‹ Philosophie de la Révolution françaiseChapitre 21 sur 41 · Voir la préface tout entière du tome XIX · texte numérisé non relu

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nilé. D'ailleurs la plupart des victimes étaient « coupables ; » les huguenots Tétaient de a. fédéralisme, » les autres de « contre-révolution. » On ne peut nier que le fait de septembre n'ait accompli « une fonction utile » dans l'ordre fatal de la révolution. C'est là, ajoute-t-on, tout ce que l'on peut dire « pour la justification y> de ces journées, et c'est bien assez.

Ce n'est là du reste pour les auteurs de la révolution parlementaire qu'une occasion d'expliquer dans toute son audace le beau principe de la souveraineté du but. Leur critérium politique est ce qu'ils appellent « la certitude morale. » C'est, selon eux, l'unique juge de toutes les discussions. Ceux qui se mettent « en hostilité » avec cette certitude morale, ou qui même montrent « de l'incrédulité, » ceux-là « ne font pas partie de la société, » et il est permis de les traiter « en ennemis. » Sans doute la société peut, si elle le veut, « les tolérer, » mais elle n'y est pas obligée; elle peut les priver de tout moyen d'action et d'influence; il serait absurde que la société accordât à ceux qui ne la reconnaissent pas « le bénéfice de la protection. » Il n'y a pas « de droits » pour ceux qui méconnaissent « le devoir national. » Bien plus, la société a le droit de les déposséder « d'avance » et avant qu'ils n'aient agi. Il

suffit qu'on puisse les désigner « nommément. » Alors on peut « procéder » à leur égard, et « ils n'ont rien à réclamer. y> Ainsi est justifiée la loi des suspects et tout le terrorisme révolutionnaire. L'histoire fournit d'ailleurs bien des exemples de ce mode sommaire de justice admis par nos apôtres de fraternité; ils le reconnaissent, et s'en servent comme* de preuves, tout en reconnaissant qu'il est dangereux d'avoir recours à de telles exécutions quand elles n'ont pas en vue « l'intérêt du but social. »

Tels sont les scandaleux sophismes d'une école doublement démagogique et doublement fanatique, qui associait les fureurs surannées des ligueurs aux fureurs, toutes vivantes encore, des jacobins, école insensée qui ne réussissait qu'à rendre odieux à tous les honnêtes gens les principes de la révolution et de la démocratie, entretenait dans le parti républicain un fanatisme farouche et stupide, et n'enseignait au peuple d'autre vertu que l'amour et l'espoir de la tyrannie. Sans doute les indigestes préfaces de Bûchez (l)ne paraissaient pas

1. M. Michelet, dans son Histoire de la révolntio?i, est admirable lorsqu'il parle de ces monstrueuses préfaces. Ce serait, suivant lui, au baron d'Eckstein, écrivain déjà par lui-même passablement obscur, que Bûchez et son collaborateur auraient emprunté le fond de leurs idées : « Comme ce brouillard, ajoute-t-il, leur semblait encore trop clair, ils y ajoutent tout ce qu'ils ont d'ignorances, de

de nature à faire beaucoup de mal, tant elles étaient illisibles; néanmoins elles ont eu une véritable influence ■ dans le parti révolutionnaire, fort peu instruit, comme on sait ! Elles en alimentaient la polémique ; elles lui fournirent sa philosophie. Cette philosophie peut se résumer en deux mots ; la révolution française , sauf la période jacobine, n'a été faite que par l'individualisme et pour l'individualisme , par et pour la bourgeoisie. Il faut une révolution nouvelle qui soit faite par et pour le peuple, par et pour le principe de la fraternité.

Nous sommes tout à fait confondus aujourd'hui, avec nos idées actuelles, quand nous lisons dans les écrits de ce temps que le tort de la révolution française aurait été de sacrifier l'égalité à la liberté. Depuis vingt ans, c'est le reproche contraire que nous avons entendu faire de toutes parts. Bien loin de la blâmer d'avoir exalté l'individu et exagéré le principe de liberté, on l'accuse au contraire d'avoir étouffé la liberté et l'individu ; on l'accuse d'avoir hérité de Richelieu et de Louis XIV, et d'en avoir suivi les traditions; on lui re-

confusions, de malenlcndus. Les ténèbres bien épuissies, redoublées par des non-sens, ils se sont là-dessus commodément établis, et là ont fait un tel mélange de formules, d'abracadabras, que rien de pareil n'a eu lieu depuis la scène des trois sorcières de Macbeth. Vous entendez du dehors toutes sortes de doctrines violées, accouplées, tortiu'ées, hurler dans la nuit. »

proche la centralisation, l'excès d'unité, l'amour d'une égalité abstraite ; la prédominance du point de vue social sur le point de vue individuel.

Au fond cependant ces deux genres de critiques ne s'excluent point l'une l'autre autant qu'on pourrait le croire, et l'école aristocratique les cumulait à la fois. La nouvelle école démocratique lui empruntait ses prémisses pour en tirer d'autres conséquences. Elle reconnaissait avec de Maistre et de Lamennais que la révolution avait déchaîné l'individu ; mais au lieu de réclamer en faveur les institutions patriarcales et ecclésiastiques du passé, aile rêvait pour la société tout entière un rôle d'arbitre souverain entre tous les intérêts humains, de tuteur des faibles contre les forts, des pauvres contre les richesi L'état, comme l'empereur en Chine, aurait été en quelque sorte « le père et la mère » de ses sujets. Cette tutelle qui, suivant l'école aristocratique, devait être entre les mains des nobles et du clergé, devait, suivant l'école socialiste, vu la déchéance éa ces deux classes, passer entre les mains de l'état ; mais, séparées sur le remède, ! ces deux écoles s'entendaient sur le mal, à savoir l'anarchie, identique, suivant Tune et l'autre, à ce que nous appelons la liberté.

L'écrivain qui a exprimé ces vues de la manière la

plus systématique et la plus tranchante est, comme on sait, M. Louis Blanc, dans son Histoire de la Révolution française. Voici toute sa philosophie : il y a trois principes d'organisation sociale : l'autorité, la liberté, la fraternité. Le principe d'autorité a régné dans tout le moyen âge : il a eu toute son expression dans le pouvoir pontifical et ensuite dans la monarchie absolue. La liberté ou l'individualisme, deux choses que M. Louis Blanc confond perpétuellement, a fait son apparition dans le monde avec Luther : il a triomphé avec la révolution française. La fraternité est le principe de l'avenir; il apparaît déjà cependant dans la révolution : c'est lui qui combat avec la Montagne et avec Robespierre : c'est ce principe qui succombe au 9 thermidor.

Toute l'histoire de la révolution se résume pour Louis Blanc dans cette lutte entre le principe de l'individualité et le principe de fraternité. Cette lutte commence déjà dans la philosophie du xyiii^ siècle, qu'il divise en deux écoles : l'une fondée tout entière sur le principeji du droit individuel, l'autre qui poursuit la réalisationJl de la liberté par l'union et par l'amour : celle-ci « fille de l'Évangile, » celle-là « issue du protestantisme. » Al| la première, M Louis Blanc rapporte Voltaire, d'Alembert, Helvétius, Montesquieu, Turgot, et à la seconde

J.-J. Rousseau, Mably, Morelly et même Necker. Voilà pour la philosophie. Dans la révolution, le principe de l'individualisme est soutenu par les constituants et les girondins, le principe de la fraternité par la montagne et Robespierre.

Le principe de l'individualisme devait amener le règne de la bourgeoisie; car pour M. L. Blanc, ainsi que pour MM. Bûchez et Roux, individualisme et bourgeoisie, c'est une seule et même chose. Voici comment s'établit cette confusion. La liberté, c'est Témancipation de chacun, c'est le droit de lutter les uns contre les autres, chacun avec ses chances, ses avantages et ses faiblesses : or dans cette lutte celui qui possède, c'est-à-dire qui a entre les mains le capital et les instruments de travail, est nécessairement le plus fort : ce sera toujours lui qui l'emportera ; ce sera lui qui s'instruira, qui s'enrichira, qui prendra possession du gouvernement de la société : or cette classe possédant, capitalisant, accaparant les instruments de travail, l'instruction, même la moralité, c'est la bourgeoisie. L'individualisme ou liberté ne profitera donc qu'à la bourgeoisie.

On sait avec quelle amertume toute l'école socialiste critiquait la société bourgeoise née de la révolution. Qu'avait-elle fait? Elle nous avait donné, disait M. Louis

Blanc, une affreuse anarchie morale sous le nom de liberté d'esprit, une oligarchie de censitaires sous le nom de liberté politique ; enfin, sous le nom de liberté de l'industrie, « la concurrence du riche et du pauvre au profit du riche. » Au lieu de cela quel était, quel devait être le rôle de la bourgeoisie? « Prendre l'initiative d'un système qui fasse passer l'industrie du régime de la concurrence à celui de l'association, qui généralise la possession des instruments, qui institue le pouvoir hanquier du pauvre^ qui en un mot abolisse l'esclavage du travail. »

C'est au nom de ces principes que M. Louis Blanc fait le procès à l'assemblée constituante ; il lui reproche de n'avoir abattu l'aristocratie de la noblesse et du clergé que pour y substituer une aristocratie bourgeoise, et d'avoir substitué les privilèges de fortune aux privilèges de naissance. Pour donner corps à ces accusations, il invoque la division en deux classes de citoyens : ci' toyens actifs et citoyens inactifSj distinction fondée sur la propriété. Dans toutes ces réformes des consli- * tuants, qu'y avait-il pour le peuple? L'abolition des titres de noblesse flattait la vanité des bourgeois : en quoi profitait-elle au peuple ? L'accaparement des biens du clergé ne servait qu'à ceux qui pouvaient en acheter. '

Le vote libre des impôts était-il utile à ceux qui ne payaient pas même de contributions "} Sans doute tout cela était juste et utile ; mais rien de tout cela ne profilait à la classe pauvre. Cependant, après ces amères critiques, M. Louis Blanc reconnaît que dans les campagnes « le sort du peuple a reçu une immense amélioration. » Il est difficile de se contredire et de se démentir soi-même avec une plus parfaite sérénité.

Les girondins ont sans doute été plus loin que les constituants, et on devrait au moins leur savoir gré d'avoir été républicains. M. Louis Blanc leur reproche deux choses : le fédéralisme et l'individualisme. Encore leur pardonne-t-il leur fédéralisme, fort peu prouvé d'ailleurs, comme on sait ; mais leur individualisme est le même que celui des constituants. C'est toujours la prédominance exclusive de la classe bourgeoise, le principe du droit individuel, et l'oubli des devoirs sociaux, exigés par le principe de la fraternité. Pour le prouver, il met en présence le projet de déclaration des droits de la constitution girondine rédigée par Condorcet, et le projet de Robespierre lu et approuvé aux jacobins. Comme l'a très-bien fait remarquer M. Edgar Quinet, Robespierre tenait assez peu à ses idées sur la propriété exposées aux jacobins ; et il n'a nullement ré-

clamé en leur faveur, lors de l'adoption définitive de la constitution de 93, laquelle est si peu socialiste, que sa définition de la propriété est précisément la même que celle du code civil (1).

L'étrange idée qui consiste à faire représenter le principe de la fraternité par les hommes de la terreur est empruntée par Louis Blanc aux auteurs de ÏHistoire parlementaire. Ce qui lui appartient en propre, c'est d'avoir substitué au principe chrétien le principe socialiste ; tandis que les premiers ne voyaient dans le jacobinisme qu'un catholicisme inconscient et inconséquent, M. Louis Blanc y voit un socialisme anticipé. Ce sont là deux erreurs historiques aussi graves Vune que l'autre sur lesquelles nous ne voulons pas insister, aimant mieux en laisser la réfutation aux historiens démocrates, à MM. Michelet et Quinet, qui, parlant du sein même du sanctuaire, ont une autorité privilégiée pour condamner et combattre ces doctrines malsaines et sophistiques.

1. M. Edg. Quinet a remarqué avec beaucoup de sagacité, en comparant les dates, que les idées prétendues socialistes de Robespierre sur la propriété, ont été soutenues par lui, soit aux Jacobins, soit à la Convention , quelques jours avant le 31 mai, c'est-à-dire lors de la lutte contre les Girondins; mais, quinze jours après la chute définitive de ceux-ci, il a complètement oublié les quatre articles proposés par lui précédemment et a laissé voter, sans aucune protestation, la déclaration des droits de 93, où le principe de la propriété est si énergiquement exprimé.

Ce qui est évident aujourd'hui pour tout le monde, c'est que la guerre faite à ce qu'on appelle l'individualisme, c'est la guerre à la liberté, et que cette guerre ne peut en rien profiter au progrès de la fraternité parmi les hommes, mais se fait au profit du despotisme. Ce qui est évident encore, c'est que l'association du terrorisme et de la fraternité est une association monstrueuse, et qui ne sera pas moins odieuse parce qu'elle se fera au nom de la démocratie au lieu de- se faire au nom de l'Église. Tuer les hommes par amour de l'humanité est un scandaleux défi à la conscience humaine. On ne doit pas reprocher sans doute à M. Louis Blanc d'avoir approuvé le terrorisme comme système, car il proteste plus d'une fois contre ce système, et il combat avec énergie le principe du salut public. Il n'en est pas moins vrai cependant que les terroristes, suivant lui, sont les seuls qui représentent l'idée de la révolution, et qu'elle a rétrogardé dès qu'ils ont été vaincus. Son idéal (cruauté à part) n'en est pas moins une démocratie égalilaire et autoritaire, niveleuse et despotique, distribuant à tous le pain quotidien, un couvent profane, n'ayant pas même les consolations du couvent religieux, à savoir l'espoir d'un autre monde et d'une vie meilleure. Ce rêve abstrait, né à la fois de la sophistique et de l'ima-

gination, qui entraîne tant d'âmes vers de vagues et inapplicables conceptions, au lieu de les retenir dans la recherche pratique des conditions réelles de la liberté et de l'égalité parmi les hommes , ce système provocateur des haines sociales qui ne demandent qu'à naître dans une société compliquée, a fait à notre pays les plus cruelles blessures ; et tout en respectant les intentions de l'auteur, on ne peut s'empêcher de le considérer comme l'un des écrivains les plus funestes de notre siècle.

Sans doute, nous n'aimons pas à penser qu'un écrivain se soit absolument trompé, et nous sommes de ceux qui croient volontiers avec l'auteur que la fraternité doit avoir sa place dans l'ordre social et politique. Nous saurions donc gré à M. Louis Blanc et à son école d'avoir revendiqué ce principe, de l'avoir rappelé à des générations trop matérialistes, et en partie aux classes lettrées et aisées, auxquelles les avantages dont elles jouissent dans la société en font particulièrement un devoir. Mais Tusage que M. Louis Blanc fait de ce principe en détruit toute la vertu, car entre ses mains il devient un principe de haine au lieu d'être un principe d'union. Tout effort, quel qu'il soit, pour éviter les inconvénients bien connus de la démocratie, lui est une preuve de haine et

de mépris contre ie peuple; tout effort pour garantir le droit de ceux qui possèdent lui est une spoliation de ceux qui ne possèdent pas. Interpréter de celte manière la révolution française, méconnaître les efforts prodigieux qu'elle a faits pour assurer les droits et le bienêtre du plus grand nombre, c'est rendre le progrès absolument impossible et illusoire, car le bonheur absolu étant un idéal inaccessible, il sera toujours possible de représenter les plus heureux comme des privilégiés cupides, et les moins heureux comme des opprimés qui ont le droit de devenir des oppresseurs à leur tour. Dans ces termes, la guerre sociale est inextinguible. On demande avec haine et outrage l'amélioration des faibles et des pauvres; mais ceux-là mêmes viennent-ils à s'élever au sort que l'on a rêvé pour eux, ils passent aussitôt dans la classe des privilégiés et deviennent à leur tour l'objet de l'outrage et de la haine. Quiconque souffre s'appellera le peuple; aussitôt qu'il ne souffre plus, il deviendra bourgeoisie égoïste et cupide, de telle sorte qu'il semble que l'on n'aime le peuple qu'à la condition qu'il soit misérable ; on ne s'intéresse pour lui au bonheur que lorsqu'il en est privé, et au lieu d'inspirer aux uns le désir de s'élever par le travail, aux autres le désir de tendre une main fraternelle et

protectrice aux moins favorisés, on développe l'envie chez les uns, la peur chez les autres, et l'on sème les germes d'une guerre stupide, barbare, satanique, la guerre entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas.

Encore une fois, c'est à nos yeux une question de savoir si la société actuelle ne pourrait pas être plus large dans l'application du principe de fraternité ; mais associer ce principe au despotisme et à la démagogie, le faire représenter par Robespierre et Clooz, c'est lui donner une médiocre recommandation. Sans soulever l'odieuse querelle du riche et du pauvre, on peut au moins reconnaître qu'il y a dans la société des faibles et des forts, et un certain arbitrage paternel entre les uns et les autres, exercé sinon par l'état, au moins par des associations libres, n'a rien théoriquement d'impossible ou d'injuste. Il est difficile d'admettre que le genre humain a tout trouvé, tout inventé, qu'il ne reste plus rien à découvrir sur les relations sociales entre les hommes. Nous prêterions donc volontiers une attention sympathique à ceux qui travailleraient dans cette voie, et nous ne sommes pas de ceux qui, au nom de théories elles-mêmes discutables, ferment d'avance toute investigation de ce côté. Mais la première condition de l'union des classes est de ne pas soulever une guerre de classes,

et le premier devoir de la fraternité sociale est de ne pas porter atteinte à l'humanité. Quant à la révolution, elle a eu son œuvre, comme nous pouvons avoir la nôtre. Cette œuvre a été d'établir le droit comme fondement de toute société. Avant tout, ne touchons pas à ce principe; mieux vaut encore cette société de concurrence, décrite par les socialistes sous des couleurs si noires, mais dont les membres au moins sont des hommes, qu'une société de moutons heureux, protégés par une autorité paternelle, cette autorité fût-elle déléguée par les moutons eux-mêmes, au lieu d'être confiée à un berger héréditaire. L'histoire socialiste de la révolution, telle que l'ont comprise MM. Bûchez et Louis Blanc, est au fond une histoire rétrograde. C'est avec la société du moyen âge sous les yeux qu'ils ont essayé de se représenter l'avenir des sociétés modernes. L'égalité par l'autorité, et la fraternité par le despotisme leur ont paru l'idéal de la société. Ils n'ont pas compris et ils ont partout combattu ce puissant principe du droit individuel, qui est et doit être le premier ressort de nos sociétés, ce principe qui fait la grandeur et la stabilité des peuples libres, et qui n'a rien, quoi qu'on dise, d'incompatible avec le génie français , pourvu que les docteurs du progrès ne fassent pas flotter devant nous un

faux paradis de communisme autoritaire dans lequel les

douceurs du despotisme ne seraient tempérées que par

celles de la démagogie.

La théorie radicale, jacobine et socialiste de M. Louis

Blanc paraît être le point le plus aigu et le plus extrême qu'ait atteint la philosophie de la révolution.

La foi révolutionnaire a toujours marché jusque-là en s' exaltant davantage. A l'opposition absolue et radicale de l'école aristocratique et théocralique succède bientôt la théorie constitutionnelle, qui accepte la déclaration des droits et la séance du Jeu de Paume, puis la théorie libérale, qui admet politiquement les principes constitutionnels, mais qui en même temps accepte historiquement le comité de salut public comme libérateur de la patrie. Vient enfin l'école démocratique, qui réclame entièrement l'héritage de Robespierre et de ses théories, et le considère comme l'incarnation de l'idée révolutionnaire. Que si quelque théoricien est allé plus loin, nous ne nous croyons pas obligé de lui faire une place dans ces études; Thébertisme et le maratisme sont des doctrines qui nous paraissent au-dessous de la philosophie et de l'histoire.

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