent le christianisme, on peut le dire sans exagération, la terreur du monde, et l'absolue domination de l'Église s'acheva par les confiscations, par les peines infamantes, par la destruction et par la mort (2).
(1) Lenormant, Quest. hist., I, 58.
(2) Voy. Codex Theodos., lib. XVL passim. — Cod. Justin., 1. I, tit. 11. — Procopii Historia arcana, capp. XI, XXVIIJ • PP- 34, sq., 81, sq. ; Paris, 1663.-Theophanes, Chronogrophia] p. 153; édit. Paris, 1655. ~ Socrat., HisL eccL, V, IC ; - Théo' doret, HisL eccl, V, 22; - Zosimus, IlisL nova, lib. IV, 65, 75- — Phûtiiis,Co£/.,242.Rasi|p.T; jn-fi.l.
APPENDICE.— NOTICE Sru LA VIE DE JÉSUS. 225
11. — La misère, l'infamie ou la mort pour quiconque conteste l'union hyposlalique et la transsubstantiation sont sans doute des pénalités d'une rigueur odieuse^ mais il faut avouer que l'Église en les établissant, en les appliquant ou en les approuvant, ne peut être accusée d'être en contradiction avec l'évangile. La gloire de l'évangile est certes éminente, car par un côté, le côté vraiment divin, il a rendu et rendra toujours possible la régénération de la société. Mais il y a de tout dans l'Évangile, nous l'avons abondamment prouvé déjà, et pour la direction pénale dont il s'agit ici, l'Église a pu la trouver indiquée dans ces paroles de Jésus : « Celui qui ne croit pas est déjà condamné (1) », ou bien dans celles-ci : a Celui qui ne croira point sera condamné (2) », ou dans le « compelle intrare », ou dans ces paroles du roi qui désigne assez clairement le Christ : « Quant à mes ennemis qui n'ont pas voulu m'avoir pour roi, qu'on les amène ici et qu'on les tue en ma présence (3) »; enfin, dans ces conseils empreints d'une extrême violence, qui aboutissent tous à l'extirpation du membre malade parle fer, par le feu ou par l'eau (A), et qu'on lit déjà dans le fexie de saint Marc.
Jésus veut donc qu'on croie ou qu'on vienne à lui sous peine d'être puni; cela est positif, et comme en
(1) Joan., m, 18.
(2) Marc, XVI, 10.
(3) Luc, XIX, 27.
[h) Marc, IX, U\. sqq.
MalUi., V, 2^) sq. ;XVIII, 6 sqq.
^26 PFIILOSOPFIIF DK Ï.A [{AÎSON PrRE.
définitive c'est cette doctrine, la doctrine du leii (ignem veni mittere) (1) et du glaive (gladium) (2), qui l'a emporté sur celle de la liberté, de la charité et de la paix, à tel point que ces paroles: cet riiomme aura pour ennemis ceux de sa propre maison (3)», se sont souvent accomplies et s'accomplissent encore à la lettre, M. de Maistre était dans la réalité historique en nous monlk-ant la foi accompagnée et sous la protection du bourreau. J'ai tort de dire : la foi, c'est l'autorité politique; mais comme la suprématie de cette autorité est dévolue au pape, suivant le spirituel et paradoxal auteur «du Pape », parce que le pape est investi de l'infaillibilité de foi et de doctrine, la chose revient assez au même. Et soyons juste. Il fallait une autorité pour mettre un peu d'ordre et d'unité à la place de cette bigarrure de croyances qui envahissait le monde chrétien et menaçait de le rendre à tout jamais incapable de recevoir en partie et de mûrir la semence de la bonne doctrine évangélique. Point de discipline sociale et, partant, point de société sans une autorité constituée dans la force de l'unité. Sans doute, cette autorité peut être mauvaise ou ne valoir pas grand'cliose, mais ce ne sera du moinsque temporairement. Quelle qu'elle soit, c'est un point de repère qui, avec le changement en mieux des principales parties qui s'y rapportent, est forcé de changer dans le même sens. Car « l'opinion est \ar(ine
(1) Luc, XII, ^[i.
(2) Matth., X, ri^.
(3) Matth., X, 36.
du monde (1) »), et Rome la subira, soit en l'acceptant, soit en périssant. Le plus ou moins de temps qu'elle mettra à l'un ou à l'autre ne fait rien aa résultat final : le temps est peu de chose pour qui a tout le temps, comme l'humanité l'a en effet.
L'Évangile, il convient de le rappeler encore une fois, est large comme le monde qui est son champ ; ses formes sont par conséquent variées et multiples. C'est ce que nous voyons clairement par la diversité des communions chrétiennes, qui toutes reconnaissent pour leur code cet Évangile qui, lui-même, n'est qu'un renouvellement de la doctrine propre à l'humanité et aussi ancienne qu'elle (2). Celle des formes de FÉvangile qui par son importance doclritrinale est parvenue à se constituer la première en autorité sociale sur une vaste échelle, est la forme romaine. Rome dut d'abord remporter la victoire sur toutes les communions rivales, parce qu'elle était Rome, la ville par excellence, l'héritière de toutes les traditions souveraines dont la théocratie faisait partie. Tous les empereurs, et avant eux, des consuls avaient eu le caractère de souverain pontife du roi-dieu rex Jupiter. Mais un tel héritage ne pouvait longtemps porter bonheur à la Rome chrétienne. Le moment vint ou Byzance le revendiqua pour son usage seul, et alors, ce fut en 1054 (3), la forme byzantine de
(1) De Maiitre, du Pape, I, p. 193; édit. 1821.
(2) Malth., V, 17.
(3) L'origine du schisme remonte comme chacun sait au patriarche Pholius , à l'an 861,
. TÉvangiie s'aflirma comme église iiidépendaïae et souverame. Cependant ainsi, toute entière incarnée dans la personne des despotes souvent aussi ridicules qu'odieux successeurs des empereurs théologiens et iconoclastes, 1 évangile devait être moins sympathique encore que sous sa forme romaine aux peuples nouveaux qui depuis la fin du ir siècle déjà, étaient apparus, successivement, sur la scène du monde historique. L'autorité ecclésiastique de Rome avait su du moins se retremper et prendre les apparences d'une vigueur populaire par la reprise, à son compte au viii^ siècle, des vieilles traditions républicaines de la ville des Sextius, des Mar-. eiusRutilus, des Gracques et des Gaton; mais l'auloritedeByzance s'avilit promptement dans les inepties et dans les hontes du Bas-Empiro, pour revêtir entiu la livrée toute asiatique, c'est-à-dire tatare de la Mosco-
Vie(l). L'adhésion qu'elle trouva d'abord parmiquelques peuples germaniques ne put donc être de longuedurée et celle de Rome qui jouit d'un succès plus durable au sem de la nation germaine, se perdit enfm aussi aux yeux de cette race éminemment spiritualiste et indépendante. Pourquoi? parce que, abusant du prestige de 1 inconnu et comptant au delà de toute raison sur le respect d'une loi naïve, sa puissance fit de plus en plus oublier à Rome le soin de représenter et de détendre les intérêts qui sont les plus chers aux peuples germaniques. Le résultat de cette inintelligence fut
(i) Voyez Potocki, Chrouiques, elc, de tous les peuples slaves, I» 196 sqq., 224 et alibi. ^ Erman, Reise um die Erde, 1, 159.
que l'évangile se réalisa peu à peu sous une troisième forme d'une importance historique générale, et celte forme, la forme germanique, s'établit définitivement par l'initiative de Luther, en 1520.
Ce fut une grande et salutaire chose que cette séparation complète de toutes les nations germaniques d'une autorité qui enserrait l'esprit dans un étroit formalisme et qui était en bon train de faire de la maison de Dieu « une maison de trafic domum negotiationis (1) », pour employer le terme le plus doux (2). Nous n'entendons d'ailleurs pas justifier Luther et ses coopéraleurs des reproches qu'on peut leur adresser, seulement nous dirons que parmi ces reproches il en est un que la mauvaise foi a seule pu inventer, et c'est celui de l'immoralité de la vie privée du réformateur. Sa vie a été bonne et intègre comme celle d'un Allemand de la vieille roche. Quant à ses violences, la situation violente du temps l'excuse assez, et, après tout, le fils du pauvre mineur d'Eisleben n'a certes pas dépassé dans ses explosions de langage celles qui se font jour dans les diverses malédictions du pauvre charpentier de Nazareth (3).
(1) Joan., II, 16. — On sait que ce fut la vente des indulgences surtout, auturisée par une bulle de Léon X, qui fit éclater l'orage qui, depuis des siècles déjà, depuis Frédéric II surtout, grondait sourdement au sein de rAllemagnc. (Voyez K. Fr. Becker's, Geschichte der neueren Zeit, I, p. 179 ; 7"" édit., 18/t4.)
(2) Les évangiles de saint Marc et de saint Matthieu portent « caverne de voleurs speluncam lalronum. » (Marc, XI, 17 ; — Mallh., XXI, 12.)
(3) Voy. Matlh., XI, 20, sqq. ; XII, 34, sqq. ; XVI, 4, 23 ; XVIM6; XXIII, 13, sqq.passim.,Luc, Xl,42,sqq.; XX, 46, sqq.
Peu importe crailleurs, puisqu'il est constant que, malgré toutes leurs faiblesses et leurs contradictions, les deux rénovateurs ont marché dans le vrai courant de l'histoire.
12. — Luther, avec moins de hardiesse toutefois que le Breton Pelage, onze siècles avant lui, et néanmoins avec infiniment plus de succès (1), porta la hache de la raison dans ce qui forme le nœud de toute cette doctrine dogmatique par hiquelle R.mie, et, à son exemple, Byzance avaient réussi à imposer le joug de leur discipline aux peuples chrétiens. Pelage voulait ramener le bon sens naturel dans celte religion évangélique, si dénaturée au iv^ siècle déjà par les doctrines mystiques et passablement arbitraires quoique logiques des Justin, des Cyrille, desirénée, des Grégoire, des Ambroise, etc j mais la réforme qu'il essaya, en parlant le langage delà simple raison, ne put prévaloir sur la puissance des conjonctures où se trouvaient alors la généralité des esprits. Le monde chrétien avait pris goût aux subtilités théologiques et il donna raison à saint Augustin contre la raison (2), qui, en tant que représentée par Pélnge, fut
(1) Le fils de Jeanne h Folle, Charles-Quint, regretta vivement, en son monastère de Saint-Just, de n'avoir pas fait brûler Luther, malgré le sauf-conduit qu'il lui avait donné pour la diète de Worms. (Voyez Prud. de San.loval, Hisloria de la vida del emperador CarloaV, in fol., II parte, p. 829; 1G3/i).
(2) N'est-on pas en droit d'appelier saint Augustin déraisonnable quand il enseigne la damnalion des enfants non baptisés ? (Augustini
bannie de l'empire par l'empereur Honorius, le bras séculier du pape Zosime.
Mais si Pelage avait trouvé, pour le supprimer, un Honorius, Luther trouva, pour le protéger, un Frédéric. La raison put donc reprendre ses droits et, certes, elle n*en abusa pas. Elle restitua à l'eucharistie le sens purement symbolique et commémoratif (i) des agapes des premiers chrétiens, car Luther déclara que c'est sous le pain et le vin que les chrétiens reçoivent le corps et le sang de Jésus-Christ (2). Ainsi la transsubstantiation, le changement réel des espèces au corps et au sang de Jésus, disparaît pour laisser place à un acte de piété que la raison peut avouer ; ainsi l'intelligence, aussi bien que le cœur, est satisfaite et c'est h considérer. L'intelligence, dans les choses de la religion moins encore qu'ailleurs, ne doit être jamais sacrifiée : « Je prierai de cœur, dit saint Paul, mais je prierai aussi avec intelligence (3). » Or, comme c'est surtout le dogme de la présence réelle et concrète qui avait le plus violenté l'intelligence et qui avait servi ainsi à fausser et à déplacer la bonne et vraie religion évangélique, l'adoration de Dieu a en esprit et en vé-
de Baptismo parvulorwn ad Marcellinuin lib., III, c 5; t. VII, p. 489; édit. 1528. Basileœ ; in-fol.) Quels fonds faire sur une
théologie pareille?
(1) « Hoc facite in meam commemorationem. » (Luc, XXII, 13.) — /. Corinth., XI, 24, sq. — Aclus Apoal., H, ^G.
(2) Voy. le Catéchisme de Luther, 5* section.
(3) f. Ad CnrinlU., XIV, lô.
rite», la négation publique et solennelle de celle institution a ouvert à la société une voie de progrès plus sûre et plus rapide qu'aucune de celles qu'elle avait connues auparavant. Il faut que les évolutions de la nature se fassent toujours ; elle obéit à une loi dont rien ne peut arrêter la marche. Mais si rien ne peut l'arrêter, beaucoupde choses peuvent la ralentir et même l'entraver de manière que tout semble rétrograder. On l'avait souvent vu pendant ces longs siècles où le système de Rome et de Byzance, basé sur une foi aussi inintelligente qu'artificiellement raisonnée, avait tenu captive la société sous une discipline ennemie de là liberté et du progrès. Tous les pays de l'Europe peuvent parler des grandes cruautés de l'Église ; tous ont eu une guerre d'extermination comme celle des Albigeois, prêchée. sinon par un pape de génie comme Innocent III, du moins par un pape ou par un prélat en communion avec Rome ; tous ont eu leur inquisition, sinon horriblement cruelle et persécutrice comme celle d'Espagne, confirmée et approuvée par les papes Sixte IV, Innocent Vill, Alexandre VI, Jules II, Léon X et par ce Paul IV qui en introduisit les horreurs à Rome même (Ij, du moins toujours oppressive de la liberté de conscience; tous les États enfin ont appris à connaître les Jésuites, ces propagateurs infatigables de la foi aveugle et d'un christianisme purement physique
(1) Voyez Llorente, Histoire critique de Vinquisition d'Espagne^ ï, p. 149, 164, 172, 251, 274 ; II, 151 et alibi; et les Pièces justificatives, IV, 345 sqq. ; 2* édit.
et charlatanesque (1). Ils firent leur apparition avant la mort de Luther.
Voilà les trois agents qui, en les prenant au sens générique, déterminèrent la direction si funeste que prit pour la société, pendant toute la durée du moyen âge, la discipline que Rome et Byzance lui imposèrent en vertu de leur suprématie Ihéocratique. Malgré cela le monde chrétien ne resta pas stationna ire ; il avança, parce que la nature est plus puissante que l'art. Mais comment avança-t-il ? Tantôt comme à t«Mons dans d'épaisses ténèbres, tantôt à travers un chaos de crimes et de bouleversements. Sans doute, la barbarie native des peuples y fut pour sa part; mais plus grande encore est la part qu'y prirent la politique, l'ambition et l'avarice de l'Eglise. Qu'on lise, si l'on en a le courage et comme nous l'avons fait, les chroniques et les annales de ces tristes temps, depuis le x® jusqu'au xvi^ siècle surtout.
Toutefois, si la foi théocralique et la discipline qui en résulte furent pour la société la cause principale d'un mal général et sans cesse renaissant, elles ne purent jamais entièrement éteindre la bonne et vraie foi évangélique, celte roligion d'esprit et de vérité que
(1) Outre celle sorte de fureur avec laquelle la fameuse sociclé s'adonne aux miracles, aux médailles, aux scapulaires, aux images et à toutes les dévotions qui peuvent inécaniser les esprits, elle cultive avec prédilection le culte du cœur physique de Jésus, « ce lambeau de chair sanglant», comme disait naguère un de ses Pères à Notre-Dame.
Jésus était venu i^nouveler et confirmer et dont l'iiéritage se trouvait transmis à l'avenir par le fait même de la présence réelle de l'intelligence ou de l'Être dans la nature. 11 y avait donc lieu d'espérer la renaissance de la société et cet espoir qui sans doute, même aux époques les plus sombres, n'a jamais fait défaut aux esprits d'élite, s'est trouvé réalisé par un peuple qui était, on peut le dire, fait pour le spiritualisme; qui, dès son origine, n'avait reconnu d'autre divinité que celle qui se révélait à lui par une crainte respectueuse : qmdlsola reverentia vident; qui avait toujours eu le génie si chaste qu'il lui avait semblé voir dans la femme quelque chose de prophétique et de divin : inesse guinctiam (feminis) sanctum ulïquid et providum putayit (1), et chez lequel les bonnes mœurs étaient plus estimées ({u'ailleurs les bonnes lois : plnsque ibi boni mores mleiU, quam alibi bonœ leges. Rome qui riait des vices et qui se servait d'eux pour parvenir à ses buts de domination ou pour s'y maintenir toutes les fois qu'elle y était arrivée, ce que Dante, en mettant dans son
(1) On voit par là que ce n'est pas le seul christianisme qui a relevé la femme. Déjà, dans le république romaine, l'usage avait rendu la position des femmes égale à celle de leurs maris, et dans l'Inde, cette position était consacrée par la loi. « Partout où les femmes, nâryas, sont honorées, les divinités se plaisent ; mais lorsqu'on ne les honore pas, tous les actes pieux (sont) stériles... {Mânavê m, 5G sqq.). L'Église n'a pas toujours été aussi favorable aux femmes. Voyez Anmle:^ de philosophie chrétienne^ août 1852 • p. 115-119.
APPEND.CK. - NOTICE SVR l-A VIE DE JKSrS. 235
enfer un si grand nombre ()e papes, avait fort b.en compris; Rome, si Von excepte l'époque des Othons, n'a jamais eu Vintelligence de la race ge.man.que elle ne l'a jaa.ais comprise ni ne s'est donne la pem de la comprendre. Elle a cru, dans son orgued vrannc... païen, qu'il lui était permis d'imposer à cette noble c loyale nation la même discipline oppressive qu a tant d'autres peuple.. Bien des signes, depu.s les Holunstaufen, l'avaient avertie de son erreur ; elle n en t pas compte, d'ailleurs l'élégant païen Léon \ e a,t Lins fait que tout autre pape pour en tenu- .compte : alors Luther parut, et avec lui, dans le ce de 1 avo,.n-, l'aurore de 1789, le jour de la liberté civde.