‹ Philosophie de la Révolution françaiseChapitre 15 sur 41 · M"° DE STAËL — MM. THIERS ET MIGNET · texte numérisé non relu

M"° DE STAËL — MM. THIERS ET MIGNET

nacée ou qu'elle l'ait été en réalité, dans les deux cas, elle a pu considérer comme une résolution nécessaire à son salut de prendre l'offensive pour éviter d'être sur» prise. N'y avait-il pas des émigrés à la frontière, un camp à Coblentz, des princes cherchant partout des alliés contre leur pays? La France était fatalement entourée d'ennemis. On doit donc accorder aux deux savants historiens que les résistances du passé et les provocations du dehors ont contribué pour une large part aux excès de la Révolution française.

Je crois qu'il faut leur accorder également qu'une certaine concentration de pouvoirs était nécessaire. C'est une loi qui résulte de l'histoire de tous les temps et de tous les pays, que la guerre civile et la guerre étrangère exigent toujours et amènent inévitablement une augmentation de force entre les mains du pouvoir. La guerre de Louis XIV contre la Hollande mit le pouvoir entre les mains du parti stathoudérien, qui était le parti militaire opposé aux de Witt, chefs de la bourgeoisie libérale. La dictature en temps de guerre est de tous les régimes, et convient même particulièrement aux régimes libres, lesquels sont organisés pour la paix et non pour la guerre; mais la dictature n'est pas la tyrannie, et s'il est permis d'approuver et même d'admirer le pouvoir hardi qui a

sauvé Tunité et l'intégrité de la France, il faut le détester pour ravoir ensanglantée et déshonorée par une tyrannie sanguinaire. On veut toujours confondre ces deux choses, nous faire admirer la Terreur parce qu'elle a été liée à la délivrance de la patrie, ou nous faire oublier la délivrance de la patrie parce qu'elle a été liée à la Terreur. Ce sont deux choses différentes; on peut rendre justice au Comité de Salut Public tout en l'exécrant ; on peut l'admirer et le maudire, il n'y a là nulle contradiction. Ceux qui ne veulent rien accorder au Comité de Salut Public sont obligés de dire que la délivrance de la patrie a été un effet sans cause, ou encore que les gouvernements ne servent à rien, puisque sans rien faire de bien, et même en ne faisant que le mal, ils peuvent obtenir des succès prodigieux. Ceux au contraire qui voient dans le terrorisme la cause des succès de la Révolution sont obligés d'avouer que le crime peut être utile, et qu'il est permis quand il est utile. Cette seconde opinion est odieuse; la première est déraisonnable.

M. Thiers et M. Mignet ont donc eu raison d'introduire dans leur histoire le double principe des circonstances explicatives et des services rendus. La stricte équité historique nous obligea faire cette double part dans l'appréciation des événements humains. Il est très-vrai que la

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