‹ Philosophie de la raison pure [microform]Chapitre 8 sur 13 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Pour qu*un travail philosophique, qui tend par toutes les lignes qu'il indique aux proportions d'un système complet, ait la précision et la clarté qu'on est en droit de lui demander, il convient d'en dégager, sous forme de propositions, les idées sur lesquelles il s*appuieà mesure que ses démonstrations les élucident et les établissent.

En conséquence, nous formulons, comme conclusion de tout ce qui précède, les propositions suivantes :

1. — Le mouvement indéfini est de tous les faits le feul qui soit d'une certitude immédiate et universelle exempte de doute ou d*incerlitude. Lui seul donc peut, de prime abord, servir d'instrument à de solides il» formations philosophiques.

2. — Le mouvement indéfini est le rapport constitutif du temps, de l'espace et de la substance, qui sont les éléments de tout ce qui existe, visible ou invisible.

CONCUSION. 137

3. — Tout ce qui existe a le caractère mobile et variable du phénomène, et ainsi la nature, qui est tout ce qui existe, est autre que ce qui est immuablement, l'Être ou Dieu.

U. — La nature comprend deux catégories d'existences, homogènes quand au fond,quiest la substance, mais différentes quant au mode d'être, à savoir: la matière et l'esprit.

5. — En tant que matière, Thomme est un organisme animal; en tant qu'esprit, une faculté de connaissance raisonnable.

6. — L'homme est un organisme animal doué d'une faculté ou puissance de raison, de manière à former un être indivis.

7. — Étant tout entier, en matière comme en esprit, produit par le mouvement indéfini sur les éléments de la nature, c'est tout entier aussi qu'il demeure dans la nature, après son existence actuelle.

8. — La tendance de l'homme vers un état meilleur que celui où il se trouve actuellement, s'explique, en premier lieu, par la condition du mouvement indéfini qui tend toujours en avant et rend ainsi indéfiniment perfectible l'humanité en général et l'homme en particulier.

9. — Elle s'explique, en second lieu, par l'impression que produit nécessairement dans l'esprit ou la faculté de connaissance la présence de l'Être en tout et partout.

10. — L'Être, qui ne peut être pensé que comme la perfection absolue, ignore la nature qui est constituti-

ihil

138 PHÏLOSOPHIK DE î. A UAISON PURE.

vement imparfaite; mais il ne peut être entièrenioiu ignoré de la nature qui est, sans qu'on sache comment, son image obscurcie.

11. — La perception de la présence de l'Être par la nature ne peut aller au delà des bornes que le caractère du phénomène pose à la faculté de connaissance.

12. — ■ L'homme ne peut donc pas connaître Dieu comme lui-même se connaît; mais la présence de Dieu étant saisie par l'esprit suivant sa capaciié, cette appropriation suffit à faire avancer, conçu rrement avec le mouvement indéfini, toute la nature en général et l'humanité en particulier.

13. — L'impression de la présence de l'Être, qui est la perfection et, partant, la raison xaT'e?o;^iV, constitue notre faculté de connaissance en raison intelligente ou intelligence raisonnable. Plus donc un esprit, par le travail préalable de la nature, est sensible à cette présence, plus il se trouve doué de raison et d'intelligence et plus aussi il ressemble à Dieu.

1^. — Cette ressemblance divine atteint parfois à des hauteurs^ où l'homme apparaît à l'homme comme la divinité incarnée, et, dans ce cas, le personnage si extraordinairement doué devient, naturellement, un centre religieux ou moral qui rayonne sur une partie plus ou moins considérable de l'humanité.

15. — Ces hommes extraordinaires affirment, consolident et développent progressivement, suivant l'époque de leur apparition, les notions morales qui, par la loi delà nature ou du cosmos, et par la toute-présence de l'Être, sont le bien commun de l'humanité, et d'où dé-

Page 1