‹ Philosophie de la Révolution françaiseChapitre 22 sur 41 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

La plus grande exagération des théories révolutionnaires a surtout coïncidé avec les dernières années du gouvernement de juillet. Depuis cette époque, ces doctrines ont commencé à rétrograder; la philosophie de la révolution a paru s'apaiser, et elle est entrée dans la voie de l'examen et de la critique. On trouvera sans doute étrange d'entendre dire que l'idée révolutionnaire s'est apaisée de nos jours, lorsque au contraire c'est nous qui en avons vu les plus terribles effets; mais nous parlons ici des opinions et non pas des actes, et surtout des opinions dans l'ordre de la haute théorie et de la philosophie historique. Or, s'il est vrai que les passions et les préjugés révolutionnaires sont aussi ardents que jamais dans les classes populaires et trouvent encore des organes dans la basse littérature politique, on peut affirmer cependant que depuis une vingtaine d'années ces théories ont cessé de produire des œuvres sérieuses et imporlanles, et que le courant des esprits élevés s'est

plutôt porté en sens inverse. C'est là un fait important et jusqu'à un certain point rassurant; car, quoiqu'il soit vrai que les idées, surtout les idées sages, mettent beaucoup de temps à descendre dans les foules, il est très-certain aussi qu'elles finissent toujours par y pénétrer plus ou moins. Il n'est pas moins certain que les mouvements populaires deviennent stériles quand ils ne proviennent pas de principes nés au-dessus d'eux : le jacobinisme et le socialisme sont des doctrines venues au monde dans les classes lettrées. Si ces doctrines ne trouvent plus d'aliment dans le sein des classes dirigeantes, il y a lieu d'espérer que leurs conséquences s'atténueront ou s'affaibliront avec le temps. Quoi qu'il en soit de ces prévisions optimistes, reprenons la suite de ces études et conduisons-les jusqu'au temps présent.

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