LEÇON PREMIERE
De Pàmepensantei en tant qu^elle, est le centre de la conscience.
Des écarts de la raison.
^ it
Messieurs^
« Il y a , » dit un poète aussi spirituel que profond, «il y a au ciel et sur la terre une foule de choses qui n'entrent point dans les rêves de notre philosophie.» Cette sentence, marquée au coin du génie et jetée comme par hasard au milieu des fleurs d'une riche poésie, peut s'appliquer en grande partie à la philosophie de notre époque. Je m'en empare , et, sauf un léger changement, je l'approprie à mon but en disant: «.Et même entre le ciel et la terre il y a une foule
2 P&IL0S0P&08 DB LÉL va,
de choses qui restent étrangères aux rêves de notre philosophie. » Paisqùe 9 pour la plupart
du temps, notre phiiosoidiie ne st Kvre qu'à des rêves scientifiques , est-il étonnant que parmi
les choses qu^il lui appartiendrait de savoir il y en ait tant qu^elle ignore , qu elle ne soupçonne même pas?
La philosophie perd de vue son véritable objet, elle abandonne le terrain solide , seul capable de donner de la consistance à ses travaux scientifiques et d'en assurer l'indépendance , toutes les fois que, s'égaranl dans les sentiers tortueux d'une métaphysique ardue% elle s'élève jusqu'au ciel pour y bâtir ses châteailx en Ëspagne et y former les réseaux de son inextricable dialectique, ou que, portant inconsidérément Ses pas sur la terre , elle veut s'immiscer de force dans Tordre des réalités extérieures , pour tout refaire et tout réformer d'après ses propres idées ; c'est entre ces deux voies également Élusses que se présente la direction de la ▼raie philosophie. Son domaine est là vie intel-
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lectuelU de Thomma. Il touche au dd d'upé put, et de l'antire , à la terre.
Xi'antiquité dwïHêéû qow fournit d^J& 4ei
exempkiTvafiéi deeefite double dé^î^on. Pla»
ton lai-*méin£ , le prcfnier des penseurs grecs,
éta^ilit daiis su république Tid^al d'une constituv
tion politique qui , à cet e|;^rd , ne pétri; soutenir
aucun examen. Bien que la dissolution manifiiste
des républiques greoq^e^ , grandes et petites, au
milieu dei^quelles il i/iviôf , puisse jupqu à un cer-^
taia dfgré justifier l'ârangeté d^ son plan { hmn
que Is p^^^çtion du style, le mmte de Yexé^MP^
tion , h richesse et Vé\éf»tion âe^ Mées lui icpn-»
^Teot nm mâle digmt^ H empêchent de U
coijRmdre av^c cette multitude d« rêves dii
m^siej^enre^qui, denoiijourf, ieimceM#iit4
rspidf ment et dispariais^ieul ws#it^t: dam Yquêt-
blif §QU livre n'en eit pm moim (i^on$iééfé cproroe un triste miwwment réyéhnt le côté
Mbk du grand homm^* Il n'est p^ besoin d'être
PlatQn pour voir combien se jr^fijsent à l'i^pplic^tipQ ijin grand nombre des vues qiiie da main hardie ^ tracées. Aussi iikt-il étéf de spn temp^
déjà, comme dans les temps postérieurs, un sujet abondant de dérision pour les ignorants et un objet varié de critique pour les hommes éclairés. Des conceptions aussi dépourvues de téalité ne peuvent que nous faire déplorer la fausse direction qu'a prise un géùie de cette force , et Vinntilité de ses efforts pour atteindre un but chimérique.
Mais d'un autre côté , si nous voyons les plus anciens des philosophes grecs , semblables à de courageux navigateurs, s'aventurer les premiers sur le vaste océan delà pensée; si, rapprochant dans leur esprit les éléments des choses , le feu, l'eau et l'air ou même les atomes, puis l'intelligence souveraine , ordonnatrice de ces mêmes éléments ; nous les voyons , dis-je , organiser ,. chacun selon un mode de combinaison qui lui est IH*o{»:e , leurs systèmes du mondé , et formuler sur ces cosmogonies arbitraires les étranges symboles de leurs croyances, rappelons-nous que , manquant de données qui leur servissent de boussole , ils ne pouvaient que voguer à la merci des conjectures. En effet » la religion pu-
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rement poétique des anciens peuples et leur mythologie fabuleuse ne fournissant aucune réponse satisfaisante aux questions fondamentales de la nature des choses et de la cause première v n'offrant même, dans ses dogmes, aucun yestige qui pût les orienter dans leurs recherches ; ces premiers penseurs se virent réduits à se frayer , ctiacun selon l'impulsion de son esprit , un chemin qui les conduisît à Fidée de TÊtre-Suprême, idée qu'ils crurent rencontrer dans le sein même de la nature , dont , pour cette raison, ils consacrèrent le culte.
Depuis eux l'humanité a parcouru un espace de vingt a vingt-cinq siècles. Vouloir, de nos Jours, pour réformer le monde, nous ramener à ces époques premières , sans tenir compte des révolutions qu'il a subies, ni des enseignements qu'il a recueillis dans le cours de cette longue durée , ce serait courir les chances d'une tentative qui n'aboutirait que difficilement à d'heureux résultats, mais qui, selon ce que l'on a toujours vu en pareil cas , n'aurait probablement d'autre terme que de soulever une suite
sans fin de questioâa insolubles. En effets en déblayant le terrain de la philosophie de tous lés faits (fiày a déposés rexpériènde des siècles , en faisant table rase ^ tout se bornerait à préparer un théâtre aux vains jeux de spéculations hasardées « bien loin d'arriver pat là à affermir les bases d'une philosophie solide i à déterminer les conditions delà vie intellectuelle et à en assurer le progt'èSt Y a-t-*il lieu de s'étonner après xela, si de jeunes esprits , trop tôt séduits par les grands mots mal entendus de nature, de Dieu, de liberté, de raison et de progrès, se sentent portés, entrsdjiés, par la force d'une fausse exaltation, soit à se créer une religion et à se faire ainsi eux-mêmes les auteurs de leurs croyances , soit à blâmer tout ce qui existe dans Tordre social et à vouloir refaire le monde entier d'après leurs idées d'un jour.
Que la philosophie, engagée dans Tune ou dans Tautre des fausses directions signalées plus haut , exerce une influence préjudiciable à l'éducation et corruptrice pour la société, c'est un «fait si manifeste quil ne demande aucune dé-
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monstration. J'aime mieux faire remarquer combien se3 écarts lui sont nuisibles à elle-même. £n efifet il est arrive, par suite de ses déviations ^ qu'elle n'appariat plu^ que sous un jour défavorable » surtout aux yeux d'hommes dont l'entendement 9 plus particulièrement appliqué à la vie pratique, n'aperçoit rien au-delà des rapports généraux de l'ordre positifn Dans leurs préventions^ fondées à certains égards , mais injustes daus leur généralité , ils regardent le mot de philosophie comme synon)[me de chimère. C'est ainsi que, chez^ 1^ IVomains, nous voyons plusieurs de leui^^ grands hommes d'état pénétrés d'un {semblable mépris pour la futilité de la philosophie grecque. ¥^t cependant on ne peitf nier qu'il n'y ait au fond du travail scientifique qu'dle prpvQqqe, ^^ précieux mobile» une noble dis-r
^position qui , bieu dirigés , ne peuvent qu être féconds en résultats très-salutaires. C'est ce^ que désigne fort heureusement la dénomination grec- (me : car le mot philosophie , dans sa signification primitive, ne nous offre point l'idée d'une science toute faite et complètement achevée ; il
se borne à indiquer ce qui doit faire Tobjet de nos investigations eh même temps qu'il suppose l'ardeur généreuse ; le saint enthousiasme , qui s'éveillent en nous pour la vérité. Il implique même dans la vaste idée qu'il nous retrace , les règles qui doivent accompagner l'emploi de cette science.
n est facile de comprendre que pour remé-
' dier radicalement à l'abus que l'on a fait de l'étude de la^ sagesse, il ne suffit pas d'en empêcher ni d'en prévenir les écarts ; nous devons
^ encore, et cette condition est indispensable, nous devons tracer et aplanir la route de la philosophie de la vie. Il faut donc que respectant d'une part les données fournies par la révélation , et de l'autre les faits existants dans l'ordre positif extérieur , elle évite soigneusement de se montrer hostile à l'un ou à l'autre dé ces deux ordres et qu'elle se garde avec le même soin d'empiéter sur leurs domaines. Ce n'est qu'en se renfermant modestement dans les limites de son empire qui est la vie de l'intelligence, comme il a été dit plus haut , et en refu-
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sant constamment le concom'd direct de son action soit à la théologie i soit à la politique , qu'il lui sera possible de conserver sa dignité et son indépendance. Ne pensez pas toutefois que je veuille la réduire à un rôle inutile et concentrer l'objet de ses recherches dans un cercle de vaines spéculations ; mais je prétends que ce n*cst qu'en s'abstenant de toute espèce de participation en ce qui touche aux vérités positives , qu'elle peut exercer au- dehors une influence qui, bien qu'indirecte, n'en sera pas moins trèssalutaire. Elle observera et fera observer les choses sous un jour plus universel et plus libre, et de cette sorte elle trouvera l'occasion de dissiper sur sa route bien des nuages qui planent surtoute la sphère de l'humanité et entretiennent cle dangereux malentendus, en même temps ^[u'elle écartera un grand nombre de pierres d'achoppement qui servent à troubler notre époque, à égarer les esprits et à les maintenir dans un état de division. C'est ainsi qu'elle conservera toute l'efficacité de sa vertu conciliatrice et quelle remplira la mission dont elle est chargée.
10 PHILOSOlPHIB DB LA VIE.
L'objet de la philosophie est donc la vie de
rintelligence. Elle rembrasse dans toute sa plénitude et non dans Tune ou dans Tautre de ses parties seulement. Qnwt h la méthode qui lui convient, avant de chercher à en déterminer U nature, disons que la philosophie de la vie supr pose la vie, c'est-à-dire, qu'outre la vie organique elle requiert encore un principe de vie intellec- « tuelle, ou, en d'autres termes, elle suppose la conscience humaine déjà éveillée dans tous ses sens et en voie de développement. Cette condition est indispensable, attendu qu'elle a pour objet de répandre la lumière de la science sur tous les faits qui forment Tensemble de la conscience et de l'éclairer dans toutes ses directions. Ovy pour lui faire atteindre ce but, on conçoit qu une méthode trop recherchée , c'est-à-dire trop prolixe par ses détails , ou trop artificielle dans se^ procédés, serait plus propre à l'eptraver qu'à en faciliter la marche. C'est en ce point surtout que consiste l'immense différence qu'il y a entre la philosophie de la vie et la philosophie de Ter çole. Veut-on ne considérer la philosophie qup
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comme une branche essentielle de l'enseignement scientifique élémentaire, alors tout se borne à renseignement de la méthode que Ton
peut appeler logique , selon l'ancien usage i ou
renseignement par excellence « selon une déno* mination plus commune. En effet, il s'agit bien moins, dans cet enseignement^ de l'objet même de la philosophie qui reste très-éloigné , et que le manqué d'une expérience intellectuelle suffis santé met encore au-dessus de la portée des élèves,, que d'un exercice préliminaire de l'esprit dans les lois de la méthode , exercice nécessaire aux études' ultérieures , et applicable à toutes les branches de la science. Mais qui ne voit que cet exercice n'est qu'une préparation à la philosophie et non^la philosophie ellemême ?
Un moyen de rendre l'enseignement philosophique de l'école très-intéressant et très-fécond, serait peut-^être de lui faire embrasser l'histoire de l'entendement humain. Qu'y aurait-ii de plus attrayant et de plus propre à pénétrer de jeunes intelligences qu'un exposé
clair des différents systèmes dus à la Sagacité du génie grec? On pourrait y ajouter, sji Von voulait lui donner plus d* extension; un aperçu de la science des Égyptiens et même jusqu'aux théories non itioins iremarquables ni moins vanées des Indiens, ces Grecs de Fancien monde. Mais ce travail empiéterait sur le domaine de rérudition et n'offrirait plus à tous le même intérêt. Après tout, il ne serait que l'histoire de la philosophie et non la philosophie ellemême*
On concevra diversement les rapports réciproques qu'il y a entre l'enseignement de l'école et celui de la philosophie de la vie, selon la notion que l'on aura de l'objet de la philosophie en elle-même. Or, cet objet, on peut se le représenter, ou dans l'ordre des idées abstraites ou dans l'ordre des réalités. Il est des penseurs qui ne connaissent d'autre philosophie que celle qui se meut dans un cercle d'abstractions. Selon eux, elle consite en un système d'idées raffinées et quintessenciées, si l'on peut parler ainsi, qui, portées sur les ailes d'une subtile dialectique à
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peine saisissable à la perspicacité humaine, tendent incessamment à s'ëlever jusqu'aux plus hautes régions du monde des intelligences, puis, franchissant toutes les bornes posées à la conception de notre esprit, elles vont se perdre dans le vague de Tincompréhensible. Et nVt-on pas vu récemment en Allemagne la science nous proposer gravement l'intelligible comme le caractère essentiel de la vraie philosophie ? J avoue que j'ai toujours eu une grande défiance de cette philosophie qui se place dans une lumière inaccessible. Si Fauteur nous assure se trouver, potir son compte^ entouré de toute la certitude de l'intuition, il a grand soin de nous dire aussi qu*il conçoit parfaitement qu'il ne soit point compris de la plupart des mortels, pour ne pas dire d'aucun absolument. U n'y a dans toutes ces idées creuses que le sombré jour d*une lanterne sourde ; ou le faux éclat de l'illusion.
Pour des esprits ainsi engagés dans la voie des ^tractions, il est clair que l'enseignement de. l*école est considéré comme tenant le premier
^UL^f^ '
14 PHILOSOPHIE Qfi LA VIE.
ratig, comme portant lê caractère de la traie science, c'esl-à-dire le caractère de rinîntelHgiblé. Celui de la philosophie de la Tie« au cou** traire, n'est i leurs yeux qu une espèce de tra^* duction populaire du premier, mise à la portée de la conscience du commun des hommes au moyen du langage usuel, traduction qui, malgré sa clarté apparente, malgré le talent d'élocution et d'exposition de l'auteur, n'eto demeure paS' moins inintelligible ^ le plus souvent , pour quî«. conque la soumet à un examen sérieux , parce que les pensées qui en font I>3bjet étant obs** cures dans leurs priodpes mêmes, l'exposition la plus claire ne peut le$ placer dans un plein jour.
Mais outre cette plûlosophie stérile « infnio** tueuse, qui s'égare dans les régions imccessibles de la métaphysique 9 il est une autre philoso^ phie HymU^ féconde, qui $e renf^nM ddns le
domaine de la vie. Loin de s'envelopper des ténèbres mystérieuses de l'incompriéheasîbte , elle êe place au grand jour de l'expérience ; car^ a ayant pour ob^t qp» ^ émi tout homme a
LBQOll I*'' 15
la conftâence, pourvu que le développement de ses puissances intellectuelles ait atteint un certain degrés rien n empêche que d'exposition n'en soit claire et facile. Ici^ comme on le voit, le point de vue change, et pour les partisans de ce dernier système, renseignement de k philosophie de la vie occupe la première place, tandis que celui de Técole n'a qu'un rang secondaire : et quel que soit le mérite, quelle que soit même la nécessité de ce dernier, néanmoins il ne se montre dans cette nouvelle perspective que comme une conséquencci un corollaire ou une application du premier.
La méthode de la philosoppie de la vie, con* fermement à la nature de son objet, doit, être une méthode vivante. Ce point est de la dernière importance. Il n'est pas besoin toutefois que, dans Tapplication, elle se présente sous un mode tbujows inflexible et également sensible: il £iut au contraire que, souple dans ses formes, elle proportionne la rigueur de ses procédés au but que Von se propose d'atteindre* Pour rendre m pMisée pliid claire I j'emprunterai q^lques
tuimA.,^^ (t,.
comparaisons à la vie pratique, dont les affoires et les arts les plus importants reposent en général sur les mathématiques qui en forment comme la méthode. Or, tout le monde sait que pour les actes delà vie, quelles que soient du reste leur nature et leur gravité, mille circonstances nous empêchent de recourir, quand nous le voulons , aux éléments de ces sciences et d* entrer dans les détails de leur méthode. On les suppose connus et démontrés \ et l'on s'en tient à ceux de lcurs> résultats qui sont immédiatement nécessaires à Texécution de nos desseins. L'économie domestique, par exemple, dans la maison du prince comme dans celle du laboureur, repose , en dernière analyse , sur les premiers principes de l'arithmétique : mais où setait-on conduit , si pour toutes les affaires de détail, il fallait remonter aux règles de la numération et s'assurer par les procédés ordinaires de leur justesse et du plus ou du moins de sécurité qu'il peut y avoir à en faire l'application. C'est la géométrie qui serf de base à la stratégie. Supposons un général rangeant une armée en ba«
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taille, invoquera-t-ii à son secours les lumières de ses traites élémentaires, afin d'établir sur des démonstrations fondamentales l'ordre dont il médite l'exécution. L'astronome enfin, dont presque tous les travaux consistent en opérations algébriques, veut-il nous faire observer quelque phénomène céleste, il dispose son télescope et se garde bien d'importuner par des calculs compliqués, que peut-être il a faits pour luimême^ ceux qu'il désire intéresser par la nour veauté du spectacle qu'il leur procure.
Ce serait tnéconnaître la nature des choses, que de ne voir dans ces rapprochements faits entre la vie pratique et la vie intellectuelle, que les relations arbitraires et conventionnelles de pures comparaisons ; il y a entre ces deux vies toutes les conditions qui établissent une parfaite ressemblance. Leurs fonctions, leurs arts, leurs moyens de communication respectifs se touchent par les rapports les plus étroits de l'analogie. Et d'abord n'est-il pas évident que tout, dans l'ordre de la pensée, et la philosophie principalement , réclame les règles d'une sage I. 2
18 PHILOSÔPHIB 9Ë LA VIE.
économie qui embrasse surtout cette niasse d'idées quune circulation continuelle soumet à tant de chances de gaspillage ? Cette mesure me paraît d'autant plus urgente que, de nos jours, retendue prodigieuse des richesses de rinteilt^ gence et Tétonnante rapidité avec laqueUe s>n opère rechange, ne permettant pas toujours de maintenir un équilibre convenable entre la re^ cette et la dépense , on pourrait compromettre les biens If s pins précieux de Tes^mt, en ou* vrant la voie à une folle dissipation, ou^ ce qui ne serait pas moins déplorable, en donnant lieu k un fimc système de crédit, dépourvu d'un ca-« pitid assuré, cest^^dire à un système raaa^ quant de prindpes fondamentaux certains et de vérités fécondes en résultats pratiques et du^
rables.
En second lieu, qui ne sait que le terrain de la philosophie n'estvie plus souvent, qu'un champ d^ batailte où Ton voit se reproduire la lutltB, mÊfs eesse rensâssantë , de la vérité et de Tw-^ te». Puksions-9ou$ , messieurs , rangés mar ei tnéme terrain, remporter par nos efibrta
UEÇOM 1. 49
eoimauDs, une ▼ktoh'e rignalée 6ur les iiiiiora«> bri^kfi erreurs aux^ueHti nous allons dédkrei!^ Ugoarre, fB wen dire sur ees errmxn qui sèment Il (Ëvision dens les espnis, troublent l'htraioii^ ^e la vîe et lepment la pak jusque dans le mapdf PAdfique des inteUi@sn«es t Enfin, peutHitre ne ^ra-Hl donné anssi^ en portant wotn sAteniion Y$r9 tes hautes régions de la setence, de diriger ^ lemps e» temps tm regards sur quekpies d3tares jqsqu'à présent inconnus ou mal obser« Tés, C'£»t Ik^ messieurs^ le pkps ardent des yciux Que je forpie, comme aussi k principal but ipie K m propuse en oomsMoçaot ia eow* m nos leçoBs,
li esA enic^re une rtmarqu* tttportaot* ^pot
lov» 1)0 dev9il» point OflMttrf i ,e'«il qtt«« h )i
QQtàpt <9iif( nom 90tti><e» |onpo««« 1;ç^f«i iw
fois qu'elle pénètre cI«a» ]« 4oiinsiw <k I» tll^P" Wc |H)W «Hieq|4fi{»P ««Aç fât«., ou totftff» les
HçïB»; de- fflêffli fUe se inéprçtad #.ur Je
ij^ dç sa méthode gaaii4 ell? veyt iniiter ls§
procédés artistement comlnnés de renseignement des mathématiques. On se souvient que yers le milieu du dernier siècle, presque tous les livres élémentaires allemands étaient, dai^ la plupart des sciences, composés d'après les formes rigoureuses de ce genre de démonstration. C'était une suite sans fin de paragraphes, disposés comme en ordre de bataille, où chaque
proposition, uniformément entourée de l'appareil algébrique d'une défiante logique , se terminait par le coup décisif d'un ergo. On sait aussi le progrès que ce ridicule enseignement a fait feire à la philosophie. Et que pouvait-il produire? Ce n'était qu'un tissu d'hypothèses arbitraires , en partie oubliées de nos jours, étant par leur essence même étrangères à la vérité philosophique, c'est-à-dire à cette vérité qui est quelque chose d'un peu plus élevé qu'une combinaison triviale de calcul.
Quoique la philosophie, en Allemagne ;^ • ait pris depuis une allure plus dégagée, cepen-^ dant elle n'est pas encore entièrement afiEranchie de ces forpiules algébriques, formules
banales et perfides sous lesquelles viennent s'allier, comme dans une fusion commune, les propositions les plus diverses et même les plus contraires.
La méthode que réclame notre philosophie doit présenter un tout autre caractère : elle doit être plus subtile , plus spirituelle ; il faut qu*elle procède de l'essence même de la vérité dont die devient la forme. Si pour jeter plus de Jour sur ce point , on Voulait invoquer la lumière de quelque comparaison , c'est à la nature et à la vie qu^il faudrait la demander et non aux mathématiques. De même que Taspect d'un édifice dont une exacte proportion règle toute. les parties , plaît à Tœil du spectateur qui en saisit facilement l'harmonie , de même il faut que dans l'exposé d'un système philosophique v les principes qui servent de base une fois inébranlablement établis , toutes les parties qui concourent à l'ordonnance générale se présentent dans leur ensemble ,' de manière à faire naître une harmonie , une unité naturelle, spontanée et saisissable à la première vue* Cette
23 raiLosoPHiB i)B LA vm.
CQnditipn est la preuve la moiiM équWoqile de la justesse des prindpes^ le gage le plus as*^ sure de la ddsti du développemeiit ultérieur, en même temps que la garantie la plus certrâae contre Tintroduction de toute proposition hètéîrogène*
Mais cett^ ordonnance générale a des rapporta de ressemblance plus immédiats encore avec un objet pris dans la nature animée et sounrà aux lois du progrès. Que Ton se représente im arbre l^agestueux, étalant avec magnificence le luxe de ses branches et de ses rameaux. Il présente > si Von veut , à Fœil peu attentif i un tout assez irrégulier et assez imparfait , soit qu'on suive son accroissement à partir des racines , soit qu'on l'examine dans la division capricieuse de ses branches, soit encore qu'on le voie se mouvoir au gré des vents : mais Ta-t-on observé de plus près, quelle parfaite structure , quelle merveilleuse symétrie , quelle délicate régularité n'aperçoit-on pas dans son ensemble et jusque dans la plus petite de ses feuilles, dans la plus imperceptible de ses fibres!
LlÇOH I. 23
C'e^t ainsi, à mon aria » cpe la philosophie de-^ wait noua représenter Tarbi^ toujours croisiiaBt dd la cont ciénce humaine s car, pour lui conser-" Ter G<Ate végétatkrn tigoureuse , cette sèv^ fé-^ coade qu'elle tire de la iraie science , il £nit que l*esprit se le réprésenté, 11 £alut^ si )e pids parler Am i qu'il se Timplànte plein de vie ; autrement bieatôt Taction délétère des fausses doctrines Taura dépouUlé de ses feuilles et le rongera néme insensiblement jusqu'aux racines.
Mais si la disposition générale d'un système philosophique ne doit point être le résult$^t d'une combinaison artificielle, il faut en dire autant k la liai^n dfis pensées de dét^l dans le déreloppement dés piirties secondaires. Puisqu'il renferme en lu^^méme le principe de son éxpan* 9ioQ ^ \^ çpimexion des idées pajrtielles ne peut reasembler i rien dé mécanique. !(ja nature t dana ses innombrables phénomènes , va encore ïious fournir une image vivante de cette con- Beriopt Qui ne connaît les propriétés merveill^use$ de la boussole, de cette aiguille dont le t^i^t délicat , dès qu'elle a subi l'influence de la
terre, se met, comme par enchantement v en rapport avec les pôles du globe , aiguille intelligente qui 9 comme on le sait , dirigea sur les plages inconnues du vaste Océan ,^ la course aventureuse du plus entreprenant des navigateurs et le conduisit à la découverte dun monde inconnu. Tel et plus subtil encore doit être le fil secret qui lie entre elles les pensées secondaires du système. Le monde intellectuel a son magnétisme aussi , et les idées sont douées d'une vérttt d'attraction qui ; tant qu elle n'est point paralysée , tend à les coordonner ps»: rapport à un centre commun.
Outre cette harmonie , cette unité d'ensembll qui se manifeste surtout à l'extérieur, et dont nous venons de parler , la production et le développement d'un exposé de la philosophie en suppose une seconde d'un ordre différent. Celle-^ ci doit être plus intrinsèque; plus radicale et plus spontanée encore que la première. La na** ture, malgré l'immense variété de ses symboles, ne peut nous en fournir l'idée. La vie seule peut nous la faire concevoir, non plus sous des
formes analogiques et figuratives v mais en s'interrogeant elle-même ; en sondant les principes , les sources d*où elle émane ; car cette unité n'est que la vie elle-même , et son nœud mystérieux ya se perdre dans les profondeurs de rétre moral. On prévoit sans doute que c'est de Tunité de sentiment que je veux parler, c'està-dire de ces lois ineffables de la génération de la pensée, de cette logique vivante qui préside à la conception et à la formation d'un système d'idces; en organise les parties et les anime toutes du même souffle. , Cette unité porte toujours avec elle un caractère qui nous frappe ; quelque part que nous la rencontrions et quand feen même nous resterions étrangers aux couactions qu'elle suppose. Elle ne dépend aucuneïttent des formes extérieures du discours , et n'a rien de commun avec les méthodes même les plus ingénieuses. En ' effet , combien de fois tf aniTe-t-il pas que dans un discours- politique, par exemple ; sans liaison apparente dans ses parties j mais prononcé à la hâte d'après les exigences du moment ï on l'aperçoive se faire jour
96 PHILOSOPHA nS LA VIE.
à trave^0r le3 «ts^taaMdna néf^igées de rorafciiur ^ pamtra e^tièro el ép«rgiqM/ et eommai^r notre admir^iaQ ; t^ridiA ({tie aou^eat, dausuAt des œuvres que Voa iiqmiA% Qtivrage^ d'esptiti coiDj^sée selqn toutes les règles de Vart ^ noii^ jne rencontrons qn'pne pro£[^ndeup appa^ rente et une unité factice. A peine i^voiis^^ioqs levé récôrce systématique , qu'il ne .reste plus qu'une méchante compilation de pensées for-*' tuites et ipoohérentes , d'opinions et de depnî-^ vues empruntées ; production pitoyable , dépourvue de tous les caractères de l'unité de sentiment!;.
L'objet de mes désirs, messieurs , dès notre début dans la carrière philosophique que nous nous proposons de parcourir ensemble, serait de vous présenter le plan général de mes conceptions , d'une manière claire qui vous permît d'en saisir aisément l'unité. L'ordonnance dçs parties constitutives une fois bien comprise, j'ai la confiance que vous reconnaîtrez avec la même facilité, l'harmonie des parties secondaires. Alors je pourrai me flatter quç vous verrez aussi
LBÇOll I« 27
se détflopper dé ^m en phii ^ à mesuM qttf TOUS péftétrereiK plus arant di»s ma {^naëe^ Vu* nité de sentiment qui doit iMirgir do fond méiM . de rédifiee^ comitié nous ^enoiul de k dire. Kt croyid )K>iAt tcmtAibis rencoMrer cette der«* ^ièré unité ^ surtout dès le commeneiment^ dans dès proposition!) iàdlées et dans dés vues par* tieltes ^ dont lu place i dâHs le cadre général d< mto idéeft, âe tous est pas encore bien connue* Je vous prie de suspendre votre jugement à cet égard » et d'attendre qu'une exposition complète vous ^ présenté un point de vue d'oà votre œil puisse eml^rasser l'ensemble du $7Stènie. Moyennant cette précaution, j'aurai l'espérance que le 9ens .dçtaché de mes pai^olea, exprimées avec clarté, ne fera sur vos ^$pri^ aiapune impression défavorable , même, là où de nombiTf^ux points de dissidence retiendraient encore votre conviction ; je me flatte . ?w contraire , d'éveiller en vous le doux désir de ïïous rapprocher sur les questions où nous pourrions être séparés. Les fruits les plus précieux ^ la vraie philosophie , vous le savez, mes-
sieursvsoat d'exercer une force conciliatrice qui rétablisse rharmonie dans le monde de la pensée et dans la yie.
Telle est l'étendue que j*ai cru devoir donner à mes observations sur Tobjet de la philosophie^ sur la méthode que sa nature comporte et sur celle qu'elle repousse* Enfin il nous reste à examiner une condition très-importante, je dirai même indispensable au progrès ^e son développement. Cette condition» c'est le choix d'un point de départ. Que l'on ne s'imagine pas le trouver dans les propositions ou dans les thèses que l'on voit figurer à la tête de l'exposition d'un système. Il faut, au contraire, aller lé chercher dans ses parties les plus secrètes ; Car c'est la pierre angulaire que l'on ne découvre qu'en creusant jusqu'aux fondements de l'édifice; c'est l'idée mère que l'on ne connaît qu'après avoir soigneusement étudié là physionomie j la face caractéristique du système auquel elle a donné le jour. Si pour nous conformer à la nature même de la philosophie de. la vie , nous prenons pour base de notre théorie l'ensemble
de la conscience humaine v c'est*^à-^^e , l'intelligence prise ayec toutes ses facultés xlont nous considérerons l'âme comme le centre i nous au-roQs un point de d^art très-simple. Â la vérité) dans le cercle vivant qu'il embrasse , il o&e plusieurs points d'où peut partir l'impulsion sdentiiique : mais cette multiplicité apparente de centres d'action ne détruit point l'unité essentielle : car, de quelque part que vienne le premier mouvement , il nous ramènera toujours au centre principal, à l'âme dont il proyoquera l'expansion^ et déterminera ainsi lé propos de la science.
En indiquant V dès le commencement de cette '^n, les deux voies d'erreur ouvertes à la philosophie , nous avons dit que la véritable direction tient le milieu entre elles. Nous avons à ^nstater ici que cette direction part du centre ^émQ de la base que nous lui assignons ; en ^'autres tenqies, nous avons à démontrer que ^impulsion donnée par l'âme la conduit en ligne ^cte dans le domaine de la vie intellectuelle; Nos preuves ressortiront d'ellês*mémes du côn-
30 PHILOSOmS BB LA VIE.
trafite que fera adtre un examen raéetniit des fa«K principes qui ont fieiri de point dé départ k là philosophie moderne , et sous ce nom je cdtti^ prends YéccÀet française àa diK-«l|oitième siè« cle et rëcole allemande moderne. J'ai dit l«s faa:^ principes ; car je suis autorisa 1 les quiatifiev ainsi ^ tant à cause des résultats auxquels ils ont eondnâ; , qu'À cause de leur vice intrinsèqua. En Allemagne , comme en Fr^nc^^ 1& plûlosophifi déhtita toujours en ne constituant Tensiemii; de la msoni é$ Mrte qu'an «eât eru qu'en Twtu^ sa mUiH mkm f^ éu&t destwée à essayer ses
forces en organisant un système d'li«l%dque iX>ntFe
San plii^ p«û^^^ ^ip^U|^iF«. Tpvt^f m mm y
Ui§sons p^j^ trp»p«r ^ i*tte lierre ^éclirçf k h
tmm n^^^ qn' we rw^ • 4^i?ii^e laquais ^
tfam?tieipt 4p poifs pQmplpt^ di^4# çp^tTfi <tmh qu(S chpsç 4<9plwgi:w4f «t 49i4 an s# pr^po^^ 4e cQpftfyr jlu? tar4 r«|téçHtio» à 1^ raisoofW*'^
ai^ §çni$aliQ»§- Qr^ «a Acçor4^^^w o^ne§4«K
LEÇON I. 3t
humaines, on se dostnait , par là même , le àx)it de tout âdre dériyer d'eux , et on le fit. Les philosophes r^isant de reconnaître les titres d'origine et le$ privik^s de la raison y ne voulurent plus voir en elle que le résultat, le produit dânûqne dimpressions matérielles. Mais, leur objectait^on, qu^bpie portée , quelque puissance que roQ afetiabue ans sens ^ quelque grande que ^ la part qu^tt» aie^t à revendiquer dans le domaiiie de la pensée, il est néanmoins évident qu€ la coneeptioa ^>llective de ces impressions, ^^^ r.j^ppits véckfroqpts^ en im mot runité dm h conscieacft dans laquelk elles viennent se 8Ki^^ av)K lerdre , ne pAut nous ^enir du de^ wfô. Us ijûasèreot objecter et poos^rent l&ar ^trief>rise ; car ils ae voulaôent pmat se borner ^tej^remi«rcenfr#rseiiM«t 4 tdé^. Jwsqpi'iei îk A*a>^i^t &ib9Hep(^er i^^r^^ 'ésolu de ne m mfi^U^ «to'lfi^ i» Hatoît tîrné
4# M «^m»t ^nc^^nesmi^ i'^S^q^rWnfj^
^Mlt ce qnHIs me éBÊMiUBt JEûfie JMifltjTtfi' jisiîs J^
cercle des sensations , tout ce qui , à raison de sa subtilité, se refusait à Tëpreuve chimique de leur conception grossière. Et pour en étouffer jusqu'à. la foi; ils en éte^nirent jusqu'à la connaiss^ance;
N'allons pas croire qu'ils se bornèrent à dé-
truire l'ordre positif qui fait l'objet de nos croyances. Du domaine de l'entendement à celui de l'imagination, il n*y a qu'un pas. Après avoir renversé le vrai, il était^naturel qu'ils détruisissent le beau. Aussi n'omirent-ils rien pour nier , corrompre , avilir les idées du noble , du beau et du grand. En un m^ot, tout ce qui^ dans les différentes branches des connaissances humaines, pouvait trahir fa notion de Dieu, tout ce qui semblait révéler quelque rapport caché avec un monde supérieur, fut rabaissé au ni-
veau des idées matérielles ou englouti dans les abîmes d'une incrédulité complète.
Le premier acte de cette philosophie fut^ comme on vient de le voir , de dépouiller . la raison de ses titres et de ses droits pour la placer au-dessous des sensations dont on la faisait
dériver : mais , chose inome ! à peine a-t-elle déclaré la gaerre au règne surnaturel, que c'est à la raison elle-même qu'elle emprunte ses armes, non, il est vrai, à u^e raison saine, savante et morale , mais à une raison perverse , sophistique et impudente, qui joint le redoutable sarcasme de Tesprit sceptique à tous les prestiges de la diction la plus riche et la plus variée. De quelque modération que Ton soit animé ; on ne peut , sans dénaturer les notions des choses , s'empêcher de donner le nom d'athée à un système hostile , dans sa direction générale , à tout ce qu'il y a de divin ; et l'histoire nous apprend qu'il le fut dans ses résultats, comme l'examen nous prouve qu'il l'était dans son esprit.
A l'époque qui précéda la révolution , la philosophie française prit une direction différente. ËUe abandonna les armes du sarcasme et ne se Montra plus que sous les traits séduisants d'une éloquence de feu. Les esprits résistèrent difficilement à ses charmes , et les cœurs les mieux nés furent souvent entraînés. Par cela même cette
nouvelle tactique fut,, s'il est possible , plus funeste que la première, a La raison telle que Ta » faite la civilisation , la civilisation elle-même » sont d^ux choses contre nature. C'est le produit î» bizarre d'institutions conventionnelles , c'est le » résultat fortuit de l'invention de l'homme; la » seule condition en harmonie avec les be- » soins de la constitution humaine, c'est l'état de » nature* »
Voilà ce que l'on disait, et pour arracher le genre humain à un naufrage inévitable, au milieu du débordement toujours croissant de la civilisation, on lui jeta le Contrat social comme planche de salut. La génération d'alors eut l'imprudence de faire l'application de cette étrange théorie. L'expérience lui apprit une chose qu'elle paya chère : c'est qu'un pareil système , appliqué en grand, peut bien faire régner tour à tour le despotisiiie de la liberté et celui du sabre, mais qu'il est aussi impuissant à nous ramener à l'état de civilisation qu'il a été incapable d'opérer le retour à l'état de nature. Les leçons puisées à l'école sanglante des faits nous dispen-
sent de mettre ici au jour l'absurdité de ces désolantes doctrines. Remarquez qu'ici encore la philosophie débuta en se constituant l'ennemie de la raison. Elle l'a diffama comme quelque chose d'abusif 9 comme une monstrueuse aberration de la nature ; mais notez bien en même temps que ce n'était que pour se jeter plus tard dans ses bras avec l'univers entier , et pour lui donner une royauté absolue sur toute l'étendue des choses divines et humaines. Une marche analogue se fera taujours remarquer, toutes les fois que méconnaissant les droits et les prérogatives de la raison , elle nen fera que l'instrument passif et docile de ses recherches et son unique point d'appui.
La philosophie allemande moderne , entièrement différente de la française quant à la forme etquaiit à l'esprit, exerça, sur le théâtre étroit des jeux de sa métaphysique, une influence beaucoup nioins pniversdle, et si de temps en temps dl« produisit quelque anarchie , ce ne fut guère qa une anarchie d'idées. Néanmoins quoique engagée d«[is une autre voie i elle marcha dajns
le même ordre. Elle voulut aussi régenter la raison, elle réprima ses prétentions et la renferma dans lès limites les plus étroites ; mais on vei:ra que cette mesure de sévérité n'aboutit qu'au triomphe de cette même raison; car elle provoqua une réaction qui lui fit décerner une royauté absolue et même les honneurs de l'apothéose.
Le fondateur de cette nouvelle école établit d'abord, avec un grand luxe de preuves , que la raison; est par elle-même, incapable d'arriver à la connaissance des vérités surnaturelles,
que toutes ses tentatives, faites dans ce bui^
n'ont d'autreâ résultats que de l'engager dans un labyrinthe de difficultés et de contradictions. L'impuissance de la raison^ à cet égard, une fois constatée, il en conclut la nécessité d'une foi quelconque et se crut en droit d'en formuler le symbole. Cette foi cependant , née d'elle-même, sans garantie étrangère, ne se crut pas trop digne de confiance à ses propres yeux : et en effet , vue de près , ce n'était que la vieille philosophie qui, après avoir été chassée solen-
ndlement du palais de la science v venait s'y introduire de nouveau,, à la faveur d*une porte dérobée , et sous un masque emprunté.
Mécontente d'un système auquel elle ne pouvait donner unité ni consistance , la philo-* ^ sopbie allemande résolut de se dégager de Tordre des réalités , pour aller s'abîmer dans le sein de l'idéalisme pur. Elle se créa une prétendue science absolue sur laquelle elle régna d'abord en souveraine, sans être inquiétée. Mais dès qu'on se fut convaincu de plus en plus que, dans ce monde étrange , il n'était question que d*un dieu-raison, idéal comme tout le reste, dépourvu d'une réalité objective qui lui fut propre , et lie pouvant s'individualiser que dans le moi humain devenu absolu, alors un soupçon s'éleva sur l'insoutenable égoïsme de cette science ^t ensuite une accusation d'athéisme se fit entendre.
Remarquons en plassant que l'équité semble , <^omnianderj]uelque discernement dans l'emploi de cette qualification. Sans doute on ne doit pas confondre un simple renversement d'idées avec
, 38 PHILOSOPHIE DB LA ym.
un rejet insolent de toiite yén^é surnaturelle : sni moins pouirraitran qualifier .la preniièr^ de ces erreurs d'athéisme seientifique , et mettre aiiïsi la personne à Fabri de ce que là dénominalion a d'offensant. En effet (le cas présent nous en * offre un exemple) y Tathéisme scientifique peut Irès'-bien se concilier avec la profeasion do stdtcisme moral Iç plus rigoureux. Néanmoins en ne peut dissiiliuler que ce système n'ait opéré un violent bouleversement dans l'ordre idéal 4^ la sëience.
Cependant l'école allemande ^ dégoûta de la stérilité de ses conceptions et de la transcendance de sa dialectique ; elle se prit d'admiration pour la nature et se jeta dans ses bras , espérant y trouver la vie et y respirer à l'aise. Bien que sur ce nouveau terrain , elle produisît de nombreux et de prédeux fruits , elle ne put cependant se défaire, de ce fantôme de l'absolu qui la suivait partout. On l'accusa de paotbéïsme , on lui reprocha de déifier la nature. A dire vrai ^ ce n'est pas la nature quelle déifiait, mais bien le simulacre de la raison sur lequel elle faisait reposer
r€4i6ce de $9 science^raison qui, au fond, n*ëtait que la viçiUe ttiétaphysique à formes algébriques, i laquelle on venait de donner un certain air de jeunesse en rappliquant à la nature.
Toujours (idèle i son premier {dan , la philo*- 3ophie manifesta d'abord un profond dégoût pour la raison qu'elle rangea au-dess9us de la nature ; puis elle finit par lui attribuer les propriétés de l'absolu, et par en faire le principe de toute chose. Considérée comme science natu* relie, cette théorie n'offre point Fensemble systématique d'une organisation essentiellement vicieuse , elle ne présente que des erreurs locales et comme des excroissances qui la défigurent. C'est pourquoi le reproche de panthéisme né pèse pas avec le même poids sur toutes les personnes qui qnt pris une part active ^\rk da formation, soit à sa propagation.
Dans les derniers temps T école allemande ^Qtouoba en partie dans le cercle de ses subtilité^ dialectiques* Elle ne se perdit plus , il est ^r^i, dans une vaine idéalisation. Moins stérile ^ette fois, elle conçut toutes les choses avec leur
objectivité propre; elle sentit également la nécessité de réaliser l'idole de la raison v ^Bn de la placer convenablement sur le trône de Tabsolù qu'elle lui avait préparé; Elle l'évoqua donc V de sa parole puissante , du sein oisif de ridéalisme et la revêtit de son individualité. Malgré cette précaution, quand on considère avec quelle attitude ennemie l'esprit s'est jeté dans la voie des négations et avec quel empire le principe d'incrédulité règne dans tout ce système , on est porté à y voir un renversement dldées encore plus déplorable que dans le précédent. Car, ne nous y laissons point tromper^ c'est précisément cet esprit de négation que l'on divinise ; c'est l'incrédulité elle-même qui, à la faveur d'une abstraction illusoire , veut se substituer au Dieu vivant.
On ne peut qu'être frappé du rapprochement et de la coïncidence des résultats auxquels est arrivé l'esprit d'erreur de notre siècle , en suivant les différentes directions que lui ouvrent les diverses branches des connaissances humaines. On a vu les talents les plus opposés
ïiEÇON t. 41
par leur nature, les plus distincts par leur objet , n'ayant entre eux aucun point de coutaot: ostensible , se rencontrer soudain , frappés du même trait de lumière illusoire, ou pi3iir mieux dire; charmés par les mêmes téxxèbres lumineuses.
Dans une représentation tragique qui a pour sujet le premier des fratricides , un poëte anglais, homme d'un esprit prodigieux et le pljus remarquable , sinon le plus grand des poètes de Tépoque , nous faisant yoir l'ennemi commun du genre humain, le roi de l'abîme comme l'instigateur de ce meurtre, s'attache ^ ' nous le dépeindre comme le contempteur par essence de l'ordre divin, comme le chef d^ tous les esprits rebelles. Le tableau qu'il ^n trace est frappant de vérité ; on le dirait dessiné d'après nature. Il est infiniitient supérieur à toutes les peintures qu'en avaient faites , avant ^^,les poètes les plus célèbres, dont les conceptions arbitraires ne nous représentent qu'un fentôine dénué de vraisemblance. Mais qui le croi- ^it? tandis qu'au delà de la Manche, la poésie
ù- .jéêÉMa.!^.
42 PHiLosotmn im la ym.
yft^e avec une précttlfli^cm qpi »e traMt « tou^ les çhirmeâ de l'ioi^^sitiofi h ylm riche $nv h «ombre %ot e dt m brilla»j t^tblet^M ; c'^st-àdire , landii qu'allé e^rapiM Tesprit de înégatioa et de meppongf » i\ aryivfl qu «n deçà du Rhin , la philosophie , dan$ §f$ d^roif r3 i^cf^rU t lui élèv2t«t uq trôna ^iw ïw débri^ d^ Sf s systèmes écroule'^ , se proeli^me Dieu A^m le hnff^e mâéchifiTrablç de sf^ métaphysique- |f e dirait-on p^ qvi^ d'^st ^ vertu d'une h^monie prédéter- If^iné^, qujç Jip ppëte et le philqsopl^e wtjicbrétîens arrivent, sans le savoir, au n^én^e degré dune triste ^qblin^ité. Quoi qu'il m i§pit d^ cette i?:^çancevablç confttsipn d'idée^, on peut la çpnridejer coninie 1^ troisième période de i'i-
dé^lisme et comme le point culminant de 1'»-
tjjiéisme spientifiqtie.
Ppw résumer çfi peu de mots mo^ opuiion HWV la philpfiiophie moderne , soit de l'école »We»mpnde, spit de l'école française, dpnt je vpwp
p4e de ne point perdre de vuç \^ rapports avçp te philosophie de te vie, je dirî^i : Jesui» pénétré de respect pt d'?kdm^ration ponrles déçonverte3
xjatmenses et skihe» eu résuttata dont noas son»-
'SBoes redêif abihss à k physique , f sdraire âurtout
Ifl^ ffoiÈffenÊté diqieiiaîons qi;i'a pria le éév^^
^In^pement dts aci^ices nutureUea en Fnace^
jparce qu'autant Qifr'il m^est dopné ck rapprëckr,
^ stt|)f^se isÉ progrès réel de V^aprit liiimaio^
^ten promet un plus g^^oid escore pour ravenir i
iniais je repousse de toutes iea forces de mon âme
le mittéfialisine qui s'était emparé d'elle et qui ,
de nos jours , compte encore tant de partisans.
J'honore et je chéris, dans la seience allemande^
ses coneéptiona éleirédi , ses inyastigat^fins uni-^
Terselles ; je préfèrci la philosojpihie de la nature
à celle de noa voisinât p^rce qu'elle rattache da^
vai^age à l'ordre spirituel lès grandes décou-
teites £&ite^ dans l'ordre naturel ; mais quant à ce
hxjit idéal qui iparehe à ses eôtédi et l'enveloppe
éfk quelque sorte dans le réseau de sa dialectique
pour s'en constituer le maître, et s'établir ainsi le
principe absolu dé toute chose , erreur dont n'est
point encore entièrement purgé le système ae-
tuellemcnt dominant, je ne puis m'empécher
4c le considérer comme une aberration iiitellec'
Uk^i
tuelle des plus préjudiciables dans ses effets.
C'est assez avoir examine les différentes faces de ces systèmes, étrangers par leur nature à là science de la vie qui nous occupe: Par cet examen j'ai voulu , à l'aide d'un parallèle, mettre dans tout son jour le vrai centre de la philosophie. Mon but est rempli. Procédons maintenant à l'exposition de nos pensées.
Ne donner à l'essor scientifique pour point de départ que la faculté dialectique, toujours très-exercée dans le penseur, puis s'élever à vol d'aigle et aller à la découverte de je ne sais quel rêve de science absolue, c'est, comme on vient de le voir , passer loin des régions de la vérité pour aller se perdre dans le vague de Tidéal, et retomber ensuite lourdement dans le chaos des contradictions, et de là , dans Tempire de l'esprit de négation et de mensonge. Pour donQcr aux recherches de notre esprit une direction droite et certaine qui en garantisse les résultats , il faut avant tout se former une notionfexacte et complète de la conscience ; il faut en connaître toutes les facultés et les avoir vues
en action dans leur plein développement ; puis, se plaçant au centre et dominant tout le cercle de son extension , il faut pouvoir répondre à ces <Iuestions : de quelle nature sont les vérités auxquelles la conscience peut atteindre ? Peut-elle arriver à la connaissance des faits renfermés dans Tordre de la nature ? Peut-elle s'élever jusqu'aux idées surnaturelles ? Quelle est la portée de ses investigations dans l'un et dans l'autre de ces deux ordres de choses.
De même que, dans la nature, Tâme en général est le principe de toute vie, de même aussi , dans Thomme , l'âme pensante est le centre , le principe de toute activité intellectuelle. En tant que puissance de la conscience, l'âme renferme d'une part la raison t c'est-à-dire la faculté d'analyse , de combinaison et de déduction ; de l'autre , elle renferme l'imagination , c'est-à-dire la faculté de réflexion , d'invention et de conjecture. Ces deux facultés se tiennent sans cesse à ses côtés comme des compagnes inséparables. C'est encote elle qui , en qualité de terme moyen , remplit l'abîme qui sépare l'entendement de la vo-
lonté. Elle forynè entre TuM «t l^autre comme un point de transitioa et leiù: ouvre ainsi une Toie dt commiuiicatîon. Créaftrieie du monde inteU^ctuel t elle- renferme en eile tous les éi^ mants qui le constituent* De l'immuable au eontiogent f de 1- obsi^ure coi^eetuire à rëvidence la plM ItiHiûiauSe f de la spéculation à la pratique, (^n un mot: t dVn pôle à Fautre du monde des réalités, il pife^t iiu^une vérité ^ il n>$i: aucun fait dont elle n'ait ou ne puisse avoir Pidëe et lareprése^tatic^Tif dans une mesure toujours proportionnée à la nature et au degré 4c clarté avec lesquels iln lui apparaissent* {Semblable à Timmensité ^MnA qui embrasse et vivifie tout dans son s^in , l'âoi^ i^u$si porti^ en elle l'univers en images, ^Ue )^i commupique la vie avec un mouvement contjnwi, M ^ tçftt mouvement, dans la nature, jiou^ attcistip la présence d'une force vivante , â la piilsation du pouls d;ans l'être animal es| ¥in gagie de vi^ , 4e même tCMit mouvement scientifique, tout b^tlwnent intellectuel
nous faî|; recoppaUr^ Ta^Uop vivifiante de l'âme pensai^te.
UBÇOK I. 47
Mais eommeût saisir, me direz -vou6, dans lé ¥ague de cette description grandiose , une dëfitiition exacte de la conscience ? J'avoue que notre but ii*6st point atteint^ Ëssayonê d'y parvenir par une dutre voie. Si elle vous parait un peu hasardée, peut^-étre aussi nous y conduirait-elle plus facilement. Étd)lissons entre la conscience de rhomme et celle des autres natures intelligentes créées , un parallëlii qui nous permette de reconnaître le côté caractéristique de la pre- Oijl^re. L'àme raisonnable, la raison , nous répète-t-on, jusqu^i satiété, voilà ce qui distingue rhomme de la béte ! D'accord. Mais est-ce là donner une définition complète de l'Homme ? C'est ne le voir que sous un de ses côtés. Faudrat-il donc toujours avoir nos regards fixés sur la matière et ne les élever jamais au-dessus de nos têtes ? Je veux dire par là : supposé qu'il existe d'autres esprits créés, un coup d'ceil fêté sur leur conscience toute spirituelle ne pourrait-'il pas, par la lumière d'un contraste , faire i;;essortîf tout ce que la nôtre offre de saillant et 4e
^inctif dans celle de ses parties qui touche au
48 PHILOSOPHIE DE LA tiE.
monde des esprits et que Ton perd de vue si souvent ? Je suis loin de vouloir ici me livrer à des recherches sur le fait de l'existence dé ces intelligences supérieures; je Tadmets comme une supposition qui peut m' être utile, supposition, il est vrai , que les traditions universelles entourent de toutes les garanties d'une vérité incontestable. J'ai dit les traditions universelles ; car, d'accord avec ce que nos croyances nous enseignent sur ce point, les peuples les plus anciens et les plus civilisés , parmi lesquels je nommerai les Égyptiens , les Indiens et particulièrement les Perses, ont toujours admis , comme un fait placé hors de doute, l'existence de certains esprits créés invisibles aux hommes, sans leur être néanmoins tout à fait étrangers. Que si les Grecs et les Romains nous parlent àa génie de Socrate comme d'une chose surprenante et inouïe , ce n'est que parce que le sage d'Athènes parlait sur cet objet d'une manière qui lui était propre ; attendu qu'il en avait une connaissance beaucoup plus élevée que l'idée que l'on s'en formait communément; car» du reste , c'était une croyance
chez Tun comme chez Tautre de ces deux peuples que tout homme a son génie, son esprit protecteur. Cette supposition admise , il nous reste à nous former une notion précise de la nature de ces intelligences. La même tradition nous les représente comme de purs esprits , sans corps , sansformes terrestres. Tout au plus leur attribuet-elle un corps éthëré, dans l'hypothèse que Wr action nécessite le concours d'un agent doué d*organes. Ces données toutefois, malgré leur clarté, ne nous fournissent qu'une définition négative. Changeons de point de vue et poursuivons la confrontation de leur nature avec celle de Thomme. Nous retrouvons en nous un ensemble et comme un système d'imperfections qui ne peut être considéré que comme un apanage exclusivement propre à notre être. En effet, comment prêter aux esprits supérieurs cette faiblesse, cette fragilité de caractère, cette inconstance , cette indécision dans la conduite, cet intervalle que sépare notre volonté de son accomplissement , notre pensée de son exécu- UOQ, intervalle qui n'est rien moins qu un abîme; I. 4
# ^Ai'.é^M
comment , dis-je , leur altribuer tous ces caractères de faiblesse, conséquences nécessaires de ' rinfériorîté de notre nature , sans détruire Tîdée même que nous nous formons d*eux. Nous ne pouvons rious les représenter qu'avec la promptitude de Féclair, la rapidité de la lumière, absorbés dans une action éternelle, sans cesse alimentés par les délices de Tineffkble repos d*une/ éternelle intuition. Toutes leurs pensées, toutes leurs puissances convergent vers le même terme . En eux, le projet et l'exécution, la volonté et Taction se confondent dans le même acte. En un mot, tout leur être porte Tempreinte de Téternîté. Reconnaissons toutefois que cet état sublime a aussi son mauvais côté : car, viennent-ils à perdre le centre quMls occupent, ils s'égarent nécessairement dans une erreur éternelle. Voilà lés principaux caractères que nous trace leur nature elle-même : il faut les reconnaître à ces traits ou rejeter leur existence.
Mais ce sont là dès observations trop générales encore qui ne résolvent qu'incomplètement notre question. Hâtons-nous d arriver à des no-
tiûoi pliii pi 6me# #t vQyonë qu'elle» sont, parmi les lacuU^'3 de l'esprit %% àeVkm^ celles qui con- WeQfteQt Qu »e couYieQiieiit pas à ces substances purement spirituelles, Laissons répondre pour BOtts un de nos célèbres poètes, il tranche admirablement la difficulté. Ses vers sont connus • (fc Ta science, dit-il i en s'adressant à l'homme , ta science t'est commune avec les wpritô privilégiés* » S'il les nomme esprits privilégiés, c'est que i placés au sein même de ^ lumière de la science éternelle , ils sont ^n effet infiniment élevés au-dessus des hommes, l^^il poursuit; a Quant à l'art i ô homme;, toi Wttl tu le possèdes, » Or, qu est-ce que l'art, sinon rima|puuition se produisant au dehors sous Us formes sensibles d'une ligure , de la parole ou d'une douce mélodie ? Ainsi l'imagination , acuité essentiellement mobile, espèce de Protée k plu^urs faces , prérogative toigours dange- ^Ufi« de Thomme, n'e^t point le partage des Pura esprits. On ne peut pas leur attribuer avantage la raison telle que nous Tavons ^iùue {Ans haut Elle e^t remplacée par l'in-
tuition de l'entendement; car pour eux, com* prendre ^ c'est voir; Mais s'ils ne possèdent ni l'imagination ni la raison, il s'ensuit que rigoureusement parlant on ne peut leur supposer une âme^ et par âme j'entends un principe distinct de l'esprit, un principe plus passif par sa nature, source de la fécondité , de la mutabilité et du progrès inteliectTiel.
AVAsi résumons-nous et disons : la nature de la béte est simple, parce qu'en elle l'âme est identifiée au corps et comme dissoute dans l'organisation , en sorte que le corps étant détruit , elle rentre dans les éléments généraux ou se confond avec l'âme universelle du monde* La nature des esprits créés est double , supposé qu*ils soient doués d'un corps éthéré. Quant à celle de l'homme, elle est triple ; elle se compose d'un esprit, d'une âme et d'un corps. Cette triple constitution, cette triple vie ne forme pas encore, par elle-même ,1a prérogative sublime et éminemment
caractéristique dont jouitrhomme,àrexclusion de toutesles autres créatures, d'être revêtu de l'image de la Divinité , mais elle en dépend et s'y rattache
LBçaN I. 53
de très-près. C'est c^ triple priadpe qui forme la base de toute notre philosophie, et c est pourquoi nous rappelons philosophie de la vie. Elle est» par son essence même , étrangère aux spéculations oiseuses, et aux hypothèses intelligibles. Son propre est de n*étre ni plus difficile ni plus
obscure qu'un discours ou qu'un écrit quelconque sur quelques points des connaissances naturelles ou historiques. Et qu'est-elle autre chose que l'exposé clair et méthodique d'un corps d'observations faites sur la vie de l'intelligence, observations dont la vérité nous eât garantie par notre expérience personnelle ? Commence-t-elle à. balbutier le langage des abstractions , vientelle à se perdre dans l'incompréhensible , alors craignons ou plutôt ne doutons plus qu'elle ne soit tombée dans l'erreur.
Quand nous nous représentons par la pensée l'individu humain , le corps nous apparaît comme tenant le dernier rang parmi les trois éléments qui le composent. C'est le troisième terme où viennent se résumer l'esprit et l'âme. Son organisation, ses forces , ses lois appar-
tieiineifit kxxt Bciéûeês naturelles ; là pUlosophie ûe l'occupé que de la conscience, c'est-à-diré queVésprit et Tâme forment Tôbjet immédiat de son ëttide, et il est de la dernière importance pour elle de né point outrepasser les limites qu'elle lui trace. Remarquons encore qu'il n'est pas toujours nécessaire que le troisième principe constituant de l'être humain et qui sert de cen^ tre à l'action combinée des deux autres , consiste en un tùtpê organique. Il est des Conditions et de^ états de l'existence humaine où la parole, l'acte^ la vie elle-même ou toute disposition de la sagesse divine peut former le nœud, lé terme moyen sans lequel on ne peut concevoir le concert et la subordination réciproques qui doivent régner entre l'esprit et l'âme. Tels sont les trois points que j'ai àntioncés comme devant faire l'objet de notre philosophie.
Mais pour compléter la division ou l'échelle dé ta vie de Thomme^ ajoutons encore que s'il est triple dans sa nature ^ il est quadruple dans sa conscience; car l'esprit et l'âme se di-
TÎsent en deux autres facultés qui sont pour Je premier, Tetitendéiâetit et la volonté ^ et pour l'autre , la raison et Vimagination. Ces ciuatre facultés forment comme les quatre régions ou les quatre points cardinaux du inonde de la conscience humaine. Les autres puissances , tant de Tesprit que de Tâme , se rattachent à ces premières, comme des rameaux aux branches principai^es d'un arbre.
De rame aimante comme centre de la yie morale. Du mariage.
Messieurs ,
Si parmi les trois principes qui concourent à la formation de Tindividu humain , c'est Fesprit qui tient le premier rang dans l'ordre de la dignité , il n'en est plus de même dans Tordre du développement de la conscience. Ici 9 c'est l'âme qui revendique la première place ; car elle est la source, la cause cfiiciente de la vie intellectuelle, comme elle est le fondement, le principe constant de la vie réelle. Ce n'est que beaucoup plus tard que^ se développe l'esprit , c'est-à-dire l'entendement et la volonté, quel que soit, du reste, le mode d'influence par lequel l'âme le tire de son assoupissement. Rien qu'excitée, l'action de l'esprit dans l'homme n'est ni persévérante dans
LEÇoW II. . 57
Sa durëe , ni uniforme dans son intensité. On peut dire d'elle ce qu'on dît du vent qui meut et anime tout dans la nature : on Ténténd souffler; mais on ne sait ni d'où il vient ni où il va. L'âme au contraire se livre dans le silence ; à une opération continuelle, et l'on peut admettre avec toute apparence de vérité que, dans le sens strict du mot, elle a toujours des images, encore qu'elle i^' en ait pas toujours la conscience. C'est une opinion que j'émets avec d'autant plus de confiance, que je la trouve professée par un de nos célèbres philosophes allemands d'autrefois , sur les traces duquel je me félicite de me rencontrer souvent. Il en fait la hase de sa psychologie. Cette opinion nous conduit à reconnaître que l'homme, vu l'alternative de veille et de repos à laquelle est soumise la vie orgatiique, a des rêves continuels pendant son sommeil , supposé encore que ces rêves ne laissent aucune *race dans son souvenir. Le plus grand nombre des songes, même de ceux dont nous retrouvons les vestiges à notre réveil, ne sont 9^ un écho confus et comme un dernier reteri-
.jt^jiÀtii *
8 PmLOSOBBIB PB LA VIE.
tisftetnent des images qui nous ont le plus occupé» pendi^t la veîUe précédante, retenti^ement favorisé par la prolongation ou par le retour 4^ mêmes circonstances y et dff mêmes Conditions de vie et de santé dont no^p corps se trouvait alors affecté.
Cependant parmi cette multitude de rêves cônfîis et insignifiants » tX en est quelquefois qui ée présentent avec un caractère de clarté et de cohérence tel^ qu'on les prendrait pour le produit d'une opération libre et réfléchie plutôt que pour le résultat fortuit d'une puissance assoupie. Ordinairement le sentiment s'en empare et croit y lire une signification profonde ou au moins Timagination les réclame comçie des images pleines de sens. Comme les extrêmes se touchent, et que leur jonction ne peut s'effectuer qu'autant que celles.de l^urs partie^ qui so^t en contact ont des rapports réciproques d'affinité, il arrive aussi, par contre, que, dans l'état de veille, souvent Tàme croit entrevoir à l'horizon de la pensée , des images vagues et sombres qui ne font que poindre pour disparaître aussitôt ,
. ïMqon n, 59
* images san& ensemble et aussi décousues que les parties d'un songe. Et cependant ce serait se méprendre étrangement sur leurs effets , si l'on prétendait qu*elles ne laissent aucune trace dans l'âme. Très-souyent elles y déposent le germe d'idées plus déterminées et surtout devenues originales , ou bien elles provoquent le développement d'inclinations à peine naissantes et impriment à la volont^ une direction fixe.
Si dans la vie du corps , l'âme passe successivement de l'activité de la veille au repos du sommeiU nous remarquons une alternative de conditions analogues dans la vie de la conscience, dont la raison et l'imagination forment comme lesdeujc esltrémés. L'une peut en être considérée comme le côté néga^f et l'autre comtne le côté positif. En tant que l'imagihation est la faculté productive ou le principe fécondant de la pensée, elle peut être envisagée comme le côté porîtif de la vie intellectuelle» Remarquez que je prends ici le mot imagination dans son sens le plus étendu. Je ne parle pas seulement de la faculté qtii fait le poë'te , ni de cette autre qui se mêle
à nos inclinations , à nos passions pour en seconder le développement ; ce ne sont là que des sphères particulières de Timmense action de rimagination qui se reproduit encore sous mille autres formes , et il n'y a pas jusqu'à la haute puissance de combinaison dont est doué le mathématicien, qui ne se rapporte à la même faculté. La raison, au contraire, en ordonnant, en précisant davantage , en assujettissant aux règles d'une rigoureuse logique les données de rimagination, en forme le côté négatif. Reconnaissons toutefois que ce mode de subordination ne doit
s'entehdre que des opérations purement intellectuelles de l'âme. Il s'intervertit toutes les fois
qu'il s'agit de passer à l'ordre de réalisation ou d'application extérieure. Ici, c'est la raison qui dirige l'imagination ; c'est son impulsion qui régularise les mouvements de la -puissance créatrice. Sans doute il serait injuste que la raison, qui n'est qu'une partie de l'âme , s'arrogeât un pouvoir absolu sur tout ce qui entre dans le domaine de l'imagination : mais il ne serait pas moins déplacé d'abandonner cette dernière fe-
LEÇON n. 61
cialtéà rimpulsion aveugle du besoin d'épancher aiA dehors la surabondance de vie qu elle ne saurait contenir.
T^ous avons dit plus haut que Fentendement et la volonté , la raison et l'imagination forment les quatre branches principales de la conscience. Quant aux autres facultés; soit de l'esprit, soit de Tâme, nous les avons envisagées comme des branches secondaires se rattachant d'elles-mêmes ^ux premières .Cependant n admettons point cette classification comme rigoureuse à tous les égards. £n effet , sous d'autres aspects , ces mêmes puis-sancespeuventse présenter avec d'autres rapports de filiation, de sorte que celles auxquelles nous assignons les derniers rangs peuvent occuper les premiers. Parmi les facultés du second ordre , se présentent d*abord , comme dérivant de la raison, la mémoire et la conscience morale. Car la mémoire a aussi pour fonction de distinguer et de coordonner les idées , comme Ja conscience morale a celle de les analyser et de Jes examiner. Elles diffèrent de leur feculté-mère ^n ce qu'elles sont restrehites à un mode d opé-
69 PHILOSOPHIB QB LA VIE.
raticm particulière, ou ne a'exerceut que ftur un or» dre d'idées différent Nous aurons lieu d'exposer plus loin, avec plus de détail, le rôle qu'elles jouent Tune et l'autre dans la vie de rintelligence. Les sens extérieurs , les goûts , les penchants re^ lèvent de l'imagination dont ils subissent Vin^* fluence immédiate. Pour ce qui coneéme les sens f nous remarquerons d'abord comment ils nous offirent en petit la reproduction du triple principe qui constitue l'existence humaine; c'est^dire, de l'esprit^ de Tàme et du corps. Cette observation , du Feste, s'applique à toutes les sphères d'activité particuHèrea deTinteUî-^ gence.
Nous ciaaaone en trois ordres les dnq^ sens de l'homme» et nous considérons les troi^ inférieurs,, savoir : l'odorat, le goût et le tact comme n'en formant qu'un seul, lequel^, compaifé au« deux autres, tient le dernier rang et correspond au corps. En effet leur mode de perception ne consiste pas en une simfde inp^ pression, mais bien plus il suppose une pénétration et commue u»e asiswibitiojn de Tol^
perçu. Quant à la vue et à FoiA'e ^ outre que leur fonction est provoquëe par le plus léger ébranlement des nerfs qu'occasionne la lumière ou les vibrations deTaîr, ils jouissent de plus d^une ^Ttée toute spirituelle et toute spéciale ; car, ils ne perçoivent pas seulement les objets qui les impressionnent ; mais encore ils saisissent les rapports d'harmonie qui en unissent les parties ; soit que celle-ci se produise dans une suc«cession de sons ou dans les nuances des cour leurs , soit qu*elle se manifeste dans les formes dune figure. Uddl est donc le sens spirituel et il a pour objet la beauté des formes et la grâce des mouvements. Remarquons que cette propriété précieuse n'est point le privilège exclusif du regard de l'artiste. Encore que l'art la per^ fectionne et la subtilise à un très*haut degré « l'universalité avec laquelle elle est départie aux hommes nous force de l'envisager comme une faculté essentielle à l'organe. Sans doute elle n'en reste pas moins un don à d^autres égards, attendu que tous les individus ne la partagent pas au même degré. Il faut en dire autant de rouïe qui est le
sens correspondant à Tâme; car, le sentiment musical est boin d'être également développé dans tous les hommes.
Ces propriétés sublimes qui ennoblissent les sens de l'homme , propriétés refiisées aux animaux, bien que du reste, en 'eux, les organes des sensations soient, sous tous les autres rapports, doués d'une finesse et d'une subtilité égale et même supérieure, sont les magnifiques présents de l'imagination. Aussi leur portée est-elle toujours proportionnée au plus ou au moins de développement de celle-ci. On observe, si l'on veut , quelques traces de mélodie dans le raniagé des oiseaux. La musique semble éveiller une certaine sensibilité dans quelques animaux des espèces les plus nobles. Ce sont là^ on pourrait dire, comme des essais de l'imagination qui cherche à se faire jour ; mais , en réalité , ce ne sont que des accords disparates et imparfaits, ou qu'un sentiment vague , effets d'une impulsion aveugle et incapable de leur donner ni suite ni harmonie, ou bien le résultat incom*plet d'une perception purement passive, dépour-
vue de tout caractère d unité et d'ensemble. lien est de même de plusieurs autres espèces d animaux dont Tindustrie semble révéler quel que lueur de raison, et néanmoins toutes mer ^ veilleuses que puissent paraître leurs opérations; dies n'ont jamais pour principe qu'un pur instinct, séparé de la raison par un abîme.
Tous ces traits de ressemblance , observés entre Thomme et les autres êtres vivants de la nature, trahissent quelque secret primordial. Ce sont comme autant d'accords rompus et détache's , ou comme les magnifiques débris d'une Ii<^rmonie primitive et générale entendue dans le lointain des siècles; et voilà pourquoi ces sortes de phénomènes nous touchent si profbn^ ue'ment , et réveillent en nous le sentiment pé- ^We de douloureux souvenirs. On dirait aut^t de traces vivantes où quelque chose d'hu- ^^in semble se remuer , et si nous ne pouvons remonter jusqu'à leur origine pour y contempler les mystères qu'elles supposent , au moins elles nous ramènent assez haut pour nous laisser entrevoir à travers la nuit des temps et les I. 5
(à& PHILOSOPHIE DB LA VIE.
débris de là mort ,' Timmense et royale dUiaticé qui mariait la nature à Thomme dans les beaux jours , si courts , hélas ! de leur inrniottaHté*
Mais si l'imagination prend une part si mani^ feste aux opérations des sens extérieurs, elle exerce une action plus sensible > plus prononcée et plus puissante encore sur les inclinations , les appétits et les passions. Et d'abord , il est évident qu'^elle modifie déjà d'une manière notable le simple instinct de notre conservation personïielle , et que les appétits naturels sont sou*mis de mille manières à ses suggestions dans la satisfaction des besoins de la irie. Mais combien plus tyrannique ne se montre-t-elle pas dans les passions ! Je les envisage ici portées au plus haut point; d'exaspération , et je parle surtout de ces passions capitales qui , entraînant dans une fausse direction les facultés les plus nobles de l'esprit et de Tâme , les vicient jusque dans leur principe, les transforment en autant de vices radicaux, et répandent ainsi limmoralité sur toute la sphère de l'existence humaine. Je vais les examinei* successiveioient selon les trois ca^
factères principâuis qtfi le^ mettent en rapport àvée lé triplé principe de Findividu huihain , et je féraj remarquer comment Fimagiiiation contfcourt à rexaspération de chacune d'elles.
Li^ premier de ces vices radicaux , c'éSt l'orgueil qui Consisté toujours en. utt profottd avéogiement de Tesprît. Les illusions de la vaiiité sfe rapportent bien au même principe ; maîè «lUe^ sè produisent sous des formés plus faibles ^ itnoins prononcées. Or, Itf sourire de Torgucil ^^t dans Ufl amouf déréglé de soi-même ; maïs qui tiè sait que c'êâit dani le sein tàêttië de Fî- ^^gîiiatiori que ferméhte Tamouf pfopte.
ï^ iecond qui se manifeste tdujôtfrs àtéc tin ^^^actère souveraintemeftt dés^âstretix , c'est la Passion sensiiille on la séiisuattté pa^slotiitée. Ell^ consiste en ùû abrutissement xàcitàl ^ c'êèt ^^ nlâtodie i une fièvre de Tâmé exerçant sëà ^^èlgcsi tantôt par de violents accèà, tantôt P^i* une action lente qui ronge et mine les fâ- *^Ués morsrles les plus nobles. C'est encore â^Hs rimagination^ mais dans une imaginatioh iWtéê, enivrée et empoisonnée, que cette pas-
sion a sa source ; c est d'elle qu'elle emprunte sa violence, ses charmes et sa magie. Par luimême , ce penchant est exempt de toute culpabilité ; il ne reyét les hideux traits de la corruption que lorsque , par un manque de principes moraux i on ne se tient point en garde contre la violence de l'empire qu'il tend à prendre , ou que, par faiblesse de caractère , on ne sait opposer à sa fougue la digue toujours insurmontable d'une volonté énergique. Enfin; la troisième et dernière forme principale sous
. laquelle se reproduit l'élément de corruption de
la nature humaine , c'est la cupidité et l'avarice,
élément éminemment subversif de l'ordre so-
cial et de la paix intérieure.
U est vrai que, de l'aveu général» il se fait peu
> de choses dans ce bas monde qui n'aient pour mobile quelque vue d'intérêt personnel , tout déguisé et tout délicat qu'on le suppose d'ailleurs.
Mais passons sur ce défaut inséparable de notre faible nature et portons nos observations vers cette cupidité insatiable; cette soif brûlante
de l'argent qui torture le cœur humain. Quoi de plus manifeste que la grande part que prend encore l'imagination à cette maladie morale, où Tesprit etTâme de Tavare, enfermés et comme enfouis sous les serrures de ses cof&es forts , se durcissent, se pétrifient et renouvellent en quelque façon le phénomène de ces ossifications du cours organique dont nous parle la médecine;
Non-seulement ces trois passions portent 1^ désolation dans la vie morale , mais elles en empoisonnent même les sources; Celles en attaquent les organes , en troublent et en paralysent les fa* cultes. En effet , rprgueil réagit sur le jugement moral qu'il enveloppe d'épaisses ténèbres , il le fausse et Tégare. Les grossiers plaisirs de la volupté troublent le sentiment moral , et abrutissent rame et la plongent dans Thorreur du désordre. Enfin T endurcissement de Tavarice étouffe dans Tâme cupide toute idée de moralité. Pour elle le souverain bien , Tunique fin de la vie c'est l'insensible Mammon ; elle ne connaît point d'autre dieu.
Bien que fausse et outrée , Ja tendance de ces
trois passions est positive : elle a pour terme 1». possession et la jouissance d'un bien, encore qu'il soit ill|i|Soire et illicite, Cependant ce que no^s venons d'e^ (jire pourrait , si l'oii youlait poursuivre l'analyse des vices de la nature humaine , s'appliquer aussi aux passiqns de l'iniipiitié dpnt Is^ tendance est négative ef a pour but la destruction, l'anéantissement de son objet.
On pourrait donc envisager du, même point de
v|ie , la haine sous la triple forme de colère, 4'enyie pt de vengeance.
Ce fi'est point ici le Heu de nous étendre plu^ Ipi^gtemps sur ce sujet. Jp ne me suis permis èes réflexions générales et purement psyçholpgiqqes , sur des objets à U portée de tout le mond^ , que pour montrer, d'une part, cpmment la trinité de la nature humaine se reproduit eq petit dans la sphère des penchants 4e l'homme , hpns ou mauvais , ainsi que dans celle de§ sens organiques , et , d'autre
p^rt, pour mettre en évidence l'empire de l'imagination sur les facultés de rame qui lui sont subordonnées; pour démontrer, en un mot,
çommeat elle s'insinue en élément corru;rf;ew dans les passions de notre fragile nature , et devient la cause principale du désordre moral*
Ces trois vices fondamentaux, peste dç la vie intérieure et de la vie corporelle, sont comme des flots ardents qui ont leur sour^^^ dans les flammes impures d'une imagination grossière et terrestre. Semblables aux soiabres fleuves des enfers dont nous parle la £able, ils inondent par des torrents de feu la région de la volonté , et éclatent ensuite , comme un volcan destructeur, en actes illicites, en violentes catastrophes , ou bien , ce qui peut-être est pis encore , consument insensiblement la sève de la vie , et la réduisent à une inutilité complète.
Après nous être représenté dans toute i^a force l'influence désolante d'une imagination désordonnée sur les passions vicieuses de l'homme, il nous sera d'autant plus facile de porter nos regards sur la direction opposée de son action , d'observer comment cette faculté prodigieuse, prérogative particujx^e de notre nature, peut concourir au développement des penchants
72 PHILOSOPfflE DE LA VIE.
régies. Nous verrons donc comment , par l'exaltation deè inclinations nobles , par un véritable enthousiasme, Timagination stimule nos facultés spirituelles et morales, et répand comme un surcroît de vie dans toutes les régions de notre existence.
Avant tout je dois faire observer que dans le domaine de la morale , j^ le juste n'est souvent séparé de Tinjuste que par une ligne très-subtile. La culpabilité consiste à franchir cette ligne, soit par une exaspération outrée de la passion , I soit par unej direction fausse que prennent les penchants. L'orgueil et la vanité sont aux yeux du monde un objet de blâme et de mépris : mais que l'on essaie de bannir du cœur de l'homme tout sentiment de l'honneur et tout amour de la gloire , bientôt le corps social , tombant dans un état de marasme général, ne présentera plus que le décourageant spectacle d'une apathie universelle, parce qu'on lui aura enlevé les fibres résonnantes qui lui communiquent l'âme et le ton.
On ne peut dissimuler que l'ambition et
lïntérét ne soient dans le commerce de la société , une source intarissable de discordes , de procès et de différents de tout genre , en sorte que la partie la plus précieuse de la puissance d'un état se consume à terminer les discussions et débats de toute espèce qui s'élèvent sur le mien et le tien : et cependant, qui pourrait nier que l'intérêt et m^me l'intérêt personnel , que Tappas d'un gain permis, sans préjudice des droits d'autrui, n'entrent en tant qu'ils sont ie mobile de l'activité et du travail , comme uù élément nécessaire dans Tétat social. '^ dirai plus , ils forinent un suc subs- ^tiel qui se propage dans toutes les parties du corps et répand partout le sentiment de la ^e et du bien être .
Quant à cet autre penchant de la nature enfin, Çû, par cela qu'il est le plus violent, exige les précautions répressives les plus ef^caces et les freins totaux les plus énergiques, nous le voyons toujours chez les peuples civilisés qui conservent quelques notions de moralité et surtout dans les cœurs "len nés , s'allier comme de lui-même à un élé-
hJC iàt !f * > ■■ ', '
74 PHILOSOPmS PB LA VIE.
ment moral d'un ordre plus élevé et revêtir ^dnfti un caractère sacré.
Ennobli par les liens d^ la fidélité , le pepchant de l'amour reçoit la sublime consécr^tion qui nous le réprésente sous Tidée sainte du sanctuaire 4e U vie twrestre ; sanctuaire sur lequel reposent les ^ptiqui^s bénédictions de Dieu, et d'où découlent 1^ félicité doipestiq^e et la prospérité des nation^* C'est de l'amour conjugal, fondement de l'union des familles* qi^e dérivent tous les autres liens moraux qui font les charmes de l'existence , tels que l'amour maternel, la piété filiale, l'amitié fraternelle et les douces relations de parenté, liens qui, pris ensemble , forment en quelque façon l'esprit vital et le fluide nerveux de la société humaine.
Jj'éducation , ç'est-à-dfare , le développement moral de la jeunesse tient encore un rang important entre les bienfaits dus au lien coi^ugal. En effet, n est-ce pointla sollicitude nfiaternelle qui inculque dans le cœur de l'enfant les premières maximes de conduite ? N'est-ce point l'amour des parents qui féconde et développe les
germes de vertu dont le créateur Ta doué? L'Etat, il est vrai, et même de simples individus Toués à l'instruction, fondent des établissements publics qui offrent à la jeunesse les avantages de renseignement le plus complet avec la variété des études les plus spéciales. Sans méconnaître les immenses richesses intellectuelles et morales que la jeunesse puise dans ces sources abondantes d'instruction , je ne persiste pas moins à dire <iue Te'ducation est une affaire de famille. C'est dans la maison paternelle que s'en opère les premiers progrès ; c'est là encore (ju'elle reçoit ^n complément , dans le moment où le jeune homme formé à tous égards et la jeune fille nubile quittent la maison paternelle pour fonder une nouvelle famille.
Cette vérité importante qui rattache , comme à son principe , la sécurité sociale au lien sacré d^ la famille, n'est souvent jamais plus méconûue qu'aqx époques de danger, et dans ces mo- '^ents critiques où la dégradation morale met la société en pleine dissolution . Cet oubli des conditions essentielles de l'organisation sociale, est
un fait confirmé , je ne dirai pas seulement par l'histoire contemporaine, mais encore par les annales des anciens peuples grecs et latins.
Partout et toujours une révolution morale , dans* le sein des familles, précède les révolutions politiques , et l'anarchie qui trouble les pays, ébranle les États, n'est que l'éruption d'un mal lent et sourd qui déjà a mis en conflagration les éléments de la société domestique* Dès qu'une fois les UeiiiS qui assujettissent les diverses parties d'un édifice sont rompus , le premier coup de vent en détermine l'écroulement.
Outre le lien spirituel d'un amour vertueux, qui embrasse jusqu'aux rapports les plus secrets de la vie commune des deux époux, l'élément moral se développe encore sous une forme plus grande et plus sublime : c'est la forme de l'enthousiasme.
L'enthousiasme a pour objet une idée positive dont l'âme s'empare ; cette idée à son tour captive toutes les puissances de l'âme et les remplit. C'est plus qu'une pensée spéculative ; et l'exaltation qu'elle détermine est autre chose que l'ad-
ïûiration stérile excitée par les productions du génie. Ce qui caractérise Tenthousiasme dont je Teux parler , c'est le besoin d'exprimer en action , de réaliser la pensée qui en est l'objet, et lûême d'en confirmer la vérité , s'il le faut , au prix des plus grands sacrifices.
La forme la plus ordinaire sous laquelle il se produit, c'est le patriotisme, et c'est surtout aux époques d'un danger social , qu'il se montre avec plus d'intensité et plus de générosité. La vie des sociétés , comme celle des individus , est une alternative continuelle de repos et d'action , et si 1^ forces corporelles se réparent pendant les uouceurs du sunmieil y nous pouvons dire aussi Que le courage et les vertus politiques, affidblies P^ les agitations de la guerre et du désordre , se f^tretnpent en quelque &çon dans la sécurité de ^ paix.
Hln effet, la tranquillité publique , bienfsiit le
plus précieux dont puissent jouir les sociétés, « ^^t-elle à être troublée? le pays est-il menacé.'^
aussitôt la patrie alarmée se voit protégée par
^e foule de brayes dont les talents et les yertus
JSL'». !"
TÔ TPHILOSOPHIÈ DE LA?!viE.
patriotiques, assoupis jusque-là, h^atiendâîént^ pour se développer, que la fcirconstance d'un pé*ril général.
Remarquons cépendantqùèlà, comme dan^ tout
ce qui tient au monde moral, il n'y a qù*uiï pas du vrai au faux enthousiasme. Il est irtipôrtarit de bien les distinguer Tun de Vauti^e. Et, pour ne parler ici qùé de ratnour de la patrie , Je me flatte de Vous en faire connaître d'autant plus facilement le caractère de vérité ou de f^ausseté, que je àaiâ être placé ^lïr un terrain <jiii nous est ciotiriu à fous. Et, poui'rai^-^jc sans faire battre vos eœurs , vons dire qtié le j[)remiet ca-^ ractère du Vrâî patriotisme est de se tttùhtt^ surtout datis les tétnpÈ de calamité, et âë ée dérelôpper en falsoil de la profondeur et de la pet^ sévéraneé de ririfortunc.
Un autre signe distinctif du véritable ettthoù^ siasme, c'est qtié déterminé f]Jâr des motifs dé justice et d'ordre , il rié se laissé poirit eritraînei* àù gré des caprices de rarbîtt*aire , ni ïié s'abàh^ donne à ufte impulsion aveuglé et irréfléchie. Il îîé eônnâît d'sttttfé signal que la Voiic dû sôute^-
LÈÇOfI u. 79
^ légitime. L'oI>ëis&ance tn est dont ime coupon âëce^sairé ; ïiiaîs c'est Tôbéissatice de la P^t'suasion , laquelle ne détruit nullement la ^poïitatftîîté de la volonté, ni ne limite d'aucune ^otte Téxpan^ion de la générosité. Le désintéress^tnent en est encore une base indispensable. En appelant sous lés mêmes drapeaux la fleur de '^ jeunesse d'un État, âa force magique doit se l^ornèr à stimuler dans ces intrépides défenseurs "U ()ays, une rivalité de dévouement qui leur &SSC quitter à Tenvi les biens les plus précieux ^t ofiiir à la patrie le sacrifice de leurs personnes ^^ de leur vie-
Il e^t encore une autre espèce d'enthousiasme généralement connu ; c'est celui qui a l'art pour ^^jêt. Il est moins commun que le patriotisme , P^tt qu*il suppose dans celui qui en est suscep- ^iWe , des taleMs naturels ou une puissance in*- Wlectuelle toute particulière; c'est pourquoi *^8si la sphère d'activké en est beaucoup plus res- ^^juate. Il cônMéte également en une Certaine disposition de l'âme qui l'empêche de st borfler à ^^ eio!item]^tâli0à )^hllûS6phiqué dé lâ pensée