‹ Philosophie de la Révolution françaiseChapitre 35 sur 41 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

a. Ibid., c. II.

licle que l'on devrait supprimer, et que les hommes éclairés cesseraient volontiers de considérer comme une des bases de l'état social. Sans doute il est toujours dangereux de parler de droits aux hommes, et si l'on pouvait les établir sans les proclamer, en quelque sorte sans qu'on s'en aperçût, cela serait bien désirable. Malheureusement l'homme est un animal qui raisonne, animal rationale^ il est doué de la faculté de penser. Il pense donc nécessairement à ses droits, et il les conçoit sous une forme abstraite, aussitôt qu'il en éprouve le besoin. L'abstraction et la généralisation sont la grandeur de l'homme en même temps que sa faiblesse.

Si l'auteur allemand fait une part à la légitimité, à la nécessité même de la révolution, c'est à la condition d'en nier toute l'originalité. C'est au xvi^ siècle, à la réforme allemande, qu'il faut remonter, d'après lui, pour avoir la véritable origine de l'affranchissement de l'Europe, et la révolution française n'a été que la dernière expression de ce grand mouvement (1). C'est une grave erreur, selon l'auteur allemand, de voir dans cette révolution « le point de départ d'une époque nouvelle. D Que voulait- elle? Le respect de la dignité humaine, la liberté du commerce et du travail, l'établisse-

1. Histoire de la Révolution française, t. II, liv. V, c. I, p. 5.

ment de rapports constants et faciles entre les citoyens d'une même patrie, la liberté de conscience et de pensée. Or ce sont ces mêmes principes qui avaient soulevé l'Allemagne contre l'église catholique, la Hollande contre l'Espagne, l'Angleterre contre les Stuarts, et l'Amérique contre l'Angleterre. Ainsi tout ce qu'il y a de bon dans la révolution française vient de la réforme; tout ce qu'il y a de mauvais lui appartient en propre. Confondant les moyens révolutionnaires avec les théories de la révolution, il fait le procès de celle-ci, sans s'apercevoir que toutes ses attaques retombent aussi bien sur la réforme elle-même, et en général sur toutes les époques de l'histoire. C'est ainsi que la révolution, suivant l'historien allemand, mit « le vol des propriétés à la place de la liberté économique », comme si la sécularisation des biens ecclésiastiques par les princes protestants eût été un hommage rendu au droit de propriété. Il nous dit qu'à la justice elle avait substitué la persécution des hautes classes, comme si la persécution des catholiques n'eût pas été partout, au xvi<^ siècle, la conséquence du triomphe de la réforme. « Elle a annihilé le pouvoir gouvernemental )^, comme si ranarchie n'eût pas été partout le caractère du xvi^ siècle et d'uiie partie du xvii*^. « Il n'y eut d'autre autorité pendant

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deux années en France que celle de la force brutale » (1), comme si la raison et l'humanité eussent régné en Allemagne pendant l'affreuse guerre de Trente Ans !

A ces accusations, qui peuvent si facilement être rétorquées contre le mouvement protestant du xvi® siècle, s'en ajoutent d'autres, qui confondent l'esprit, tant elles se retournent d'elles-mêmes contre la politique prussienne, dont l'auteur est naturellement l'intrépide défenseur. Selon lui, la révolution a détruit la moralité politique des peuples, et introduit en Europe l'esprit de conquête. Ainsi le partage de la Pologne et la spoliation de la Silésie sont des modèles de moralité politique, et sont exempts de tout esprit de conquête! Pour ce qui est du premier événement, que Fauteur a étudié avec le plus grand soin, et qui est l'épisode le plus curieux de son livré, il reconnaît expressément « qu'aucun des partis polonais n'avait été coupable envers la Prusse de la moindre off'ense » (2). Il reconnaît que la Prusse a été a agressive » envers la Pologne « dans le sens le plus complet du mot et sans Vomhre d'un droit. » Et cependant l'auteur ajoute avec une sérénité, qui encore une fois confond l'esprit, que la rés.olution de s'appro-

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