‹ Philosophie de la science politiqueChapitre 21 sur 81 · PRODUCTION · texte numérisé non relu

PRODUCTION

L'Économie politique chrétienne professe que les hommes sont classés ici-bas par la volonté de Dieu; d'où elle tire la conséquence que chacun doit accepter la place que cette volonté lui impose, et renoncer à changer sa condition. Ainsi, d'après l'Économie chrétienne, le fils devra rester dans la condition du père, et, si le père exerce aujourd'hui un métier du dernier ordre, il exercera encore ce métier jusqu'à la vingt-cinquième génération, dans la personne de son dernier descendant (78).

Mais la capacité du fils peut être supérieure à celle du père; dans tous les cas, elle peut être différente de celle du père. — L'Économie chrétienne ne saurait être troublée de cette objection ; car, si c'est la volonté de Dieu qu'un idiot ait la fonction haute et un homme de génie la basse, qui oserait y trouver à redire?

Mais, en outre, la production peut ne pas être suffisante, et elle peut ne pas l'être précisément, parce que le travail n'est pas réparti pour chacun selon ses facultés,

parce que le travail est distribué à chacun selon l'aventure de sa naissance. -- C'est là, de nouveau, un point secondaire pour l'Économie chrétienne ; car, si c'est encore la volonté de Dieu que les populations manquent du nécessaire et meurent de faim, les populations n'ont qu'à se soumettre.

Ainsi donc, l'immobilité dans l'indigence et dans l'ineptie, tel est le dernier mot du système (79).

Du reste, l'Économie politique chrétienne veut bien accorder que la loi du travail est imposée à tous les hommes; mais, quoiqu'elle fasse en théorie cette concession, est-il bien sûr qu'elle ne la retire pas en pratique? Nadmet-clle pas, en effet, que celui qui fait les parts, c'est le bon Dieu, si indulgent à ceux qui ont, si dur à • ceux qui n'ont pas!

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