X PREFACE
respect, et la morale Test toujours. La liberté de la pensée ne va pas sans la liberté de la manifester ; ces deux libertés sont indissolublement unies ; elles sont au même titre inaliénables et imprescriptibles: elles ne sont qu'une seule et même liberté. Aussi rimmortelle Déclaration de 1789 ne pouvait manquer de reconnaître ce principe et de lui imprimer le sceau de sa consécration, en disant : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de Fhomme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de Tabus de cette liberté dans les cas déterminés parla loi (1). »
La restriction est juste et salutaire, car la liberté n'est pas \e droit au mal, et, cela admis, la loi, dans l'intention de la Constituante, était, on ne saurait en douter, une loi conçue le plus largement libérale possible. Mais les passions, toujours implacables, n'ont pas permis de l'instituer au sens voulu par nos pères dans la liberté, et l'on a vu, successivement, des lois sans nombre déterminer autant de cas d'abus de la libre communica-
(1) Article 41.
PKÉFACE.
tion des pensées qu'il a plu à l'esprit de servitude d'en inventer. On est arrivé enfin à rétrograder assez, dans certaines couches de la société, pour considérer la liberté de penser d'aussi mauvais œil qu'à l'époque où Descartes dut s'expatrier et Malebranche abandonner la recherche de la vérité. Si, néanmoins, les cloches ne sonnent plus l'exil ou la retraite d'aucun penseur, il faut en rendre grâces à l'opinion publique, cette «reine du monde», comme l'appelle Pascal (1), et qui l'est plus réellement aujourd'hui qu^il y a deux siècles.
L'opinion pubhque! Voilà donc une puissance qui, nous l'espérons, est définitivement acquise aux intérêts de la liberté philosophique. Cette liberté ne demande pas d'autres secours. La raison intelligente, et la philosophie n'est pas autre chose, loin d'avoir besoin, pour se soutenir, de la faveur des puissants du monde ou de l'appui de cette force brutale, qui par l'inquisition, par les croisades (2),
(i;i Pensées, art. XXHI, n« C
(2) Nous n'avons en vue ici que les croisades à l'intérieur car pour les autres, surtout les premières, elles ont eu, incon ' testableme.it, un cOté sublime el, de plus, elles ont é\é utile