‹ Philosophie de la vieChapitre 2 sur 6 · JU.L · texte numérisé non relu

JU.L

dont elle est préoccupée. Un besoin irrésistible et importun la porte à la réaliser à rextérieur.

Au reste^ ce ne sont pas seulement les beauxarts qui sont l'objet de l'enthousiasme; les sciences aussi exaltent rame au même degré; en sorte qu'il €st vrai de dire que c'est lui qui est le mobile vivant de toutes les découvertes , de tous les établissements, de toutes les fondations faites dans les diverses sphères de l'activité humaine.

Christophe Colomb n'eût jamais atteint les rives du nouveau monde sans la secrète inspira* tion qui enflammait son génie aventureux et faisait grandir son courage à proportion des dangers et des obstacles sans nombre dont était semée sa course audacieuse. Ici, comme on le voit, ce n'est plus l'idéal de l'art qui sert de base à l'enthousiasme, mais bien une idée neuve et grandiose prise dans l'ordre des sciences sociales et utiles. Néanmoins, dans tous les cas 7 l'enthousiasme a pour principe quelque chose de positif et de réel , pris dans Tordre du beau sensible ou dans la sphère du beau moral.

n en est tout autrement du désir; je veux parl^

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de ce gentiment indéfini du besoin v du vide profond que nous portons en nous , vide que rren de terrestre ni d'idéal ne peut combler, mais dont VEtemel et le Divin seuls peuvent remplir Timmensité.

Rien que le désir ne suppose aucun talent particulier, ni rien de ce qu'on nomme génie, parce quil a son principe dans l'origine divine même de lame et dans sa fin éternelle. Cependant j et la raison en est &cile à concevoir , son plein développement, dégagé de tout mélange terrestre et mondain , est un phénomène presque plus rare <iue l'enthousiasme artistique. La jeunesse , il est ^f^f au moins dans les individus doués jusqu'à ^ certain degré d'heureuses dispositions , dont 1^ développement n'est point entravé , offre ^ ^ez fréquemment l'exemple du désir tel que AOQs venons de le définir, ou du moins je ne sais ^el sentiment confus qui tient de sa nature. Ce ^M comme les premiers soupirs de ce besoin ininiense qui dévore le cœur humain.

Observons en passant que c'est dans cette at- ^■'^Tante disposition et dans cette douce mélan- ' I. 6

8t PHILOSOPBIE OX LÀ VIE.

colie du jeutie âge à laquelle s'allie toujours h seatiment de l'existence embellie ptfr un€ i\n^ abouda&ce de Tie, que se trouve la raison ded charmes qui accompagnent , daïis les personnes plus âgées , la vue ou le souvenir de la jeunesse. Les caractères qui distinguent le vrai du faux désk*! se présentent avec un tel degré d'évidence qu il est impossible de le méconnidtre. En effet ^ si nous envisageons en général le dé^r comtne l'état indéfini et mollement inquiet dont l'âme est affectée i lorsqu'un amour cherche à se £aiire JQur, il nous sufBra de nous convaincre de quelle n»^ tare est cet amour lorsqu'une fois il se sera mani**

f esté. )^ la mélancolie du jeune homme s'évanouft au nàoment 4u dévoloppemetit d^ passions ; si ^ les l^emières jouissances sensuelles captivent le» movivèments de «on coeur et en rav^ent les sentie méats au niveau de ia matières ; alors ses dîspo*^ sitions morales étaient incontestablemail dénuées des conditions du vrai désir v et, son âme^ restant enseveUe dans Tordre terrestre, ne manifeste aucune portée surnaturelle.

Maâs siles soupirs désireux du jeune âire résis*

tent à Torage des passions ; si V^oqm criti^ que du développemeiit, bien loin de lesétou£E^ ne£aitqa'e^augm€nter la violence; si» invincibles aux charmes de la prospérité et inaccessibles à Faction délétère du malbeur, ils rest^ot invaiiaibles au milieu des oontradietions de la vie et de l'^tation du monde ^ se portiMdt sans cesse vers les régions supérieures pour y découvrir hh terii»ey semblables au pilote en péril doiït Vmi inquiet F^rce la nuit de la temp^ pour y chercher h» signe de Fespérance ; alors , évidemment » ils portent toutes les marques du véritable àém* Lime, dans ce cas, ak sentimesot de m divine ori^ gi<^, elle éprouv<e le besoin desa fia surnaturelle.

Gefte dispositicm aima<^e de Fétre iQoral ^st la source de tout ee ipi'il y a de beap et de grand ^ k domaine de FJikiteWg^nce. L'amour de Ipt sa^e , FiM^nour des sciences spiritiueUes et mofîJes, là philosophie « en mx mot , n'^ ppint ^^*t»e.«igwe.

Les dîsppsîtîans morales du Jeune à^

porteaat souvent les caractères du vrai désir ;

« ne lui mapque, pour se développer et

se purifier de tout mélange hétérogène , qu'une plus grande expérience de la vie. Le désir, une imagination féconde et une âme aimante sont les présents les plus précieux que la nature, dans son amour , puisse départir aujeune homme, ou plutôt , ce sont les dons de cet esprit , admirable dans sa largesse , qui règne en elle et la gouverne.

Ces trois facultés forment le plus bel ornement de notre intelligence ; c'est le jardin ou le paradis terrestre qu'elle est destinée à habiter ; mais c'est un jardin qui demande tous les soins d'une culture assidue. Autrefois il fut djit à Adam de ne point s'endormir dans l'oisiveté de la jouissance , tuais de cultiver le lieu de délices, dans lequel Dieu venait de le placer. Dans combien d'individus , hélas ! même les plus richement dotés en talents naturels , le champ de Tintelli* gence reste en friche; faute de culture!

Dans le triple tableau que je viens de faire du désir, de Tamour et de l'enthousiasme, j'ai toujours supposé le concours de l'imagination comme nécessaire au développement de ces diverses mo-

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difications de Fâme; car son infloence sur les penchants nobles de Thomme n*est pas moins bienfaisante que nest funeste l'empire qu'elle exerce sur les passions perverses. Au rester cette influence n'est ni contestée , ni contestable.

Dans le désir pur , dégagé de toute affection étrangère , l'imagination , en tant qu'elle est la faculté de la pensée , s'absorbe dans un sentiment qui n'a plus rien de terrestre et s'identifie avec l'élément aimant

Dans l'amour et l'enthousiasme ^ c*est encore l'imagination qui est la source de la flamme qui les alimente; c'est d'elle aussi que part l'essor qui les exalte. Quant aux purs esprits auxquels nous ne reconnaissons^ point la faculté de l'imagination j leur amour peut s'expliquer par l'intention de leur entendement. Celui-ci détermine en eux l'élan de la volonté , les pénètre d'une admiration pleine d'amour et constitue ainsi l'état de leur félicité. Un amour , un enthousiasme humain auxquels l'élément de l'imagination resterait étranger, serait un phénomène difficile à rencontrer; je dirai même qu'on ne peut se le

86 PHILOSOPHIB 01^ LA VIE.

réprésenter que sans let apparences de la réafité.

Vouloir inférer du concours de J'imâgination, que l'amour et l'enthousiasme ne reposent que $nT des bases fausses et sur Tabsence de la vérité , ce serait supposer bien gratuitement que l'imagination est l'organe nécessaire de l'erreur. Je suis loin de lui accorder la prérogative de l'infaillibilité; elle peut errer sans doute , et elle erre en effet toutes les fois qu'elle est aveuglée et dominée par Temportement des passions , ou bien encore lorsque, dans les méditations poétiques , on la voit fo'lâtrer d'illusions en illusions et se créer ainsi un monde de frivolités. Encore ne nous y lais<^ sons point tromper , l'imagination volage du poëte , tant qu'elle n'est point vidée par la corruption du cœiir , nous peint la vérité à sa manière , et les illusions dont elle s'entoure t cachent souvent un grand fond de vérité.

Ainsi l'imagination , tant qu'elle demeure pqi'e et vierge» non-seulemisnt n'est point hostile & la vérité divine , vérité qui , vu ses infinies proportions , ne se lai^^se pas toujours circons^

&ir^ dan» h cercle orcUnaire des ehotet r^ellei, mais» Um mi^wi» eUd est a¥«c celles dans des niPSM)rts d'une aUiaqce qu'ra ne peut réTdqner en ^Qute, comme il sera démontre en i|b m\Mr^ liyçD, Suppose^K eacgre ( car il faut évaluer l^^^l^oaes bumaines selon les mesures h^maines; c^est le moyen de les juger avec équité ), suppose? , di^'je t que dans l'enthousiasme et l'a- ^^K9^ il se jFMM^ontre une pansée, un seul mou- ^^^^^At qui semble outre^passer les limites de

Id réalité t cet amour , fret eptbouiidsmt m

P^^dent pa^ pour cela le caractère du vrait

Il serait peu sage dé preudre pqw de Tesa- S^r^tipu tout ce qui peut passer pour tel ^m y^tt^ d'une raisou apathique^ Dans tou3 lea i?a» t ^ iîemçure certain qu'il se présente , dans ïa

^^ de l'homme , une foule de positioU0 critî- W*« pu les ma?çimes rigoureuses de la mo- ^^ , telles que les présente la froide raison , ^^f: impuissantes à nous ouvrir une issue , et *l*^*il ft'y a qu'un sacrifice de l'amour t qu'un ^PHç déei^f de l'enthousiasme qui puisse nous Çp^dnire à un heureux terme. Ce serait donc «e

montrer au moins infidèle à la vérité^ que de méconnaître ou passer sous silence cette phase de la nature morale de Thomme , encore qu'elle porte toutes les marques de Timperfection de notre être. Et, après tout, serait-ce fermer la porte aux abus que de placer l'homme sous l'empire exclusif d'une stérile raison ?

Ainsi y de même que l'âme pensante est le centre de la conscience , de même l'ânie ai*mante est le centre de la vie morale, comme on le voit dans les nœuds du mariage qui sont le terme et le complément de l'amour. Pour achever mes observations sur ce qui fait l'essence de l'union conjugale, que l'histoire nous apprend avoir été partout le principe de la civilisation, il est important d'ajouter quelques réflexions.

Parmi les esprits qui se targuent ^de philosophie et de lumière , il en est beaucoup qui , dans la vue de raba:isser ou même de nier absolument l'idée du grand et du noble , font tout dériver des sensations matérielles. H est arrivé par là que , souvent aux yeux du monde , le

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matrimonial ; ainsi dépouillé du caractère sacre que lui communiquent des maximes publiquement reconnues , n*appar^t plus que sous la forme d'une passion passagère; ce n'est plus qu'une union extérieure , déterminée par ^^s impressions purement sensuelles et par les ^^otîfs secondaires d'un intérêt tout personnel. Q^ant àTamour proprement dit, on. ne yeut pliis l'y réconnaître.

£h quoi! ne semble-t-on pas par là accuser la Nature humaine de ce que , dans un engagement ^ui embrasse tout l'homme, elle requiert la par- ^<^pation du double élément dont elle se compose ? N'est-il déjà point assez injurieux pour ^Ue qu'on ose soumettre au scalpel d'une impitoyable analyse et aux opérations violentes d'un Raisonnement destructeur , ces mêmes éléments Physiques et moraux qui, dans les individus ^^Ut les passions ont respecté l'innocence des ^<>Êurs et la candeur du caractère , forment une *^anjionie et une unité essentielle.

Cle n'est pas non plus par des procédés ^^alytiques qu'il faut distinguer Tamour véri-

table de la passion sensuelle i C'est pap le moyen simple de Pexpërience. De mime que pour l'enthousiasme et le d^sir , les effets de l'amour nous feront juger de la pureté de son principe. Quand une inclination de cette ntt ture , quel qu^en ait été d'abord le degré de violence et d'exaltation , supposé même qu'elle se soit manifestée sous les dehors d'un enthou^ siasme tout spirituel, quand, dis-je, Funiop une fois consommée, elle s'évanouit pour faire place au dégoût ou à l'indifférence , pfuis à la mésintelligence , à la défiance , à la discorde et enfin à une désharmonie irrémédiable , alors il est démontré qu'elle n*a jamais porté le carac*tère du véritable amour»

Mais quand , dans la vie commune des deux époux , même après que les feux du jeune âge sont éteints , cette inclination est remplacée par une bienveillance et une confiance mur tuelles qui se développent avec les années ; quand elle se transforme en liens d'une douce amitié , dont Tesprit de sacrifice et de patience résiste aux séductions de la prospérité et aux àam^en

àe l^iiifortttne ; dèa lorf soyonfi assurée que l'u^ jrioxit mabîmoniale a ét^ l'œuvre d'un véritable amonh

Quoi que Ton puisse conclure des contradic-tion s apparentes que présente la vie humaine ^ il n.*y a et ne peut y avoir, selon les lois de 1^ nature , de véritable attachement sans retour, ^t tiout amour suppose nécessairement la rédprc>^té.

►r , comme il est de Tessence même du vé- ^*^2iî)Je amour d'être persévérant et indestruc-- *^l« ; comme il fait le fond même de notre ^^ 9 pour me servir d'une expression plus pra- *iT>iLe , il ^ensuit qu'il porte son caractère de fi^^lité jusqu'à la mort.

^^u reste , il est certainement conforme aux ^^Sles de la prudence , que , lorsqu'il s'agit ^ lim conjugal dont la force obligatoire n'a d'^xatre terme que la mort des contractants, û^ éprenne en considération une foule d'autres ^î^'Xi^onstaniîes , capables , par leur plus ou moinf^ d iinportance , de modifier la détermination de

i* ^loiifé. Toutefois , il est impossible d'assigner

92 PHiLosoPHm im la ym.

aucune règle générale à cet égard ; ejt les lois divines , qui ,' du reste ;; sont les gardiennes du mariage , abandonnent aussi h la discrétion de l'individu le choix des motiÊ secondaires. Elles ne veillent qu'à une seule chose , c'est que Tunion se contracte sans violence i fsdsant de la liberté du consentement la condition fondamentale de toute alliance de ce genre.

Or I tomme la liberté du consentement n^est point compatible avec tout ce qui pourrait surprendre la volonté par la séduction ou la corrompre par Tappât de Tintérét , il s'ensuit que y par la nature même du consentement, Falliance conjugale , ainsi fondée sur l'inclination mutuelle des individus, doit être considérée comme le lien indestructible de leurs âmes y et ne peut rien avoir de commun avec le contrat civil dont l'objet est de régler leur état et leur fortune.

Le point important , la base , l'esprit de la loi qui préside au mariage est donc dans la volonté des individus. ^C'est l'inclination réciproque qui s'éveille et se développe dans leurs

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cœurs, inclination dont la manifestation est spontanée, tant qu'ils sont à l'abri de la contrainte; c*estla sympathie des esprits, garantie, i^n douteuse de la persévérance des affections.

Après cela les maidmes divines n ont plus d*autre objet que celui d'assurer l'indissolubilité de l'alliance , et d'en garantir la fidélité. Ces i&émes maximes, bien que non encore revêtues du caractère auguste que leur communique 1^ révélation évangéUque , avaient déjà très-sou- ^ent, avant le christianisme , réglé les alliances ^ugales chez les peuples civilisés de l'anti- 9ûté païenne.

^n sentiment profond du juste et du beau ^oral leur avait fait deviner ce besoin de la nature humaine* L'inviolabilité de principes ^^i sacrés est d'une importance telle pour le ^uheu et la prospérité des peuples , que Touloir les renverser , ou seulement porter at- ^^te à ce qu'ils ont d'essentiel, ce serait appeler sur l'humanité entière des maux sans ^^ et sans nombre. £t , j'ose U dire , une reli-

94 PHUiOSOFHIB PB LA VIE.

giôn qui ne craindrait point de détruire ce^ sanctuaire du mariage et d^en saper les fondements, et, par là, de rabaisser la femme à un degré profond d'oppression et d'humiliation , une telle religion donnerait par cela seul une preuve évidente de sa iiMisseté et de l'absence de toute intervention divine.

Partout où les meeurs ont été portées à quelque degré 4e noblesse , et où la dignité de la femme est proclamée et reconniie , le mariage , outre l'alliance corporelle , ealace encore , si je puis parler ainsi , dans les iiens dâicieux d'une société spirituelle pleine die charmes , les cosoêps et les intelligences qui, par r^ction qu il# exercent réciproquement tes uns s«r les a«t3«s, concourent merveilleusemeift à la fermatic»! et à un développement plus complet de l'âme, du caractère et même de l'esprit; en sorte que Ton peut dke que :1e oonlrat maitriRio» niai embrasse à la fois la tr^le unn^n 4és coips^ des âmes et des esprits.

Ce^e bienfaisante réaction opérée sur le dé* veloppement 4e» facultés inteMectue^es et mo^

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raies de rhomme et de la femme , et déterminée P^i" le contraste des caractères des différents sexes, est un phénomène psychologique digne de remarque et riche en déductions scientifiques. Je ne puis me dispenser de le signaler ici, ^ sa conformité avec les principes selon lesquels j'ai tracé , dans ma première leçon^ la li'^ gue de progrès que doit suivre le développe^ ^^i de la conscience ^ principes qui consistent ^ prendre le centre même de la vie pour point de départ.

Vouloir déterminer , dans des cas particuliers, les bases sur lesquelles repose la sympathie des ^prits, ce serait une entreprise sans résultat possible. L'infinie variété avec laquelle se majesté la nature humaine dans chaque individu, met en défaut, à cet égard, le coupdrille plus exercé. La familiarité, l'habitude d!uoe longue cohabitation ne suffisent pas toujours pour éclairer notre jugement sur le carac-* tere de tel individu en particulier ; car cofubien souvent ne voyons-aous pas s* unir par les liens de la plus vive sympathie deux c^actères que

des dispositions contraires semblaient éloigner à jamais ; tandis que^ d'autres dans lesquels notre expérience des hommes nous faisait reconnaître toutes les conditions d'une affinité naturelle I se repoussent sans motifs connus.

Peut-être cependant trouverait-on une solution générale à ces bizarreries et à ces contradictions apparentes des esprits. Supposons qu'un des époux trouve dans le commerce de l'autre une abondance de vie intellectuelle et morale correspondant à un besoin du même ordre qu'il éprouve , ou bien seulement qu'il y découvre un motif d'émulation capable de provoquer une plus grande expansion des facultés de sa conscience ; dès lors il est naturel que des relations pleines d'attraits établissent entre les deux caractères une douce communication qui tendra à les confondre Tun avec l'autre.

Si le mariage est impossible sans une certaine communauté des biens , ou au moins sans un usage commun des choses nécessaires à la vie quotidienne , de même il s'établit dans la sphère de la conscience un échange de pensées et de

sentiments qui forme une sorte de communauté de biens intellectuels et moraux , société qui a son prix et ses charmes. Cette règle , il est vrai; ne précise rien dans sa généralité , et je sens toute rimpuissance de la sagacité humaine pour^ saisir les côtés caractéristiques et originaux de la nature spirituelle des différents sexes. Au reste; il n'y a rien là qui puisse donner lieu à notre étonnement , si l'on pense aux difficultés qui se présentent dès que l'on veut seulement définir d'une manière un peu spéciale le caractère d'un peuple ou d'une époque, ou bien mettre en parallèle les qualités morales de deux nations. Que l'on dise y par exemple, que le génie grec se manifeste pai^ un entendement transcendant pour 1^ sciences comme pour les arts , par une profondeur de pensées et une pénétration d'esprit auxquels la clarté de l'expression et le discerne-* "^^l des idées ajoutent un surcroît de mé- ^te; tandis que l'énergie de la volonté, la grandeur et la fermeté d'âme sont surtout les attributs

distinctifs du caractère romain, on ne dira * nen qui ne soit en général conforme à la vérité;

Mais qui ne voit que ce rapprochement n'e»t qu'une antithèse historique trop exclusive. Que de restrictions, que de modifications ne faudraitil pas ajouter à cette rubrique banalet si Ton tou^ lait faire un tableau parfait du génie de ces deux peuples , et les concevoir dans toute l'étendue de leur sphère d'activité .U en est de même d'un parallèle établi entre deux époques différentes* Que Ton soutienne que pendant le moyen âge , rîmagination était , dans les peuples , la faculté dominante , que dans les temps modernes , au contraire , la raison a pris une prépondérance incontestable sur les diverses parties de la conscience : cette proposition n'a certes rien que de vrai dans son universalité ; mais aussi il est évi* dent que la vérité de la vie , que la réalité , toujours si variée , se perd dans la généralité d'une définition si absolue.

Pour-rexprimer sous les iimombrables formes qu'elle revêt dans les individus « il faudrait y joindre une foule de modifications que iK>tre intelligence bornée rend impossible. Les diifficultés augmentent encore lorsqu'il s'agit de déter-

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miner les traits originatp: des caractères des deux sexes. Tout ce que Pon peut en dire ne peut être envisagé que comme une esquisse que l'on donne et que Ton reçoit pour ce qu'elle yaut ; ce n^st qu'un essai de définition qui , il est vrai , peut souvent noua conduire à des résultats applica«< Ues y ou au moins nous faire éviter Terreur dhme ^00 fausse.

Toutes les voix » à peu près « se réunissent pour dire que » parmi los puissances de la cons«* ôençe humaine , telles que nous les avons définie» jusqu'ici y rame est manifestement prédomi^ aante dans la femme, et ie prophète qui a dit ou ^ôil avoir dit que les femmes n'ont point d'âme ^tpar ceU seul un faux prophète. C'est surtout ^<^^tte e£fosion de Tàme qm se mêle à toutes les ^ctiws et à toutes les manières de la femme 9u*il faut chercher la raison des charmes et de l'attrait que présentent, chea les peuples civilisés»

^î| commerce et sa conversation. C'est encore

^ que nous trouverons le principe de celte harniouicuse influence, exercée sur l'esprit des personnes unies à elle par les rapports de Tin limité

d'une yie commune. Cependant, je crois que l*on s'écarterait de la vérité si l'on prétendait que, par opposition au caractère de la femme, la conscience de Thomme est en général sous l^influence prépondérante de l'esprit. En effet , la somme des facultés innées de l'esprit , ainsi que les talents dont l'éducation Ta enrichi , [offrent déjà , soit en eux-mêmes, soit à cause des diverses directions qu'on leur aura fait prendre dans la carrière des études , une variété si frappante dans les individus, qu'il est impossible de comprendre sous une formule générale les attributs distincti£s de tout le sexe des hommes. Si Ton ne peut sans exagération, ni sans invraisemblance, refuser à l'homme la faculté de Pâme par cela seul qu'elle est l'attribut principal de la ' femme ; l'on ne peut non plus exclure la femme des prérogatives de l'esprit , sous prétexte que celui-ci forme le domaine exclusif de Thomme. Il ne peut être question que de la prépondérance de l'esprit ou de l'âme dans l'un ou dans l'autre des deux sexes, et nullement de leur exclusion réciproque. Si la raison scientifique n'est

point en général départie aux femmes, si leurs intelligences restent étrangères aux subtilités des abstractions , elles n'en possèdent que plus communément la raison du bon sens et un jugement sain et droit. L'entendement dont elles sont douées n'est point non plus cette faculté stérile qui s*exténue à pénétrer ou à formuler d'arides notions, c'est un entendement vivant et qui vivifie tout ce qu'il saisit ; or , cet entendement vivant est précisément ce que nous nommons esprit.

Peut-être qu'en considérant sous une autre face 'a question qui nous occupe, nous parviendrons ^répandre plus de jour sur la difficulté qu'elle présente. De même que l'action extérieure de la feïnme, selon les habitudes ordinaires à son ^^xe; ne s'exerce, au milieu de la vaste sphère ^^ l'activité sociale, que dans un cercle étroit de

^^lations pleines d'amour , de même aussi son ^^Uon intérieure resté circonscrite en d'étroites

^îïHensions, eu égard au développement prodi- &^wx don£ est susceptible la conscience hu- ^^ine , prise en elle-même.

Toutes ses facultés nd subissent qu'une fiaible divergence dans leur action. Elles demeurent comme groupées autour de Tâme , centre de la conscience , laquelle leur communique à toutes les charmes de la vie et de Tamour^ Je conclurai de là que ce qui caractérise Tun et l'autre sexe , c'est, dans la femme , un développement plus harmonieux des facultés de la conscience , et , dans rhomme ^ une expansion plus excentrique, moins universelle de ces mémDes facultés; non que Tesprit de celui-ci doive , dans son action ^ s'écarter du centre de la vie morale , c'est-à-dire, de l'âmé , pour s'égarer dans les régions métaphysiques, semblables à ses globes célestes qui, dans leur course irrégulière , sillonnent l'espace, sans rapport manifeste avec aucun point central. L'immensité du domaine soumis à son intelligence ne serait point une raison pour justifier de pareils égarements.

Ainsi t pour ce qui concerne l'homme j c'est dans les points les plus excentriques de la cons^ cience , c'est aux parties extrêmes de la raison et de l'imagination que se manifeste l'action intel-

actuelle ; dans la femme , au contraire , c'est au point d'union des facultés , c'est au centre même de la conscience, c'est dans l'âme en un mot^ que se développe le principe fécond de la pensée.

Ajoutons à ces observations la remarque sui«- ▼ante : elle complétera autant qu'il est donné i l'esprit humain de le faire , les notions que nous venons d'esquisser surlescaractères des différents sexes. Si la raison de la sympathie des caractères de deux individus, consiste dans des besoins l'éciproques , qui trouvent leur satisfaction dans ^e surabondance réciproque aussi des biens de leurs consciences respectives , on peut dire ^e ces biens sont pour Thomme un plus ample développement de l'esprit joint à une élé- "^ationde Tâme également plus grande; tandis que pour la femme , ils consistent en un calme , un ^pos plus harmonieux de l'esprit et en ui^e âme ^^pable d'une expansion beaucoup plus considérable.

' Mais toujours est-il que dans sa vaste portée , le lien du mariage confond en une société com- ^^ue , non - seulement la vie extérieure des

deux membres , mais encore la vie morale et la vie spirituelle. Ces deux dernières, en fondant la garantie de la moralité de la vie extérieure , assurent encore une source abondante de jouissances intellectuelles, qui répandent la félicité sur Texistence des époux.

De la part que Pâme prend à la science , et de la révélation.

Messieurs,

Dans ma première leçon ; votre attention a ete dirigée vers Fâme pensante, que nous avons envisagée comme le centre de la conscience hwixiaine. Dans la seconde , j'ai cherché à vous ^^Pi'ésenter sous des couleurs vivantes, Tâme ^^ante comme centre du monde moral. L'obl^t de la troisième sera de vous montrer et de ^^terminer l'action de Tâme sur la science, qui ^^t du domaine de Thomme. L'élément par le- ^^1 rame concourt à la formation de la science

*^^niaine n'est point difficile à reconnaître, il ^st vrai , si l'on se borne à l'envisager dans sa généralité ; mais veut-on en suivre l'action dans SCS détails, alors se présentent des difficultés ^^ on ne peut dissiper que par un examen fait ^^ec soin.

C'est rame qui fournit le langage à Fesprit ^ dans les opérations scientifiques. Il appartient à celui-ci de connaître , à celle-là d'exprimer ; et remarquez qu*un des caractères de la science humaine , c'est d^étre si étroitement lié au langage 9 qu'il en devienne l'organe essentiel. Le langage , je parle ici de la parole de l'homme , de cette parole qui est à la fois discursive et figurative, le langage^ dis-je ^ est entièrement uAô production dci Tâmet qui développe ici avec une profusion qil'oti ne retrouve poiilt ailleurs^ toutes les richesses dé sa fécondité.

Les deux facultés dont se composent l'âmé» c'est-à-dire rimagination et lafaiëon, Coucou*^ rent également à cette formation lïïerveilleuse. C'est à rimagination que se rapporte la partie figurative et tout ce qui fait image i ainsi qtiè la cadence qui lui prête l6â charmes d^ la mélodie et le ton qui lui communique la tie. Quant à l'admirable contexture, à l'enchaînenietlt fon» damental des éléments de la parole; quant à ces généalogies secrètes deft mots^ dont les souches plongent leurs racines jusque dans la

lAçoN nu 40t

nature même des éhoses» c'est encore À Torgane qui met Thomine en rapport avec la création sensible « je Yeux dire , a Tiinagination qu'il ftiut les rapporter ; à moind <[u'on ne préfère sup-^ poser dans Famé un rapport plus imitlédiat avec la nature ^ auquel oïl les attribuerait.

L'ordre logique^ la Structure gramtnaticale> renchaînement régulier des parties formant la part de la raison , également indispensables^ également essentielles, en deux parties 4 en deux éléments du langage^ ne peuvent avoir l'uU sur Tautre aucune supériorité absolue. Leur plus ou leur moins d'importance est relatif et subor^ donné au point |de vue d'où on les envisage»

L'imagination et la raison participent done également à la création de la parole , soit qu'on l'envisage dans la généralité , soit qu'on la considère dans ses applications de détail. Les autres opérations de l'âme dont nous avons eu l'occasion de nous occuper jusqu'ici n'offrent l[>oint la même harmonie dans l'action de ces deux facultés. Elles prennent l'une sur l'autre xine prépondérance qui rend impossible l'équi-

libre dans la réciprocité de leur concours • C'est précisément dans Tunion intime de la pensée avec la parole qui en est Torgane , c'est dans la liaison de Tidée avec son expression , qu est le caractère essentiel de la science hu-^ maine. C'est pour avoir méconnu cette condition de la science, qu'un grand nombre de penseurs purement spéculatifs s'égarent dans leurs travaux. Us dédaignent ces moyens d'investigation imposés à la nature de l'homme, s'élèvent au-dessus de la portée de son esprit et marchent inconsidérément à la recherche de je ne sais quelle science vague, inaccessible et étrangère à ses facultés. Dans leur présomption, ils se flattent d'atteindre à sa hauteur, et de la conquérir; ils ne s aperçoivent pas , aveuglés qu'ils sont , qu'ils courent après des ombres , et qu'outre l'inutilité de leurs chimériques occupations, ils perdent même jusqu'aux notions de la véritable science et échangent ainsi les réalités contre des fictions scientifiques et la paisible possession du vrai contre des disputes sans fin.

^^ entre les esprits d'un ordre supérieur il y a

quelque communication de la pensée, ce dont

nous ne saurions douter., elle ne peut qu'être

bien différente de notre langage, et tout à fait •

^connue à notre nature raisonnable et orga- • ^^

^que, céleste et terrestre tout à la fois. En effet,

sdon les notions que nous nous sommes forcées de ces substances spirituelles , nous concevons leurs relations mutuelles avec des conditions qui leur sont exclusivement propres. Leur langage ne peut être qu'immédiat , sans figures,

sans division , sans composition et sans succès- * sion de parties. Ce n'est à proprement parler

?ue la transmission , Téveil, la manifestation de

'^ pensée , par un acte de la volonté , ou bien

encore l'excitation, la production de la volonté

P^ la pensée.

Malgré la différence essentielle qu'il y a entre

démode de communication de Tanger et celui

^e l'homme , peut-être ne serait-il pas impos-

sMe de découvrir, sous les formes sensibles et

Matérielles du langage de celui-ci, quelque

chose d'analogue à l'expression simple , immé-

difita de la pensée du premier. Toutefois ces traits d^analogie ne pourraient jamais établir une iimilitude complète elt constante. Ce ne serait, par rapport à la parole humaine, qu*un ëlément^ un principe de Tie cache dont la manifestation n'aurait lieu qu'à la faveur de Tenthousiasine , c'est'â-dire , lorsque le discours étant élevé à la plus haute puissance de son action , la pensée de l'orateur se révèle avec de vifs traits de lumière , pénètre l'esprit de l'auditeur et exerce sur lui une vertu magique» Quoi qu'il en soit , il y aura toujours la distance de la terre au ciel entre la parole de l'homme et celle des substances incorporelles , et la première n'en reste pas moins un moyen de communication figuratif et symbolique dans lequel viennent se réfléchir, sous les formes extrêmement tenues des langages articulés qui leur donnent une excessive mobilité , les majestueux et §p[^ndioses Ué« roglyphes de la nature. Toujours il exigera , par la condition même de ses éléments s^isibles , une foule de détails et de circonstances de grammaire dont l'oubli pu TcHnisùon, que Tim*-

LEÇON in. 111

l>écîlUtë humaine rend inévitables , peut donner K€u à d^ graves méprises et réagir d'une macère désolante sur la science, la pensée et inéme sur la vie.

Le langage est étroitement lié à la tradition ^oit sacrée, soit profane, ainsi qu^à toute espace de sciences traditionnelles ; il marche de pair avec elles , dans un progrès commun. ^ar, si la parole est la racine , le germe d*où ^oit le tronc des sciences humaines dont les l^ocipes reposent sur la tradition en gêné- ^^ , pour se développer ensuite en miHe ra- '^'^catioiis , on peut dire encore que c'est la l^^ole qui en termine et ^i scelle, pour ainsi l^^ler, Texpansion* En effet, la science ne se ^^^^uiîfeste 9 ne s'expose , ni même ne se confît qne pv le discours, et le discours ne se dé- ^doppe que par le progrès de la science. Le langage est donc cause et eflfet.

A(Nrèsavoû'«sousla forme de simples éléments,

cotnauiniqué son inépuisable fécondité à Tar-

^re imposant des connaissances traditÛMineUes,

^^s le nelrouvoas aax sommités du même

arbre , sous les couleurs vives et variées qu'il emprunte d une riche végétation. Il en^est à la fois , les racines , les fleurs et les fruits.

Pour exposer d'une manière plus complète, et déterminer d'une manière plus tranchée Faction que Tâme exerce sur la science humaine par Fintermédiaire du langage , il est nécessaire de nous livrer à quelques recherches préalables sur la nature de la raison , de l'examiner dans ses rapports avec les facultés qui la touchent de plus près et qui en dérivent ; il est surtout^ important de tracer avec une grande exactitude la ligne de démarcation qui la se-, pare de Tentendement. Nous parviendrons par là, et ce résultat est indispensable, à classer les unes par rapport aux autres les facultés de rame et de Tesprit , dans le rang que leur assigne leur concours respectif dans la production de la science.

La mémoire et la conscience morale sont,^ relativement à la raison , ce que les sens , les penchants et les passions sont relativement à l'imagination. De part et d'autre, il y a lea

. LEÇON m. 113

menées rapports de dérivation et le même ^^g^€ de subordination. Je n'envisage point ici ^ naëmoire comme talent naturel ou acquis ; je fais abstraction dç la culture dont elle est susceptible , ainsi que de sa participation au développement intellectuel , et je me borne ^ la considérer dans sa liaison essentielle avec 1^ raison et dans la part qu'elle prend à sa for« ^^tion; je la considère, en un mot^ comme le "' secret qui enchsdne nos souvenirs et coordonne les diverses parties de la conscience Jûtellectuclle.

'Quelques observations fournies par Texpé-

^^O^ce i;ious feront mieux connsutre les relations

^^tiuelles qui assujettissent , l'une à l'autre , la

rai^QH et l'imagination. Qui peut se flatter dans

^^ l:^as monde de conserver tous ses souvenirs?

Q^^^lle est l'intelligence humaine , assez cons-

*^^^ment recueillie , pour veiller sur toutes ses

idées, au milieu du mouvement intellectuel

^^ï^s lequel elle vit ? Quelle est la mémoire

4^1 n'ait reçu quelques brèches par le torrent

^^ pensées qui inondent Tempire de la science?

L'observation lui prouvera, si elle est attentive, que toutes les fois que le fil de ses souvenirs , se rompant d'une manière quelconque , laissa ^ne kcuiïe dans ses idëés , la raison eii soû(&é ^ elle est entraxe , paralysée dans son action ^ quelquefois même elle se dérange et se troti^ ble. Quand ^ par suite de la faiblesse de l'âge ^ < la Imémoire s'éteint dans un individu , aus-^ sitôt la raison fait place à une sorte d'imbé-^ cillité et se neutralise tougours en raison âê la perte des souvenirs. Le sommeil , il est vrai 9 assujettit notre conscience à des intÊr"mittences régulières ; maïs la mémoire ne se perd pas pour cela ; elle n'est qu'endormie ^ et à notre réveil tous les rapports se ti^ouvent renoués. Supposons que ^ éveillés en sursaut , la mémoire nous refuse tout souvenir et que nous nous trouvions plongés dans la nuit d'uh oubli absolu , alors toute la conscience s'éva^nouira > et l'idée du moi restera ensevelie dans un chaos universel.

11 ne sera pas déplacé ^ ce me send)le , de fiâre remarquer en passant comment la tiinité

LSÇOH HI, 415

de la nature humai retrouve 8on application dana les différentes espèces d'aliéoations mentales qui affligent, certains individus. Dans la démence proprement dite , j'entends parler de cette espèce d'aliénation qui laisse l'individu paisible , c'est l'esprit qui est en défaut.

Ce qui caractérise cette maladie f c'est une idée Bxe, à côté de laquelle il n'est pas rare de trouver , pour tout le reste , une sagacité extraordinaire. Il s'opère une transposition bi-zarre dans la conscience; l'idée fixe se fait centre^ brise tous les rapports naturels dé Tordre pri* mitif des -pensées, et l'esprit perdant son point de mire accoutumé , s'égare tristement dans le délire de la folie. La frénésie, au contraire, a surtout son siège dans l'âme. Une cause quel* conque l'arrache à Tempire de la raison , brise entre ces deux facultés tout rapport de subordination. Ainsi soustraite à la lumière du bon sens et dépourvue de principe régulateur, elle se livre à une force brutale qui se consume en efforts aveugles et dangereux. L'imbécillité enfin,

lorsqu'elle est native , et que l'état parfait des sens extérieurs ne peut en expliquer l'existence; a toujours pour cause quelque vice dans la conformation du cerveau, c'est-à-dire dans les organes de la pensée. Cette dernière espèce de maladie mentale est toujours due à des accidents purement physiques ; tandis que les deux autres peuvent être en grande partie l'effet d'affections morales; Les sourds et muets, s'ils étaient abandonnés à eux-mêmes, reproduiraient sans doute le phénomène de l'imbécillité ; car , en eux , l'absence du langage serait suivie dé celle de la raison. Aussi les hommes généreux qui se dévouent à la tâche pénible mais honorable de former à la raison cette classe d'infortunés, n'atteignent leur but qu'en substituant à l'usage du langage articulé le secours dujangage des signes ; tant il est vrai de dire que c'est la parole qui imprime à l'homme le cachet de la raison. Je laisse aux sciences naturelles le soin de se livrer à des recherches plus approfondies sur les causes de ces diffcrenls phénomènes physiologiques, qui n'ont d'autres rapports avec

mon sujet que celui de confirmer le principe général sur lequel repose l'édifice de mes doctrines relativement à la conscience humaine.

Vu l'étroite dépendance qui soumet les sens extérieurs à l'empire de l'imagination , on pourrait avec beaucoup de raison considérer ceuxci, surtout les plus nobles d'entre eux, comme une imagination appliquée. Les inclinations , les penchants , soit bons , soit mauvais , étant dans les mêmes rapports avec cette faculté, pourraient encore être envisagés de la même Sorte ou comme Timagination passée à l'état c3e vie. On peut en dire autant de la mémoire relativement à la raison ; c'est la raison applicjuée, passée à Tétat d'habitude et de routine. Puisque c'est Tordre logique qui forme h ;^ârtie fondamentale etessentielle de la mémoire, "il est clair que c'est dans ce même ordre lo- ^que que consiste son principal mérite et sor utilité scientifique. Les aptitudes , les talent; ûtellectuels qu'une longue habitude a transfor inés en une sorte de mécanisme et de routin< aveugle , tel que la connaissance d*une langue

étrangère , de la musique, d'un art quelconque^ ne sont, non plus, que la raison passée à Tétat d'instinct^ car ces aptitudes ou talents n'ont été acquis et mis en pratique, dans le principe, qu'à l'aide de la mémoire , tandis que la déx? térité, rinstinct ingénieux des animaux, dans des choses qui sembleraient réclamer les lumières de l'intelligence, nous donnent l'idée d'une rai* JBon aveugle et privée de conscience.

Nous voyons par ces considérations, que la raison joue, à l'égard de la mémoire, le rôle d'une faculté très-offîc|euse; Son influence sur la conscience morale n'est pas moins grande , mais elle est plutôt négative que positive. La raison , sous ce double rapport , et aussi longtemps qu'elle respecte les limites de sa sphère, jouit, ajuste titre, d'un haut degré d'importance. Si , de temps en temps , des plaintes se sont élevées contre ses prétentions , souvenonsrnous qu'elles n'ont été provoquées que par le dévergondflfge du principe rationel , et que leur unique objet et leur unique but est de réprimer les empiétements de cette folle raison

USÇON III. 119

qoi , d une part « aspire à la souveraineté , et, de l'autre, se donne pour le principe généra^ te\:|r de la pensée et du monde scientifique , outrepassant ainsi à la fois et les bernes de sa mission et celles de sa nature.

La raison exerce deux fonctions bien dis^ tinctes : celle de distinguer , de diviser et d'a- Dl^lyser, et celle de combiner y de déduire et dç conclure. Son activité , à ce double égard, peut s'étendre à Tinfini jusqu'à perdre tout objet réel. Or c'est cette absence d'objet réel , dans )e3 opérations de la raison 9 qui est la caujse de Terreur scientifique , laquelle a tou^ jours sa source daps le vide de la pensée* f)n effet U^e pei^$ée vide, un principe illusoire, que peut-U (enfanter qu'une conséquence feusse et vaine? Il en est tout autrement lorsque la mémoire , enrichie des faits d'une expérience intellectuelle , fournit elle-même à l'activité de l'esprit les principes de la science, ou bien lorsque l'objet ei^ est pris dans le domaine de la consciexice morale ; car, encore qu'un objet de cette n^tu|*e n'offre pas un bien vastechamp à Faction de

Tintelligence , il est cependant revêtu du caractère de la plus haute importance. Dans ces deux cas, les connaissances de l'homme reposent toutes sur des bases certaines.

La conscience morale a', de commun avec la raison j la faculté d'examen et d'analyse. Toutefois son action se manifeste sous un autre mode et dans un ordre de faits différents; Elle né formule point ses perceptions à l'aide du langage discursif, sa voix se fait entendre par le sentiment simple et immédiat du juste et de l'injuste. Elle a pour fonction de distinguer entre le bien et le mal, fonction sublime et de la plus haute importance. Elle possède dans son expression mystérieuse , un caractère d'invariabilité qui comunique à son témoignage le plus haut degré de sanction.

En effet , quoique les idées régnantes , les différences de mœurs et de temps , ainsi que les habitudes de jeunesse , puissent jusqu'à un certain point en modifier le langage, il est toujours vrai de dire , que chez tous les peuples elle est immuable en ce qui en forme le ton

LEÇON m; 121

essentiel et les accents fondamentaux. Partout oh reconnaît en elle la Toix de la nature humaine et l'organe de la crainte de Dieu. Son langage ne s'apprend point ; il. est inné.

Plusieurs philosophes , frappés de ce caractère dMnvariabilité , ont considéré la conscience morale comme la source principale d'où découle pour nous la vérité divine. Je souâ^cris Volontiers à leur sentiment, pourvu qu'on ne prétende point exclure les autres voies par lesc]uelles Dieu veut bien se révéler à Thomme.

Toutes les langues nous offrent , d'une manière ou d'une autre , dans les mots dont ^UeS se composent , des rapports de dérivation cjui , dans l'intérêt de la science , réclament ^e nous une observation attentive. Peut - on , "par exemple , sans être frappé d'un trait de lumière , considérer la filiation intime qui rattache , dans notre langue , le mot vemunft (raison) au verbe vemehmen ( percevoir ) , de telle sorte que le mot vemunft est l'expression exacte de cette perception mentale qui forme le complément de la raison et dont elle

est la fonction la plus suUime. Mais^ poufFsdt-^ on me demander, quel est le rôle de cette noble fedolté de la raifton , en d'autres tm^mes, quelle est TacUon df 1^ yom 4^ U epn#cience n^i^ , supposé que t%Q%v^ iqcQi|^^iit0 volonté recule d^y^nt «^ qvii » p^iî fmparay^lit t avait détQrniiné sop assentiment P Remarquons d'abord que la voix; de la con$oien0e a toujours cté rfgai?dée çQnini<3 nne vqîi^ amie et bienveillante i c'est la c;oi|s(^ilJ[ère de h sagesse qui nons av^ptit et; éclaire nps démarches;

D'un autre côté i la détermination dé la volonté doit être considérée comme influencée par nn donWe principe qui , bien qu'inhérept

à 1^ nature hnin^iin^ 9 4<^niçure cependant çn dehors du mpi TOor^ et dn vérit?ible priai^pot de la déterminf^tiçm. Ce double principe m% d'wne part, la conscience, de Vautre, lei| pas»sions. I<a première nons dicte les règles du 4^r yoir, npus montre la voie d|i bien et du jus|;e; le^ passions, au contraire , par des appas séd^ctepra, nous entraîne i^vec violence dans le chemin de la perversité. C'est entre ces deux inflnenicfi^ réciproquement hostiles que se tient la volonté.

LEÇON m. 423

Es^entiellemiBot Ubre, elk peut Ou h rendra

au noble appel de la conscience, ou céder

au^ faonleudes saggestions des penchante àé^

réglés. La eOMcience est donc une de# mûr&i

qui fixent sur U ^er furieuM des pasai^ns le

vaisseau de l'existence morale. C'est une digue

opposée au toirent de la perversion; c'est un

des points d^appiii de la yérité ou le flambeau

de la sagesse , allumé en now par Piev^ loi^

même.

Remarquons néanmoins que si c'çat à la r^i/son «(qu'appartient la meireilleusè faculté de la p^n seplîon morale dpnt nous Tenpn^ de parler , ^:e n'est pln^ à elle qu'il £a^i;it en accorder l'inr ^lUgence ou la compréhension^ attendu que ^ute ^çm activité se t>prne à l'ordre d^ per^ option. L'intelligence , la nptipn de ces révélations de la conscience. f ^insi que celle de Ipur^ rapports ^y^ç h divinité , tout ce qui

concerne , çn nn mot , l'ordre de çomprében-

sipn , est du ressort de T^tendcment. C'e^t ici le lieu d^ f^irc cpnn^ître la différence qn'il y a entre la raison et Teiitiendement w diffé-

rence qu'il importe extrêmement de préciser avec le plus grand soin/afin de jeter un jour certain sur notre théorie de la conscience humaine, et de nous former une idée exacte des diverses opérations scientifiques de nos facultes.

Une certaine prédilection me porte à recourir, dans ce but, à un genre d*argument qui , à la première vue, pourra paraître étrange et même hardi , mais dont j'espère faire ressortir de vives lumières qui nous conduiront plus promptement au résultat cherché. H me souvient que , dans Ttine de mes précédentes leçons , voulant mettre en évidence le côté caractéristique de la conscience humaine, j'atteignis heureusement mon but , en établissant un parallèle entré la conscience de l'homme et celle des esprits supérieurs.

Pour le cas qui nous occupe ici^ l'on me permettra de faire un pas de plus et de prendre mon terme de comparaison dans la conscience de Dieu même. Il s'agit donc d'abord de la définir et d'en constater le caractère dis-

LBÇON m. 125

tinctif au moyen des notions que nous fournissent les croyances générales ; puis , mettant en regard l'ensemble de l'intelligence humaine, nous arriverons à déduire du contraste qui résultera de ce rapprochement, une série d'observations propres à jeter un grand jour sur les fonctions de nos facultés et sur le rang qu'elles doivent occuper les unes par rapport aux autres. Dieu est un esprit : telle est l'expression de la foi partout où l'idée de l'unité divine est reconnue. Dieu est un esprit ; et Voilà pourquoi on lui attribue un entendement Omniscient et une volonté toute-puissante.

Cette proposition à laquelle l'enfant méme^

pour peu que son intelligence soit ouverte,

attache déjà quelque sens, est encore l'axiome

fondamental où la science la plus profonde va

puiser en grande partie tout ce qu'elle peut

nous dire de plus essentiel sur la divinité. La

volonté et Tentendement, fisicultés qui consti-

tuetit tout l'être des esprits créés et suffisant à

leui^ fonctions , peuvent donc être attribuées

aussi, dans le sens réel du mot, à l'esprit in^

426 PHILOSOPHIB Và LA VIE.

créé^ poiory» qu'on le fasse dans des pri)poi^ tioils en rapport ftyec Tii^fîniô distancé qia $&• pare le Créateur de k éi^urci L'ËCfkiure eainte « le langage de la piété et de la prîèpe » chesi tous les peuples f attribuent à Dieu ^ som des expressions tout humaines et des formt» eorporelks, une foule de focidtés et d'organes incompaitibles avec sa natwe* Il y eal qi^estion de ses oreilles , de ses yeux » du sou£Qe toutpuîesant de sa bouche j de la sage conduite de sa main i de la force de son bras et de plusieurs autres attributs métaphoriques de ce genre et plus hardis encore. Mais tant que ces exprèssioDS ne sont reconnues que pour des métaphores, Fintégrité de la notion divine n'est ni^JJemeiM: compromise , et on ne doit point facilement en redouter Tabusw II faut en dire autant des pa»^ sions q«ie l'homme , dans son langage , prête qaelqnefob à Têtre impassible par essence ; car bien qu'ici^ il puisse paraître pl^s témér^een* 4:oire dans ses expressions , il n'articule pourtant jçien qui scût opposé à l'idée que Ton doit se form^ de Pieu. De pftreilles propriétés ne pe^-

LBçôN m. lâT

vent, à rais(m d« rimpeifèction qu'elles iiùi^-*' quént 9 troùTer d'appikàtiôti rëelle d^M Téti^ infiniraent patfait. Ne prenons point dans uli sens plus littéral la mémoke de Dieu : là où il n'y a poiat d'oubli , il n'y a point de mëmoiré. Nous aTons moins de raison encore de lui fiuppo^r la conscience lïiorale : la balance de 6à justice'^ la pensée qui, en lui, distingue le bien 4u mal , ne ressemble point au sentiment que nous en avons ; auftk*etiieAt «e serait con^ foi^e le juge avec le coupable qui se tient devant lui. Le premier faôrame lui-même^ tant .qu'il persévéra dasis rét«t de perfection primitive , n'avait point l'idée de sa conscienee. Le sentiment, la perception de fea laute ne poo^ vait naître que de la fiiute même dont elle ei^ une coi^équratce.

Tous ces attribidB fipiratife n ayaut fita qin soit de nature i Vicier la <x>nnais5ance de la dUi^ vinité , doivent être d'un libre usage. Maïs la question à laquelle il s'agit de satisfaire ici, est de savoir si rimaginat^km^ l'âme et la raison qm forment leis* attributs dit^ljeBctifs de

128 PHiLOSopHJus m la vie.

rhomme , ne peuvent point être données à Dieu dans un sens aussi réel que Fentendemept et la volonté. La pensée saisit tout d^abord ce que cette question a d'incompatible avec la nature de la divinité. On ne peut nous la proposer sans nous transporter aussitôt sur le terrain de la Mythologie. Le fécondité intellectuelle, la puissance productive que l'homme , ^elon sa faible portée , trouve dans son imagination., Dieu la renferme^ dans la toute-puissance de sa volonté qui crée et met au jour son objet même , différant en cela des êtres créés dont la vertu productive ne s'exerce et ne peut s' exercée que sur des objets déjà existants. La volonté divine est donc le cœur de cette immense paternité qui nourrit et porte en eUe toutes les créatures , ou bien encore , c'est le sein maternel de l'éternelle génération qui , pour donner la vie à l'univers , ne réclame le secours di'aucune puissance distincte d'elle.

Quelques auteurs peu connus des premiers siècles du christianisme ont parlé de Fâme de Dieu ; mais leur opinion a été entièrement

LEÇON IIL 129

' Randonnée ; peut-être » parce qu on craignait qu'elle ne fournît Foccasion de confondre l'âme de Dieu avec Tâme du monde. Au surplus rame 9 par sa nature , est un principe p]^s passif qu'actif, et par cela seul elle doit rester étrangère à Tessence divine. Le troisième élément qui, ajouté à Tentendement et à la volonté , forme le complément de Têtre incréé ; n'a rien de commun avec ce que Ton pourrait appeler Tâme de Dieu : c'est l'esprit d'a- Hiour, dans lequel les deux premiers viennent Se confondre. L'entendement , la volonté, Tes- Jïrit d'amour , renferment donc la notion fondamentale de la Divinité. Et c'est à cela que se ^orne tout ce que l'homme, même le plus l^rofond penseur, peut savoir de l'être incréé. Toute idée qui franchit ces limites ne doit ^tre considérée que comme une explication 7 xin développement de cette notion première.

Mais si l'essence divine, ne comporte ni Timagination , ni l'âme ^ elle n'admettra pas davantage la raison , ou au moins on ne saurait la lui attribuer dans le sens propre du I. ^ 9

mot. Dieu, sans doute, est l'auteur delà raison, j'entends par ce mot la raison saine qui a son point d'appui dans le centre même de la vérité, et qui a respecté les bornes de sa destination originelle ; mais il ne suit nullement de là qu'il soit ou qu'il puisse être une seule et même chose avec cette même raison dont il est le créateur. S'il en était ainsi , les prétentions du panthéisme et du rationalisme seraient justifiées , car alors la science de Dieu ne serait plus qu'une science de la raison ; les semblables ne pouvant être connus que par les semblables. Ce n'est point la raison , mais bien l'entendement , supposé toutefois la coopération des autres facultés de l'esprit et de l'âme , qui est , à proprement parler, l'organe de la connaissance de Dieu dans l'homme ; c'est là la corde qu'il faut faire vibrer , si l'on veut s'entendre et s^ faire comprendre sur cette matière. La . connaissance de Dieu est donc tout simplement une science d'expérience , ressemblant , quant à sa manière de procéder , à toutes les sciences de ce genre , bien que , du reste , Tin-

LEÇON m. 131

finie sublimité de son objet la tienne élevée au-dessus de la sphère ordinaire des sciences purement humaines.

Si l'imagination a pour fonction de concevoir, de saisir l'objet; et la raison , celle d'en distinguer et ordonner les parties , c'est à l'entendement qu'il appartient d'en sonder la raison et de pénétrer , par une vue intérieure , le secret de sa nature. L'entendement comprend un fait, un objet, quand il en a trouvé le véritable sens intrinsèque , les propriétés caractéristiques et la vraie signification ; que cet objet , soit pris daiis l'ordre ré^l ou dans l'ordre intellectuel , tel qu'un mot , une conversation , par exemple ; car dès que nous avons dévoilé le dessein , l'intention cachée sous ce mot ou cette conversation , nous avons la compréhension de l'objet^ supposé même que quelques circonstances secondaires , à raison de leur peu d'importance ^ aient échappé à la perspicacité de notre vue.

Il y a plusieurs degrés de compréhension, et l'action de Tentendement s'exerce dans des

sens très-variés : c'est ce que nous prouvera un exemple simple et mis à la portée de toutes les intelligences. Admettons qu'une plante

très-remarquable , mais très-rare et tout à fait inconnue, nous ait été apportée d^un pays étranger, le naturaliste, après en avoir étudié la conformation extérieure , la classera dans la famille qui lui convient. Le chimiste , conjecturant d'après des signes d'une autre nature , essayera de déterminer les corps simples qui la composent. Le médecin, de son côté, interrogera ses propriétés sous le point de vue médical. Si les conjectures du naturaliste, du chimiste et du médecin sont confirmées par Texpériencei les trois observateurs auront, chacun à sa manière, compris la plante soumise à leur examen.

Combien lent et insensible est le progrès de l'entendement dans l'étude d'une langue étrangère, ancienne et hérissée de difficultés, dans le déchiffrement d'un écrit ou d'une inscription dont l'alphabet ne nous est connu ou ne nous a été donné qu'en partie!

Par combien d'essais , par combien de ta-

LEÇON m. i 33

tonncments ne pracède-t-il pas , dans sa marche incertaine, avant d'arriver au point lumineux qui lui donne la clef de la vraie signification ! Notre époque nous fournit un exemple frappant et bien propre à confirmer ce que je viens d'avancer , ainsi qu'à nous faire voir qu*dn modérateur suprême dirige la marche de l'esprit humain dans la carrière de la science.

Pendant plus de quinze siècles /les antiques hiéroglyphes d'Egypte demeurèrent muets en face du monde entier , et ce ne fut que pendant les dernières secousses politiques qui ébranlèrent le monde entier , qu'un heureux hasard fit entendre de nouveau leur voix mystérieuse. On se souvient encore de l'expédition, si brillante en apparence, faîte en Egypte , et du projet hardi de planter aux pieds des pyramides la civilisation curopénne. Des vues aussi grandioses mirent en mouvement l'Europe entière;

Mais le projet échoua, et la préoccupation d'événements plus graves et plus importants en détruisit bientôt jusqu'au souvenir. La seule

chose utile qui nous en reste , et qui a fait une époque signalé^ dans le paisible e;cnpire de la science , c'est le modeste monument qu on nous en a apporté avec sa triple inscription. Toute une ge'nération s'est consumée en vains labeurs pour pénétrer le sens de ces caractères mystérieux. Enfin une heureuse ren-

contre ouvrit la voie à rentendement , et bien que , sur sept cepts figures hiéroglyphiques environ , il n'y en ait encore que cent sur lesquelles on soit parvenu à déchirer le voile de , réqigme, toujours est-il que cette découverte a ouvert un nouveau monde à la science, en lui frayant une route sur le sombre terrain de Fhistoire primordiale de l'homme. Cet événement intellectuel coïncide» chose remarquable , avec un progrès aussi surprenant dans les sciences naturelles et dans les sciences historiques.

D'une part, on est parvenu à réunir aussi quelques-uns des majestueux caractères de Talphabet de la nature, et à déchiffrer quelques mots de son magnifique langage. D'autre

LEÇON m. 135

part , de nouvelles sources historiques font déborder, de tous côtés, dans le domaine de l'intelligence, des flots de connaissances sur l'antiquité la plus reculée ; en sorte que tout concourt à affermir et à placer sous le jour le plus brillant ce que nos sciences possédaient déjà de vrai. Qui sait si tant de lumière ne nous fera point lire aussi les sombres hiéroglyphes de notre époque sociale , et ne donnera point le mot de l'énigme de cette terrible lutte qui s'établit entre les esprits ?

Telle est la marche de l'entendement dans les sciences. Le but de cette digression a été d'en constater la lenteur ainsi que Tesprit quila dirige. Mais si le progrès , si l'accroissement de la vraie science , telle que la nature humaine la comporte (je ne parle que de la science qui repose sur l'expérience , quel que soit d'ailleurs l'ordre auquel appartiennent les faits, quelles que soient les vérités qui en font l'objet , qu'elle repose sur la tradition , sur la parole, ou qu'elle ait la révélation pour base), si les progrès , dis- je , en sont si mesurés , si peu sensibles ,

la science fausse au contraire , c'est-à-dire cette science non-humaine , qui se place en dehors de notre portée intellectuelle, progresse avec une rapidité d'autant plus étonnante ; elle veut nous faire tout embrasser à la fois, et nous mettre d'omblée en possession de l'univers.

Aussi, après avoir flotté quelque temps entre l'être et le néant, finit-elle par se dissoudre en vaines vapeurs , et disparaître comme un nuage fugitif , pour nous laisser de nouveau dans un vide affreux , dans l'absence de toute science. Combien serait faible et incertaine l'autorité de la science divine , si elle était abandonnée à la création de l'esprit humain, et si elle n'avait d'autre appui que sa fragile raison!

Quelque cohérence j quelque harmonie que le génie de l'homme puisse mettre dans les parties de Fédifice théologique de son invention, toujours l'esprit de doute planera sur ce système factice. La foi n'adhérera jamais aux doctrines qu'il enseigne , parce qu elles manquent du cachet divin , et que , dépourvues du

LEÇON ni. 137

signe de cette suprême authenticité, elles peuvent n'avoir de réalité que dans le cerveau qui les a enfantées. Ce même doute se retrouve au fond de tout idéalisme. Il reparsut successivement sous les mille et une formes de Terreur qu'il reproduit sans cesse.

Ce caractère de variabilité seul suffit déjà pour ôter au rationalisme toute espèce de droit à notre assentiment. Il est vrai que , placée sur ce terrain, la raison développe facilement les idées de l'infini, de l'immensité et de l'absolu; mais toutes ses définitions ne sont c|ue de pures négations qui ne nous apprennent rien de ce qu*il nous importe le plus de savoir. Je serais curieux de voir comment de Fidée métaphysique de l'absolu , idée de prédilection des rationalistes, on pourrait déduire les attributs positifs de la Divinité , tels que la patience ou la longanimité , et établir, par des preuves logiques, que cette même patience, propriété si précieuse pour nous, a sa raison dans l'essence même de ce Dieu absolu , ou mieux , de l'absolu , pour me servir de leur dénomination favorite.

Il est encore une autre manière erronée d'attribuer à Dieu la condition de Tabsolu. Que Dieu soit absolu dans son mode d'exis^ twce ; c'est^à'^dire en d^autre^ mots , que la première cause $qit indépendante, qu'elle ne puisse être subordonnée à aucun principe antérieur, c'egt une cbos^ qui s'entend d'elle- .même, et il n'y a là qu'une pure taqtologie. Mais que, dans ses rapports avec l'homme et avec la création. Dieu, soit dans son essence, soit dansées attributs, se manifeste avec le caractère de l'absolu, c'est une proposition qu'on ne peut admettre. Malheur à tous les hommes, pialheur à toutes les créatures, si Dieu était absolu pour eux, si sa justice, par exemple , qui tient le premier rang entre tous ses attributs , s'appesantissait sur leurs têtes coupables av^c tout le poids de l'infini, et si la compassion , la patience , la grâce n'en liniitaient l'immensité de mille manières !

Le monde entier, s'il était en face de la justice absolue de Dieu , tomberait soudain , frappé d'effroi , en cendre et en poussière.

LEÇON m. 139

Mais il n'en est point ainsi , .nous Tesperons. Bien plus , nous le croyons , et j'ajouterai même , noq^ savons que la justice de Dieu est extrêmement restreinte par son amour paternel , par son indulgence et par sa bonté. Sans doute il ne faut point oublier non plus , d'un autre côte, que ce même amour ^ cette mém^ bonté de Dieu , sont à leur tour limités par sa justice.

Cette vérité importante semble avoir été méconnue dans une certaine théologie moderne , théologie molle et facile dans ses maximes , et dont les bases reposent sur un jugement trop sentimental des choses divines. La saine critique l'a jugée pour ce qu elle vaut , et elle est presque entièrement reléguée dans l'ouljli. Je ne m'en occuperai pas ici parce qu'elle est en dehors du cercle d'idées que je me suis tracé.

Quand nous disons que la justice et la bonté de Dieu se servent mutuellement de contre-poids , notre proposition n'a rien d'ijaintelligible : mais que les idéalistes nous définissent les singulières propriétés de leur vain

fantôme de Tabsolu, leurs paroles, vides de sens y ne jettent aucune lueur dans notre esprit, et plus ils les répètent, plus elles deviennent incompréhensibles.

Combien plus justes sont , sur ce sujet , les pensées deiâ anciens . philosophes, surtout des pythagoriciens ! Selon eux , l'indéfini , Fillimité, Tabsolu, est le Caractère essentiel du mal et de l'imparfait en général ; tandis que le propre du bien et du parfait est d'être positif , fermement déterminé, et de renfermer en soi le germe, le principe de l'hypostase ; et voilà pourquoi la personnalité, Fhypostase de Dieu est 1 idée fondamentale , le dogme universel , la vérité essentielle de toute religion qui reconnaît le vrai Dieu ; c'est le centre , l'axe autour duquel se meut ; dans nos études sur la nature divine , l'action investigatrice de notre esprit. La question est de savoir maintenant si la philosophie, méprisant l'autorité des croyances unanimes des peuples , ne peut et ne doit regarder le dogme de rhypostase divine que comme une idée

LEÇON m. 141

purement apparente , sans réalité intrinsèque , et non comme un fait constant , tenant à Fessence même de l'être : car, si jusqu'ici il ne s'est trouvé , même en Allemagne , qu'un seul penseup»qui ait eu le courage de le nier franchement et sans détour , cependant tous les rationalistes s'accordent à l'éliminer secrètement du sanctuaire de lia science, ou à Tenfonir sous le vague de leurs spéculations.

Or , je le demande encore , appartient-il à la philosophie de se constituer en opposition ouverte avec le sentiment universel et si profondément enraciné du genre humain , et d'étahlir une scission irrémédiable non-seulement entre la science et la foi , mais encore entre la science et la vie ? Tels sont les déplorables effets du rationalisme.

Mais quittons le Dieu absolu de la raison,

pour nous occuper du Dieu vivant et hypostatique des croyants de tous les temps et de tous les lieux. La connaissance de Dieu et des choses divines n'est point, nous l'avons dit plus haut, le résultat des spéculations de

la raison. Les notions que nous en avons ne Sont que les idées dé Texpérience , et ne s'étendent point au delà des données qui.nous ont été communiquées.

On voit quelle modification ce 'peu de mots fait subir à la question , et combien est différent le point de vue sons lequel il nous la présente. Dieu , s'est communiqué au genre humain, il lui a parlé, il s'e^t révélé à lui; ce fait ejit attesté par toutes les traditions qui , plus elles se reculent dans la nuit des temps « plus aussi elles se confondent dalis l'iinanimité de leur témoignage.

Mais si Dieu s'est communiqué à l'homme ^ il faut supposer dans celui-ci une certaine ap*" titude qui le rende capable d'une compréhension plus ou moins complète de cette révélation. Admettons, si Ton veut, que > vu son imbécillité intellectuelle , il n'ait compris la révélation dont Dieu le gratifiait , que comme un enfant de dix-huit mois entend la conver* sation de sa mère.

Quelque simples que soient les paroles de

celle*civ rinteiligence volage de Tenfant lais-* sera âians doute échapper bien de» choses ^ d'autres seront faussement interprétées ou ne frapperont qu'imparfaitement son attention ; ses réponses, si Ton veut, seront fort impèrti* nantes ; cependant il aura compris quelque chose , nous ne saurions en douter, eucorè qu'un défiant théoricien essaie de nous prou^ ver que cet enfant est ^ incapable de toute compréhension , tsint qu'il n'aura point étu^ dié méthodiquement les éléments du langage^ Tout enfants que nous soyons dans la science qui a Dieu pour , objet ; quelque borné que soit notre esprit , qui est bien , il est vrai , une étincelle de la lumière divine , mais qui n'est qu'une étincelle ; quelque distraite que soit notre âme; que des rapports d'alliance entraînent irrésistiblement vers le monde sensible, il est néanmoins un fait qui résiste à tout argument contraire, c'est que nous croyons ce qui tombe sous nos sens , nous croyons ce que nous voyons et ce que nous entendons. Telle est la science théologîque des vrais

croyants , science simple et modeste dont rougit l'orgueilleuse raison , et contre laquelle elle se révolte. Voilà pourquoi, abandonnant toutes les voies sdehtitiques accessibles à nos facultés intellectuelles, elle se perd dans les déserts de l'indéfini et de l'absolu, pour y édifier, sur le sable mouvant , une science qui répugne aux conditions de notre nature. Et pourtant les quelques mots de la révélation où nous puisons nos notions sur la Divinité nous suffiraient bien, si nous savions en faire un saint usage et en garder fidèlement le dépôt Dieu n'a-t-il pas départi à chaque créature la somme de connaissances qui lui convient?

Me voici naturellement amené à former une nouvelle question. Si Dieu s'est communiqué aux hommes , s'il leur a parlé , n'était-il pas de sa sagesse d'établir ici-bas une autorité investie du pouvoir de propager dans le monde les connaissances révélées, comme de celui d'en interprêter le sens et d'en conserver l'intégrité? La réponse à cette

LEÇON m. * 145

question m'entraînerait , comme on le voit , au delà des limites que je me suis prescrites. Elle touche à la partie positive de la foi, et appartient au domaine! de Thistoire. Nous restons au contraire dans les bornes de notre sujet , tant que nos recherches n'ont d'autre but que celui de savoir si la connaissance de Dieu est un système purement rationel, ou si elle est le résultat de l'expérience et de la révélation.

En effet , y a-t-il une tâche à remplir plus importante pour la philosophie que celle de prononcer entre Tetra et le néant, entre la vraie science de l'entendement et les folles spéculations de la raison? Pour résoudre une question aussi fondamentale , il importe beaucoup de consulter préalablement les habitudes du langage, et de s'en tenir aux expressions admises dans tous les temps.

Or, nous ne voyons pas sans étonnement que, nulle part dans l'Écriture sainte, nulle part chez les grands philosophes de l'antiquité f il n'est question de la raison de Dieu ;

mais toujours et partout oo ae parle que de son entendement omniscient La substitution de la raison à Tentendement divin n'a trouvé lieu 9 dans la science , que dans les temp6 modernes, lorsque la raison humaine se fiit proclamée reine absolue de la pensée, «t à la faveur de la confusion babylonique qu'elle provoqua dans le langa^. Si Tantiquité pou-^ vait offrir une exception à cette remarque générale , elle ne pourrait être fournie que par quelque stoïcien. Leurs étranges doctrines sur la Divinité 9 leurs idées sur l'inflexible nécessité, sur Vaveugle destin ne sympathisent que trop , comme on le sait , avec les maximes du rationalisme. Et cette exception apparente , loin de détruire notre assertion, ne ferait que la confirmer; eUe serait une nouvelle preuve que la corruption du' langage a toujours pour cause une déviation de la raison , ou que Terreur de la pensée entraîne Tabus du langage. Dieu est sans contredit fauteur de la raison. Que si, par la raison de Dieu, Ton veut entendre Tordre c^vin extérieur étahh dans

LEÇON m. 147

la création, et auquel Bien resDe étranger quant à Fessoice , de» icnrs la dispatc ne portera pÏM SOT, les mots , maiS' sur lea idées qu'on y al^ bcfae, et partout Fexpression peot pardtre indifiEérente. Toutefois il serait à dédrer qu'on évkàt^tout terme équiroque lorsqu'il peut don^ ner lieu à de si grasves maientendos. Cette pré-» caution semble d'autant plos nécessaire dans le cas présent t qu'il a'agit de définir arec exactitude la saine raison pour la distinguer €3e la raison fausse. Dieu est l'aoteor de la saine raison « de la raison soumise à Tordre ^^in , et doctte aux lois qu'il renknne. L'au- "tteur de la raison fiuMSe f de, la raoson irdscfle , «i oontraû'e^ c'est L* esprit de négaticm, e*est l'esprit • de révolte , qui i après s'éfre soidenré fouti^e Dieu , entraîna dan» aa déplorable ré- $istance wie si ^ande partie de la irédtàûVL Car , depuis que par la rébelUonii a peitdn sein centre et qu^il. ne peut ptus le riftrouiref e& llûmêmeji il ti^avaiUe avec une in^iible ^denr^ axeç unevioUnce qui tient jdsei la sag0;p,à ^'en fbqaer un. nfu^rcaNi bpca 4« Im. i et c'e^ sur aotiet

148 PHILOSOPHIE Dp LA VIE.

moside sensible qu'il a Jeté &es yecix de convoitise ; c'est dans Tâme de rhomine, le plus noble ornement de Jia créationv qu'il cberche à établir son point d'appui , et voilà pourquoi il met tout en œuvre pour l'attirer à lui. Tel est le principe de la raison rebelle qui désole l'empire de la vérité. Ce qui la caractérise essentiellement , c'est de s'être détaché de son centre qui est l'âme aimante, et d'avoir, par là, rompu la chaîne qui la mettait en rapport avec la Divinité ; c'est de s'être soustraite à l'obéissance amoureuse , qui , dans l'ordre divin , est le lien sacré des âmes.

Maintenant à laquelle, de la saine raison, ou de la raison rebelle, £aut-il accorder la plus grande influence sur ce chaos d'idées qui fermentant dans l'esprit de notre époque ? C'est urne question dont j'abandonne la solution au jugement de tout homme qui a quelque expérience de la vie et des sciences^

'La philosophie dont j'ai entrepris l'exposié , si on la considérait dans son opposition avec le matérialisme et ridéalismév pourrait avec beau^coup de justesse porter la déndftiitiation de spi-^

LEÇON m. 149

ritualisme . En elfet l'esprit , pour elle , tient le premier rang; l'âme , au. contraire, lui sert de base et de point d'appui; Ses doctrines sur là Dirinité sont également opposées au rationalisme. Son Dieu est un esprit Tiyant , hypostatique , et non une raison absolue ou simplement un ordreraison. Mais comme nos idées, étrangères à toute spéculation purement rationelle , ne sont que le résultat de Texpérience, bien que prises dans un ordre supérieur, nous nous abstiendrons de toute dénoniination qui puisse faire soupçonner en elle le moindre travail systématique. La qualification la plus convenable pour elle est le modeste nom de philosophie de la çie.

Au reste, ne restreignons pas à la parole écrite la révélation par laquelle Dieu se montre aux hommes. La nature aussi , soit dans ses formes, soit dans sa substance, est un livre qui nous révèle la majesté divine, et dont les caractères ont tous été tracés par le doigt de Dieu. C'est à sa manière un écrit saint , un cantique magnifique à la louange du Créateur , cantique composé de lettres animées et d'images vivantes. A côté de

1 60 PHILOSOraiB PK LA VIE.

c^s deux tëoiQJud^ imposants de la grandeur de Dieu » se fttit entendre la consdenee morale doni J^ voix art Véçho delà paro}e divine; elle a ÉHartout pour mîs3ion de nous mettre sur lès traces des deux autres sources de vërilés révélées,

L'histoire universelle est encore une autre es^ pèce de révélation. En levant, sous nos yeux, je voile de la scène du monde , et en nous faisant $i^ivre le fil des événements, elle témoigne, d'une fnanière irréfragable, de la présence d^une intelligence supérieure , modératrice des actions du genre humain. D n'y a pas jusqu'à l'histoire particulière d'un peuple, d'une époque, qui ne mette en évidence Tactign bienfaisante de la Providence.

JLia conscience , la nature , l'écriture et l'his* toire universelle, sont donc les quatre sources où il nous est donné de puiser la notion de Dieu , la connaissance de sa volonté et l'intelligente de ses œuvres. La quatrième de ces sources , l'histoire, est souvent terrible dans ses leçons. Son langage sévère nous frappe, que nous le voulions, que nous ne le voulions pas; en sorte que Yqx^ peut

utçon m. 45^

dhreqqe celui qui ne veut pas t'ëcouter , le sent.

Que Tédifice d'une prodigieuse prospërité , dont

le fauK éclat et le prompt accroissement attestent

«ssea^qa'il n'est point base sur le terrain solide de

la vérité et de la justice,maisl>ien quHl a été Sievi

aur le sol sans consistance de la finaude et sous

les auspices de quelque mauvais génie; qu^un tel

édifice, d&i«)e, vienne à s^écrouler soudain

sous le sôufBe invisible d^une puissance supé**

rieure » aussitôt le sentiment , Topinion publique

démêle, dans les causes de cette catastrophe, la

main qui dans tous les temps a su mettre des

bornes à la témérité des hommes, et tracer des

limites à leur fausse et présomptueuse sécurité.

Et le souvenir de la justice et des châti**

ments divins , souvenir relégué , pour les es*

prits de notre époque , au rang des idées

surannées, se réveille néanmoins et se com^

wunique vivace à tous les esprits et les pénètre

proiopdénient« Malheureusement les fruits de

pareilles leçoios soiit de peu de durée. Bientôt

tout rentre dans le calme de cette fiodle con--

fiance qui est la cause de toutes nos fautes v

et qu'on peut regarder comme le premier des péchés originaux dé la race humaine.

L'Écriture sainte , telle que nous la possédons , ne remonte pas au delà de trente-trois siècles; Elle n'exclut en aucune manik'e les traditions antérieures à son origine, pas plus que les révélations dont les hommes ont été gratifiés primordialement. Elle nous apprend clairement, au contraire, que Dieu s'est manifesté aux hommes qui ont servi de souches au genre humain ^ à Adam d'abord , pui£^ à Noé, après la destruction du monde gigantesque de la période antédilurienne.

Les connaissances découlant de ces sources ; s' étant ensuite répandues «n flots libres , irréguliers, et dans des directions dépourvues de digues protectrices, sur le terrain vicié des générations postérieures , bientôt les antiques traditions se trouvèrent enveloppées du faux brillant de la fiction et de la fable ; et , sauf les nombreux traits de vérité qu'elles consc9> vèrent par.ce qu'ils ne purent être effacés >

elles furent bien vite ttaitôformëes en honteax ihystères ou en hideàses orgies;

Enfin la Vérité finit par s^écUpsér sous la masse dés images séduisantes dont on la couvriti et tomba dans un nouveau chaos de symboles contradictoires. De là cette confusion d'idées v de soùyenits , de symboles et damages , confusion qui se présente comme un fait général chez tous les peuples de l'antiquité , même chez les plus anciens d'entre eux , et qui ne fut pas moins désastreuse pour la science et la vérité que celle dont Babylone fiit témoin.

Lorsque , par une deuxième révélation , fut ëtitrèprise l'œuvre difficile de la restauration de la connaissance de Dieu et des choses divines, une condition essentielle au succès fût l'ei^usiôn rigoureuse de toute fiction païenne et de toute immoralité. Le premier livre , que Ton pourrait nommer l'évangile de, la création , repose sur de fait formellement énoncé , savoir que Dieu a parlé à Adam v ensuite' à Noé, choisis Tun et l'autre pour

1 54 PHiLosoPHiB BB LA ym.

être , a différentes époques , les fières an genre humain. C*est )à qVest déposée \a d^f 4^ rhistoire et de la révélation du pr^mienttoiide; c'est là la Traie genèse du monde , ainsi q^e celle de sop histoire ^ d^ sa sf^oe*

Ces dem circonstances qui accomp^nent la révélation , c'est-à-dire t d'une p^t^ la mention expresse des communications divjines fai^ aux deux souches du genre humain i communication dont on retrouve tapt de traces dans le paganisme , et , d'autre part , le rejet sévère de toute idée païenne et fahuleusv» méritent au plus haut dçgré notre attention. I^eur oubli pourrait donner lieu à un doute ibnç^te et favoriser dçs vues fausses , dont l'effet serait de faire perdre à l'intelligence de rensemhle de la révélation ,. la sip»plidté qui lui e^t «s^ sentielle , et d'en exposer la notion au péril d'être viciée.

Mais si l'expérience sert de fondement à la philosophie et à toute espèce de science d'un ordre supérieur, dont j'excepte toutefois \^ mathématiques , qui sont moins une sdence

LEÇON m. , 155

positive j portant sur des . objets* réels, qu'un instrument menreineuK et féeond en procédés auxiliaires pour Fétude de toute autre bcanche scientifiqne ; et si, de plus, toute science em-» piri^e suppose dans Thomme un stns ^ m organe psu'ticuller qui lui serve de jmoyen de perception ? nous sommes autorisés à dire que , dans le domaine de la vérité, les diverses espèces de connaissances humaines correspoii-^ dent à Tune ou à l'autre des quatre facultés principales de la conscience , selon que celles-ci présentent , à l'égard des premières^ plus ou moins d'aptitude et d'affinité. La raison qui dans la consdence morale se montre déjài selon ce qui a été dit plus haut , comme un sentiment immédiat , comme le sens intime du juste et de l'injuste , peut encore être considérée comme la &culté du développement çt de la communication de la penséç humaine en général , et , sous ce point de vue , elle est un organe commun à toute espèce de ^ence. Subordonnée au langage qvi lui sert d'intermédiaire né^e^saire , c'est çlle qUi

156 PHILOSOPHIB DB LA Vm.

établit rharmonie , l'unité entre les hommes et leurs pensées. On pourrait encore lui donner le nom de sens humain par excellence, attendu qu'il sert de base à tous les autres organes particuliers de la science. L imagination ^ qui n'est qu'une impression de la vie ou des propriétés vivantes de la nature , est le sens, le tact qui correspond au monde sensible ; c'est elle qui prête aux sciences naturelles leur juste signification , en conçoit l'objet avec toutes les conditions vivantes de la réalité , et leur com*. munique ainsi toutes les couleurs de l'existence extérieure, comme nous le verrons lorsqu'un lieu plus favorable au développement de cette idée se sera présenté.

La compréhension d'un fait quelconque , laquelle suppose toujours l'intelligence préalable du sens et de l'esprit de la chose , tombe immédiatement dans le domaine de l'entendement. C'est à lui qu'il appartient de connaître de tout esprit, soit humain, soit divin, qui se manifeste dans le monde sensible. C'est donc à son discernement qu'est soumis l'esprit de la révélation et

LBÇON ni. 157

révélation de fesprit. Â eet ëgard, il coopère

^'mie manière essentielleàla perception de la no*

^on de Dieu. Ce n'est point à lui pourtant que

:3ious départirons la prérogative immédiate de

^'expérience toute spéciale des connaissances di-

^vines, mais bien à la volonté , comme il sera

^âcnontré plus loin.

La manifestation et la connaissance de la vé-* rite divine seraient complètement inutiles à rhomme, si elles ne supposaient, dans celui-ci, une aptitude à la &ire fructifier après Tavoir reçue, et une disposition à cultiver le bien. Le terrain riche et gras destiné à recevoir la semence précieuse de la connaissance de Dieu, avec les eaux fécondantes de la vie dont FEsprit révélateur a lui-même fixé lés autres sources dans les quatre modes de révélation distingués plus haut , c'est Vàme , puissance qui, dans toutes ses parties; se montre merveilleusement impressionable aux choses divines et au bien en général.

C'est ainsi qu'outre sa coopération au déve* loppement de la pensée par l'intermédiaire du langage, elle prête encore un nouveau ^cours

^58 PHILOSOFHIB PB hk VIE.

aux opérations de la conscience inteftectneUe^ L'entendement lui-mémes dans sesl^autes la^di^ talions sur l'esprit de la révélation, se laissie c^or doire par ses sug^stioos bienveillantes.

Ënefifet, l'idée de Dieu et des choses célestes n'est point une idée stérile qui frappe indifféremment Tesprit : c est une notion pleine de vie qui remue Tâme avant de toucher Tentendem^iit , et elle ne peut être comprise dans son intégrité que par la perception siitiultanée de ces'deui^»cultes. L'âme perçoit donc la connaissaqice de Dieu par le sentiment , et ce même sentiment» lorsque réagissant sur rent^ndement il détei>mine l'action de la pensée etde laparole^devieoti dans le sens propre du mot» ce que nouS' appe^ Ions philosophie. U n'est point question id de la philosophie sophistique de Técole» mais bien de cette philosophie simple et vivante, que noii9 nommons philosophie de la vie. Ces diverse^si fonctions , ces diverses propriétés de Vâme» nqi^ portent donc à l'envisager comice le point. de îwaiou^ yerslequel con&uent, sous k hwiièxe d'um oxibBWiil^Qii vaste et l,UM:fvde L'entfuidbe^^

LEÇON m. * 169

^^Kient/^ les flots de vie et de térit^ dont la source t dans 1a qaadraple réTâation doDaée à Jiomaie^

Aos» wofona^ooB que le mode le plus sa*

^reletle plus ancien, sons téqiiel la pkâlosophie

it donné 9es leçons , est la forsue d'entretien

t de çoa^ei^aticm , mode qui n'exclut nuUe-

^^iKint la citation ni même Teiq^lication des^

^^oaaipmes les plus subliçies; et rien ne nous

^^smp^ch^^t de définir la pimosophie^en ette*

^usémtt u9e conversation de Vàm^ mr les chose»

diidness dirigée par les luipiières d'4we Ubire

ré&eûon, C'e6t la forme qu'elle revêtit «ous

le génie des premiers phik)s<fihes de Taiil**

qaité, tels que les Pytbagore, les Soçrate et

les Platon.

Les deux premiers ne communiquaieiit leurs observations que de vive voix^ et aixpmjp^^ goaient ainsi leurs ensesgnem^ts de ttous les charnaes et de. tout riutérit de 1^ oonversatio»; le troisième alla plus loin , et fixa par Técrilui? le ré^at de i ses réflex^on|S. Ces grf^mjbs penseurs ne s'puyrfûe^^ \W^^ qp*du« irtesses

160 PHILOSOPHIE IX. hk VIE.

d'hommes de la plus haute' disttndion et du mérite le plus reconnu, quel qi^e fût du re^e leur sexe et leur âge , consultant toujours en cela la nature et la dignité des choses qu'ils se proposaient de traiter.

Pythagore fîit le premier qui ouvrit cette voie. Les deux autres le suivirent généralement^ et ne confièrent leurs pensées qu'à un cercle

de personnes choisies , les plaçant en quelque

sorte sous le sceau de l'amitié. Du reste, leurs idées se discutaient avec toute la £imiKarité d'une conférence animée et exempte de contrainte. .La nécessité de faire honne contenance en face de l'arrogance des sophistes les a forcés sans doute de recourir quelquefois aux armes ordinaires de ces derniers, et Platon a peut-être , en plus d'une occasion , usé trop largement de la tactique de ses antagonistes; Les sophistes répandirent enfin leur aride science dans la classe du peuple, qui en fit une affaire de parti.

Arrachée du sanctuaire sacré de la vérité, et prostituée sur les places publiques par ceux-

LEÇpN m. 161

^némes qui s'en proclamaient les protecteurs , ^le devint bientôt , dans ses maximes et dans ses mystères les plus sublimes, la pâture d'une xnanie scientifique populaire , qui n avait d'autre 3^ègle que le dévergondage d'une raison sans pudeur. C'en était fait de la philosophie; et le inonde des intelUgences allait rentrer dans le chaos , lorsqu Aristote , résumant dans sa puissante tête toutes les doctrines des philosophes qui l'avaient précédé, les classant par une combinaison neuve et profonde dans un nouvel ordre; les garantit , en les consignant dans ses livres, d'une ruine complète. Puis , la faisant disparaître de la vaste scène de la vie publique dont elle était l'âme et le principe vital, il la confina dans les étroites • limites de l'école-

. Tout en déplorant l'exiguité de la sphère dans laquelle il en restreignit ^ l'action , on ne peut néanmoins , vu les commotions sociales occasionnées par le mouvement démocratique et par les armes macédoniennes qui déjà avaient porté un coup mortel à la I. : 11

rie intellectuelle et publique des Grecs , on ne peut, dis-je/ ne point reconnaître un service éminent rendu à la science par le génie sagace des philosophes grecs.

De Vkme dans set rapports aytc la nature.

MfiS6I£imS^

« Notre science n'esl qu*un composé de lambeaux : » c'est ainsi que , dans le transport de son courroux, s'exprime l'homme de Dieu dans l'Ecriture sainte; « notre science n'esti qu'un composé de lambeaux et nos prédictions aussi, omtinue-t-il , ne sont que de$ vues détachées et incomplètes. » Qae cette sentence soit vraie en ce qui regarde la science , même la science de Dieu^ la seule qui mérite ce nom et puisse nous dédommager de nos labeurs ; c'est un £ait que iK>s réflexions précédentes ont mis hors de

doute. Ge qui y est dit de no$ prédictions sje rapporte surtout à la ^cienee de la nature : or, l'exposition des idées que je me pro-

pose de développer aujourd'hui démontrera combien l'expression de l'Ecriture est fondée. En effet, quels sont les résultats de toutes nos recherches sur la nature , dès que , lais- . sant à part Tétude des détails , nous nous élevons à une certaine hauteur pour en observer l'ensemble et en pénétrer les lois ? Hélas! tous nos effoi;ts se bornent à des présomptions , des conjectures , des suppositions ^lus ou moins vraisemblables , mais toujours trèspartielles et très-bornées. Que de tentatives

faites jusqu'à présent par l'esprit humain pour

déchirer le voile qui nous couvre le secret de l'animation ^ et pour enchaîner à ses pieds le fiigitif Protée de la science de la vie ! que d'investigations pour déchiffrer les inscriptions sibylliques qui recouvrent ces immenses couches de tombeaux et de débris fimëbres entassés les uns sur les autres,, et dont se compose le corps décrépit de la vieillissante nature! que d'essais ppur trouver la solution de Ténigmé de la mort, énigme qui a résisté jusqu'à présent à toute la sa-

gacité humaine, et dont on n*a pu rompre le sceau.

n y a dans la nature, on ne peut le dis* simuler, certains signes , certains avertissements qui^nous indiquent, quoique de loin, la dernière crise par laquelle, même dans Tordre physique, la vie triomphera complètement de la mort, et se dégagera pour jamais de sa corruptrice influence : mais ces signes et ces avertissements, malgré la gravite de leur objet et malgré leur haut intérêt scientifique, restent illisibles pour nous, tant qu'ils ne sont point rapprochés de la lumière de Texégèse d'un ordre supérieur. S'il est vrai que le monde sensible ne soit en général que l'écho , le retentissement matérialise de la révélation , que pouvons - nous mieux; faire que de les rapprocher l'un de l'autre, et de confronter l'hymne magnifique du premier avec les proiïiesses que le saint prophète a consignées dans la seconde. Consultons' même le témoignage de cette antique prophétesse de la nature sur le moment de

46Ç PHILÔSQBHIJË PfS LA. VIE.

la (ÇQYisooim^tipn de^ temps, moiof^pt d^ô»^ que la créature sensible célébrera aussi CQmme 1^ joqr de sa résurrectîppy et après lequel ^Ue soupire aveiG une indicible ardeifr, qui p'^a( mWt part plp? yivam^pt dépeinte que dao^ r^É^çriture 9aiiitef '

L*Éçiiture sainte , s^lon Tidée qw Ton s'en forme néces$air^m€;nt , ne peut contenir aii-^ cun système rationnel de science philosophie, que où naturelle. Cette condition, si elle ei(istaH , suffirait pour lui èter tout motif de confiance 9 sôit comme révélation, soitmém^ sous le rapport purement scientifique. Elle a ^té écrite pour les besoins de Thomme, dont elle emprunte le langage et les mœurs. Dans ses deux parties, c'est un recueil d'écrits de circonstance tout pratiques dans leurs objets. Elle a la vie pour principe et pour terme. Cest simplifient la collectiop des statut sociaux du peuple prophète d'une part, et de la communauté apostolique d^ Tautrç ; statuts acçompslgné^ d'une foule d'enseignements l^istoriques et légaux , où l'exhortation et des

ixK)tir$ de consolation tempèrent toujours la rigueur du précepte^ déjà rendus faciles d^ailleurs par la conteinplation de Tavenir, avec lequel ils nous mettent constamment en relation.

Ce qui distingue surtout les écrits sacrés y c'est cette foule de rapports individuels et de circonstances locales dont elle s'occupe avec toute la prévoyance et toute la sollicitude de Tamour le plus tendre. Les formes familières et négligées dont Dieu a daigné revêtir la révélation, bien loin d'avilir la pen^ séé divine qui en fait Tobjet , ' lui donne au contraire , dans leur sublime simplicité , le caractère de grandeur et de noblesse que réclame la souveraine majesté de l'espritrévélateur, et deviennent 9 par là , la preuve la plus irréfragable de son authenticité. Deux parties de la Bible seulement semblent ne point admettre Tap* plication des remarques générales que nous venons de faire : c'est d une part la Genèse , qui contient avec d'amples détails le récit de la création , et forme comme la pierre fondamentale de la révélation ; de l'autre , c'est

l'Apocalypse, qui fournit des données circons-^ tanciées sur la fin du monde , et qui peut être considérée comme la clef de voûte de l'édifice.

Ces deux livres , placés aux deux extrémités du corps des écrits sacrés, sont comme deux anneaux qui nous permettent de saisir et de soulever Tarche de la révélation. Le chandelier aux sept branches , debout à l'entrée et à Fissue du sanctuaire de la parole révélée , nous donnerait , si la lumière qu'il répand était accessible à nos grossiers regards , avec le inot des nombreuses énigmes renfermées dans la Genèse et l'Apocalypse , Tintelligence de tout ce qui est contenu dans le corps des livres saints. Du reste , même dans ces deux cas exceptionnels , l'esprit révélateur s'exprime avec la même noble simplicité et avec le même éloignement de toute espèce d'orne-^ ments du discours.

Ce caractère du style de Moïse n'a point échappé aux maîtres de l'antiquité classique , qui trouvèrent déjà, dans les premières pages de l'écrivain inspiré^ l'exemple de la diction la

plus simple et la plus élevée à la fois.' Une multitude de rapports partant de ces deux points extrêmes se croisent dans le corps de l'Ecriture sainte qu'ils pénètrent. Ils communiquent à ses doctrines, comme autant de

veines secrètes, toutes les conditions de Thomogénéité , et lui donnent la physionomie de l'unité la moins équivoque. Aussi , malgré la variété des ouvrages dont elle se compose et malgré la multiplicité des écrivains qui ont concouru à sa rédaction , lui a-t «on donné le nom de liçre par excellence.

N'allons donc point chercher de système scientifique dans la Bible. Tout ce que nous pouvons y trouver au profit des sciences se borne , en ce qui touche aux connaissances de la nature , à quelques expressions, à quelques indications plus ou moins fréquentes , qui nous laissent entrevoir les secrets qu'elles récèlent , et nous permettent , par quelques étroits passages, de pénétrer jusqu'à un certain point dans l'empire de la vérité. Il est à remarquer que , dans F Ancien-Testament y

i'JO PHIL0S09HIB W LA VIE.

qui du re$té non -seulement nous of£re des tableaux si vivants de la richesse^ de la prospérité temporelle et de la magnificence de la nature , mais qui de temps en temps semble encore soulever le voile jeté sur les mystères de la vie ; il est .à remarr .quer, dis-je , que les paroles de récrivain portent toutes le cachet d'une circonspection préméditée. On dirait que les mots^ en découlant de sa plume, sont pesés et comptés ; il conduit le lecteur droit au but , sans donner à sa curiosité la possibilité de dévier ou d'outrepasser le terme qu'il veut lui#faire atteindre. C'est que^ vu le contact des peuples païens au milieu desquels les Juifs vivaient , la moindre parole indiscrète eût pu favoriser la déification de la nature, erreujf vers laquelle ils avaient une propension si enracinée. Dans, le Nouveau-Testament, TËsprit saint

s'exprime, en ce qui concerne la nature, avec

* beaucoup moins de réserve , si l'on peut

parler ainsi; sa parole est plus libre et plus

franche. £n somme , le rapport de la rêvé*

/aitioq wx sci^nce^ de la nature ne se prodwt oi^t dans FÉcriture sainte sous la forme 'ui|e idée entièrement détachée ; le fil n'en pas top joui^ appréciable ; il faut T étudier t le suivre dans ses détours. Il est djit du riace deâ apôtres que Tombre seule de sa ersonne guérissait les malades placés sur •son passage ; disons de même que le char de :feu de la révélation , passant sur le domaine de la science, laisse échapper de distance en distance de précieux traits de lumière , et que le simple reflet de Téclat étincelant de la pa-^ rôle de Dieu suffit pour communiquer à l'étude de la nature un nouveau jour. Ce n'est

qu'en se consolidant sur la base inébranlable de la révélation, qu'il est accordé à nos recherches sur la création sensible d'arriver à d'heureux résultats, et de donnera cette branche des connaissances humaines l'ensemble d'un tout harmonique dans ses parties.

U a déjà été remarqué plusieurs fois que l'erreur des philosophes rationalistes consiste surtout à déterminer à priori et d'une manière abso-

lue les limites de leurs systèmes factices, et de développer lascience dans des proportions données.

Ils j ettent la philosophie dans un cercle circonscrit par les bornes étroites de leur impuissante conception, et en classent les diverses parties dans un ordre purement arbitraire. Leur but est bien déformer un corps dé sciences, mais ils se soucient peu de la cohérence qui doit en lier les membres. Au reste , leurs systèmes , malgré le caractère d'invariabilité qu'ils se plaisent à leur attribuer , restent toujours soumis à tous les caprices de leur raison ; car l'immuable n^a point son principe dans l'homme. Il en est tout autrement d*un système philosophique basé sur la vérité ; celui-ci suit la science dans son progrès , bien loin d'en empêcher le libre développement par une indiscrète circonscription , laquelle finit toujours par en paralyser le principe vital , et ne lui laisser que l'aspect d'un cadavre privé de mouvement.

En effet, si l'esprit et l'âme , malgré leur faillibilité à plusieurs égards , sont capables de la notion divine; si, d'un autre côtéi cette même

LBÇON IV. 173

notion ne, leur est communiquée que par Dieu lui-même, c'est-à-dire, en d'autre termes, si c'est Dieu lui-même qui conduit l'homme àafis la voie de la science , qui pourra déterminer la somme des vérités dont il lui révélera la connaissance ? Qui osera assigner d'avance le degré de lumière dont il voudra bien gratifier son intelligence ? Sa science peut prendre un degré d'extension qui dépasse toutes nos prévisions ; c^r, après tout, l'homme illuminé d'en haut peut tout savoir dès que Dieu le permet, comme aussi ^ sans le secours divin, la raison abandpnnée à elle-même ne peut faire aucun pas sur le terrain de la vérité.

Si la science de l'homme est limitée , ce n'est pas dans son expansion , laquelle ne connsdt point de bornes absolues ; mais c'est parce qu'en prenant son origine dans diverses sources , telles que la tradition , l'expérience , le témoignage des sens tant intérieurs qu'extérieurs, elle ne consiste d'abord qu'en aperçus détachés , qui ne se coordonnent et ne s'harmomseat en un tout homogène qu après avoir

174 PHILOSOPiËIB DE LA VIE.

, triomphé de longues et de nombreuses diffi^ cultes ; c'est parce qu'elle ne progresse que pé* nibiement; c'est parce que, msurchaht èui^ ûA terrain glissant de tous côtéè ^ elle coùlrt rk^iié à chaque pas de Vabîmer dans l'enpeur; c'eét enfin parce que , quoi qu'elle fasse , elle n*^t presque jamais entièremei^ pure de meMdtige^ et que^ considérée dans «on ememble^ dte pté^ sente toujours de nombreuses lacunes qui lA condamnent à demeurer incomplète. Voilà à quel titre FÉcrituré sainte h caractérise d'ii»K parfaite, et la compare à un composé de hm*beaux.

Toute science réelle ^ au reste , fondée stif Texpéfiênce des sens, est soumise à la même condition d'imperfection. Très-rarement hê premières impressions, les pi^miers aperçu» sont purs et exempts d'eri^ur. Ce n'e^ que par des observations 9 des comparaisons, dés. essais^ de^ expériences Jct des redsficationa so^ftèniM» et répétées pendant des siècles entieri^ pour se pas dire pendant des^ miliers de siècU», qu'où pevt se flaftor d'arriver à déstiiésuhatsirrAîs^ el.soi^

LBçoN vr. 175

lides. La science fausse , le rationalisme, au con* traire, naît tout fonné. U sort du cerreau dé Tauteur sous les apparences d'un tout com^ pacte dans des parties : mais à peine sa frêle existence a-t-elle été exposée aux rayons du soleil pendant un jour, qu'elle se dissoul dans l'ombre de la nuit pouf ne plus repal^tre. Qu« dirai-je de la science de la nature ? Hélas! comme toutes nos œuvres, elle porte le cachet de noire imbécillité intellectuelle. Il y a plus de troiftmôile ad» que les Grecs se livrèrent aux première» recket-^ çbes aur le monde sensible. Depuis eux, les mènes investigations ont été continuées; et néanmoins où sont les progrès de la science , si nous la considérons dans ses résultats généraux: et noa dailà les observations de détail? A peine a-4-eUe &tt trois pas vers la conquête de la vérité* Quel que soit le point de vue sous lequel nous envissar gions les opératiopsi diç notre esprit 4^ns le vaste çbamp delà science bumaîne en géiiéral, partout nous icemarqiions le vice de la fiajkbless^ (^ notre conditiox^. INbtçe intejiligencei ap|if saatie par des arganes réli£i„ se tfy^ne plutM

qu'elle ne marche, pour glaner quelques vues détachées de la vérité qui, dans sa subtilité, lui échappe de toutes parts.

Il est dit que devant Dieu mille ans ne sont que comme un jour, et qu'un jour est comme mille ans : nous pourrions en dire autant à regard 'de l'esprit, considéré dans ses rapports avec la lenteur du progrès sdehtifique. C'est en vain que l'on demanderait plus d'activité et une plus grande garantie de succès aux. oi^anes de l'expérience intellectuelle , soit qu'ils appartiennent à Tordre extérieur comme les sens corporels, soit qu'ils àe rapportent à l'ordre intérieur, tels que la raison et l'entendemeïit, Fîmagination et la volonté. Tous , dès qu'ils sont à rcEuvte, trahissent au même degré leur imbécillité native, *et procèdent avec la même impuissance.

Je viens dé parler de Timagination qiie j'ai signalée dans ma dernière leçon comme étant l'organe correspondant à la nature. Si je lui ai attribué la fonction d'expérimenter le monde physique, et de connaître de tous les faits qui

liEÇON IV. lt7

s'y rapportent, ce n^est pas seulement parce quelle est par excellence la faculté de conjecturer, ou parce qu'elle semble avoir plus d- affinité avec l'ordre sensible que toutes les autres puissances de la conscience humaine; mais c'est ' encore à cause de son aptitude à concevoir, d'une manière vivante, les phénomènes eirtérieurs.

Tout vrai phénomène physique est doué d*un principe de vie et de propriétés vivantes qui en forme l'essence. Or cette essence , fluide et fogitive par elle-même, ne peut être conçue que par limagination. Voulez-vous concevoir le phénomène d'une manière abstraite par l'action immédiate de renlèndêment , aussitôt la vie vous écl»pp6 et il ne vous reste plus qu'une formule mofte. L'imagination, en s'assimilent en quelque sorte l'objet que les cens lui trànsmettei|t , peut seule lui conserver ses conditions de vie.

Toutrfois il ne faut point confondre cette

conception scientifique de rimagination avec

Vacte par lequel elle conçoit les objets de Tart.

C^estienÉore i ce principe vivifiant de la même

17$ PHILOSOPpp"»» Jl^ VIE.

facilité qu'a faut attribuer h aréatk» df cct|e foide de dénoiAinatiaii» htnrtuaes appliquées au^c g^r^adei^ décoMy^rtea, dana les sdencea natorçUes, Dès qu'elle a saisi le phénomène dans toutes &e$ parties » elle en résume les propriétés sous une acpressÎQn hardie , pleine d'image et souvent «ymboUque*

Il me souvient de vous avoir £|Lit remarquer d^àqi^e les^ens corpace)s^,si étroitement Héa k rimoginatiou » sont siMceptildfta de propriétés toutes spéciales- Les w^f doués d'tme pafrtié spirituçUç r tels que TcBilet roréîBf ^îi^eiMt de» formes du beau^» et du sentàmfiifc wprnpté par lu musique ; les trois. autres,qul sont wftout les sens des sensations organiques déméltiikâoiiwaÉ^par uu tact tout à lait suhlîl qiie j euFisa^efitts^c^SN tiers comme un orgaine à pisvt dMift k'ordn^ d» la nsdure, démêlent > diH^» ^ms wm sphèse qui semble ne rien avoir de commun ave&k» monde ina);ériel« des* ^appo^ Mciettdè dinrers geujces.Tel»^ sont 1^^ sentiinente à% s^mpathievcâ une foule de pres^ifi^tia}«nt& # tm^ ^k^% On ttQ^w des^ ti*çe? de ^e d»^f ft |Jwk

lAçoH fv. 17»

pttêté dàttis m grand nombre d'anknainc^ coit^mé

npus avoH^ â^k décdovèrt qtieiqa andogie elttré

lé tarf tttteicfai de Tâme hurtiaîfte et l'insriîfict

dé im^ine e«p^€f dowf «o*t demies é^rtÀin€l^ elaSM

ses privilégiée d'atiâiriaiBi, dans tes<|o€?ls Vkmë

dé k if^ùr^ èhfîÉ^Jie à s'eftpi^lner.

Quant aux pressentiments dont nous venons

de ]^kry et qui s'éprouvent à toutes les ^k^que» et dans toutes les circonstances de la vie f on peut les. rniger dans la même; catégorie que les rêves sigmficatifs; Ce sont suitant de phéildinàfies 4^ , par leur nature^ ne peuvent ^fs» diffkileine^t âfa[e £stingués de Terreur. Le ieara$^r!e de variabilité que portent es- ^eiitîeU^ment IVbservation et le rapport de X^'h^nime , surtout quand il» ont pour objet ^es choses si dépourvues de fixité et de con- «istaniie ^ ne permettent souvent pas d'en constater ia vérUé. Que ces manifestations par le se^ipf nt ne soient en général que des illusions, c^t <m^e' proposition qpi ne saurait être souté|iiie# d'^ut^nt moins qpe les naturalistes les plus distingués de l'époque, exempts d'ailleurs

des préjugés d'une éducation mystique, ont cessé depuis longtemps d'en nier l'existence.

Mais si le sentiment immédiat d'une yie invisible ; si ces communications directes d*une lumière cachée sont upe fois démontrées vraies, si elles affectent Thomme d^une manière distincte et spéciale ; en un mot , si elles constituent en lui un état tout à fait caractérisé , nous voilà aussitôt conduits à admettre l'existence d*un nouveau sen^ ; d'un nouvel organe , dans Tordre de la nature. Cet organe, pour être plus secret , n*est pas plus faillible que les autres ; seulement il peut , à raison de ses perceptions occultes, donner occasion à une foule de phénomènes merveilleux ^ dont le discernement réclame une sagacité particuH^

lière.

Il n'est pas aisé d'établir les règles de ce dis^

cernement, qui repousse tout moyen exclusif ; car

il serait aussi absurde d'assigner des bornes

aux pressentiments , qu'il serait ridicule de

prétendre limiter le développement de Télcc-

tricité dans l'atmosphères

USÇON IV. 181

n est conforme à Tordre des choses que,* dans nos recherches scientifiques sur la nature , nous commencions par Tétude de Thomme. Mais ^ pour ne pas nous perdre dans Texamen des phénomènes particuliers que présente son organisation ^ il est plus SÛT de détacher préalablement de Tensemble de son économie quelques idées générales; claires et lumineuses , qui puissent nous diriger ^ans les observations de détail. Remarquons <3onc d'abord que les trois éléments, savoir, l'csjpTit , rame et le corps , qui constituent l'être lïumain , trouyent de nouveau leur application ^ans le système organique de l'homme , comme ' ^Is l'ont déjà trouvée dans la sphère des sens extérieurs , dans celle des penchants et des passions, ainsi que dans les diverses sortes d'aliénation mentale.

La structure des membres , les os , les muscles ', formant la partie la plus matérielle dans l'homme physique , peut être envisagée comme l'élément correspondant au corps. Le sang, les cinq ou six organes qui servent à sa préparation

182 PHILOSÛPRIB pft LA VIB.

et ^sa cireulation, éé même qttt lés orgapeii de la reépirationiaoht la partie analogue à n^me. J^e troisième élérnif nt ^ i^orrespandant à l^f spirit § et qui, pour ratte raison, fist ifiBpimeDt pltia Dobie que les deipx autres^ n'est appréciable que par 1 miiou qti'il exerce sur le cerveau. Le plexus en gq^ nëral est soumis à son influence^ dont les effets réagissent sur les sens siipérieurs et en sub^ tilisent la portée. Insaisissable par la spiritualité de sa substance y il diffère du fluide nerveux , et résiste à la perspicacité de Tanatomie.

Plusieurs auteurs, pour mieux en caractériser la propriété, l'ont appelé le principe éthéré du genre nerveux. L'Ecriture sainte distingue d'une manière formelle et tranchée cet élément spi-^ rituel du corps humain , d'avec l'âme orga^f nique qui réside dans le sang. Elle le nofnme le germe, la semence de la résurrection, parce qu'au moment dé la mort de l'homme, îl se détache de son enveloppe terrestre, pour se rejoindre à elle lorsque le tétiips $erà ^e)iu ,. et la transformer par la lumière dont il la pénétrera. La mort elle-niéme n'est autre chose

tE0N iV. <83

^e là SÊÎsiidh âonlouféme de ce hiervéiltèuic émikénî et dii Côrps iùiiêAel qui, là iët^âratiôti à pëitiè ititiBùtàmé(b\ tévèi au^ltôt le$ traite hidéox dé là corruptioii. C*eâi enCôre cette ftiêtne stibs!ânce secrète qui Sert d*orgâné , d'àgëM i totiè lès phënotnèneâ spirituels qbi touclieiit au merveilleux , et qui se ihaiiifeètettt dans rorganisatiûfi humaine.

En eftet, si la séparation complète de ce |)rîncipe dWec le corps matériel est suivie du phénomène de Ja mort, il est aisé de concevoir que toutes les fois que par son action. 4Î cherche à se faire jour , a percer Tenveloppe des sens et à s'échapper de sa prison , il doit se signaiét* par une manifestation insolite et â*un ordre particulier. Ce fait, une fois constaté, àous met , comme on le remarque facilement, sur la voie d'une foule d'aperçus scientifiques ,. datis l^ordre de la liature. Mais il y trop de disproportion entre ces phénomènes proaigieux et îès évéfteîttients ordinaires d'une vie restreinte dans le cerde des lois ordinaires de notre natfif ë, pôut qu'il soit possiJ^le de trouver dans ceux-

iaft -^

ci des règles de jugement assez certaines pour nous guider dans le discernement des autréSi C'est dans une région supérieure qu'il faudrait aller chercher des termes de comparaison.

Nous allons donc ^ convaincus que nous sommes do la supériorité de ce mode de pro^ céder, suivre, dans nos études sur la nature, la marche lente , mais sûre , que la science a elle-même suivie dans son pénible développement , et à laquelle les recherches des Grecs donnèrent l'impulsion , il y a plus de trois mille ans.

Au fond, les sciences naturelles eurent aussi pour base, chez les anciens, la connaissance physique de l'homme , c'est-à-dire qu elle commença par l'étude des maladies et par celle des moyens curatifs. Si les physiciens de nos jours sont fort peu disposés à donner pour fondement à leurs travaux les idées des Grecs, idées qui consistaient à considérer l'eau, l'air et le feu comme les éléments de toutes choses; s'ils rejettent encore au nombre des fictions poétiques toutes ces cosmogonies hardies, mais

iBçoic lY. 486

simples et claires dans leurs principes, les xnaîtres de la médecine au moins reconnaissent , avec un profond sentiment de respect ^t de gratitude , même dans le temps où nous "vivons, qu'Hippocrate est Fauteur de Fart de ^érir. Je dis de Fart de guérir, parce quHip- ^ocrate lui-même et les maîtres qui Font suivi, ont considéré la médecine comme un art plutôt que comme une science.

En effet , le talent essentiel dans le médecin , c'est le tact d'un jugement exercé et Juste dans ses décisions ; c'est le coup d*œil profond qui pénètre jusqu'aux sources de la vie, et scrute les principes de mort les plus cachés. La connaissance purement historique des différentes formes sous lesquelles se représente le germe morbifique dans Fhomme , letude des remèdes, de la botanique , de Fânatomie, ne doivent être envisagées que comme une collection de matériaux à Fusage de la médecine, et non comme la médecine même. Le tact dont je parlais tout à Fheure est toujours le point le plus important ; et il

1^6 PHILOSÔtWk èÉ LA VIE.

est à remarquer que ks grands Iiommés , •qui rôht possédé à un haut degré , otit toujours été les moins disposés à y re(!Onnattrê le caractère dé là science proprement dite. Cependant , comme la médecine est ta seule connaissance de la nature qui puisse mériter le tibm de science , si une fois oii était parvenu à soildèr la l'aisôii de la vie, et à trouver le mot de Ténigme dé là mort ; comme, d'un autre côté , le coup d*œil du vrai médecin est de touâ les moyens d^eitamen lé plus ^Ar, et celui qui pénètre le plus avant dans les secrets de ranimation et dans lés mystères du prîn^ tipé de la désorganisation, nous devons reconnaître qu'elle formé , à proprement parler' , le noyau des sciences naturelles , telles que nous devons les concevoir, et telles qu^elles se développeront un jour : noyau qui est demeuré, pendant quinze à vingt siècles , à î^état d'embryon dans le sein de Fart de guérir. L'histoire tiàturelle, les observations astronomiques et géographiques de ce$ longues époques qui ont Servi de préparation à la science, forment,

il £mt Tavaper^ un m\k^ tr^fior <}# leùitiwis^

41e^ ^e r^feriQfn( pas la clef de la Adence de la vie^ dont les my^itauses soiirces n'ont encore été entrevuei, jusqu'à présent , que par le regard pénétrant du médecin.

Ce que nous yenons de dire des conditions et de la possibilité de la science de la nature humaine, doit s'appliquer à la science de la nature en général. Car , si le monde est doué

d'un principe de vie, et que cette vie ait avec celle dé Thomme ainsi qu avec son âme , ne fiit-^ce qu'a un degré très-éloîgné, des rapports ^'affinité, dès lors la possibilité de la science tlu monde physique est démontrée. En effet, le flambeau de la science, une fois allumé dans la' sphère de la nature humaine, répandra sa hiknièrè dans la sphère plus vaste de la nature eh général , et dissipera les ténèbres qui jusqu'ici nous en cachent les lois et les conditîôiis d'ëîîistence.

Cette dernière science sans doute , pour bien ^e$ ràlsoiis , n'atteindra jamais son complément;

188 PHILOSOPHIE DB Lk YIE.

elle laissera toujours de nombreuses lacunes à

remplir. Si la nature n'ëtait qu'une masse inerte,

comme plusieurs semblent Timaginer, on ne pourrait jamais comprendre comment , vu son

hétérogénéité , elle pourrait pénétrer en nous et s'assimiler en notre substance ; et , en dernière analyse , nous serions amenés à douter, avec les idéalistes, si elle est autre chose qu'un produit de notre moi , ou le fantôme de la réflexion de notre être, n'ayant d'existence que dans notre pensée.

On a souvent parlé en philosophie des idées innées : mais les fonctions les plus importantes, comme les actes les plus variés de l'inteliigence , comme aussi Tidée , la conscience de ces mêmes fonctions, de ces mêmes actes, ne sont au fond que des divisions , des modifications naturelles de Faction générale de la peiisée ; et il n'est nullement besoin , pour se rendre raison de certains phénomèmes intellectuels , d'admettre , dans la conscience humaine , comme un dépôt préexistant d'idées universelles. La notion de Dieu ne réclame pas

davantage le secours d'aucune idée de ce genre« D'ailleurs ces idées innées , si elles existaient , nous conduiraient nécessairement à admettre l'hypothèse, difiicile à concevoir, de la préexistence des esprits ou des âmes. Aucun être créé ne peut avoir Tidée de Dieu qu'autant que Dieu lui-même veuille bien la lui communiquer, et il la lui communique quand il le trouve bon , sans le concours d'aucun élément étranger.

U est une idée toutefois , mais il n'en est ^'une, que j'admettrais volontiers, et non sans fondement , je trois , comme innée dans l'homme dégradé , tel que l'a fait le péché; c*est ridée de la ^ mort, qui, semblable à une racine corrompue dé l'arbre de la conscience, propage sa dâétère influence à travers toutes les opéra-' tioas de la pensée. Agent meurtrier, et inharent à l'essence même de Tintelligence , il étouffe le ]mncipe de vie de nos idées au moment même de leur conception , et devient pour l'homme ime source j^H^esque nécessaire d'erreurs ; car, en frappant de mort les actes de notre esprit, elle n&M conduit naturellement à croire que

t90 PHiLosopitlE ïw tx vie;

tout ce qui nous entoure, et même lé monâ^ entier, est aussi e'tranger à là tie ^e le* images que nous nous en formon^.Cette lugubre ilk^om obsède l'homme tant que ^ pa«* âti^i^' ' forts ardents et soutenus, il »'a point tfiônipllé de la mort inteHectuelle, àTomfbre dé làqtfeltë sa eondiliOÉi dégéil^rëe à a^s ê^ cùti^éeÈÈCê.

Une autre idëe non moiits faw^e Mf U i^^a^ ture, cons}M!e à se reprëseiMer le TâGt\èë iêêi^ térye) comme tm amas- de s^bkfdojâff les ^auis n'dnt d'afutres rapports d*aliiule që4 Psi^é^ galion faïtuite par laquelle ils se tfouveM ifétnaisr en cette masse monstroea^ qui mcsoL ^ppm^ât sous le ïÊ&m de moi^;é&. C«Ks piâmesi gi^ain^suyaM été comptés dis Viaarîgine, toute k sdmnce de la nature se réduirait pour Fhdmme y h lescompter après le Ciréateai^ Mais ngjà M ^tmlk que <te sable, dès^ ^ntt^nou» vodlond^ ier so4-^ mettre au cakul , a'^éduppc ^ à eausé^ dçi scnr infinis dkision ^ à trairer»^ u» sfjDSième sm peak> compacte et ^ dépourvu ds coa^feanoen, 'Cà qjuir la supfmtation em esâ à jaoîai^ impqwMcb*^

he» cakuls , lea (ttocédés ituilhéimlifivil'

usçon IV. 191

s(H)t , relativement aux sciences naturelles , ce que les déclinaisons , les conjugaisons et en gé-*^ néral toi^^tes les notions grammaticales, sont par rapport à l'étude d'une langue. Celles-ci forment des conna^s^nces préliminaires et précieuses , propres à hâter la connaissaoce d'une langue* sur« tant d'une langue morte : de même aussi les ma* thémaitiqUes nc^is fourmssent un auxiliaire indis>^ pensable pour l'étude de la nature ; ipais , par elles-mêmes, elles ne nous ap|Mreiinentpasuiiseul mot, Hça Uân de nous £aire comprei^e le sens d^upe sei^e phrase de la langue bi^rogl^^pbîr qm- 4^ la nature « langue si di$cîte et d'un SQn ^i étrsMager à Iiqs organes.

|1, cp serait autrement si l'on étudiait la géométrie dans If livre vivapt de la création ; si . Tai^ cher ç^^it, p^r e^fmple,» à co«Mb*e^^Ue

P^« ,<^fW^e ^ ^^^ ^ fll^re^ à partii de lai p^;pf^f hw»l?« iMa(Ç*'à \^ »fiiè»e ^w^ p^ la, r^olul^ioa des astres ; car le t^angte « \^ çw(^^ )!}^x9^Qtner s^wt conteAu^ da»s les^ %«Bi^ 4^F<^ d^ dtérvelappemeat de celk-^i t <% ]b|^ f iVOf rt; « lîw. ÇlWf cljfiit, lq|, prkjfîî^

dû calcul dans les nombres de la vie , c'^est-àdire dans ces nombres que le médecin observe dqns les différents périodes de Tâge , dans les progrès de la maladie comme dans ceux de la guérison , et d'après lesquds il prédit les moments et les jours critiques. U existe enfcore une chronologie toute spirituelle, que je nommerais volontiers divine, parce que, basée sur des faits purement moraux, Dieu semble en avoir réglé lui-même les proportions. C'est d'après elle que se mesure le développement intellectuel et moral du genre humain. C^est elle qui fait le fondement de l'histoire universelle , et sert à déterminer les crises de la raison sociale des peuples , dont Dieu , médecin et maître , modèle et corrige le progii^ès.

Cette chronologie offrirait dans ses mystérieuses périodes des bases vivantes, qui feraient prendre à la science des nombres tout l'intérêt d'une science positive. Ce ne peut être que dans la connaissance de cette arithmétique de la nature , que les pythagoricienls dnt^'pùis^ 'là} ^ maxime , qui nous apprend que les' noînlArëé^ ^

contiennent l'essence des choses. Il est facile de reconnaître que les mathématiques i ainsi conçues dans leurs rapports les plus intimes avec les lois delà vie et du mouvement, dont, après tout , elles ne sont que l'expression , perdraient, par cela même , le caractère abstrait qui les condamne à ne former qu'un système de formules stériles.

Mais si nous nous représentons la nature comme vivante , comment douter encore qu'il

n'y ait entre la terre e^ l'homme , surtout dans leurs rapports immédiats, des relations d'une étroite alliance ? N'est-ce pas du limon de la terre que l'homme a été formé; et, à ce titre , n'en est-il pas le fils et même le fils premier né? N'est-ce pas d'elle qu'il se nourrit? Ne lui rend-il pas enfin son enveloppe terrestre, lorsqu'une voix supérieure l'appelle dans d'autres régions ?

Les observations chimiques nous démontrent, en outre, le degré sensible d'homogénéité existant entre le sang Jiumain et la substance

des fruits de la terre les plus purs. L'analyse I. ^ 43

pi*ouve également que ce même sang admet un mélange e^s$entiel de substance feirugineuse. Nous savons encore que l'or et les autres métaux jouissent d'une propriété efficace en médecine, ou qu ils sont un poison mortel , et que les plantes qui sont à Tubage de l'homme, renferment ces deux substances avec une abon-r dance difficile à s'imaginer. C'est aussi des rochers et des veines de la terre que découlent les sources d'eaux vivifiantes qui satisfont à nos besoins organiques.

Si nous portons nos regards au*dessus d^ pos têtes, n'est-ce pas la chaleur du soleil, pour ne parler que des astres qui ont le plus d'affinité avec notre globe , n'est-ce pas la chaleur du soleil qui développe l'action dans le foyer de la vie en général , et tire la terre de son assoupissement, en même temps qu elle enveloppe Thomme placé squs un ciel douj^ de ses bénignes influences , et devient pour lui un bain bienfaisant qui récrée tous ses esprits, bain dont la salubrité est infininient supérieure aux effets de toute autre espèce d|e

LBÇPlf IV. 195

cli9^1eur? N'est-ce pas la lune , compagne nocturne 4e la terre ^ et qui $emble être attachçis à sg^ distillées t qui est la ca^s^ déteri^ijqfuitç desi changemeots 4e teii^pératpre , changements toqîours $i importants Ji Tagricuiture ? N'est-ce pas à sa vfrtu wehéç qu'il faut attribuer Ifs mouvement majestueux du fluK et du reflux de la mer , ainsi qu'ufie action marquée sur une fpule de périodes dans les époques de Isi ' vie ? Ënfii) c'est elle qui , par le poids d'une influence acaibUnte , affecte d'une manière si cb^^grine la nature lium^ine, et occasionne qette m^adie trop çQpnue pour qu'on doivç I4 aomqier ici.

Or, si le chant des oiseaux, paip les resteç de mélodie 4^i|t i( porte tant de traces , trpuve un- écl^Q d?us notre fi^entiment dont il déter^ mine la sympathie , pourquoi ne dirionsnpus pas que toutes les propriétés de la na-* ture que nous venons d'énumérer, révèlent l'existence de rapports intimes et essentiels entre ^e et Famé organique dont le siège est

dans le ssng?

196 PHILOSOi>UIE DE LA VIE.

Mais si Tinfluence des éléments sur la na* ture humaine est si manifeste , ne serait-on pas en droit de supposer une réaction de la part de celle-ci ? La respiration , l'haleine de neuf cent millions d'hommes ne serait -elle pas un élément de corruption qui se propage dans l'atmosphère? N'y aurait-il pas quelque raison d'admettre que Tair s'est vicié dans une progression proportionnelle à la dégénération de l'espèce humaine? Ce qui semblerait le prouver, c'est l'existence de certaines maladies dont la communication s'opère sans l'intermédiaire du contact , par le milieu de l'air , et qui semblent choisir, pour se propager, certaines directions du globe.

On opposera sans doute à cette supposition des calculs mathématiques , et on ne concevra pas comment la respiration de tant de millions d'homnies que Ton voudra, puisse infecter tarit de milles cubiques de l'espace atmosphérique.

Cette objection ne pourrait avoir de force qu'autant qu'on aurait calculé préalablement

LEÇOlf IV. 197

rimmense quantité d*air décomposé par l'acte de la respiration, dans le sein des individus , pendant le temps nécessaire à Texistence successive de plus de cent générations. Dans tons les cas , il est assez démontré que , durant les premiers âges du monde , Tair était doué de propriétés plus pures, plus substantielles et plus balsamiques. Je n'en citerai d'autre preuve que ce que l'histoire nous dit des peuples antédiluviens qui , sans l'usage alimentaire de la viande ni du vin dont leur nature n'éprouvait pas le besoin^, surpassaient néanmoins non-seulement en longévité, mais encore en force corporelle, en énergie morale et en puissance intellectuelle , les enfants des temps postérieurs. Car ceux-ci , par Vabus qu'ils avaient fait de ces prérogatives prodigieuses de leur nature , provoquèrent sur leurs têtes la vengeance céleste, et par là tombèrent dans un état de dégénération, qui conserva à peine queU ques proportions avec les conditions de l'exis*tence primitive.

Enfin , si la terre ne renfermait point en

496 PHiLosovim iw la vm.

elle un principe de tié, coixiMënt àurait^ilë pu , au cotntneiiGemeiit du êixiètiië jduir Ûé la création ^ obéir à la voix de DteH , Ibrsqd'il fut dit : c< Que h térrè prodiiisé lei atiitîiaujt vivants j chacun seloii gon iBspècé. » Au têêVè , il est de la dernière importance , pdiilr bien comprendre la création , pour entrer dans la place dii Créateur en un mot i de bien se raî»peler Timmense distancé qu'il y a entré lu production des animaux et la eréatibn dé l'homme. La première s'opéra au simple appel de la volonté de Dieu. Pour la secohdé ^ au contraire, il fut dit : ^ Faisoiis l'homme à notre image et ressemblance. »

Après avoir passé près de deux mille ans à Tétat d'embryon, les sciences naturelles prirent enfin quelque développement , et firent les quelques pas qui lés portèrent au point de progrès où nous les troutons de nos jotirâ. Le terme de leur accroissement n'est pai^ atteint. Après avoir subi toutes les conditions d'une lente et pénible organisation dans le seih de la coiiscience humaine, il est dans l'ordre

LEÇON rV. 1^9

des choses qu'elles {iàrcourent , avant de recc- Toir letir complément , toutes les périodes a un immense dëlrel6t)pement.

L'événement fnémoràble qui en signala le premier pas fiit la découverte de là bôussolë , découverte si précieuse dans ses conséquences scientifiques , et si féconde eti résultats géographiques et -astronomiques. Car, d'une part, les propriétés de l'aiguille aimantée sont une pteuve fondamentale de l'élément vital de la

terre, et font disparaître le calcul des grandeurs mathématiques : d'autre part , elle traça un passage vers le nouveau monde , étendit la connaissance du globe , et , ouvrant par là un' champ plus vaste aux observations de Id science , modifia notablement les idées qu'on s'était formées jusqu'alors sur notre monde planétaire.

L'antiquité , dans ses traditions sur l'île At^ lantis , renfermait déjà quelques vestigbs qui semblaient indiquer que le nouveau monde n'était point inci:)nnti des premiers jpeuples. La des*^ cription de cette île, que Ton supposait placée ^

selon ces anciens documents , dans Focéan de rOuest (Atlantique) , et qui était elle seule aussi étendue que TAsie et 1* Afrique réunieç, convient admirablement à rAmérique. Il est à présumer que la fable > favorisée psff Fabsence de toute relation avec ce pays, s'est plus tard emparée de ces données géographiques , vraies au fond , et les a transportées au rang des choses merveilleuses , en accréditant Fopinion que cette île, existant dans la plus haute antiquité , avait été dans la suite des temps engloutie dans les eaux.

Je prétends donc que ces traditions ne sont point dues aux Phéniciens , comme on a voulu le supposer. Car, quoique ceux-ci aient fait le tour de l'Afrique, ils n'ont pu aller assez loin dans Focéan pour faire la découverte de FAtlantis ; mais que plutôt elles remontent , comme un grand nombre d'autres choses aussi et peut-être plus importantes que les souvenirs qu'elles nous transmettent , à la plus haute antiquité , et jusqu'à ces temps où les hommes , incontestablement mieux instruits de tout ce

LEÇON lY . 201

qoi concerne le monde sensible, avaient, sur la terre et sur les modes de son existence^ des ' connaissances que devait ignorer la science des Grecs, encore si limitée lors de Texpédition aventureuse des Phéniciens.

L'astronomie moderne,' extrêmement^ opposée dans son^ principe au sentiment universel du genre humain , lequel n'était que le résultat des impressions produites par l'aspect des anciennes formes du monde , a d'abord excité de vives et nombreuses réclamations. On n'a pas perdu beaucoup en abandonnant le système de Ptolémée , système déduit du calcul des monstrueuses distances mathématiques , et qui^, dans [ses conceptions absurdes et dédaigneuses pour la terre , semble n'envisager notre globe que comme un vain éclat de matière détachée de quelque planète supérieure , ou comme une vile édaboussure tombée au centre^ de l'immensité des mondes.

Comment concilier les idées basses et abjectes qu'il se forme de la terre , avec les insignes faveurs et les nobles prérogatives dont Dieu,

ÛÛi PHiLosopittB fifi tA ym.

mrigi^ son kififiië grâildeùf , lié Ta pôM frouvëé indigne. On ne peut se défendre d'tih seiitiiiiëiit pëfaible au sourenir d'un système si itiii^fsii-i semblable, et bi injiirieuk à la bontë divine èfiiÛ semble outrager.

La science^ mieux approfondie, a irrévôeàblement banni du domaine de la nature et de F économie du monde , la knesure si exclusive des grandeurs mathématiques; Toutefois , et tnàlgré le progrès manifeste de noé savants habiles , le p(ôie èeientifique du globe terrestre ne coïncide point encore avec le pôle magné-^ tique. Une distance assez sensible les sépare Tun de Tautre. Ne serait-on pas en droit dé croire , sauf le respect dû à l'astronomie mo^ derne ^ que l'ensemble du système actuellement en Vogue ne concorde pas daTantage avec l'économie réelle du monde ?

La première vue de la nature est ràremdht exempte d'erreurs dans les rapports tju'elle perçoit; et très^sdùVent , tout en saisissant les principaux traits de la vérité^ elle dontie accès à une foule d'aperçuà&uxv et parfois grave-

^ LBfoif rr. 808

meht AéÛBMréi ; dans lés otiservâtio W de détailf dont To^et ert moins caractérisé, et mienns apjprëciable. Néanmoins c'est cette première im|)ressiôn fraîche et Vive qni se ttansfdrme aussitôt en sentiment universel i jette de profondes racines dabs la consciehee du genre humain ^ et s'identifie aux coutumes et aux mœurs des peuples; C'est ainsi que s'est ibrmée rôpinion si tenace^ si opitiiâtre des anciens sur le système dû monde. Calquée Sur les fohnes apparentes que présentait alors le règne de la nature ^ elle s'imprima profondément dahs leurs esprits , s'y naturalisa , si je puis parler ainsi , et passa en héritage aux générations postérieures. Fautai s'étonner après cela, que longtemps après , lorsqu'on Tint à parler de découvertes * astronomiques opposées dans leur résultat aux croyances communes, les habitudes intellectuelles du genre humaiti se sentissent froissées dans ce qu'elles aVaient de plus jintime , et que le sentiment universel eh fftt pîijué au vif.

Cependant après de longues répognance^

204 PBILOSOraiB DE LA VIE.

d'une part, et de persévérants efforts dé l'autre, pour donner plus d'extension aux recherches et parvenir à des résultats mieux constatés, plus généraux et plus lumineux , la science finit par se rapprocher des idées populaires. En effet , parmi toutes les notions sidérales coutumieres^des anciens temps, il semble que la connaissance des sept planètes ait été Tobjet d'un culte tout particulier de la science. C'est sans doute à raison de son rapport avec le nombre septénaire , nombre qui comprend les trois dimensions du temps et les quatre points cardinaux de l'espace, et qui , vu les nombreuses applications qu'il trouve dans la vie, dans la pensée et dans l'histoire, a toujours été regardé comme mystérieux dans le sens qu'il recèle.

Or, depuis qu'à la place^du soleil et de la lune auxquels on a assigné des catégories particulières , les modernes ont fait rentrer la terre au nombre des planètes, le nombre sept, à l'aide d'Uranus récemment découvert, se trouve reproduit dans le système planétaire. U n'est pas à présumer que T apparition d'un nouvel

astre derrière Uranus puisse venir jamais le troubkr. Quant aux globes placés entre Mars et Jupiter ;; leur volume infiniment moindre que celui des autres ne permet pas de les ranger paimi les planètes pi^prement dites: aussi les astronomes les dësignent-ils par une dénomination particulière. ,

Au milieu du conflit engagé entre les opinions populaires et les découvertes des temps modernes , il est à regretter que , dans ses points de contact avec l'Écriture sainte , l'astronomie soit devenue une pierre d'achoppement pour la foi des fidèles y qui y se bornant à l'interprétation littérale de certaines expressions de l'Ancien-Testament^ semblaient ignorer que le caractère le plus apparent des livres saints est de parler en toute circonstances le langage du peuple, et de rester éloigné de toute expression scientifique en général. Si le mouvement du sang, dans le corps animé, n'est point assujetti à la régularité mécanique d'une circulation invariable, si sa marche, parfois accélérée et parfois momentanément suspendue ,

206 PHILOSOPHIE DB tA VIE.

trompe le calcul des mathématiciens ^ il en est de même des astres dans leur . réFoIotioli* Comme tout ee qui a irie, ils ne leeôpnaia^ sent pokit dans leur moui^em^nt/ modifié à plusieurs égards, rinflexiloje rigiieui des 1q¥I mortes de la mécaniquet

Mais l'irrégularité du mouvemerit vi^e ibi^ admise pour les eofps planétaires, répiig^raît - il à la raiaon de reoonnjyitre eomimt possible une suspension totiJe , mais p€|s^f^ gère, analogue à Textinctian du poul^ qi^-t nique. IJâtoosT^nous 4^ ^^^ qu'uq p^nofi^ièae anssi insolite ne pourrait jamais lavoir pcmf eaose qu'une vdionté supérieure. Suppp^i|§ donc qu'il entre dans les deissein^ d^ Tfi^^ d'arrêter pour qqelqaei^ instants la (^ursç du ^H|p&^ y auraîtfTÎl qu^qe différence entre 4i?l^ ; Q«e le mA^ s'iyrrélie , et $re : Que la tf rr^ a'^p? rate ? Il en est 4e i»èi»^ 4? plis^ieuf # «i^pyresrr sion^ àdû^^ni l^ transition d^ ymn ^ ]^ ni4( et réciproquemept , ainsi qqe le cl^iig^m^mt des saisons.

UMrare , k bv* r d« ^éi\ sQpt ppw l^iif

LBgON |V. 207

les hommes des expressions figurées, ou plutôt ^Ues représentent des fûts d*un sens profond. IMue coucher du soleil réveille en nous le senr "Cnment pénible de la séparation. En nous eiiprir :mant d'une manière plus confoime à la science f :iiaus retrouverons dans nos parples li» même mérité et plus de sé^cmx, ipéme d^ns le sen^ %uré ; par exemple ; U fapl; que }a terre ite couche pour que le soleitsis lè?^, pu bi^9 : Qpanj la terre se sera élevée, 1^ nuit r^gp^rs^, et Ips té-^ nèbres se répandront sur le ^onde. E;^t-îil question du retour du printemps ^ V^ff P^Ht (iire y si Ton veut: Le soleil s'est rapproph^ de npi^s. ou bien: La terre, du moins la partie (me nous ha:? bitoiis, s'est rapprochée du soleil. Çe^ deuxfiiçQn^ de parler sont aussi belles et ai^ssi significative^ l'une qug l'autre.

Les pythagoriciei^s , chp^^ rpinarq^^^Jp e| presque étonnantie ^ pnf çqnni) le systçpî.e p!*W^ taire des modernes ^ bien qiif *i!s dt^s^enl ]|;iiQreF la supputjatipn exacte ^s dls^qçeS; Cm ne pei^| qu'être frappé ei^ cpnsj^praqt i^'^yapt, mf tout le reste , les tn^niej? çpnpj^a^^Qep qju^ «lo^

possédons , ils aient fait entrer dans leur science astronomique deux astres qui nous manquent. L'un , sous le nom de Soleil des esprits , avait sa place au-dessus de notre soleil visible ; l'autre , appelé Anti-terre , était en rapport immédiat avec notre globe. On a lieu de croire qu'ils les envisageaient comme deux centres invisible de tout le monde des étoiles , ou comme les deux coryphées de toute l'armée des corps célestes , en apparence si irrégulièrement disséminés dans l'espace.

Que ces deux globes singuliers se soient éteints,

ou que leur lumière trop subtile et trop éthérée

ne puisse nous être transmise à travers la densité de l'atmosphère , ou enfin qu'ils ne soient, comme beaucoup d'autres choses, qu'un reste des traditions primordiales ; ce sont autant d'hypothèses que Ton peut faire, mais qui, au fond, ne.présentent aucune utilité réelle.Toujours est-il que le fait que nous venons de citer est hors de doute; et des recherches récentes, faites dans les doctrines des pythagoriciens , démontrent que l'existence de ces deux corps était éta-

blie comme réelle et constante. Dans tous les

cas, pour en faire la découverte, il leur fallut

un autre moyen que celui du télescope qui

leur manquait. Peut-être que des observa-

' tions ultérieures , ou de nouvelles appari"

tions dans les régions célestes, nous mettront

enfin sur les traces de ces deux ^obes fugitifs,

et feront faire ainsi un pas de plus à la science

astronomique , dont on regrettera d'avoir trop

tôt terminé les calculs si ingénieusement compliqués.

C'est donc par une conception plus vaste du système du monde , et par une exploration plus complète du globe terrestre , que l'esprit humain a signalé son premier pas dans le progrès des sciences naturelles. Le deuxième qu'il y fit coïncide avec les grandes découvertes de la chimie des temps modernes, découvertes qui ont été portées si loin , surtout par les Français. Le côté purement négatif de la chimie est d'avoir constaté que les éléments, tels que l'eau, l'air, le feu, regardés comme simples par les anciens , sont eux-mêmes com- I. 14

posés de plusieurs gaz. J'ai dit le côté négatif; car y la composition dans des éléments si prodigieux par leurs propriétés et leur puissance est trop facile à supposer , pour qu'un coup d'œil profond jeté sur la nature n'ait pu , même avant les découvertes modernes , entrevoir dans l'eau , l'air et le feu , la complication de principes variés, luttant les uns contre les autres. Les corps simples, formant,, selon des Ipis données, tous les êtres matériels soumis jusqu'ici à l'analyse (et l'on sait que peu ont échappé à son œil scrutateur), forment ce i]ue l'on pourrait appeler les caractères du livre de la nature , et on peut les envisager comme les consonnes, tandis que les phénomènes fondamentaux du magnétisme, de l'électricité , de la décomposition de la lumière , etc. , phénomènes par lesquels la vie, l'âme de la terre et de l'atrhosphère s'expriment avec tant de clarté et d'énergie , sont, si l'on veut, les voyelle^ de ce grandiose alphabet, voyelles qui tirent leur son des entrailles mêmes de la nature.

lEÇON IV. 211

Quoique les caractères de ce magnifique langage ne nous soient pas encore tous connus, il nous est déjà donné , à l'aide de ceux que nous possédons , d'en épeler l'un ou l'autre mot. Il est singaUèrement important , pour l'intelligence de la nature , de ne point perdre de vue comment on parvient , par des procédés chimiques , à décomposer et dissoudre en substances gazeuses la plupart des corps solides de même que Veau , et comment , les arrachant à leur état d'inertie, on fait disparaître les formes de pétrification et de massivité , sous lesquelles ils nous apparaisaaient.

Il faut donc qu'il y ait dans toutes ces masses mortes des éléments de vie cachés. La quantité d'eau combinée avec l'air est si grande, que , si la décomposition s'en opérait , nous verrions aussitôt un nouveau déluge. Ily aurait également comme une inondation de lumière, si toute ' celle qui se trouve à l'état latent se développait soudain ; comme aussi le monde entier entrerait en combustion, si tout le ca-

lorique paralysé dans le sieîn de la matière faisait une éruption subite. Je ne m'occuperai point ici du lien secret et providentiel qui inain^ tient réquilibre entre ces diverses puissances de la nature , et les tient enfermées dans leurs limites respectives.

Les physiciens ont leur opinion à cet égard ; ont-ils raison? Ou plutôt, pour l'expliquer, ne faudrait-il pas s'élever à un ordre de choses supérieures à ce qui se traite en physique ? C'est ce que je passe sous silence.

Une conclusion beaucoup plus importante pour la science , et qui se déduit d'elle-même de ce qui précède , c'est que tout dans la nature révèle un principe de vie , et rien n'est inerte par soi-même. Le corps* de la terre , semblable , dans son état de défaillance actuelle, à une immense montagne de momies pétrifiées , ou à une prodigieuse pyramide formée de tombeaux entassés les uns sur les autres , est sans doute un lugubre monument élevé par tous les âges du monde, et témoignant du mouvement progressif de la

mort qui tén# à tout envahir ; mais, sous les pierres de ces vastes et profondes couches de sépulcres , sommeille une âme à laquelle notre nature n'est point tout à fait étrangère ; de nombreuses traces trahissent encore les rapports d'une alliance mal dissoute. Non , la nature n'est point morte; elle n'est qu'endormie sous un voile funèbre, et peut-être se réveîUera-t-elle un jour.

Il est à remarquer que l'état de sommeil dans lequel le monde physique languit, forme sinon l'essence , du moins un caractère essentiel de tout ce qui subsiste dans la sphère de l'existence matérielle. Non-seulement les animaux, mais encore les plantes, la terre même qui , selon le passage des saisons , offre l'alternative du repos et de l'action : tout en un mot' est soumis à la loi du sommeil ; comme on peut dire aussi que tout ce qui paie tribut au sommeil , apparti'^nt au domaine de la nature. Quelquefois les peintres nous représentent les anges et les génies dans l'état de sommeil ; mais cet état n'a de

réalité que sur la toile : ca^4c9 esprits ne

âont aucuneiûent assujettis au besoin du re<^ pos-

Pour concevoir la chose par des faits , rapprochons ce que Moïse , dans la Genèse , et les Indiens , dans leur doctrine ^ur la création , nous disent « chacun dans leur sens , du repos du Créateur. D'une part , nous lisons : « Dieu se reposa le septième jour. » Il n'y a rien de frappant dans cette expression, la priton même sans figure ; car le changement d'ctat dont elle implique Tidée n'affecte point l'essence de Dieu , mais seulement son action extérieure. Partout , dans l'histoire comme dans la nature , lorsqu'il est question d une intervention spéciale de la Divinité , les œuvres de celle - ci prennent le caractère des actes de la nature humaine , et dès lors il y a nécessairement transition de l'action au repos. Après avoir donné son impulsion , on dirait que la main de Dieu se retire pour laisser à son acte le temps d'arriver à son plein épanouissement , et à la créature celui de le re-

cueillir, de concourir à son extension, et d'en faire son profit personnel.

Les doctrines indiennes disent de leur côté : « Brahm dort , et pendant qu'il dort , tous les mondes , toutes les créations retombent dans le néant. » Ce seul mot , on le sent évidemment , nous transporte du terrain de la ▼érité et de la révélation divine dans le domaine de la mythologie. Il est vrai qu'en parlant du Sauveur des hommes infiniment élevé au-^

dessus de tous les esprits créés , l'Écriture sainte

dit expressément qu'il dormit durant la tempête, porté sur une chétive barque au milieu des siens, que la fureur des éléments avait saisis d'effroi, et que lorsqu'il s'éveilla la tempête se calma; mais des circonstances essentielles font ranger ce fait dans une catégorie toute spéciale ; et dès lors il n'établît rien contre ce que j'ai «avancé plus haut.

Outre les instructions profondes et mystérieuses que cachent les paroles de TÉvangile , ne serait-on pas en droit d'admettre qu elles ont encore pour but de démontrer à Tappui

de plusieurs autres témoignages de ce genre , que le Sauveur du monde ne s'est point revêtu d'un corps purement fantastique , mais bien d'un corps réel , qu'il était homme selon toute la portée du mot , et , qu'à cette condition, il éprouvait comme tous les hommes le besoin du sommeil; en sorte que l'on pourrait dire que le sommeil est tellement essentiel à rhomme , que , lorsque Dieu descend dans les régions terrestres et revêt la nature humaine, il se confond avec la généralité des mortels dans le besoin commun du sommeil ?

Si l'on veut se faire une idée du sens profond que suppose le sommeil, soit dans la nature , soit dans l'homme , ij suffit île se rappeler les premiers instants qui suivirent la création. Moïse nous apprend que le premier événement de l'histoire de l'homme fiit le sommeil mystérieux que Dieu lui envoya, lorsque , lui ouvrant le côté , il en tira l'élément de vie dont il forma l'aimable compagne qu'Adam trouva devant ses yeux à son réveil. La différence enf:re la création de i'homme

et celle de la femme cache de profonds mystère$.

L'homme fut formé du limon de la terre, et voilà pourquoi plus tard il fut nommé, dans rÉcriture sainte, le père de tout le monde terrestre, comme s'il eût été établi le représentant, le vicaire de celui dé qui émane toute paternité ici-bas. La femme , au contraire, fîit créée d'un élément pris dans la poitrihe , ou dans le cœur de Thomme. Quel esprit humain eût jamais soupçonné ce secret profond de la puissance créatrice ? Qui eût jamais osé en présumer la possibilité?

Le paradis terrestre fut le théâtre dé toutes ces merveilles. En perdant ce lieu de délices , le premier homme perdit encore les puissantes propriétés vitales de son organisation , ainsi que la clef de la plus grande partie des mystères de la nature, dont il possédait la connaissance ; son corps, dès lors sujet à la mort, dégénéra de sa glorieuse origine. Il fit une chute profonde, qui rendit sa condition voisine de xelle de la béte. Si le gardien à Pépée flam-

848 PHILOSp^B DP i:.A VIE,

boyante fdt placis à rentrée du patadis , ce ùA pour réprimer, de la part de l'homme, toute tentative téméraii't ayant pour bbt de ressaisir ses premièires prérogativies , qui , vu sa dégrà*dation ^ ne poilvaiekit (klus servir qti'à uik abus climinel, et à une perversion plus profonde.

Par suite de^la catastrophe à janiais déplorable de la chute d'Adam, les rapports de Dieu avec Thomme furent complètement chan*gés.Un lugubre divorce troubla également les rè^ lations d'alliance qui liaient si intimement ce^ lui-ci à la nature.

Cependant, lorsque Dieu eut résolu la rédemption du genre humain, et quil eut jeté les fondements de son salut, le glaive spirituel et à deux tranchants de la parole divine fut non-seulement promis à l'homme, mais il lui fut offert de nouveau , à la condition qu'il s'enrôlât franchement sous la bannière du Sauveur. Il put , dès ce moment , éclairer derechef son intelligence aux rayons de l'éternelle vérité , choisir le souverain bien pour l'unique objet de sa volonté, et alimenter sa fragile

p4n«ée ddoÀ ràbimûie même dé la parole ditine.

Ces courtes coiisidérations ilous font voir combien il serait téméraire d'abandonner la clef sacrée des mystères de la nature , laquelle BOUS a;été rendue par la révélation , aux mains impuréè d'une curiosité criminelle. ]Llle ne doit être touchée quavec un pieux refpect; et yoità pout*qûoi le dépôt hô doit en être Confié qu'à la garde d'uile science écl^réè et droite d'intention*

Me voici naturellement amené à faire connaître le troisième pas que Tesprit humain, toujours conduit dans sa marche par la main de Diçu , vient de faire sur le terrain des sciences naturellies. Il consiste dans une recherche plus approfondie de Télément psychique de la nature. Sans doute Fob jet de ces investigations est aussi ancien que le monde lui-même. Toutes les pages de la tradition et de Thistoire sont pleines de phénomènes qui supposent des éléments de vie dans toute la sphère de la création; mais peu de tentatives avaient été faites jusqu'ici pour en pénétrer le secret.

Ce n*est que depuis un demi-siède que les observations des savants à cet ëgard ayant pris un caractère plus méthodique , il a été donné à la science d'apercevoir quelques traces de la vérité dont elle poursuit la connaissance. Ces efforts dans cette nouvelle carrière ne datant que d'hier , il n*est pas étonnant que ses résultats n'aient encore acquis que peu de fixité dans le jugement du monde. Sa marche dans une voie aussi ténébreuse e§t exposée à une foule de déviations , et il n'en faut pas davantage pour exciter la défiance publique.

Pour frapper ^uste le but vers lequel elle visé, la philosophie ne peut lui indiquer d'arme plus sûre que le glaive tranchant de la parole divine, dont nous parlions plus haut, glaive qui pénètre jusqu'aux sources mêmes de la vie , sépare l'âme de l'esprit , et nous apprend ii distinguer aussi les esprits entre eux.

Si, pour diriger la science vers les principes de la vie , il existe un fil conducteur d'un ordre supérieur au moyen que Je viens de signaler , je laisse à d'autres plus instruits que moi.

sur cette matière , le soin de le faire connaître.

La lutte des esprits est un (ait trop constant pour qu'il so\t permis de le rejeter plus longtemps ; et , pour ne parler ici que d'après Tautorité de rÉcriture sainte , notre vie , qu'est-elle autre chose , dans toute sa durée et surtout dans ses moments les plus importants , qu'une lotte incessante contre une puissance ennemie et invisible? La même Écriture sainte suppose de plus y et indique même quelquefois par l'expression la plus claire, qu'il ne faut voir dans le monde sensible que le voile et Fénveloppe fragile et presque diaphane du monde des esprits.

Or , elle attribue au premier des esprits ennenûs une puissance si considérable sur la création, qu'elle le nomme le prince et même le Dieu de ce monde , elle le fait le souverain des forces et des éléments de la nature. Que si Ton ne voulait voir sous ces paroles qu'un empire figuré , seulement applicable au monde moral , on se tromperait , vu que d'autres passages des livres saints parlent formellement des élé-

ments de notre monde planétaire , de Pair , par exemple, triste mélange de lumière ,ct de ténèbres , devenu la proie d'une lutte perse-» vérante entre la vie et la mort.

Où trouver le mot de cette sombre énigme ailleurs que dans ce peu de paroles si frappantes de simplicité : « La mort est entrée dans le monde par le péché ? » De même que , par le péché du premier homme , créé pour l'immortalité, la mort corporelle s'est propagée

comme un déplorable héritage dans toute la

race humaine , de même aussi c*est parla rébel^^ lion du prince des esprits que la mort .éternelle a pénétré dans l'univers. Voilà pourquoi il est dit : « Les ténèbres recouvraient Tabîme, la terre était inerte et vide, » comme si elle n'eût été , dans ces premiers instante , que la tombe stérile de la mort éternelle ; mais « l'esprit de Dieu planait sur les eaux. » C'est ici qiie nous voyons le premier germe de vie destiae à animer la nouvelle création. C'est dans cette partie capitale du récit sacré que consiste la différence qu'il y, a entre les philosophUs p^n-

LEÇON ÏV. 223

nés de la nature , et celle qui prend son point d'appui dans la révélation divine elle-même • - Si Ton envisage seulement comme un fait isolé de toute cause, et de toutes circonstaoces explicatrices, le conflit des forces de la nature , et la lutte interminable que la vie et la mort &e livrent dans son sein , on est nécessairement réduit à ne voir en elk qu'un monstre horrible qui, dans son insatiable voracité , procrée Mna fin pour dévorer sans cesse ; qu'on se le re^ présente du reste : sous les trai^ poétiques de la mythologie , ou que l'on lui prête , si Ton aime mieux , la physionomie plus sévère des sciences physiques.

L'aspect de la création sensible perdrait ce caractère de cruauté , si on la considérait comme uiiQ immense pyramide dont la base recouvre Tabîme de réternelte mort, et qui, par son sommet, doit toucher ju$qu'|kux confins de la vie, éternelle aussi elle. Alors on conçoit qa aussi longtemps que la pyramide n'a point ai^eûit son complément, toute créature» dans la sphère de la matièf i^ ^ asfc bornée à uii

commencement de vie sujette à défaillance : de là les maladies , les infirmité» et la mort corporelle enfin.

Observée sous ce point de vue, la nature n'est donc rien autre chose que réchelle de la résurrection y laquelle , fixée pari son pied sur le nombre gouffre des ténèbres , est destinée à élever la créature , par degrés jusqu'au sçin de la lumière céleste. £n prêtant au monde extérieur cette salutaire et consolante mission , on ne peut se le représenter sans voir la main de Dieu , édifiant elle-même cette pyramide , ou formant cette échelle pour arracher la vie à la mort j et la faire remonter vers les régions supérieures de sa divine origine. Yoiià qui nous explique encore l'assoupissement de la nature dont nous parlions ailleurs , et sa propension irrésistible à retomber sans cesse dans l'état de sommeil, qui paraît si étroitement allié à la mort. Or , comme le feu dévorant de la mort semble avoir déjà perdu de son activité dans les régions supérieures de la vie organique , pour prendre un caractère plus doux , il s'ensuit

/ 1 ÎJ

iLBÇDN fV. < ^ 225^

qu'elle seiapproche de pins, en plus de la nature du sommeil, que les anciens peuplés^ Icâ don-naient ppur frère , en le peignant sons les traits aimables dumessager de Timmortelle espérance; en sorte que ce qui n'était pour eux qu'une belle image, détient pour nous une vérité profonde.

La vie n*est donc point le résultat mécanique du jeu des puissances de la nature. Faible dans son principe , sans cesse elle retombe sous les coups de la mort , sans cesse elle est portée au

sommeil; ce n'est que par degrés qu'elle s'élève, ou plutôt qu'elle est élevée vers la lumière éternelle. Quant à cette âme, endormie sous les immenses et profondes couches des débris funèbres de la nature , elle se trouve partagée entre les douloureux souvenirs de la mort éternelle d'où elle prit son commencement , et quelques traits de lumière qui allument en elle le sentiment d'une céleste espérance.

La nature terrestre est , il est vrai , soumise au néant ^ mais ce n'est ni par sa volonté ni par sa faute ; elle a donc lieu d'espérer de I. 15

2â6 PHOiOSOMiB ns xa vie.

SQ^ ; aiitetup,^ ; ^%Ci^m joinr tîle deviendra Kbre ^ qu'elle prea^a jpart à la résarrection universelle et à reAtière manifestation 4e la nugesté di^ vine; majesté qui la fripera d'étonneiifeent ainsi que la mort. Tel est k jour heureux quelle décris «avec tant ^'^^deuff, et afirès lequel elle soupire si profondément.

LDCON V.

De r&me de lIiomiM dans ses rapports avec Dieu.

Messieurs,

Si donc 9 pour reveiiir sur ce qui a çté dit dans notre préçédPPte liççoii ; si , ^u lieu de ne voir , dans le inonde sensible , comme la philosophie païemiç de la naturç , que le résultat dynamique de forces , d'agejats vivants ^ persévérants d^n^ leiur açtipn , on consulte , pour s'en former une notion , spp origine et sa £i^ 9 guidé ftn cela par les lumières d*une sdepçe qui prend Diçu pour principe et pour ternoMB , dès loi:s la création extérieure ne nous apparaît plus que comme ua poi)Lt immense jeté spr r^bîme de la mort et du néant ; et ypilà pourquoi , infectée par Ije cont^dt conta^eux, du sombre gouffre qu'elle recouvre ,

elle se manifeste avec tous les caractères d'un séjour de corruption, caractère qu'elle conservera longtemps encore et jusqu'à un terme que nous ne connaissons pas. Alors , transformés j par un acte tout-puissant de )a bonté du Créateur , en un foyer de régénération , elle prendra le sublime aspect de l'échelle de la résurrection , s'élevant , degré par degré , jusqu'au plus haut point de la clarification terrestre ; car la nature aussi , selon les promesses qui lui ont été faites , participera au bienfait de la glorification.

Une question se présente naturellement ici : elle consiste à savoir si la pénible ascension , si le lent perfectionnement de la nature n'est point applicable aussi à l'âme huipaine. Nous allons y répondre aujourd'hui. Quoique alliée par mille côtés au monde extérieur, Tâme humaine jouit, nous devons le reconnaître, d'une dignité native qui semble la rendre étrangère aux conditions d'existence de celui-ci. Elle habite les hautes régions de la nature, et l'on peut dire qu'elle en forme comme la cou-

LEçaw V. 229

ronne. Mais nonobstant cette sublimité essentielle 'y c'est aus^ sur la tombe de la mort qu'elle reçoit Texistence et ^Ile en subit Tinfluence désorganîsatrice. Il s'agit donc de savoir si , dès son origine , elle réunit les conditions nécessaires pour se mettre en harmonie avec Dieu,^ ou si ce n'est que par degrés et par des effor.ts soutenus qu'elle s'élève vers les régions célestes. ^

La première chose qui se présente à nôtre réflexion , c'est que pour se mettre en rapport avec l'Être un , dont la nature est rharmonie "même , et qui est le centre d'unité de tout ce f|ui dépend de lui , il faut que l'âme soit préalablement en harmonie avec elle-même ; il faut que l'unité soit établie dans son sein.

Mais elle est si éloignée de posséder cette unité indispensable 9 que les facultés de la coMcience humaine , telle qu'elle existe , oi&ent au contraire le tableau de la discordance la plus complète.

La conscience , comme je le disais ailleurs ; est quadruple dans les éléments principaux qui

^nt : Téiiiléiycniieint, In ydlonté, b raison et riniagiftation , et c^iie ndus avons considérés comni^ lès qfaiÉre poitlts eardinaittis dil monde delà pensée. - f

Or, qui ignore le peu d'jdi^cord qu'il y a entrd renteiidement et la volonté ? Isolées Tmie de Tàùl^re^ eesdeux facultés prennent le plus souvent dès dirfectioos op^Dsées* (combien rarement voulons-nous avec efficacité et constance 4 ce qu0 aous reconnaissons étr^ évidemment l4meiUe^retleplus parfait I Combien il est rare aussi que nous puissions nous ^rendre raison de ce que nous désirons avec le plus 4'ârdeur et a^ec le plus de passion ? Qui ne sait 9 hélas 1 Tétat d'hostilité réciproque d^s lequel se trouvent la raison et llmagiaatioa 1 ^t dans lé règne de la pensée , et dans la sphère de la vie extérieure P La raifitçn sfm^ ble éluder ou plutôt détruire ^ coups d'c^ri^ ment son antagoniste ^ dans la famille dès facultés de rame. L'imagination, de sOA côté, peu soucieuse de son adversaire , qui est pourtant son aînée , rejette dédaigneusement son assis-^

t:aiic€ , et a'eQgage mm 908» pimaipe régula^tew da^s la t^ ora^inaQ das iUuâînnsi

Mais oiiti:e cttle dé^hurmoaie «akcoseUe ^ui isole le^ pwMane^s ije la coMcâe^ca y il en e3t une autre €H;caf0^ qi«i fefr t«>id4« jUMiii^ dans leur iii|it4 rçtspiîrtive. E,^ ^ffet, la vt^ Icmté est^Ue sQuteQt cl^cofd aréc eOi^métne ? Chancelfiinte » incevttine danè âm aokea , ooml>ieii de foist ne Tariert«>ellQ paiPi par rapfmrt au même objet? M la raison , éana $9i ei^ cursions solitairaUt eoml^itu s^mTeat neaeiigage*t-éUe pai> à^m un labyrinthe de conrtrs^diçtian^ , d?Qn eUe m pevlt pluis sortir? L'action de. Tratendement est si variée dioas ses degrés et dan^ ses aphàres, que Fèn peut dire de lui que sowent il ne a*entted pasf luiimême, encore que dan» ses )agtmenl& partin* imliera i il jette un coup d'ml juste sxxé les faits des divers ordres àOiinitS à son abâfOfr Yatîon. Bien plus , qu'^t -^ il ordins^rement dans les ;aotions qu'il ^oiert, qu uu iÇ<^m-« posé de coropréhensipns partkU^s , qu'il ne peut, qu Après im pénjji^le tJf avait» coordon-r

â32 PHILOSdMm' tHÊ. LA VIE.

ïïtr en unrtout hmnvioiritcpie , si tant est quily parvienne. Je ne parlerai 'point ici des illusions des sens > d^ rèfxcéésive versatilité de nos passion», ni de ee earattère de subjectivité qui dénature toutes nos conceptions , ni en un motf de tout ce qui se rapporte à l'imagination et' en trahit si manifestement la mobilité. Ces choses sont trop connues pour qu'on doive s'y arrêter. La' discord^mce des facultés de la conscience, considérée sous le point de vue psychologique salement , abstraction faite dii surcroît de désordre doill: elle est susceptible soiis le rapport moral, cett« discordance , dis-je , est si grande et si ra^cak , qu'au lieu de regarder l'ensemble de Tintelligenee humaine comme un tout composé de quatre éléments , il serait plus exact de dire que c'est un tout rompu en quatre pièces.

: On a parié souvent du fait de la côiiscience ; mais la plupart du temps , les philosophes n'entendent par ce mot que l'appréhension de la pensée , c'est-à-dire , l'acte

par lequel le moi péinsant devient conscient de sa pensée ou se prend sur le fait même de la pensée , si je puis parler ainsi. Yoilà ce qu'ils prennent ordinairement pour le principe de leurs systèmes ^ voilà pour eux le créateur ou le démiurge du monde des idées , démiurge aussi stérile que chimérique. Mais au lieu de placer le feit de la conscience dans la concordance ou la discordance du moi pensant avec la pensée , il vaudrait mieux le chercher exclusivement dans la scission fondamentale des puissances de Fesprit et de fàme , scission qui se reproduit dans toutes les sphères de Faction intellectuelle et qui sert de principe à tout le désordre de la vie extérieure^ parce que cela n'est que la conséquence et le développement matérialisés, de la vie intérieure. '

Cette discordance des éléments de la conscience pourrait, à juste titre, servir de base à un traité de philosophie , dont l'objet serait de chercher les conditions nécessaires pou^ rétablir l'unité dans le sein de l'homme

intellectuel et les mayens les plus i^caees d'y parvenir.

Une erreur capitale àçs philosophes est de prendre, la conscience humaine telle quelle

est et de la considérer comme étant daââ son état normal ^ sans t^nir çpmpte de sa désorganisation^ Selon eux , ]e but de la philosophie se borne à rapracher aux hal^tudeis ^iTulgaires du sens commuju , pour Télever à la hauteur des vaines formules de la dialectique ; mais en faisant sortir Tintelllgence de rprnière des idées communes , on ne détn^t jiullement le principe de division qui e|i trouble les parties , on ne fait au C0ptrair^ que le fomenter et le développer. Pour e» purger la conscience , au li^u d'élever cellerci au-dessus de la sphère des idées ordinaires » il faut bien plutôt descendre dans son intérieur et pénétrer jusqu'à Torigine même de la scission. D'ailleurs, il est évidwt que les iacultés de Tame et de l'esprit n'ont point été créées dans cet état d'hostiUté mutuelle qui le;s déi^unit. si tristemept. Cette condition en

çlles ne peut r^. être .qu*acci4enteU0v V^W^^

dans la ddsl^tiriQonie ^rigittelle 4ea' J^ento de la pensée \ Hcq fait , il n'est point d'h^ihtne qui ne, puisse le con^Jt^mer par sa propre expérienoe et cm un téqnroignage immédiat; X4I1 cause, entiVemçaait lâ^P^Î4^9 nç peut être que le déplorable événement . dont iiou$ parle h révélation,, et dqnt chacun de nous retrouve des traces dans son intérieur. C'est la nuit d'ignorance qui se répandit sur notre coMt dence à la suite de la chute du pi^^mier homme et qui £ait Tétat natif de notre âme dan^ sa condition^ctuelle, p^rofonde nuit, à lafaveuf de laqtielle ; ui^ ^prit étranger et hostile s'interpose entre nous e^ le soleil de vérité , pour nops obséder de ses désolantes influence^. Jf'àme^, centre de la conscience 4 fut,^ dans sa double sphère de la , pensée et de T^m^ur , qliscurci^ par les téncjbres épaisses. qui envahirent tout sur Thorizoo du monde des intelligences humaines, et Ton peut dire phi- Ip^pp^iquçment parlant , abstraction faite de

ses dispositions et de ses habitudes vicieuses dans Tordre moral, que cette sombre catds-'

trophe Taltëra radicalement et la fit considérablement dégénérer de son origine divine.

La coilicien ce humaine présente donc l'aspect d'un tout fondamentalement désorganisé ; et cette désorganisation ne se borne pas à une absence d'unité entre les éléments qui la composent \ sa force dissolvante rompt encore les nœuds qui doivent unir la science à la vie. Dans Tordre intellectuel , la pensée est en opposition avec là réalité, la foi avec la science ; dans la vie , l'infini répugne au fini, F éternel au temporel ; triste scission qui , dans son uhiversalité , désole toutes les régions du monde de Tintelligence. Vu cet état de choses , la plus belle tâche , pour la philosophie , serait sans doute ; de chercher, autant que les moyens humains le permettent, à rétablir, comme nous le disions , Tunité preniière entre les agents de la pensée:

Mais si Tunité de la conscience est possible

XËÇON V.: 237

en elle-même , si ^le peut être rétablie , ce n'est qu'en Dieu qu'il est donné de la trouver. On peut sans doute disputer beaucoup sur ce sujet ; mais les mots ne faut pas faire un seul pas à la question ; c'est par des faits qu'il feut la trancher. Ainsi la philosophie doit toujours prendre Dieu pour base et pour point de départ/ c'est là la véritable source de la science. Placée sur ce terrain solide et fécond , l'intelligence ne se bornera plus à une stérile contemplation de l'être et de la pensée ; mais, dans son action vivante et vi* vitiante, elle embrassera et pénétrera l'homme intellectuel et moral, et le réintégrera dans les conditions de son harmonie primitive. Telle est la voie dans laquelle nous nous sommes engagés ; tel est le but vers lequel nous tendons, bien que nous ayons d'avance la conviction de l'insuffisance de nos efforts.

Dans chacune des quatre leçons qui nous ont occupés jusqu'ici , nos réflexions , quoique présentées sous une forme dégagée de la

238 PHILOSpPIfiB DP LA VIE.

contrainte de la méthode , ont en pont* but, de chercher dans l'une oi;i dans l'autre àts principales sphères de la consciente , le prin^ dpe de dissolution qui en troublé les élé^ ments, afin de parvenir ensuite à y rétablir l'unité. Pénétrés que nous sommes mainte* nant que l'objet de la philosophie est de rétablir) dans Tordre primitif de sa créatibo, la co»sdbenc€ désorganisée de r]bomme , nous pouvoqs voir jusqu'à quel pf^mi nous avonsr atteint ce but dans nos esi&aûs précédents.

Le pofaot de dissidence que nous avon^ cherché à détruire dans notre première leçon , est cdui qui ét^Uisdaît un mur de séparation eiiÉre la idnlosophie et la vie. En arrachant la eonsciface à l'empire n-^ clusif de la raison , et en lui rendant $on véritable .centre qui est l'âixie pensaote et l'âme aimaote ^ dce mur pnirement imaginaire s'écroule de lui-même.

Les rapports du fini à rinfini, dik temporel à réternel^ ne pouvant ^il^ux se démoA-^ trer i^ue^ pac 4es fdit^ j m^ ^Soxts^ ^^m» J^

LEÇON v« 239

seconde leçon , ont eu pour ol]get d'indiquer au moins la Toie qui conduit à la conoUia* tion de ces àewL ordres de choses. Je crois avoir ëtaMi la ccm^iction qu'il existe un yrii enthoflisiasme , et que le sentmient iafiiii qui le cacactérise appartient à Tordns des rëa«litéfi. J'ai montré encore que Tamour terres^ tre t idans j'homme «et dans la iemme^ qnioid il a reçu ta consécration du mariage ^ porte daAS son indissolubilité^ t'eropri^nte de Téternel et devient la source d'wie foule de bé^ nédicti^ds di^frâeis çt de relations morales plçffi fortes et plus efficaces pour cimenter Tordre social que toutes les maximes prises en dehors de la vie. IXans )e désir , j'ai £ait Yok TdSart suhtime du ccmir bumain pour arriva k h pctss^ssÎMi de l'infini , de Té^ t^nel n du diym en un mot. £n ;signalant les caractères 4ii irai et du &uk désîr ^ j'm dit que c'^est ^^ ses tcmts qu'il £aut en Mficomrnaître :1a joéaMté <ou l'IUttsiân. Nous a¥ons en tumaîème Ueu , %wté de irét^bUr ^ dans Tordre de la pensée et de la science , les rapports

240 PHlLOSOPIliE D£ LÀ VIE.

de la conscience ayec les £3tits {da.cés hors d'elle. Si toute science n'était qu'un pur ratienalisme, jamais ces rapports ne pourraient être établis; car jamais on ne pourrait concevoir que ce qui n*est pas puisse nous être communiqué et être reconnu de nous. Mais toute science est positive , et la connaissance des choses spirituelles^et divines n'est elle-même qu'une science de haute expérience ; en sorte que Tidée seule de la révélation implique pour nous la possibilité de la notion de Dieu. U en est de même de la science de la nature , toutes les fois qu'il est question de se former de celle-ci une idée générale , embrassant dans une unité vivante toutes ses propriétés secrètes avec lés conditions de son existence ; car, dès que nos investigations s'élèvent à cette hauteur, la nature ne se laisse plus palper ; il faut en consulter le langage; mais ce langage n'est intelligible qu'autant que nous en cherchons l'interprétation dans les desseins et dans les plans mêmes de son Créateur, c'est-à-dire en interrogeant la parole révélée.

Ayant une fois constaté que le principe dis^ solvant, qui réside originellement au fond même <3e la conscience humaine , détruit toutes les x^latîons du moi pensant aux objets extérieurs cle la science, qu'il efface toutes les traces de €iérivation de l'efFet à la cause , de la nature à Dieu , du monde sensible au Créateur , et constitue par là les sciences naturelles en hostilité ouverte avec les sciences divines, je me suis senti naturellement porté à chercher dans ma quatrième leçon , le moyen de renouer ces nombreux rapports de filiation, tt de replacer dans les mains de la science les innombrables fàs destinés à la mettre en communication avec les objets extérieurs.

Cette tâche me paraît d'autant plus importante à remplir, que le schisme intellectuel ne demeure point renfermé dans . les limites de la science ; il se reproduit encore dans la vie réelle, par autant de partis fortement prononcés et mutuellement hostiles , qu'il existe de systèmes différents dans la pepsée. Quoique ces partis, dontles points de dissidence I. 16

242 PHILOSOPHIE DB Ul VIE.

ne sont pas.de Tordre des spéculations^ ne se produisent point en public sous des cou-< leurs aussi tranchées que lés sectes religieuses et les factions politiques de nos jours, la, scission n'en est ni moins réelle ni moins sensible dans ses effets généraux. Le premier de ces partis, et c'est le plus nombreux , se compose des rationalistes. Dans leur indifférence systématique , ils révoquent tout en doute ^ et le plus souvent c'est à ce même doute qu'ils demandent le point d'appui dont ils veulent étayer leurs jugements. Le second se compose des partisans si exclusifs de la nature, et le nombre en est grand dans le monde savant. Çeip qui forment le troisième enfin , sont ceux qui ne reconnaissent d'autre régulateur de la pensée , ni d'autres motifs de leurs jugements, que les principes puisés à la source positive des décisions divines. S'ils savaient descendre d'un degré de plus dans cette source sacrée^ ils y trouveraient des maximes moins exclusives et plus conciliantes, qui leur permettraient mieux qu'à personne de réorganiser les éléments de

LBÇON V. 243

la pensée et delà science. Ils y découyriraient un centre commun par rapport auquel il leur deviendrait facile de coordonner toutes les bran-^ ches des connaissances humaines. Mais comme au lieu de prendre la voie de la conciliation , ils conservent l'attitude de la défiance, excluant, rejetant tout ce qui se refuse à l'épreuve de leurs inflexibles arguments, il afrive que, malgré la supériorité de leur position , ils tombent au niveau des autres partis , et ne contribuent pas peu à affermir l'esprit de division dans la conscience comme dans la vie extérieure.

Les trois partis philosophiques qui se partagent r époque et la vie et dominent chacun à leur manière , sont donc les rationalistes , les philosophes de la nature et les absolutistes qui se retranchent derrière l'autorité divine. Les principes de ces derniers ne sont qu'indirecten^ent exclusifs ; ils perdront ce caractère, dès que franchissant les limites du système de négation dans lesquelles on les retient , on leur permettra de prendre un libre développement et d'embrasser dans leur immense por-

tëe , toutes les parties des connaissances humaines.

Après avoir jusqu'ici observé dans sa quadruple phase , le grand phénomène de la discordance de la conscience ^ effet des ténèbres répandues primitivement sur tout Thprizon du monde des intelligences humaines , et triste héritage qui se transmet de génération en génération ; après avoir aussi , par une quadruple tentative , cherché à aplanir les voies à une conciliation universelle entre les facultés de

l'esprit et de Pâme , et posé les principales conditions d'un retour à Tûnité première , il est temps , ce me semble, d'envisager le problème sous un point de vue général qui embrasse rensemble de la conscience.

Nous ne sortirons point néanmoins du cercle des idées psychologiques. Il est aisé de reconnaître que la conscience humaine est par sa nature susceptible d'une plus grande harmonie que celle dont elle nous ofïire l'image , tant qu'elle est sous la subversive influence du principe désorganisateur qui la domine,

principe qui pour lui être inhérent ne lui est pourtant qu'accidentel. Un de nos premiers philosophes modernes de l'Allemagne dit , en parlant de l'âme, jqu elle n'est qu'une yaine fiction^ une chose redondante dans l'individu humain. Cette étrange proposition n'a pu lui échapper que parce que, dans son système , il avait abandonné le centre de la vie. Quiconque tient ce centre , ne souscrira jamais à une opinion si manifestement opposée au sentiment commun des hommes, et qui pour cette raison ne mérite aucune réfutation. Mais , pourraiton lui demander les deux facultés dans lesquelles se divisent Tâme , c'est-à-dire la raison et l'imagination sont-elles aussi d'inutiles fictions? Hélas! leur présence dans la conscience ne se fait que trop sentir par un triste divorce qui se reproduit jusque dans la vie ! La division qui les distingue Tune de l'autre^

tant qu'elle ne prend pas le caractère d'une

opposition hostile , n'est point une chose qu'il faille regarder comme redondante ou pernicicuse , encore qu'on ne puisse pas dire

246 piiiLosopHm Dfi tu vie.

qu'elle soit essentielle à leur nature, ni qu0 Dieu en soit l'auteur. Si les agents de la pensée ne s'isolaient jamais de Tâme aimante , leur centre naturel; si toujours ils se fécondaient dans les sources mêmes de la vie , alors sans doute, 'jamais il n*y aurait de di^ vision entré l'imaginatioii créatrice et la raison régulatrice de la pensée, ou au moins il- n'y aurait ni scission ni opposition. Toutes deux se confondraient dans le même acte vivant de la production commune de la pensée. Dans Thypothèse de la réhabilitation de la cons^cience, les formes variées sous lesquelles se manifestent Tamour et le désir et même les penchants terrestres permis , ne seraient plus que des modifications extérieures du même élément de Taniour ; elles se résumeraient toutes • dans le même principe , s£|ns qu'il fût besoin de leur assigner deé agents particuliers, souvent si divergeants dans leurs directions. La conscience morale elle-même cesserait d'être un acte spécial , une fonction distincte du jugement. Confondue dans son

action avec les autres facultés , sa présence ne se ferait sentir que par une douce délicatesse , par un tendre tact pour le juste. Les sens et la mémoire , puissances purement; auxiliaires de la pensée , ne doivent non plus levir divisiop'^'et

leur individualité qu'au schisme radical de Vinr telligence ; autrement, supposé le concert primordial rétabli dans Fiiitérieur de Thomme , ils seraient essentiellement unis à l'âme dont ils ne sont que des organeis corporels.

Si donc, au lieu d'évoquer sur elle , par une coupable témérité , les ombres de la mort , Vàme humaine fût restée , en Dieu et avi grand jour de la vérité divine , une dans ses éléments , nous ne verrions pas cette foule de facultés Spirituelles et morales divisées entr'elles, se faire la guerre dans le sein de la conscience; car alors celle-ci ne serait composée que de l'entendement de l'âme et de la volonté, et supposé encore qu'envisagée sous le triple rapport de la pensée , du sentiment et de l'amour, l'âme offrît l'aspect de trois propriétés distinctes , il n'y aurait là qu'une variété d'effets

du même acte dont Tunîté radicale ne ressentirait aucune altération. Quant à la distînc-. tion de l'entendement et de* la volonté , nous la conservons^ parce que ces deux facultés sont essentiellement séparées dans tous les esprits créés , et qu'elles semblent même l'être , à certains égards , dans l'esprit incréé. Leur division n'offre néanmoins aucun danger de dissidence. Indivisibles dans le concert de leur action, l'entendement et la volonté ne feront jamais un pas l'un sans l'autre sur le terrain solide et sûr d'une conscience bien organisée et éclairée de toutes parts. Tel est à peu près le tableau que l'on doit se former de la conscience humaine , conçue avec les conditions de son harmonie primordiale , et telle qu'elle serait encore, sans les ténèbres qui l'obscurcissent.

Pour terminer ce que j'ai à dire sur l'entendement et la volonté qui sont les attributs essentiels de l'esprit, on me permettra de citer la proposition d'un autre philosophe de l'Allemagne moderne. Cette proposition déjà

touchée ailleurs ^ et digne pendant .de celle que nous venons de rapporter sur la nature de Tâme, ouvrira naturellement la voie aux réflexions qui me restent à faire. L'essence de l'esprit, a dit ce philosophe, consiste en général dans la négation d'un contraire.. Quel serait le sens de ces étranges paroles appliquées à l'esprit incréé? C'est ce que je ne dirai pas encore ici. Mais ce que je puis avancer tout d'abord , c'est que pour ce qui concerne les esprits créés , leur essence consiste au contraire» dans l'affirmation; savoir, dans l'affirmation éternelle de la fin exclusive pour laquelle Dieu les a créés. N'étant en eux-mêmes qu'un rayon , quune étincelle de la lumière divine, il suit de là que pour eux non-seulement l'intuition et la compréhension, mais encore la pensée et l'action, la volonté et son exécution viennent se confondre dans ce rayon , dans cette étincelle même qui est leur unique principe et hors de laquelle ils ne sont rien. D'un autre côté, ce rayon divin n'étant autre chose que ridée de leur destination , de leur fin , il résulte

250 PHILOSOPHIB ms LA VIE.

de là encore que tout leur être consiste dans la pensée de leur fin , de leur mission en un mot , pour me servir d'expressions connues. Voilà pourquoi dans toutes les langues anciennes , la dénomination des purs esprits est dérivée de leur mission même qui fait toute leur essence et qui la fera tant qu'ils demeureront fidèles à leur fin. Cependant la définition de notre philosophe convient excellemment aux esprits déchus ; car l'essence de ceux-ci n'est plus dans réternellê affirmation de leur mission qu'ils ont répudiée I mais bien 4^ns l'éternelle négation de ce qui leur est contraire , et ce contraire pour eux n'est rien moins que l'ordre divin.

Tout ce qui -a été dit jusqu'ici nous conduit au résultat suivant : si les ténèbres répandues primitivement sur toutes les régions de l'âme , réagirent sur l'élément physique de

rhomme , en le condamnant à l'inflexible loi

de la mort , d'immortel qu'il était en vertu de sa création , et en déposant dans son sein les germes de maladies et de maux de tout genre ^

elles exercèrent une influence iton moins meur-

trière sur Télëment intellectuel, en tuant le principe vivant de la pensée et ^n lui substituant

le germe de toutes sortes d'erreurs. Disons néanmoins I comme pour nous consoler au milieu de tant de misères et de tant de ruines , que , dans Tordre physique comme dans Tordre moral, ces déplorables effets ne doivent point

être confondus avec Tacte coupable qui les a provoqués ; s'ils en sont la conséquence naturelle, ils n'en portent point le caractère de culpabilité. Le principe d*erreur originel à Thomme , depuis que la lumière divine lui fut interceptée , se reproduit sous quatre formes différentes , correspondant aux quatre facultés mères de la conscience. J'ai parlé ailleurs déjà , de cette idée mortelle, la seule qui me paraisse innée à Thomme , idée dont le contagieux contact paralyse Télément de vie jusque dans le sein même de la pensée, et condamne celle-ci à ne se produire que sous les formules mortes de Tabstraction.

J'ai fait voir combien elle est enracinée

252 PHILOSOPHIE m LX VIE.

dans notre esprit et combien elle s*oppose au progrès de la science de la nature. Je n'entends point précisément parler ici de cette science qui se borne à Fexploration extérieure et chimique des éléments du monde sensible , mais bien de celle qui, par Facte d'une vaste compréhension , cherche à l'embrasser , dans son unité Vivante , avec toutes ses propriétés , toutes ses lois et toutes les conditions de son existence réelle. Hélas ! dès que l'entendement humain a répandu sur elle son souffle glacé, elle sent la vie lui échapper et ne conserve plus que des notions mortes. C'est ainsi que l'entendément devient la première source de l'erreur scientifique. Mais ces notions moites , ces formules stériles de T entendement , la raison s'en empare ensuite pour les élaborer à sa manière. Les démembrer, les décomposer à l'infini, puis les recombiner et les recomposer de mille manières, telle est la fonction qu'elle remplit : or,c'est précisément dans cet exercice purement dialectique , qu'elle s'égare et ouvre une nouvelle source à l'erreur. Ne pouvant plus, i

cause de Tabsence de vie, et à raison de Tiniinîe décomposition de ces mêmes notions , re-

trouver le fil de leurs rapports naturels, elle ose , dans son orgueil , en disposer en souveraine; elle les encadre, d'une manière factice, dans les limites données d'un système arbitraire. De là les contradictions sans fin et les disputes interminables.

C'est un spectacle pitoyable que de voir cette folle raison qui, dans son scepticisme , peut bien aller jusqu'à se nier elle-même , mais qui aussi , par une présomption incompréhensible,

ne veut jamais consentir à se laisser conduire. Souvenons-nous au reste que cette fausse tendance de la raison est innée à l'homme , et que pour s.'en expliquer les effets , quelque funestes qu'ils puissent être dans leurs derniers résultats, il n'est pas nécessaire de lui supposer

aucun dessein immoral prémédité , ni aucun % projet quelconque de perversion.

Pour trouver le côté faible de Timaginàtion , il n'est pas besoin de la considérer dans ses moments critiques où les flammes démonia-

ques de la passion semblent la consumer , ni même de tenir compte du penchant violent qui ne l'entraîne que trop souvent vers la matière ; nous trouverons déjà une mine abondante d'erreurs dans le mélange de vues subjectives qui s'attachent , presque malgré elle , à ses conceptions les plus pures et à ses plans les plus élevés. Une imagination entièrement dépouillée de sa subjectivité est un phénomène rare à rencontrer. Pour nous en convaincre , consultons les productions des arts plastiques f lesquelles peuvent être envisagées comme l'expression de l'imagination exaltée à sa plus haute puissance. Parmi les génies si clairsemés dans une époque, chez une nation, auxquels l'opinion commune accorde la gloire , si difficile à atteindre , d'une supériorité marquée , combien peu il y en a dont on puisse dire , en parlant de leurs productions , voilà une œuvre qui est l'image pure de la nature ; la vie s'y présente dans un libre épanouissement ; rien de subjectif, rien d'individuel n'en dénature l'expression. Il en est de même des scien-

LBÇON V. 255

ces et, en un mot, de toutes les sphères de l'action individuelle où l'imagination intervient. Quel est le système des sciences naturelles ? quel est le traité des connaissances historiques qui ne porte le cachet de la subjectivité de son auteur ?

Ce n*est point non plus dans une volonté immorale et vicieuse qui a jeté tout voile de pudeur , que nous placerons le quatrième principe de Terreur de la pensée ; mais nous prendrons la volonté telle qu'elle est en elle-même, avec les conditions natives de son existence, et isolée de toute influence étrangère; Un de ses caractères les plus saillants c'est le caprice et l'entêtement ; c'est en un mot l'absolutisme , un des vices originels de l'homme moral , et commun à tous les âges. Il n'est point de mère, il n'est point d'instituteur, qui ne sachent que dans les plus petits enfants , dès que la raison commence à poindre , la volonté aussi cherche à dominer d'une manière absolue , et la partie la plus importante de leurs devoirs et de leurs fonctions est d'en réprimer les saillies , en la

renfermant dans Ifes bornes de la soumission. Mais si ,du gîron de la mère et des bancs de l'ccole, nous passons au vaste théâtre de la vie publique , si nous interrogeons Thistoire du genre humain , la volonté propre et absolue s'y montre comme la source de l'erreur la plus funeste qui puisse obscurcir l'âme et troubler la vie» supposé encore » si Tpn veut , qu'exempte de blâme , quant à son objet , elle soit légitime en elle-même , ou peut-être encore , qu'elle se présente avec le caractère d'une grandeur et d'une fermeté digne de louanges; n'est-ce pas elle qui fait le tyran? le tyran qui renverse et détruit tout autour de lui. Il est à remarquer que pour être accompagnée , dans les. hommes supérieurs aux autres par leur destinée , d'un entendement d'une vaste portée et d'heureuses dispositions pour le bien, la volonté absolue n'en est, la plupart du temps, que plus désastreuse dans son despotisme. Dans les états même où l'absolutisme du pouvoir est remplacé par des formes aristocratiques , c'est cette même volonté absolue qui transforme en partis furieux,

s^entre-déciiirantles uns les autres, et mettant le pays en combustion 9 lès diverses opinions politiques qui , pesées dans le calme ide la ré^ flexion , eussent fini par se concilier.

Les idées mortes d'un entendement stérile, les disputes dialectiques de là raison, les . conceptions subjectives de l'imaginaâon , l'absolutisme de lajvolonté , telles sont, sans parler de l'égarement des passions , des vices personnels de caractère, ni des pr^ugés delé'ducatidn, telles sont , dis- je , les quatre sources de Terreur scientifique qui inonde intelligence encore

enfermée dans les étroites limites de la réalité terrestre. Ou trouver le moyen de faire tarir

ces sources contagieuses, aiUeuts que dans une union plus étroite et plus intime de Tâme avec Dieu , centre de toute unité , principe de Ao^t^ vérité et de toute vie ? Mais l'organe de cette union immédiate' de l'âme avec Dieu n'est point l'entendement, quoique nous lui ayons déjà accordé la propriété de connaître de la révélation de l'esprit et de l'esprit de la révélation. Il peut l)ien nous faire faire le premier

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opaque être soimm à notrt examen , quelques hàées . casac^ristiqaes que j'ai placées , comme suafeant de jalons , sur la route de Fentènde-' Bient t ^^ 4'>^n diriger la coup d*œil. C'est ^inai cj^ je remarquais que Tétat de sommeil «st une condition éssan^ielle de la nature sen^ «blf f que rimaginatÎQn est Tattribat propre 4e rhomme » à l'exclusion de$ substances pu^ vement spiidtuelles ^ tandis que je disais que le 9i^e 4iiitio«^ 4es purs tsfprits iponsiste dans le c^ckt^t de ïéX^m^é » 41Û est imprimé sur toiit kw ^tret En f£[et» e eat en verliu du mode d'^^pjstenœ de Tét^riiîté , que, par ime sMtion 90191 iaterrompMé parce qu'elle ne re^ cIabM aiifi^n repo« , îb s'idi^ndfient avec la i^ 4e kuf ((r^tîpiif et «e perspnoi&ant avec lew miAsiQp. Yoilà powqnoi encore ils sont , et seio^t toiiiiours ce qu'ils ont été. Q«fil me Mit QM^tenwt permis de m'âever plus haut et de chercher^ len suirant la même méthode, jusque dans U notjycH^ divine (^e-méme, un cdté cajra<^^érifi^tique saillant^ ^ auquel notre intelli-

Çence piû$9« »e prfliidre , lorsqa'dle dirige

son e3Sor vers les régions si peu accessibles de la connaissance de Dieu. Je/ dirai donc : le caractère particulier, non pas de Fessence de Dieu , car toutes les fois qu'il s'agit de Fessence de Dieu , nps cfaqti^es intelligences , si bornées dans leur portée scientifique^ ne peuvent que s'humilier, mais le caractère particulier de Dieu^ manifesté dans st$ œuvires ; dansisoii action extérieure, c'est l'incroyable abaissement par lequel il se rapproche ^e ses créatures et de l'homme surtout. J'ai dit Tineroyable abaissement : C'est qu'en effet noil seulement tl est au - dessus de toute idée , mais encore, il surpasse tout ce qu'en peut croire la mi la j^lus simple et la plus Malê. H ne s'agit plus que de voir ^i le poirït d'appui que nous venons de choisir dans la notion divine est heureusement reiicontaré. Car , pour ce qui concerne le fait même de l'abaissement divin , [nôn^seulement il a est pas une ligÉie, pas un mot dans l'Écriture saihte, où il ne soit exprimé ; mais il est encore écrit en càrac-' tèries parlants , dans Thistoire , dans la ¥ie v

dans la nature, partout en un mot où k Providence et l'intervention divine se manifes'tèrent d^une manière quelconque. De tous les points de doctrine proposés à l'assentiment des hommes, il n'en est aucun qui réunisse plus de suffrages que cette admirable disposition du Créateur pour, sa créature , de telle sorte que I supposé la foi universelle en un seul Dieu vivant , ce fait est placé hors de toute espèce de doute.

Pour nous former une idée claire maintenant de la nécessité de la coopération de la volonté de Thomme, dans les rapports vivants qui s'établissent entre lui et la Divinité ,* rapports qui sont autre chose qù*ùne connaissance purement spéculative, supposons qu'en vertu de cet incroyable abaissement , Dieu daigne se manifester à un homme, qu'il lui parle avec toute la familiarité d'un ami à son ami, comme , selon le rapport de l'Écriture sainte , il se révéla autrefois à Moïse ; admettons qu^il lui dévoile sa volonté et ses décrets cachés , non • seulement d'une manière sommaire et

générale I mais^ encore dans les plus petits détails f lui spédfiant ce qu'il veut de hû , quelles sont les vues qu*ila sur lui à Tinstaiit même qu'il lui parle ; \m indiquant eti même tempsles moyens d'accomplir savolonté^ et pour prix de sa fidélité, accompagnant ses injonc* tions de magnifiques promesses : tout cela sera complètement inutile tant que , par un mouvement de sa volonté , Tbomme n'y aura pas consenti, tant qu'il n*aura point dégagé son moi de l'étroite prison de son vieil égoïsme, mélange impur d'habitudes perverses, de crainte, et de cette concupiscence ; si enracinée dans la nature humaine.

C'est donc la concordance de la volonté humaine avec la voionté divine , c'est l'affirmation tacite du cœur par le consentement ^ qui peut seul conduire réellement à Dieu l'homme créé libre jusque dans ses relations avec son Créateur; C'est' à' ce titre que la volonté, plutôt que l'entendement , est l'organe de Dieu dans l'homme. Mais souvenons'^nous que lacté de la volonté est exigé avant tou^

Liçoif y. 263

te» choses. Quant à la force d'exécution ^ elle n*est point requise au mâme degré , tant parce qu'elle est inégalement départie aux individus, que parce que l'homme par lui-même ne peut jamais élever son action au-dessus de la portée des forces naturelles. L'acquiescement et l'abandon de la volonté de l'homme à celle de Dieu ne peut s*opérer qu'autant que le premier se détache du monde sensible qui Tenlace si étroitement par mille réseaux, et quHl s'affranchisse , jusqu'à un certain point au moins , du tyrannique empire de lui-même» Mais t pourrait-on demander ici , quelles sont les justes bornes du renoncement au monde et du sacrifice de soi-même exigés de nous , et que la plnlosophie platonicienne déjà nous dit être indispensable pour nous approcher , même d'un seul pas , de la bonté suprême et de l'Être infiniment parfait ? Le solitaire et le pénitent indien , pénétré de la nécessité de ce renoncement au monde, pour s'unir à Dieuv demeure pendant trente ans assis dans le même lieu , les yeux fixés sur la même place ,

264 PHILOSOPlSlE 0K LA ViE.

outre-passant ainsi les bornes de la nature hu^* maine jusqu*au point d'en faire perdre les traces; ou bien, pour consommer plus prompte* ment son union avec Dieti, il monte sur un bûcher, poussé pas une fausse idée du sacrifice de soi-même*, laquelle efface en lui jusqu'aux notions les plus simples de la saine raison , car, quoi de plus simple que cette maxime : qu'il ne nous est pas permis de disposer d'une vie que nous ne nous sommes pas donnée?

Ces exagérations gigantesques , qui se rencontrent chez les peuples asiatiques, sont très-éloignées de la vérité. Si les idées qu'elles supposent ont le beau et le vrai pour principe , elles prennent dans leur exaltation une forme nlonstrueuse qui les rend méconnaissables. Voyons agir la nature dans les différentes périodes de la vie humaine , peut-être saisirons-nous plus aisément le caractère et le degré que doit avoir l'abnégation de soi-même, pour que l'homme puisse efficacement correspondre à la voix de Dieu qui l'appelle , et suivre l'impulsion de sa

paternelle maîn , dirigeant avec une dgale sollicitude réducation du genre humain en général, et celle de l'individu en particulier.

Il est dans la nature de l'enfant d'aimer à jouer. Le jeu lui est même nécessaire pour favoriser le libre développement de ses forces. Mais si, au milieu de ses innocents amusements , la voix de sa mère v voix suprême pour lui , vient à l'appeler, dès lors il doit tout quitter pour obéir. Il est sans doute permis aux jeunes gens de se livrer à la joie, et de jouir des fleurs du printemps de la vie : mais que Thonneur et le devoir parlent , les plaisirs doivent aussitôt faire place à une sérieuse activité. Ou bien est-il question des jeunes personnes? dès que leur gaieté et leur enjouement touchent les bornes de la modestie , elles doivent , au premier signal, rentrer dans les bornes du devoir. Il est dans la destinée de l'homme fait de se répandre dans le monde; et, ainsi impliqué dans les embarras des affaires , il lui reste peu de temps pour s'occuper de sentiments et de pensées oiseuses ; tout ce qui est demandé de

266 PHiL08oraiE jm la vie.

loi, c'est quev conservant le souvenijr dea choses d'eo haut , ce qui n'exige aucune disposition extérieure ni n'entraîne aucune perte de temps , il ne perde point Dieu de yqe , ni ne rejette avec dédain au rang des pué^ rilités ce qui a rapport aux choses divi-ines. Ou bien, si Ton veut encore, portons nos regards sur les souffrances de la vie hu-" maine.

Représentons - nous une femme au comble du bonheur, à côté d'un époux qu'elle chérit. Elle vit tout entière dans ses en&nts; elle possède d'ailleurs tous lés avantages désirables de la fortune* Soudain elle perd tout , son mari , ses enfants , et , sans interruption dans les coups qui la happent , peut-être perd-elle aussi la santé, et en partie le rang qu elle occupe dans le monde*

Ce sont là autant de malheurs dont la vie humaine ne nous offre que trop d'exemples. Or qui pourra lui faire un reproche de souffrir et de se plaindre ? Personne. Nous devons croire bien plutôt que des yeux plus élevés

LBQOll V. 367

que coin de Thomme la eonteiii|>lènt d'en haut , pleins de cotnptfiaion;

B n'e8t q<i*une bboae que Ton doi^e désirer et attendre d'elle , et cette chose la saine rai^ son la lui dicte 9 c'est de n^ pas eirtièrement désespérer d'elle-même ^ ccN^me de ne point non plus murmurer contre la Providence.

Ainsi on .voit , par cet exemple ^ que Dittt n exige pias plus de notre volonté, qui , à proprement parler, est la seule chose qu'il de-* mande de nous , que les hommes , dans les relations ordinaires de la vie, ne se dem^an* dent les uns aux autres.

Voilà ce que nous entendons par ce libre consentement , par cette conformité intérieure de notre volonté à celle de Dieu , moyens nécessaires de notre union avec lui $ tandis que la simple compréhension de toutes les révélations possibles est absolument insuffisante pour nous faire atteindre ce but.

Yoilà donc en quoi consiste l'abnégation exigée de nous-mêmes ^ dans les conditions ordinaires de la vie. Mais s'agit-il d'une vocation

spéciale? Quelqu'un éproure-t-îl de rinclination pour devenir le rainisbre de ia parole de-Dieu^ rinstrumeht des communications divines? Alors commencent pour lui des devoirs plus élevés et plus rigoureux 7 et c'est ce qui a lieu pour chaque état de vie en particulier;

En effet y a-t-fl un état plus commun pour rtiomme bien né que celui de guerrier et de défenseur de la patrie ? Et pourtant quel courage inébranlable v quel mépris de la mort , quel endurcissement aux fatigues, quelles privations de tout geiire n'exige- t-il pas? Et la maternité, vocation si simple et si conforme à la nature, de combien de souffrances, de combien de soucis , de combien de dangers n'est-elle pas entourée ? L'amour maternel le plus pur, le plus véritable que l'on puisse rencontrer parmi les hommes, est-il autre chose qu'une suite non interrompue de peines de tout genre ? Mais ce qui manque surtout à l'amour de l'homme , c'est qu'il ne se développe souvent que dans une direction trop exclusive; ou bien , assoupi la plupart du temps, il ne se

LBÇON V. 269

xnanifeste que dans cettaines circonstances passagères de notre vie , par. des a(tes interrompus de générosité et de sacrifice. Il n'embrasse pas assez les rapports multipliés de Te^tence jour-* iialière. Il se mêle peu aux peines et ^ur soucis sans nombre dont elle est inséparable.

Ce qui a lieu par rapport à l'amour s'applique également à la foi. GeUe - ci n'entre point assez non ]dus dans les choses de détail ; elle ne nous est point assez identifiée. Elle n'est ni assez filiale , ni assez &milière ; en un mot nous ne nous Tapproprions pas assez.

Les hommes: ont^ pgw* la plupart, une opinibn trop haute de leur mérite personnel ,' et une confiance trop grande en leurs propres feirces ; au moins le défaut contraire, c'est-à-dire la pUsUlsmitmté eitcessive^ forme uuté exception rdre; mais de leur vocation, mais dé leur fin, ils n'en ont ordinairement qu'une idée bien faible ; Us n'y croient pas.

Chétife atomes perdus , Comme ils le disent, dams l'immensité de rumvers, ils se considèrent.

270 PHILOSOPJBOE 1MB Là VIE.

et «9 eaxHmiémes, et dans leurs destinées, comme des âlFcs insignifiante. Or il n'est rien de pins opposé k là réalité que cette dépréciatîon de la nature de l^honime, et cet oul>li de sa vocation; dâr^ anx^ui de Dièù et dans le plan de la création, chqqM holntoe eM un monde plein de vie; c^t \m véAXkhlei^ microcosme , pour ma servir d'une ^xpi^snion ancienne.

Chacun de nous à «me -vocation propre, et une destmatîon spécifier £i les ^ hommes ouvraient une fois kls y ^ux isur leur destinée , ils seritienl él)oni|^s du nonilfre infini de dtôsés^ qu'ils négligent d'accomplir par leur faute, ainsi qu'en géntfi»jl du bien iqfue TindifféreniÈe et Tigaoraace sur €e pokit t&it omettre dams le

]>e tamt de miUiea» d'hommes que €€ point iffXéfi:^ê$f^ ^ tvk^'pm ^rivexU à reconneiitm 1^ rement cfi k quoi il# «sont appelés; et œla vJLÇDt d$ ce /^^ h loi eA trop fajhk an jeuxy surtout de ce qu*elle e^t trop^ ^ague , trpp ^u^ perficielle, et ne le^ pénètre pias 9mùZi elle n'est ni assez iwUvidlïs^lûé^v ui ëi^^m SUâiits IùoliM

LEçoif V. 274

filiale, Pamour patient jusqu'à la fin, tek sont les véritables nœuds deVunion intime de rhomme

Avec Dieu.

Xi'espérarice , telle qu'on la retrouve parnii les hommes, est pareillement très-défectueuîse; elle devrait être forte et héroïque pour correspondre à sa dénomination. On trouverait peut- ^tre peu d'hommes qui fiissent absolument dépourvus de foi cc^ d'amour, parce que dans la foi et dans l'amour. Dieu lui-même, par line condesc^dance infinie^ s'abaisse jusqu'au niveau de la pensée et de l'action de l'homme ; dans l'espérance , au contraire , c'est Thomme luimênié tjui doit s'élevet vers les choses divines; et voilà pourquoi elle doit être forte pour être efficace. Ne semble-t-ll pas après cda, lanatùré hutnaine étant donnée, que f espérance ddite être beaucoup plus l'are que là foi et Famour ? Aussi serait-il possible qu'on trouvât

beaucoup d'hommes dont le cœur fât presque entièrëiBent étranger à fespérance.

Le désir dont il a été parlé plus haut , celui qdi à pùur objet Fétemel et le divin , est

Tacte par lequel Fâme cherche Dieu. L'acquiescement de la volonté, lorsqu'il est accompagné d'une foi filiale, d'une charité patiente, et qu'il persévère toute la vie dans une espérance inébranlable , est , à proprement parler, l'acte par lequel elle le trouve en elle, et s'attache à lui après l'avoir trouvé. ,

En tant que principe de tout ce qu'il y a de. bon et de noble en nàtas, le désir ne peut être exalté assez haut , et nulle part il n'est dépeint d'une manière si inimitable qqe dans l'Ecriture sainte ; jusque-là même qu'un prophète , homme chargé par Dieu d'une inission extraordinaire, et doué, dans ce but, d'une vertu prodigieuse, y est appelé Vhpmmf de désir. Toutefois le désir ne peut être' CQH^ déré que coipme le principe , Iç. gçïjq^e d^çu naissent les trois fleurs de grâce, dans le beau symbole de la foi , de l'espérance et , de la charité; fleurs dont les tiges fécondes répandent avec une variété infinie l'immense riches3e de leurs fruits et spirituels et iïiorau:^^Sîi:|r toutes les époques , et sur toutes les coQditions de

la vie. Ce symbole sacré offre , dans la triple pensée qu il recèle , et dans le triple sentiment qu'il suppose, une harmonie fondamentale qui nous plaît toujours , soit qu'on la représente sous les formes grayes d'un discours sérieux, soit qu'on la revête des charmes de la poésie. Mais malheureusement nous ne nous livrons qu'à des recherches imparfaites sur sa nature; nous négligeons d'en pénétrer le sens profond. Relativement à l'objet qui nous occupe dans cette philosophie de la vie , lequel est la connaissance de la conscience , c'est surtout sur le côté psychologique de cette question qu'il est important de fixer notre attention. Je veux faire voir comment la conscience humaine , déchirée par une scission si radicale dans ses éléments , peut par la foi , l'espérance et la charité , être ramenée à son état normal ; je montrerai comment les agents de la pensée . peuvent être reconstitués dans les rapports d'une sympathie et d'une harmonie mutuelle. Par la foi, pourvu que par ce mot on n'entende

pas une croyance purement routinière, consistant I. 18

dan$ la rëcitation d'une formule morte, mais bien UDp fpi yivant^ et personnifiée en nous, laquelle a pour pbjet . un Di^u vivant hypostatique , sauveur dies hommes ; par la foi , dis-je , la vie et l'esprit de la vérité reprennent leur place dans l'intelligence , revivifient la pensée la où il n'existait plus que de stériles abstractions. Dès que par qne longue patience et une longue perséyérançe^la borité et l'amour purs son t devenus comme Famé de notre être, il ne saurait plus être question de volonté endurcie ou abrutie p^r la passion ; la volonté absolue en un niQtt est vaincue; car alors un élément de vie pénètre la faculté de la détermination et en vérifie tous les actes. Par la confiance ferme que l'homme place en Dieu , c'est-à-dire par une e^pér^nce généreuse qui se fonde sur rsteruel même , la raison et l'imagination se trouvent ramenées à l'unité et par elle l'harmonie de la conscience est parfaitement rétablie. J'ai dit précqdeinment que l'imagination est l'attribut caractéristique de l'homme , à l'exclusion 4^s autres substances spirituelles. En effet

lâ raison n'étant qu'une faculté négative, ne peut être considérée que comme un signe négatif non plus, distinguant Thomme des animaux; nous pouvons dire maintenant et dans un sens plus complet , plus profond et en même temps plus exact que l'espérance étaût ce qu'il y a déplus intime dans Thomme, en formé aqssi le caractère le plus saillant.

C'est dans l'espérance divine que le désir étale la prodigieuse richesse de ses fruits. Au reste , les trois vertus régénératrices de la conscience se modifient dans leur importance relative selon qu'on se les représente dans l'éternité ou dans le temps. Pour l'homme transporté dans les régioa& célestes, la charité tient le premier rang, car l'espérance cesse dès que la possession commence, et la foi fait place à l'intuition. Mais tant que noiil poursuivons la route de notre pèlerinage terrestre , l'espérance semble réclamer la première place sous le rapport de l'importance , parce que c'est la flamme vivifiante qui alimente

la foi et l'amour , et en un mot , tout ce qu'il

y a de grand en nous. L'espérance est Télément fécondant de Pâme inunortelle, c'est le foyer de la grâce , le centre de lumière où elle reprend sa première force et son premier éclat ; c'est dans son sein qu'elle se renouvelle , par rapport à elle-même et par rapport à Dieu , dans Funité qu'elle avait perdue.

De Tordre de Dieadtos la nature, et des rapports de la oatare au

monde înTisible.

Messieurs,

Toutes les fois qu'il est question de Tessence même de Dieu, on ne saurait l'élever ni Fcxalter assez haut , attendu qu'il n'y a point d'idée assez vaste pour en embrasser l'immensité, ni d'expression assez complète et assez vive pour en dépeindre les infinies propriétés. Mais s'agit7il de son action sur la création , veut-on parler de sa providence dont la main pleine de bonté dirige tout dans la course de ce bas monde , alors \ conformément au principe de l'abaissement divin, que nous avons adopté dans notre précédente leçon , pour servir de point d appui à notre fragile science

sur le terrain glissant de la connaissance de Dieu ; alors , dts^je , nous he saurions le représenter sous des couleurs assez simples , ni nous approcher de lui d'une manière trop familière et trop naturelle. .

Cette vérité, quoique généralement reconnue, n'est point assez approfondie. On ne se rend point assez compte de sa portée , ni de ses conséquences. Toutes les fois iqiie Ton parle de la divinité , on remonte presque toujours aussitôt 2^u ton solennel du sublime; et cependsM^t la voix d'un amour filial serait beaucoup plus propre à exprimer avec la simplicité et le naturel qui leur conviennent les rapports d'un Créateur plein de bonté aux êtres de la création , et particvilièremenl à l'homme. J'ai dit avec le naturel . qui leur convient : c'est qu'en effet il est dans la nature des choses que Dieu , qui a voulu créer des êtres libres tels que les hommes , puisse aussi leur donner toute chose , les avoir sans cesse en sa présence et leur tendre partout une main secourable. Cependant cette main providentielle ne

les dirige pas toujours d*une manière également immédiate ; car autrement ils cesseraient d'être libres.

Quelquefois elle semble se retii-er et Ibs abandonner à leur propre mouTement. U en est à peu près de la conduite de Dieu par rapport à l'homme , comme de celle d'une mère à l'égard de son enfant auquel elle veut apprendre à marcher. D'abord elle choisit avec soin un terrain qui ne soit ni trop raboteux ni troprude, afin de prévenir, en fcas de chute , tout accident fâcheux ; puië ^ après l'avoir tenu quelque temps par la main, elle Tabandonne enfin à lui-même ^ et se retire à quelque distance , attendant que les pas mal assurés de ses pieds chancelants le ramènent vers elle. U est inutile de dire tous les sdin^ de la mère pendant ce petit manège , et son attention à voler au secours de son fils dès qu'il fait mine de tomber.

Tel est en quelque sorte la simplicité des rapports de Dieu à l'homme en parliculier i^ et au genre humain çn général dans Téduca-

tiôn sociale que sa providence veut bien dirigér elle-même , éducation qui a ses périodes de développement comme celle de Tindivida , et dans laquelle on retrouve l'analogie du progrès gradué des formation$ de la nature. Supposons que Dieu , outre les purs esprits , ait encore voulu créer une nature sensible ; admettons qu'il l'ait créée en effet ; au reste c'est un fait qui parle à nos yeux , celte nature , ou ces éléments sensibles , portant en eux le principe de leur dilatation et de leur perpétuation , ne peuvent être ni absolus ni indépendants , attendu qu'ils n'ont pu se donner le commencement de Texistence à euxmêmes. Us ne seraient en outre , dans leur action ; qu'une force aveugle et destructive , si le Créateur, dans sa bonté, ne leur eût assigné un terme, une fin à laquelle ils doivent tendre. La nature n'a point été créée libre comme l'homme ; mais elle n'est point non plus une œuvre mécanique dont le mouvement soit subordonné à un agent moteur étranger. Elle est douée- de vie, et malgré l'opinion de quelques

penseurs superficiels et abstraits , cette vérité n'en est pas moins appuyée sur le sentiment universel et constant du genre humain. Ne semble-t-il pas entendre bruire la vie dans un arbre dont les nombreux rameaux et le riche feuillage s'agitent au gré des vents? N'y retrouve-t-on pas toutes les conditions de la vitalité , tandis que dans les productions mécaniques^ de l'industrie , l'absence de toute spontanéité décèle manifestement une œuvre purement passive , dépourvue de tout attribut vivant. Aussi la science de la nature, plus approfondie , reconnaît et nous apprend , que les plantes, par exemple, sont douées des

propriétés du sommeil , de la fécondation et de la reproduction aussi bien que les animaux, encore que le mode en soit différent. Et la nature elle-même est-elle autre chose que l'arbre de la vie, dont le tronc majestueux et les ramifications sans nombre tirent leur sève des sources intarissables de ses racines mystérieuses , tandis que ses feuilles et ses fleurs , dans leur épanouissement non interrompu

s'alimentent des substances balsamiques des régions éthérées. Son mouvement continuel atteste r^xistence d'un principe de développement qui lui est propret et Ton croit entendre dans ses sommités la présence de quelques puissances invisibles. S'il est une science superficielle 4 stérile et essentiellement fausse , c'est bien celle qui ne voit dans la nature , malgré toutes les merveilles et toute la magnificence dont Dieu Ta enrichie , qu un produit mécanique ; c'est celle à laquelle le Créateur n'apparaît que comme un géomètre tout^puissant , ayant à sa disposition des forces infinies et communiquant à la masse inerte de la création un degré de mouvement réglé par des calculs mathématiques. Cette comparaison, pour être triviale, n'en explique que mieux le caractère vicieux des études physiques de certains philosophes. S'il nous était permis de nous servir de figures emblématiques pour exprimer les divines fonctions du Créateur, au lieu de l'assimiler à un habile machiniste, je le comparerais plutôt à un jar-

LEÇON Vil 283

diniet* omnisdent , créateur des arbreë et des fleurs qu'il cultiTe, ainsi que du terraiil dans lequel il les plante , et pouvant invoquei* à son gré s^ur son magnifique parterre , le bieilfait des doux zéphyrs , d'une ftaîehe rosée ^ d'une pluie féconde/de même aussi que Taetion vivifiante du soleil.

Si la nature a sa vie plicopre ^ il faut qu'elle soit également douée d'une force expansive vivante. C'est d'ailleurs ce que démontre clairement la simple inspection de ce qui nous entoure dans le monde sensible , et et que suppose le sentiment coitimun de$ hommes. Il faut encore que le développement de cette vie soit soumis aux lois ordinaires des progrès , lesquelles sont basées sur l'essence même des choses. Le mouvement n'en saurait être abandonné à un aveugle caprice. On se tromperait si l'on supposait que le Créateur ne s'est réservé que le commencement et la fin de la nature ; sa volonté possède sur toutes les parties de sa durée et de son extension , les droits imprescriptibles de la toute-puissance ,

il peut lui commander où , quand et comme il lai plaît. Il peut en interrompre soudain le développement , en arrêter le cours comme aussi il peut tout à coup réveiller et revivifier ce qui auparavant était mort et inerte. Il est en son pouvoir , en un mot , d*en suspendre les lois et d'intervenir dans la sphère de leur action , par un acte immédiat et surnaturel , faisant exception au cours ordinaire des choses. Si dans la vie sociale , le législateur a la faculté de déroger en certains cas aux lois qu'il a lui-même portées , pourraît-^il ' y avoir plus de difficulté à reconnaître ce même pouvoir au législateur suprême de création.

Cette intervention immédiate de la puissance divine, laquelle porte toujours un caractère de localité et de particularité , est précisément ce qui constitue la notion des miracles dont tout homme doué d'un sens sain et droit ne niera jamais la possibilité. Mais , pourrait-on objecter, si les effets prodigieux que nous qualifions de miracle se trouvaient n'être point essentiellement des exceptions au cours ordi--

maire de la nature ; s'ils n'avaient en réalité €le dérogatoire que la rareté du fait , laquelle ne permet de les classer dans aucune des catégories naturelles connues ; dès lors la notion que nous donnons des miracles s'évanoui- Tait par là même. Il faut remarquer ici que les dérogations au cours ordinaire des choses ne sont pas toujours des phénomènes contraires à la nature , mais toujours au moins ils sont au-dessus de la nature et outre-passent les limites de son action. Ainsi pour n'être point directement opposés aux lois du monde ^ les îàiis que nous appelons miracles n en sont pas moins des dérogations aux effets constants des éléments de la nature. Sans doute , il né peut être que très-conforme à l'infinie sagesse du Créateur de maintenir son œuyre , tant qu'elle durera dans le cercle de l'économie à laquelle il Ta soumise en la formant;

Mais V dira-t-on encore , si les faits que l'on appelle miracles émanent directement de Dieu, les lois de la nature ont aussi le Créateur pour auteur immédiat ; et le cachet du merveil-

leux A'esît pa^ moins visible sur celle-ci qiie SUT Ics^ preiniers. La chose est très- vraie ; majts elle n'a rien de surprenant , car il reste toujours une différence essentielle entre les ce>uvres dues à Tentervention directe de la divinité et les effets produits par une c^use créée, douée d'un principe de vie et d'aelioji qui lui est propre et abandonnée à elle-mênie dans Texpanision de sa force.

Quand oa se représente la nature terrestre comme un être soumis à deux puissances ennemies qui se font la guerre dans^ son sein, savoir^ d'une part » rélémëal destructif de U m,ort, de l'autre le principe fécond du pêivfectioniiemen( » on comprend sans peine que pour la garantir contre une ruine taufours

immii^ente et la soutenir dans V ordre primitiif de s^, çiré^tion , il ne i^ut lien d^ moins que la main pu^s^nte qui l'a faij( sortir ài\ néant; que si T action de e^tte çjiain conservatrice venait à être suspçndip]^ ^ $i la. d%ue qu'elle oppose ^ux t^oiT^t^k^. d^v4$tg6«juur$ du désordre ve^i^t à se ronii^pre^, ^ c^lt^s^

trophe qui en résulteFait serait encore une <iérogation à la marche ordinaire des choses, mais qne dérogation d'un ordre tout spécial. Ce serait un miracle , mais un miracle du courroux céleste , tel que celui dont on ret^rouve encore tant de traces sur toutes les parties du globe. Au reste, un pareil événement ne serait pas moins exceptionnel à tous les effets accoutumés de la nature , que toute autre espèce de prodige à quelque ordre qu'il appartienne.

C'est ainsi, ce me semble , que tout dans la nature doit se rapporter à Dieu créateur et conservateur du monde. Il ne se passe rien dans la sphère d'activité de ses lois , ni dans le cercle des phénomènes miraculeux, qui ne suppose nécessairement une intervention immédiate ou médiate de la Divinité. Cependant, malgré la dépendance étroite dans laquelle la nature se trouve à l'égard de son Auteur, elle n'en est pas moins douée d'un principe de vie qui lui est propre, et de la faculté d'un développement individuel. La nature j^'a point la pré-

rogative du libre arbitre comme l'homme ; néanmoins , comme tout ce qui a vie v elle possède le germe d'une libre expansion, et si dans les individus animés , chez lesquels la vie est le plus développée , nous avons reconnu une sorte de conscience intellectuelle, quoique son état d'assoupissement Tempéche de se révéler; de même aussi, nous pouvons dire que dans le monde sensible tout semble indiquer un commencement de liberté* C'est comme le premier degré de cette liberté qui, après s'être développée par périodes progressives , dans les différentes classes d'êtres animés , selon que ceux'ci jouissent d'une existence plus ou moins parfaite, finit par s'exprimer pleinement et complètement dans l^homme , image de Dieu et couronne de la création.

Examiné sous un autre point dé vue, h monde des sens n'est en général que l'envt loppe du monde des esprits ; c'est le voi léger, mobile , presque transparent et toujoi expressif des puissances invisibles. On

/JLEÇON. Vïi ^ 28Ô

saurait donc en aucim cas se le r^résenter comme absolu et ioi^^pénddnt de son Créateur ; nulle part il! in^est jsôlé et ' ^ans relation avec un ordre de choses supérieur; mais toujours et dans tontes ses parties, il faut voir en lui une puissance vivante , sigififi^ative et même intérieurenkent. et extérieurement significative, des choses qu'elle dérobé h[ nos sens. Ces deux idées , celle dé la volonté Kbré dé rhomme et celle du développement Vivant de là nature , sont les deux points d'appui sur lesquels doit s'étayei* toute tentative faite dans le but d'expliquer Tordre divin dans le monde. Telles sont par conséquent les données qui serviront de bases à nos réflexions aujourd'hui.

S'il est vrai qu une^ explication de l'ordre divin dans la nature 9 donnée selon la capacité de Tesprit humain , soit une espèce de théodicée , je proposerais v moi , une théodicée sentimentale qui parlât au cœur, plutôt qu'une hypothèse arbitraire qui, quelque ingénieuse qu'elle soit , demeure ne'an- 1. 19

990 PHiLosoraiB M tiA vm.

moins tpvgouts knpuissMite à dontiéir la m^ latiQfl d'une fouU de i^westioiift qu^ sorilve ^ thâque îpetàAt robster?fttibn 4e lé nei^MN!») et pr^e ^outeilt au Gféateur des vued ^ dM dê6S€iA3 dont èHe use peut aucunement M Fendra ral$oA« L'étude du monde extérieur ofH'e à h réflesièft uu dsrde d'idées qui jre-^ poussent toutes fornWe6 trop rigoureuses ^ trop ^^stématiquesv U hiit surtout se ga^dé]^ d'appliquer à la nature ou à Dieu , à Tesefll^

pie de tant de penseuri^ ^ cette Aéeessité loigique innée à notre esprit borné et dotat le m*" cours nous est indispensable^

Par une application aussi téméraire ^ ott ne pourrait qu^évoquer sur l'ensemble de nos idées le fantôme de la fatalité et dVili aveugle destin. Il y a, ai)i coiïb^e, daHii le cœm* de Thomme , certains sentiments q^ excitent dans l'âme une pénible ^turiojBité; ces sentiments , que la seule vue de là va^ ture peut réveiller^ sekit lai* de poiter le caractère du doute et de TobjeCtton '; du moins leur laagage n'a. 'aucune prâ^e^rtion a

la science ni n'articule rien de bien formel; mais c'est par cette raison même qu'ils mé- ~ ritent le plus notre attention. Les cris plaintifs d'un animal doux , inoffensif, que l'homme tue , ou bien l'horrible sifflement d'un ser* pent malfaisant , la yue hideuse d'une fourmilière d'insectes se disputant la corruption d'Un cadavre , ce sont là autant de voix sourdes qui semblent nous adresser la ques-* tion suivante : Sont- ce là les productions de rÊtre infiniment parfait ? sont-ce là les créa-* tures de 1 Esprit suprême r Les souffrances des animaux sont un thime digne sans doute d'occuper la réflexion de Fhomme, et je ne souscrirais jamais à l'opinion de ceux qui re* jeteraient cette matière comme ne méritant aucun examen particulier, ou qui vaudraient arrachar du cœur de l'homme la compas* sion pour les animaux.

On voit qu'il s'agit ici, à proprement par* 1er, de la question de Tâme des bétes; et, certes , elle ne serait poiat indigne de la

philosophie , la tâche qui aurait pour but de

tirouver le juste milieu à tenir à cet égard , entre les opinions extrayagantes des anciens peuples et l'apathie désespérante de la science moderne, laquelle n'estime rien, ne compatit à rien, et ne comprend rien en un mot de ce qui ne porte point le caractère de la raison de la même manière et dans la même mesure que l'homme. Les doctrines indiennes sur la métempsycose non - seulement accordent aux animaux une âme immortelle ; elles enseignent de plus que les âmes des homtnes sont enferniées dans les corps de ceux-là pour expier leurs fautes passées. Quelque belle que soit la sympathie qui porte Fhomme à respecter le corps de la bête , sympathie que de pareilles croyances transforment en un devoir sacré , cependant ces idées étranges et l'excessive extension de Timmortalité de Tâme aux animaux terrestres sont dépourvues de toute raison et de tout fondement, et l'hypothèse d'un pareil état d'expiation auquel sont condamnées les âmes humaines coupables est incompatible avec la notion de l'ordre divin.]

Au reste, un châtiinentde ce genre, bien que temporel, n'aurait pour les âmes aucun résultat salutaire de purification ; il ne pourrait pas même être regardé comme une disposition à l'expiation des fautes : il serait donc sans but et absurde.

Ce qui pourrait paraître douteux dans la question qui nous occupe , ce serait de savoir si chacun des animaux est doué d'une âme individuelle. Dans les espèces le plus en rapport avec l'homme , chaque animal , par suite d'une sorte de contact spirituel avec celui-là, semble offrir le caractère d'une individualité propre. La variété observée dans* leurs actes et même dans leurs habitudes paraît indiquer les conditions nécessaires à l'existence du moi agissant. C'est ainsi que précédemment nous avons déjà constaté la faible analogie qui rapproche l'instinct , dans les animaux les plus industrieux, de la raison de l'homme, et que nous avons regardé comme un prélude de l'imagination les essais de mélodie remarqués en d'autres classes.

Pour les espèces qui demeurent invariablement dans les habitudes de leur nature , les individus possèdent collectivement le même caractère commun et par conséquent la même âme indistincte; et, dans ce cas, l'espèce tout ei]^tière ne forme qu'un seul individu , comme aussi chaque catégorie d'animaux ne doit être envisagée que comme une forme différente sous laquelle se reproduit la vie générale ou la force organique commune de la nature:^ Autrement il faudrait admettre l'immortalité de rame des bêtes ; ce qui ne peut être reconnu en aucune manière.

Pour revenir à ces sentiments dont j'ai parlé plus haut , lesquels provoquent notre curiosité sur la nature et sur ce qui a vie en elle , je m'arrêterai d'abord à ces vers que produit la corruption , et dont j'ai parlé en dernier lieu; car il n'y a rien qui démontre aussi manifestement l'élément de vie dont est doué le monde matériel. Cet élément est si abondant et si énergique, que, même dans l'état de maladie , et jusque dans l'état de mort et

a« putr^fsiçUoi» , U navire 9%iti^st« sçpt ;^ tipii vitale et eqgen4rfi 4»» ^tçefi ^ivî^ts.. $) tofltf T^le , toutç faqs^e q\ie s^t ^f^ ^yf^ ^am ces hid^^ses prodftç^ion^ , çp n^gn oft vp?«ppin^ la vie

Peut-op regarder çonuç^ç 4e« cr^^tip"^ t^^tables , CCS résultats maladi£s de la {ti^i^saf^çe prpducUye de la n^tqrc, tel^ii {w^r ^^iiiple, qii^ Ifis vers qqi^ eq 4ç eer|;ai9f« wa)f(4ie3t se ^rmept dai^s \f^ ifft^^W 4^ l'h««»W ? Ce m popt que Içs paTîïÇU?* ^V^ç jpift^îîrfç vivante qui tombe e» ^isfqj^tjpïi , f^ ^put )$s propriétés yit^^s ^uvyiyc^ ^ la ^éçowpPS^r tîon roéine.

Ces produit? de h lepir^ptiop v^^ spftS p^ particuliers ?u?Ç r^gio?»^ dç J» vie prgflniquç | jL» mtièrie en général t » ré|:at prpnii^r d'é-r

lépMHPt f présente le mêiï»^ phénoiwfBP- V^^ ^-aîche , par çxepple , .est ^ élément T^r^pt ; jjus elle reç^l^ de vie, plj^ /^jjsjsi plie §st limpide ^ saïubr^ ,f f pnre 4i9 oes 4Bim,^c'4es wJr içrQsçopiques qj^ ne /çpmmençiçfM: à pj^lçr

que Ipiïçqu'^e «nt^ ef) içprrupliOï» f *t ^9^§»

M^ PHILOSOPHIE ' M La VWr — < ,,__

comifee^oh' pëéft*#en convaincre par Tinspection de 1 éaû dôucé'iionservée longtemps dans un vaîérfeau , 'à''méstire que la décomposition 's -opère dans celle-'dî ces animalcules prennent un accroissement tel , qa on les voit s^agiter diws le liquide soùs la forme de vers ordinaires. •

Ces procréations de vermine , forifaées dans le sein même dé la putréfaction, sont un fait qpi se présente detant d'autres manières encore, qu'on peut le regârdéi' comme l'effet d'une loi générale de là nature. Que dire de ces essaims de sauterelles ^ fl:éaùx publics qui se répandent sous le ciel de TAsie comme de noirs et épais nuages t' Est-ce autre cîiose qu'une création ma-

ladive d'un air infecté par quelque élément contagieux et tombant eh dissolution? Que Vàir et l'atmosphère de liotre globe soient douéélfite vie et même d'une vie très-subtîlé , c'est une chose que je suppose admise; je ne crois pas que l'on conteste davantage que ce même air egt un^ composé confus de forces contraires , où 1< soûÔle balsamique du printemps lutte contre U

Si-,

'* ^ ' LËÇÔN VI. 297

Tent brûlant du dësert et contre les miasmes contagieux de toutes espèces.

Mais qu'est-ce que cet élément contagieux qui infecte tout , sinon le principe vivant de la mort et de la corruption , principe qui envahit tout et se propage datfs les divers règnes de la nature ? Et parmi les poisons , plusieurs , et surtout ceux de Fanimal , ne sont-ils pas des agents actifs et pleins de vie ? Peut-être ne s'écarteraiton pas de la vérité en étendant à d'autres productions également nuisibles de la- nature les observations que nous venons de faire sur l'origine des vers et des insectes ? Ne serait-il pas permis de voir dans le serpent , par exemple , une ^création des entrailles malades de la terre? On ne peut nier que les esprits malins n'exercent une influence sur la nature , ni qu'on ne retrouvé en plusieurs lieux des traces évidentes de leur action malfaisante. Déjà même plusieurs savants envisagent le singe moins comme une créature primitive, que comme la réalisation d'une idé^é Isataniqué , dans le but de parodier la création de l'homme v favori de Dieu sur là terre;

%99 PHiLo^oran m la vie.

Qw le prince de ce m^n^n , et pïff ta muX il

ne faut point entendre ae^entent le iQQndfl m^

talcoiTompiif mai3 bien epeore le nipnde sensible, daii3 son éw de dégénér^tîpn aietnelt 990 le prince du mQn^ , di»^e , swinne ju^qu à un cert^ point 1 en principe corrupteur daw leç agents de la production de l'ordre nietériel 1 ou , en d'autres termes , que Télément dn mal exerce aussi qne, puissance créatrice dans lu ne^ture, c'est une cbose que Ton ne saureit révoquer en doute « et qui n a d'ailleurs rien d'opposé à la révélation i D n'y a qu'une précaution ^ prendre quand on se représente TecUon dés^treuse du malin esprit sur les éléments pliysiqnes ; c'est de la renfermer dws de certaines l>orpe# 9 car celui à qui tout est soumis a 9 dens ^a sagesse 9 assigné des bornes k son influence ennemie 9 et son intervention est toujours snbordonnée k une permission divine^

Une remarque très^-import^nte ponr l'intetfigence de Tordre divin dans le monde ei^ériçur 9 c'est de ne plus nous représenta ^e najbùre

comme un livre dont le t^pcte de J>ifm 99 wit

LEçon VI. 299

conserve pur et exempt d'altération , tel qu'il sortit des mains du Créateur. Cette observation ne doit point passer inaperçue. C'est aussi pour cela que j'insistais si fortement sur ce passage du récit mosaïque de la création : « Que la terre » produise, etc. » Ces quelques paroles nous avertissent de ne point attribuer indistinctement à la sagesse du Créateur cette foule de "productions terrestres , depuis que la nature , si dégénérée de sa nature primitive et souvent malade , est soumise à Imfluence de puissances ennemies.

Plusieurs écrivains, animés du reste de la louable intention de démontrer Tordre divin dans la nature et de la défendre contre les objections et la témérité de Tesprit humain, se trompent en ce qu'ils font dériver rigoureusement leurs assertions hasardées de vues beau-* coup trop étroites , ne tenant point compte de ces paroles de Moïse, si propres cependant à nous faire pénétrer dans les secrets de la création extérieure. Il arrive par là qu'ils suscitent contre la bonne cause, dont ils se constituent

lès défenseurs , plus de doutes qu'ils ne lui rendent de services.

Le moyen le plus efficace pour dissiper le doute et détruire les difficultés qu'une science superficielle ou une curiosité sympathique peuvent élever sur l'économie de la création , c'est de consulter la nature dans la cau^e finale de son existence , et de l'interroger dans sa triple destination. Il a été dit plus haut déjà qu'il faut la regarder comme un pont de salut jeté sur Tabime de la mort éternelle ; pont , que nous ne devons point toutefois assimiler à ceux qui sont l'ouvrage des hommes , car c'est le pont infiniment varié de la vie , se divisant en nombreuses branches qui se ramifient sans fin , et n'offrant souvent que l'aspect d'un étroit sentier d'où le premier faux pas peut nous précipiter dans l'abîme.

Deuxièmement, la nature, envisagée dans son progrès et son expansion indéfinis ; nous^ présente encore l'idée d'un foyer de régénération , foyer d'où la vie rayonne de nouveau dans les formes les plus variées.

C'est, en troisième lieu , Tëchelle glorieuse de la résurrection , laquelle s'élèvera jusqu'au dernier degré de la clarification terrestre. La magnificence de sa structure extérieure, et toutes ses formes organiques, sont comme autant de présages de la mission qu'elle a à remplir sous le rapport de la résurrection , tandis que c'est dans ses propriétés intrinsèques que réside le principe fécond de la renaissance.

La nature , et nous avons à cet égard tous les moti& de croyance désirables , fiit , dans son origine , un paradis , un séjour de délites destiné aux esprits bienheureux créés antérieurement, ainsi qu'au fils premier-né de la lumière ; mais nous savons aussi qu'elle est bien déchue de ce premier état , et que l'homme lui-même a été exclu des douces régions de la félicité. Les beautés et lès charmes que Ton retrouve encore répandus par intervalles sur la terre ne sont plus que des traces fugitives de l'innocence primitive du paradis ; ou bien encore elles sont , si l'on veut , les derniers retentissements d'un accord , d'une harmonie partie d'un monde plus pur , et

réveillant en nous le pénible souvenir de l'heureuse enfaince de la création.

Mais rirruption de la puissance des ténèbres et des esprits malins a apporté dans la nature la ruine et la désolation. On appelle paradis le jar* din de délices où fut placé le premier homme ^ avec la mission de le cultiver et de le garder; séjour plein de charmes , infiniment plus ine]> veilleux , plus pur et plus vivant que tout ce que notre globe ofTre de plus beau , de plus magnifique 9 de plus céleste , si Ton veut , dans ses contrées les mieux privilégiées. Cependant la dénomination de paradis ne s'appliquait qu'aux lieux immédiatement circonvoisins de la demeure du premier homme , à cette partie de la terre baignée par quatre fleuves^ et objet de la prédilection et des bénédictions toutes spéciales du Créateur. Le reste du globe ne participait point à ces célestes propriétés ; autrement comment le serpent eût-il pénétré dans le monde ? Car c'est une opinion très-vraisemblable qu'il s'était déjà insinué dans la création dès l'origjne de celle-ci. Peut-être entrait-il dans la mis-

•ht

ugoN vi% 303

3ioa de Ttomme de pip|^«^r v du centre où il

ëtait placé , dans toutes les régioBu» dt la nature

€t «ur tous les pôiati^ d<i globe ^ les délices de la

prospérité doikt ëtail doue le paradis. Au lieu de

£Mife Mbir à la terre cette sublime transforma*

tioB ^ Ife premier hdmxtie a perdu ses hautes

prérogatives d^une nature spécialement pririlé^

giée» et les a fait perdre au liisu de bénédiction

et de félicité qu'il habitait.

On aEiÀiitrè toujours les quatre fieuyes du pa^ radis tetirestre dans les contrées de l'Asie qui ^ de nos joUfts encore > sont en partie Tobjel de bénédictions particulières^ el que Tfaistoire nous appreikd airoir été habitées dès lantiquité la plus reculée ; mais quant i la source de ces fletiYes> die a disparu à famais, et Ton peut dire que., par la perte du paradis^ tout^ dan^ rtitDitniitié luinstuéme et «ur la terre., a subi une dâj^lorabte tr^ansformation^

Le moyen de Mutir de l'hâtait de dégradation et "de imdladâe dans leqnel est tombé le monde «eifêîblei, tse moyeA qui ne peut ^re ^que les lois de récMioraîe divine ^i înégissenl ia na-

ture , nous est indiqué par la cause finale de k création extérieure. ^^

Ce n'est que dans la destination de la nature et dans les diverses tendances des puissances dont elle est douée, que l'on peut chercher et trouver une réponse à celles des nombreuses questions sur la nature qui soient susceptibles de solution , questions que soulève non - seulement la curiosité de Tentendement , mais encore une certaine sympathie inquiète de Tâme qui , partagée entre des pressentiments tantôt sombres y tantôt sereins , ne sait si elle doit se livrer au doute ou à Tespérance.

C'est avec réflexion que j'ai dit : A celles des nombreuses questions susceptibles de solution ; car , que l'on puisse les résoudre toutes , c'est ce que ne permettent ni les limites étroites qui circonscrivent encore nos sciences , ni la brièveté et la faiblesse de notre vie terrestre. D y aurait là un résultat bien supérieur a la nature et à la marche ordinaire des choses humaines. Une exposition complète et trop systématique de Tordre divin établi dans la nature, l'expli-

quant jusque dans ses plus petits détails et satisfaisant à toutes les objections , me paraitrait suspecte par cela seul , et ne m'inspirerait aucune confiance. Il y a, dans la création, une foule de choses qui longtemps encore resteront obscures et cachées pour nous ; il en est une foule d'autres que nous ne connaîtrons que lorsque nous aurons franchi les dernières limites de la vie , quand , placés sur Tune des deux voies de Téternité , la mort nous aura ouvert les yeux.

Mais il n'en est point ainsi du commencement et de la fin de la nature. Ces deux points sont intelligibles pour nous , pourvu que, les observant au jour de la révélation, nous les rapportions à Dieu. Si cependant nous les isolions de la vérité révélée , si nous perdions de vue les rapports qu'ils ont avec le Créateur, alors tous les efforts de l'entendement, pour en pénétrer le sens , n'arriveraient jamais qu'à des résultats vains et absurdes.

Voilà pourquoi, chose singulière en apparence^ nous comprenons beaucoup mieux le I. 20

306 PHiLosoPQiq pp LA vm.

but de la création en général , que nous ne npus rendons compte de la fin d'une foule d'objeta de détail qui ne peuvent paraître qu'insignifiants, si on les compare à l'ensem*ble de la nature. Dans le premier cas , l'en^ tendement est conduit par la lumière divine elle - même ; dans le second , il est aban^ donné à ses conjectures. Le flambeau propbé* t;que des sciences naturelles, dont les fouilles sont si actives , peut bien pénétrer, jusqu'à un certain point , les cavités et les sombres dé* tours des voies souterraines du monde des sens; mais ses rayons, supposé encore qu'ils aient été empruntés en partie à une lumière supérieure, sont insuffisants pour tout éclairer, dans ce gouffre des ténèbres.

Le but de la création, tel que nous le com^ prenons ,' sera porté au dernier degré d'évîdence, si nous le comparons à la fin que la raison , dans ses efforts isolés , est réduite à lui assigner. Si nous appliquons, au Créateur du monde la proposition citée plus haut et empruntée a un de nos derniers philosophes

de rAllemagne , proposition selon laquelle Tessence de Tesprit consiste dans la négation d'un contraire , nous serons aussitôt conduit au résultat suivant , savoir : que le contraire de

Dieu ou du Créateur est le néant. Ces paroles n'ont rien d'opposé à la vérité , en tant qu'elles servent à affirmer que Dieu* à créé le monde de rien ; car si, à l'exemple de quelques philosophes anciens, on voulait admettre réternité de la matière dont Tent^ndexnent divin aurait formé plutôt qu'il n'aurait créé le monde , alors, au lieu d'un Dieu infiniment parfait et se suffisant à lui - même , nous serions amenés à en admettre deux, et tous deu)Ç' fiais et imparfaits. Si, au contraire, on veut nous dire par ces mêmes paroles que Dieu n'est que le non-néant^ que le but de la création est la négation du néant, dès lors on ne peut éviter cette conséquence, savoir : que le néant a une espèce de réalité imaginaire^ et que Dieu a créé le monde pour le détruire oii pour échapper au vide éter-

nel ; ce qui reviendrait à dire » pour me ser-

vir de l'expression téméraire de Lessing, que Dieu a créé le monde dans un moment d'ennui. C'est ainsi que toujours les vues sceptiques et les négations du creux idéalisme aboutissent à l'absurde.

C'est un fait que Dieu a créé le monde par amour ,' et je dirai même par un excès d'àmour. Car comnjient expliquer l'existence du monde autrement que par un excès d'amour de la part du Créateur ? Celui-ci, infiniment parfait, se suffit à lui-même ; il n'a besoin ni de la création ni de Tamour des créatures ; il trouve les conditions de son infinie félicité dans son essenceméme,oùunabîme d*éternel amour en invoque toujours un autre. Et cependant, mialgré les sources intarissables de son infinie félicité, il a créé le monde par un excès d'amour ; il veut être aimé de ses créatures , c'est pour cette fin qu'il les a formées ; et pour pouvoir posséder leur amour , il les a créées libres ; les esprits et l'homme aussi ont été doués d'un libre arbitre. C'est précisément dans cet excès d amour qui , de la part de Dieu , a déterminé

LBÇON VI. 309

la création , c'est encore dans Talnour qui , de la part des créatures , doit être la fin de la création , qu'il faut chercher le secret des rapports de Dieu avec les êtres créés et surtout avec l'homme , et réciproquement.

Il y a peut-être dans cette disposition du Tout-Puissant qui exige l'amour d'une créature faible et imparfaite , de quoi inspirer à celle-ci une sorte de frayeur ; mais n'importe , la chose €st ainsi , il nous a créés libres , et il demande de nous que nous l'aimions. Souvenons-nous^ au reste , que nul être fini n'est libre qu'autant que Dieu le laisse jouir de sa liberté, et il en jouit à peu près comme l'enfant dont nous parlions ailleurs, et que sa mère, pour lui apprendre à marcher, abandonne à lui-même pour un instant. Aucune créature ne serait libr^, si Dieu , après lui avoir doiiné la première impulsion par l'acte de la création , ne se retirait en quelque sorte en suspendant l'action de sa toute-puissance ; autrement , si l'amour créateur ne paralysait les effets de la puissance, écrasée sous le poids

de Finfluence divine , la créature serait à jamais privée de rexercice du libre arbitre. ^ Nous pouvons maintenant distinguer , dans l'Être divin, entre l'entendement et la volonté, entre la toute-science et la toute -puissance ; mais gardons-nous de séparer ces divers attributs , parce que , comme tout ce qui est en Dieu , ils se résument en un même acte. Ainsi un pointilleux dialecticien nous proposerait une question vide de sens , s'il nous demandait pourquoi Dieu a créé les esprits devenus malins , puisqu'il prévoyait qu'ils failliraient et se perdraient éternellement. C'est , de notre part , une illusion logique que de prêter a Dieu notre façon ^e penser, toujours flottante entre le possible imaginable et l'apparence de la nécessité. Notre liberté, à nous, consiste dans l'option entre deux bu plusieurs possibilités, et elle a pour champ d'exercice l'intervalle indéfini du possible , placé entre une nécessité et une autre. Mais il n'en est point ainsi de la liberté de Dieu ; car en lui il n'y a ni pure possibilité , ni nécessité absolue; tout est réalité, tout est

LBÇOIf YI* 314

liTant et positif pour l'Être infini. Sa liberté

consiste dans le suprême affranchissement en

vertti duquel il se délecte dans la plénitude de son

être, et y trouve de quoi se suivre à lui-^méme,

sans y être contraint par aucune loi nécessaire.

S'il en était autrement, .Dieu serait l'être in^

flexible du destin , plutôt que le Dieu invan

et libre* C'est à cette erreur qu'ont abouti les

doctrines des Stoïciens. Dans un système repré*"

sentant la Divinité comme enchaînée par unç

force intérieure nécessitante, il serait bien dif^^

ficile de concilier avec cette idée de nécessité

la création du monde, si manifestement con:**

tradictoire à la faculté qu'a Dieu de se suffire à

lui-même.

Aussi plusieurs penseurs rationalistes des anciens temps , pour n'avoir point évité le piège de la nécessité dans la notion de Dieu , se virent logiquement réduits à attribuer la création à un esprit subalterne , à une divinité secondaire , à un démiurge qu'ils plaç^aient bien au-dessous dU Dieu infiniment parfait et souverainement indépendante C^est ainsi que le

dt2 PHILOSOPHIE DE LA VIE.

plus souvent on tombe d'une première erreur dans une seconde encore plus grande et plus monstrueuse. La doctrine faneste d'une prédestination absolue dé la part de Dieu , la-^ quelle nous conduit droit au fatalisme païen , ne peut avoir son principe que dans une illusion logique et dans l'application des conditions de notre chétive pensée à Fentendement infini de l'Être omniscient.

Nous en avons assez dit sur la matière ardue de la liberté des ^prits créés et de celle de rhomme , liberté que nous n'avons considérée que sous le point de vue philosophique dans les rapports avec la création générale , sans tenir compte de son côté moral. Au reste , souvenons-nous que la question de la liberté n'est épineuse que parce . que notre imagination ne pouvant s'élever au-dessus de la portée des spéculations de notre impuissante raison , toujours nous croyons voir réalisés en Dieu les rêves de notre logique, et bien que nous reconnaissions la faillibilité de la pensée humaine , notre entendement reste sans cesse , et sans le

LBÇOir VI. 313

savoir , embarrassé dans les entravés du raisonnement.

Si la formation d'êtres libres a sa raison toute naturelle dans ramour de Dieu, lequel est le terme delà création, nous pouvons dire aussi que le pouvoir accordé ici-bas à l'empire du mal est une conséquence toute simple de la liberté dont doivent jouir, pendant un temps déterminé, les êtres qui en ont été doués. En effet, la liberté dans ses rapports avec Dieu, avec l'avenir ou bien avec l'immortalité de Tâme , n'est' que le temps d'épreuve et l'état d'épreuve lui-même auxquels les créatures sont soumises. Si l'on demandait donc pourquoi Dieu n'anéantit point par un regard foudroyant , par le souffle de sa toute-puissance , toute la légion des esprits rebelles avec leur chef le prince du monde , afin de purger la création sensible de leur influence dévastatrice, on pourrait répondre simplement que la mission de l'homme ici'bas est de combattre , et que l'heure de déposer les armes n'a pas encore sonné; que le développement de la

814 PHILOSOfSÎB t»B LA VIE.

nature ne doit être ni précipité ni sodpenda daiiâ la marche qui la conduit à la clarification finale; mais que le progrès doit en être libre jusqu'à l'époque où, pour parler le langage de la rérélatlon^ un nouveau ciel et une nourelle terre seront pîé^ parés , et où toutes choses seront consomméesi

L'homme est libre , mais la nature ^ k monde matériel est tout à fait inachevé et très^ éloigné du terme de son complément. Ausâi serait-il pour nous un problème indéchiffrable, si rimmortalité de Vàmei , qui est comme la clef de voûte de la création , ne noué en doti-^ nait la solution* £n effet , comment comprendre le commencement de la nature , si on ne Fenvisagé dans ses rapports avec sa fin et le terme de son développement? Et l'exis^ tence de l'homme sur la terre ^ coihment se l'expliquer, si l'on perd de vue la vie éternelle qui en sertt le complément?

Outre qu'il nous explique la latitude accordée

à l'action du mal dans ce monde ^ l'état d'épreuve auquel sont soumises les créature^ libres

nous donne encore la raisop des souffirances

LEÇOII VI. 31 B

qui pèsent sur rhumanité* Il n'y a point de souffrances inutiles, pour l'être libre, ni en deçà ni au delà du tombeau. Qu biçn elles sont pour rhomme . sautant d'occasions d'épreuves, d'exercices et de progrès dans la vertu , dans ce séjour terrestre ; oïi bien elles servent à purifier l'or de son âme de toutes les scories qui en ternissent l'cclat, et à la guérir de ses infirmités. Telle est la condition de la nature humaine , que presque jamais ni le vice , ni les germes de maladies , dans Tordre physique comme darts l'ordre moral , n'en peuvent être extirpes sans combat et sans douleur. Disons donc que de même que le feu éprouve l'or , de même aussi les souffrances purifient rame. Cette croyance ne devrait jamais devenir l'objet du moindre doute, étant si conforme au simple sentinient de l'homme ; car , autrement, combien seraient réduites nos espérances pour l'avenir , puisque nous savons que rien de tant soit peu souillé ne pénétrera dans le ciel, et que rien d'impur ne jouira de la présence du Dieu de toute sainteté.

En parlant de Tespérance éternelle de rhom-

me , disposition si douce et si consolante d'un cœur aimant, mon but ne saurait être de la mettre en discussion ; car ce serait m*écarter delà voie de mes idées, mais j'en prendrai l'occasion de faire remarquer que , par ces paroles de rÉvangile : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père , » le Sauveur des hommes entend surtout parler du séjour des deux, et que, par conséquent, encore qu'en ce qui touche à l'éternité nous devions nous abstenir de tout jugement précipité, il faut admettre , selon toute la signification des termes, dans le monde éternel comme dans le monde temporel , des places et des rangs de divers degrés.

Mais bornons-nous à reconnaître ce fait, et n'allons pas plus loin. Si nous voulions déterminer, la différence qu'il y a entre ces diverses demeures , si nous voulions préciser la ligne qiii les sépare avec la même exactitude que l'on distingue le blanc du noir , à coup sûr nous ne rencontrerions pas la vérité ; car

j*ai la conviction que dans tous les cas analogues, lorsque nous voulons procéder dans nos spéculations avec une rigueur physique , nous nous laissons entraîner par une de ces illusions si communes de notre esprit, qui nous portent à vouloir soumettre Tunivers entier à la mesure de notre raison. Disons donc encore une fois , pour nous résumer , que toutes les soufiErances et toutes les douleurs , en deçà comme au delà du tombeay, sont des occasions d'exercices , des moyens de fortification , de guérison et de purification, ménagés à Têtre libre, dans la voie de la perfection. Je n'en excepte que Tunique malheur par excellence, celui d'être à jamais abandonné à soi-même , la mort éternelle ; toutefois on retrouve ici encore une sorte de conformité au même but , quoiqu'il soit d'un ordre inverse et dénué de toute espérance de salut.

Comme la tâche de la philosophie se borne à ne toucher que les points polaires dans la science de la nature , points qui , à pro-

318 PHILOSOPinS DE LA VIE.

prement parler, renferment tout le sens et tout le mystèi^e de la création , abandonnant volontiers à la physique proprement dite y tout Tespace intermédiaire da développement de la vie, il convient, après nous être occupé du paradis terrestre , séjour de délices dont Dieu honora l'innocente enfance du genre humain , de dire un mot de la région des ténèbres extérieures , comme / étant Tex-^ trjéme opposé à la lumière primitive dont jouissaient les esprits avant leur révolte , et Tbomme aussi avant sa chute.

Les tableaux que nous en tracent non-seulement Ie« peintres et les poètes , mais encor e quelquefois les orateurs eux - mêmes, sont d imparfaits dans leur ensemble 9 les couleurs y sont si crues, qu'ils présentent un efïet assez iûvraisemiblable , et ne fout la plupart du temps que de très*£atibles impves^ sions.

Nous ne pouvons, ce me semble , nous représenter plus exactement les dispositions morales et spirituelles des malheureusea victimes

WÇON VI, 319

d€s ténèbres extérieures , mises au baa de rempire de la vérité , sur les extrêmes confins de la création , qu'en noua servant d'une comparaison simple , empruntée à la vie ordinaire. Ce n'est que très-difficilement que , dans la société f un père se résout à chasser de sa maison et à déshériter judiciairement , son fils premier -né et chéri, mais foncière» ment perverti et dépravé, et si Ton pouvait supposa qu'un père terrestre fiit précipité , dur Qu injuste dans ses mesures de sévérité , ^u moins pouvons*-nous dire hardiment que le Père céleste , dont la bonté surpasse tout ce qu'il y a d'amour paternel sur la terre, ne procède qu avec la dernière indulgence dans ses jugements à l'égard de ses enfants. Supposons, donc qu'un père en soit venu à cet eistréme degré de rigueur à Tégard <le son fils. Celui-*ci, déshérité , expulsé du sein de la famille » tombe entre les mains d'une bande de brigands qui , la nuit , rodent autour de la maison de son père pour chercher à y péneU9i^» Il ne lui reste d'autre choix que celui

320 philosophie|^db la vm.

dé se faire brigand aussi ; qu'il le yeuille , qu'il ne le veuille pas, il faut qu'il suive le chcl de la bande. Mieux élevé qu'eux et plus dé- Ucat de nature, il aura bien des mauvais traitements à endurer avant d'arriver au même degré d'insensibilité que tous ses compagnons, meurtriers dès leur enfance , et desquels il n'est regardé qu'avec dédain et mépris. Cet exemple ' doit nous apprendre qu*avant qu'un homme réprouvé de Dieu soit arrivé au fond de l'abîme pour être transformé en esprit mauvais, il a bien des degrés à descendre, et que ce n'est qu'avec une douloureuse répugnance qu'il cède au prince des ténèbres. Telles sont les dispositions qui font le caractère essentiel sous lequel il faut se représenter les tourments infinis du damné. Si , du reste, on représente souvent la mort éternelle comme un feu inextinguible, c'est qu'il y a dans cette idée^ malgré peut-être l'imperfection de no& images figuratives , quand nous les appliquons aux choses de l'autre monde , il y a, dis-je , un fond de vérité , constatée par l'expérience

ittême des choses de la nature ; en effet , le feu est, à proprement parler, rélément de la destruction ^ il consume toutes les fois qu'il agit isolément et à l'état élémentaire. Dans la douce influence du soleil^ dans le sang des

êtres animés ï son action est tempérée et modifiée pour produire la chaleur bienfaisante de la vie; mais toutes les fois qu'il est abandonné à lui-même^ $a force est consumante v et voilà pourquoi il résiste si facilement aux autres éléments. Toute vie se tourne vers la lumière, c'est par l'air qu'elle respire, l'eau lui fournit une partie de sa substance nutritive ; si Taîr et l'eau donnent la mort, ce n'est que par accident ; mais pour le feu , il est destructeur par essence. Un être animé bien organisé , vivant au milieu des flammes , serait un spectacle qui nous glacerait d'effroi , parce qu'il serait en dehors des lois connues de la nature. C'est en partant de cette propriété essentiellement délétère du feu, que plusieurs philosophes anciens ont enseigné que la fin du monde

s'opérerait par un embrasement universel.

L'existence du mal dans la nature est donc étroitement liée à la liberté. Quoique nous puissions regarder comme un fait la création d'êtres libres ^ tels que les esprits et Tfaonime, cependant ayons soin d'éloigner de Tactê divin toute idée dé contrainte et jusqu'à l'ombre de la nécessité > comité si Dieu n'eût créé des substances libres que parce qu'il n'a pu en créer d'autres* Il y aurait en cela une erreur très-grave : car qui pourrait , qui oserait poser des bornes à sa toute-puissance ? Et c'est là pourtant ce qui arrive toutes les fois que Ton conçoit cette question d'une manière trop systématique ou purement l(^tque. Dieu n'a-t-il pas pu , dans son infinie vertu, créer des sub^ances , des puissances animées et viTantes , mais dépourvues de liberté et privées de la faculté de se déterminer elles-mêmes , et ayant besoin par cette raison de la direction d'un esprit modérateur , créé lui-même. C'est sous cette notion qu'il est parlé de certains esprits de la nature , c'est^-dire de certaines substances ^irituelles

réduites à Tétat élémentaire, substances que l'on nous représente comme ayant été d*abord distraites de leur fin première et prises en possession par la puissance du mal ; mais af&ancfaies ensuite , elles sont rentrées en rap« port avec Dieii j et se sont soumises à lui de nour veau. Remarquons , en passant , qu'ici comme partout 2011610*$ l'éternelle vérité nous pré-^ sente la nature sous l'aspect d*un champ de bataille où des puissances invisibles se livrent la guerre ; c'e$t le terrain encore litigieux que se disputent avec achairnement les bons et les mauvais esprits. Dieu , pour dérober les créatures au danger de la Uberté et à la contingence d'une chute ^ ne pourrait-^il pas les élever soudain au faîte d'une sainteté parfaite et les renfermer dans k sein de son amour ? Jusqu'ici , toutes les fois que , pour mettre en évidence le côté caractéristique de la conscience humaine , je la mettais en regard avec les facultés de l'entendement et de la volonté des esprits créés , j'ai toujours pris les purs espiitSi les génies ou les anges pour terme de com-

paraison ; et pourtant serait-il opposé aux perfections divines d'admettre qu'outre ces nobles intelligences qui occupent les premiers rangs dans la hiérarchie des créatures , il existe encore d'autres substances spirituelles douées d'organes physiques et d'une âme immortelle capable de la notion de Dieu , et se présentant sinon sous des formes extérieures analogues à celles de l'homme^ du moins ayec le corps d'un bel animal ? Pour nier cette possibilité V il faudrait pouvoir prescrire des bornes à la puissance du Créateur. Supposons maintenant que ces mêmes substances ^ si elles existent, aient été créées dans un état de sainteté parfaite et à l'abri de tout danger de défection ; dès lors nous concevons aisément que, malgré l'infériorité intrinsèque de leur nature , elles se trouvent , à raison de l'excellence dé leur condition y dans une élévation relative qui les tient bien au-dessus de l'homme , si imparfait dans sa nature dégradée; et [ils touchent plutôt au monde des esprits/ qu'au monde des hommes.

LBÇON VI. 325

Ce ne sont point ici f comme !^on pourrait le croire , des conjectures faites au hasard ; ce sont, an contraire , des questions fondées que j'effleure seulement , et dont la solution pour-* rait servir à expliquer certaines données , certains points de la révélation. . Supposons enfin , et notre hypothèse semble être appuyée de plusieurs paroles de l'Écriture sainte , que Dieu ait , avant toutes choses , créé une substance plus parfaite que toutes les autres et spécialement destinée à être l'image de son être , image où il puisse ; comme dans un miroir , contempler ses infinies perfections ; alors nous aurons trouvé la raison de l'an* cienne expression de l'âme de Dieu , qui , envisagée sous ce point de vue, présente un sens moins choquant. Dans tous les cas , cette créature , planant sur tout le monde des

esprits créés , ne pourrait avoir que la nature de l'âme, et devrait être considérée comme

un être plus passif qu'actif. La nature spirituelle V si cll^ 1^ partageait , la mettrait en contact trop immédiat avec Dieu lui-même.

326 PHILOSO^HIB 1« LÀ VIE.

D'an autre cAtë , il s'entend de soi-même que , dans cette hypothèse , il ne faut jamais p^dre de Vue l'immense distance qui sépare le Créateur de la créature, à quelque degré que se trouve élevée ci^lle^ci , ni qu'on ne peut en aucune façon appliquer la dénomi'* nation d'âme de Dieu soit à la deuxième soit à )a troisième personne de la Trinité divine. Une pareille méprise entraînerait une subversion grave dans la notion de la divinité. Mon but a été , par toutes ces suppositions , de donner une idée de Tabîme inépuis^ble de vérités conttenues d^ps TËcriture sainte.

Il faut surtout/ en philosophie, quand il s'agit des Qpuvres de Dieu, tenir fortement a pn point , c'^st qu'on ne peut jamais sç faire une idée assez vaste de la grandeur et de la liberté , de la richesse et de la variété de la création. Jci encore la vérité trouve presque toujours la mort dans des conceptions étroites et systématiquement a>mpassées. Cet inconvénient: se renouvelle (putes )es fois que , (spiprpe npp^ l'ayons déjà dit, pour juger les

LSçoN VI. 83T

choses divines , nous leur appliquons Pinflexibl* Iké de notre logique , en admettant encore |que la raison humaipe , avec êt% procédas révères , rencontre qqelquefois )uste. Cependant com^ bien de choses restent inaperçues de l'un et de l'autre côté de la ligne rigoureuse qu'elle suit y et dont il ne lui est presque pas possible de dévier !

Pour terminer la série de i|os hypothèses

$ur la création , l'on ine permettra de rap-^ porter une opinion peu connue et que , si je ne la trouvais garantie par les hommes les plus propres à faire autorité dans cçtte partie scabreuse de la sci^nCQ j j'oserai» à peine citer, persuadé que je* siiisf qu'en Cf^ qui touche au3|

régions si peu connues d« monde des es-r prits, il Uni s'eniçnir wx ydrité» çapitdes rt

ne pas trop arr^tçr notre ^ittenfion aux simples opinions. !Ël)e se trouve à^ns saint Jé-r rôme , ce père de TÉgUse que Ton peut regarder à peu près comme le premier ^ons le rapport de l'exactitude théplugique. Nous la lisons aussi dans saint François de Sales,

Thomme de l'amour divin et. dont, par cela même, la profondeur du regard philosophi* que surpasse de beaucoup la portée de la dialectique d*une foule de scolastiques qui Tont précédé et d*une multitude de théologiens qui Tont suivi. Enfin Leibnitz, philosophe si distingué entre tous les savants , par la finesse de son tact intellectuel , l'admet aussi ; nous la retrouvons jusque dans les liaisons les plus cachées d'un système grandiose qui lui est dû, bien que les pensées lui en soient en partie étrangères. Voici l'objet de ce sentiment que l'on ne peut guère proposer que sous une forme problématique , parce qu'il ne se rapporte qu'indirectement à l'ordre positif de la foi : c'est que, pendant la révolte des esprits rebelles , pendant que les anges bons et restés fidèles se rattachaient plus fortement au Créateur, il y eut un nombre considérable d'esprits qui, irrésolus et balançant entre le parti de la fidélité et celui de la rébellion , gardèrent pour^me servir d'une expression humaine, la neutralité dans le combat, et qui pour cette

raison perdirent leur rang dans la hiërarchie des troupes célestes , sans être néanmoins compris dans l'anathème de la réprobation absolue des mauvais anges. Saurais pu donner à cette opinion une quatrième garantie et citer Tautorité du Dante ; c'est un poëte , il est vrai , mais un poëte théologien , et théologien savant , qui ne se fût jamais permis d'imaginer ou d'inventer quelque chose de ce genre , et même ne Teût jamais admise, s'il ne Teùt trouvée revêtue de tous les caractères d'une autorité non suspecte. Au reste, en sa qualité de franc gibelin, il ne pouvait être ràmi de la neutralité, ni en ce monde , ni en Tautre. Aussi prononce-t-il , contre ces êtres que le ciel repousse et que Tenfer ne veut recevoir, Tarrêt le plus sévère de réprobation. Quelles seraient les conséquences à tirer de la question de ces esprits irrésolus , si on l'examine avec tout le calme d'un coup d'œil philosophique? Dans quels rapports leur incertitude les a-t-il placés à l'égard de l'économie primitive de la création et vis-à-vis de

330 PHiLosoram qb la vie.

la justice divine , si pleine de bonté ? La pre^ mière pensée qui se présente , c est qu'ils ont dû être soumis à une seconde épreuve , aem« blables k une troupe de guerriers qui, ayant montré peu de courage dans une circonstance malencontreuse , sont reconduits au combat i par Tordre du général , dans une position nouvelle. Elle servirait aussi à expliquer Tidée de la préexistence des âmes , supposé qu'il y ait quelque liaison entre un souvenir traditionnel de ce genre et les doctrines si arbitraires , et pourtant si universellement répandues, des Jn^ diens sur T origine de l'âme, doctrines que nous retrouvons dans l'école de Platon, et même dans quelques platoniciens cbrétieps des premiers siècles de TÉglise, Je les nomme arbitraires, ces doctrines : c'est qu'eil eiTet ce ne sont que des hypothèses dépourvues de fondement et nullement conformes à 1^ na^ ture des choses , en sorte que la préexistence des âm^s , n'eût-elle lieu que pour un seul cas particulier, ne pourrait jamais être conçue que comme un fait dérogatoire aux Ipis de

LiçoN n. 391

la nature. L'idëe de la prëêxlstenee des e8«> prits n'est pas plu$ heureuse ; car, par leur réunion ultérieure arec les âmes , ils changéraient de condition et formeraient avec celles<-ci des êtres d'un nouvel ordre* Au surplus , dans cette étrange hypothèse, telle qu'elle est développée dans les doctrines indiennes jet dans la philosophie platonique, le caractère et la fin véritable de la vie humaine sont complètement méconnus ; car on y regarde notre monde comme un lieu, comme temps de châtiment, au lieu de le considérer tel qu'il est réellement , même aux yeux de la philosophie , comme un champ de bar taille , comme un temps d'exercices et de préparation pour réternité.

La tâche df la philosophie ne consiste point exclusivement dans une exposition siniple et daire de la vérité. Elle doit eneore^ lorsqu'elle If» peut sftuft dfi trop grandes difficultés, rendre compte, en passant, des erreurs les plus remarquables qui o|it régné , surtout çbe« les peuple» ançifins, Parmi les erreurs les plus

graves que l'histoire nous signale , j'ayoue que celle des Indiens et des platoniciens occupe , à mes yeux , une place particulière. Mais pour rendre compte d'une erreur, il ne suffît pas de la rejeter en peu de mots comme absurde ; il faut au contraire la comprendre , la pénétrer jusqu'à un certain point , en découvrir, le sens le moins altéré v c'est-à-dire celui qui s'éloigne le moins de la vérité , puis enfin , marquer profondément le point où commence le faux et où le vrai se cor* rompt.

Laissons maintenant rentrer dans leur repos toutes ces hautes conjectures sur le monde des esprits. Je ne les ai produites au jour que pour mieux faire reissortir la prodi* gieuse variété de la création, et pour jeter plus de lumière sur le thème si riche de l'immortalité de l'âme ; car elles offrent à cet égard des aperçus qu'il n'est pas sans intérêt d'exa-* miner.

Pendant les temps qui viennent de s'écouler» au lieu de la métempsy cose indienne , telle

que nous la connaissons maintenant diaprés des données certaines v et qui est une idée bien trop sérieuse et trop sombre pour mériter créance et approbation de la part des esprits de notre époque ; au lieuv disje, de ces pensées graves, on a fait passer rimmortalité de Fâme dans le monde romantique ; on a cherché, avec les couleurs les plus vives , à nous dépeindre la vie immortelle comme une espèce de promenade sidérale d'une étoile à une autre.

Bien loin de trancher si légèrement une question de cette importance , ne seraitil pas plus raisonnable et plus rationnel en même temps que l'homme y au lieu d'aller aussitôt se volatiliser dans le ciel étoile, arrêtât d'abord ses regards sur la terre, lieu de son habitation , et qu il prît la nature sensible pour l'objet de ses recherches , de son examen et de ' ses conjectures ? Peut - être trouverait-il tout près de lui ce qu'il va cher-

cher si loin. Peut être notre planète renfertne-t-elle déjà, dans son intérieur,^ plusieurs des

334 PHILOSOPHIeIdE LA VIE.

sombres souterrains et des {urisons cachées de la mort éternelle f en même temps qu'eUe recèle la semence lunûaeuse de la résorrectîoii future.

Je me réserve de toucher de nouteau cette question en un autre lieu. Je n'ajouterai plus qu'une chose pour terminer cette leçon • Plusieurs fois nous avons envisagé la nature f dans son expansion vivante , comme luie échelle immense devant un jour toucher jusqu'aux confins de la vie éternelle. Elle pr^ente encore , sous le point de vue scientifique ^ uAe succession de progrès qui donne Tidée d'une nouvelle échelle , et dontje vais, dans l'intérêt de l'esprit humain, signaler les degrés. Le premier de ces degrés , c'est la connaissance de la partie de la nat«re avec laquelle nous sommes en relations immédiates, je veux dire la terre, demeure de l'homme , mais demeure dont plusieurs parties lui sont inconnues. Le deuxième degré consiste à se représenter la nature en général , telle qu'elle est sous les conditions actuelles de son existence I c'est-à-dire conmie un champ de

bataille , comme un terrain litigieux ^ et toujours disputé entre les puissances et les esprits bons et les mauvais. Il serait d'autant plus important de bien se pénétrer de cette pensée, que la lutte entre le génie du bien et le génie du mal semble se ranimer avec plus d'acharnement. Le troisième degré de cette échelle est la compréhension sublime par laquelle Tentendement ne voit dans la création extérieure que le voile du monde invisible , voile magnifique^ orné d'images et d'hiéroglyphes» Et puisque ta nature n'est qu'un être symbolique^ il est permis, lorsqu'on parle de sa vie , de ses propriétés intrinsèques , en un mot ûe tous «es caractères cachés , c'est-à-dire lorsqu'on la conçoit philosophiquement plutôt que physiquement, il est permis, dis-je, de revêtir les idées qu'on en détache d'expressions symboliques , et de se servir du langage si riche et ^ vivant des comparaisons.

De Tordre diyîn dans Pempire de la vérité et de la lutte de notre

époque avec l'erreur.

Messieurs ,

Dieu est un esprit deyérité. Aussi v dans le royaume de la vérité , Tordre divin qui y règne , et la loi de Téternelle sagesse qui le gouverne , brillent-ils d'un éclat particulier v plus pur que l'espèce de clair-obscur dont le jour , dans plusieurs des régions de la nature , est trop faible pour dissiper les ténèbres qu nous en dérobent la connaissance. Néanmoins , malgré cette abondance de lumière, Thomme ne s'avance que graduellement dans ce royaume; Formé du limon de la terre dont il est le fils premier né , place dans le sein même de la nature dont il est le roi terrestre , Thomme

st , par cette rai.<ion , même dans Tétude e la vérité, soumis à toutes les conditions u développement de la vie physique. Sa capaité intellectuelle , faible d'abord , ne s'agrandit t ne se fortifie que par une succession de iegrés dont il ne saurait omettre ni négliger ucun , sans s'exposer aux plus déplorables onséquences. Dans l'éducation de l'individu, léjà nous voyons le progrès intellectuel marcher de pair avec le développement corporel. L)ès que l'enfant commence à manifester queljue disposition pour l'étude, on cherche d'a- Jiord, par des procédés simples , faciles et dvants , à régulariser et à provoquer les faibles efforts de son intelligence naissante; on s'at-* :ache à en exercer les facultés et à les fortifier, en leur distribuant avec discernement la quantité de nourriture spirituelle qu'elles comportent. Sous le point de vue moral , les soins pédagogiques se bornent, dans ces premiers moments , à faire contracter à Télève de bonnes habitudes, et à le tenir éloigné de toute espè^ce de contagion du mal. Pour les maximes de la morale, 1. 22

il ne saurait encore en être question à cet âge. Mais il n*en est plus de même pour Tadolescent. Si> à cette époque si décisive pour la destinée de l'homme, on ne s'efforce ^ par les leçons de la sagesse, par des maximes de conduite , à former le cœur , à déyelopper les sentiments nobles et à fortifier le caractère moral^ en même temps que Tintelligence s'exerce et s'enrichit par la culture des sciences , on commet une omission qui ne pourra être réparée qu'avec la plus grande difficulté. Cette période de réducation est^-elle terminée, alors, mais alors seulement , l'esprit du jeune homme a atteint l'âge de Témancipatiôn. Libre dans ses mouvements , il marche seul dans l'empire de la science et se répand sans guide dans la vie extérieure , pour y subir les rudes épreuves de la pierre de touche de l'expérience.

Ce que nous venons de dire de l'éducation du jeune âge s'applique également à 1 éducation du genre humain. La raison sociale ne se forme que par une marche progressive analogue. Telles sont les véritables périodes de

peifectionnement que , vu les conditions ac- . tuelles de sa nature ^ la conscience humaine a à parcourir dans Tindividu en particulier, comme dans l'espèce en général. On commence par éveiller et ouvrir le sens intellectuel ; puis on dirige les puissances de l'âme vers le bien et on rélève vers les choses divines. Mais

ici l'intelligence ne doit pc^nt se borner à une

stérile contemplation ou au coup d'œil de

rétonnemeht; le sentiment et Famour doivent

en seconder Taction , de sorte que Tâme soit

remplie et profondément pénétrée des vérités

morales, afin que , solidement établie dans la

pratique de la vertu , elle soit entièrement

gagjnée par ses charmes et reste invariablement

fixée dans la voie du bien. Ce n'est qu'alors

que l'esprit pourra par lui-même pénétrer

dans l'empire de la vérité divine , la concevoir

librement, et régler , d'après la connaissance

qu'il en aura , son action affi:anchie de tutelle

dans la sphère qui lui aura été assignée dans

l'immensité de la création.

Cet ordre de développement est rigoureux,'

on ne peut en intervertir les transitions ni en omettre aucune. Si Ton néglige d'ouvrir le sens intéiieur, c'est en vain qu'on s'efforce de gagner le cœur et de l'affermir dans le bien. Toute tentative ultérieure pour rouvrir les yeux de rame au soleil de la vérité éternelle sera nulle. De là vient que, dans le mondes tant d'efforts moraux, grands et petits , restent inefficaces et sans résultats , précisément par le défaut de cette preiîiière lumière , seule capable d'éveiller l'âme , de provoquer son attention et de dilater sa capacité morale. Si^au contraire , l'esprit est en pleine communication avec la lumière de la vérité, pendant que l'âme reste plongée dans les ténèbres et attachée à ses mauvaises habitudes, incapable de noblesse et d'élévation ; alors les effets ne seront plus les mêmes que dans le premier cas v où tout l'être intérieur de l'homme reste -dans l'inaction et l'apathie. Ici , tant que le côté moral restera inculte et négligé , la science n'agira que comme un élément destructeur, et, plantée sur un terrain aussi mauvais; Bien

vite elle se transformera en un système faux et erroné , dont les résultats seront d'.autant plus désolants qu'ils supposeront une plus grande profondeur de jugement et une puissance de conception plus forte. Si l'on voulait des preuves de l'influence qu'exerce un développement scientifique prématuré sur la corruption générale des mœurs et sur 1b renversement des principes qui font la base des sociétés , ce n'est pas seulement dans notre époque qu'on les trouverait; l'histoire des Grecs et des Romains nous en fournit déjà d'assez frappants. Mais ce serait dévier de la voie que je me suis proposé de suivre , que d'entrer dans des détails à ce sujet. L'ordre divin dans le royaume de la vérité étant l'objet de notre leçon d'aujourd'hui, mon but principal est de montrer comment Téternelle sagesse suit, dans l'éducation du genre humain, la marche lente et graduée dii développement de la conscience de l'individu, se pliant à la faiblesse humaine, s'accommodant à tous nos besoins , conformément au principe du pro-

342 PHILOSOPHIB M LA VIB.

fond abaissement qui caractérise si manifés* tement Taction de Dieu sur ce monde et sur l'homme spécialement.

Ainsi f dans les premières notions révélées à rhomme , notions émanant des sources mêmes de la vérité^ il y eut comme une lu*» mière préliminaire destinée à éveiller le sens intérieur ^ à diriger de nouveau vers l'idée du vrai Dieu les regards de l'homme , auxquels les ténèbres du ' paganisme avaient intercepté la simple vérité, et à préparer ainsi Tintelligence à de plus abondantes communications divines. La deuxième période de la révélation fut marquée par une illumination complète de l'âme. H y eut alors une résurrection du principe moral 5 délivré de l'empire des ténèbres, il fut ramené au grand jour du soleil de justice. La troisième période doit avoir pour objet une pleine illumination de l'esprit. Bien que cette dernière révélation soit contenue dans la deuxième comme dans sa source, de même que celle-ci , à son tour , émane de la première ou elle est renfermée en principe ,

LEÇON VIÎ. 343

elle n'obtiendra néanmoins son entier épanonissement que dans les derniers temps. L'écriture sainte elle-même nous l'annonce comme deyant être le complément de toute révélation.

Avant de m'étendre plus au long sur l'ordre providentiel suivi dans la révélation, ainsi que dans l'éducation du genre humain qui en est le terme , j'ai deux remarques générales à prémettre. Premièrement , si les sens , T&me et l'esprit forment les trois degrés de la ligne d'ascension suivie par la conscience dans le développement successif de ses puissances, il faut reconnaître que ce sens général de la vérité , cause et principe de tout progrès , se compose de tous les sens particuliers dont la distinction a été faite plus haut. Il réclame donc l'intervention de la saine raison , de l'imagination et de l'entendement, que nous avons déjà signalé comme Forgane de la per^ption de la révélation de l'esprit et de l'esprit de la révélation , quelle qu elle soit. Bien que complexe par la variété des éléments dont il résulte,

ce sens général ne suppose pas toujours ds^ son action la simultanéité des concours de la raison, de l'imagination et de l'entendement. Ces trois puissances prédominent tour à tour, selon les circonstances , dans l'exercice de : la perception mentale. La docilité de la volonté, faculté que nous avons dit être v à proprement parler v 1^ sens de Dieu dans Thomme , entre également comme partie essentielle dans la formation du sens géiiéral ; et cela doit être; attendu que les dispositions contraires telles que le sens propre et l'opiniâtreté , sont , comme nous Tapprend l'expérience , déjà dans l'éducation de l'enfance ^ un obstacle au bien et à la connaissance de la vérité. Et dans les sublimes systèmes métaphysiques de nos plu» grands philosophes; ce même vice de la volonté, je veux dire l'esprit de contradiction et de négation qui y règne si généralement 7 n'y appamt-îl pas aussi comme le plus grand obstacle à la vérité et comme une source abondante d'erreur ?

La deuxième remarque qu'il me reste k

faire; c'est que. la marche graduée du déve-^ loppement de conscience, tant sous le rapport de rëducation morale que sous celui de Fins^ truction scientifique, n'est applicable à l'homme que dans son état actuel , état de ténèbres origindlés ^ où le sens a besoin d'être éveillé et excité à la vie , où Tâme , déchue de son innocence et de sa liberté , ne peut par elle-même sortir des ombres de la mort où elle est assise. Tout nous porte à croire , au contraire, que les révélations primordiales auxquelles le premier homme a participé comme

à son héritage céleste sur la terre , étaient des illuminations complètes de l'esprit ; car alors son sens ouvert et éclairé , son âme pure et libre , se portaient d'eux-mêmes vers Dieu ; de plus il était dans une union intime avec la nature dont il résumait en lui toute la

magnificence. Ce serait se tromper, si l'on s'imaginait que Tétat dlnnocence du premier homme fût un état d'ignorance semblable à celui de Penfant ou de l'homme sauvage. Dieu lui livra sans réserve l'arbre de la vie;

3A6 PHiLosoniiE bb la vie.

comme aussi il soumit à son empire toute la nature dont il lui amena les premiers êtres vivants;, aftn qu'il les nommât et les distinguât U n'y eut que la mort et l'existence des esprits malins qui lui forent voilées ^ et ce ne &ï% pas sans raison ; car l'une et l'autre devaient être pour lui les moyens de l'épreuve, à laquelle le Créateur le destinait. Au reste , cette connais* sance sublime delà nature, d*une part, conr naissance portée au plus haut point de lumière, et que toutes les traditions sacrées des anciens peuples prêtent au premier homme, comme aussi , l'ignorance de }a mort , d'autre part , laquelle lui est encore expressément attribuée , sont deux points qui se correspondent et se supposent réciproquement sans difficulté. Cependant l'homme pour peu qu'il eût conservé vivant, dans son cœur , le sentiment de la divinité, eût bien vite reconnu et vaincu son ennemi, et parla, il fût devenu le sauveur de la nature, bien loin de se jeter, par sa défection, dans la triste nécessité d'être racheté lui-même^ La révélation fut donc dans $ôà

£EÇ<yN TH. 347

principe, eomme elle le sera encore à la fin des temps , une pleine illumination de Tesprit ; mais , hélas ! son éclat fut bientôt obscurci. C'est ainsi que la chose nous est pr^entée dans les irieilles traditions de tous les anciens peuples ; c'est là le fil lumineux qui, en nous dirigeant dans le labyrinthe des mythes , des figures et du langage du premier paganisme , nous ramène à la source pure de la révélation divine. Il n'entre point dans mon sujet de montrer comment , par une disposition de la providence divine, ce fil précieux de la vérité primitive s'est prolongé durant les vingt-quatre siècles du premier âge du monde , ou comment il a été renoué lorsqu'il se rompait. Ce travail intéressant se rattache à l'histoire de l'esprit humain. Mais depuis que les ténèbres se furent propagées dans les régions de Tintelligence , depuis qu'enfouie sous un chaos de symboles , de figures mythologiques , tantôt vraies et tantôt fausses , quelquefois l'un et l'autre , l'âme eut perdu son aptitude native pour la lumière supérieure , dès lors commença

la nécessité de la loi du développement pro* gressif. Dans cet état de choses , avant de rétablir la possibilité de l'illumination de Tesprit y il faut réveiller , ressusciter le sens mtellechiel, il faut purifier, renouveler et transformer Tâme ; mais cette résurrection du sens intellectuel, cette transformation de Pâme, ne s'opère que successivement. Or c'est précisément la démonstration de cette loi de progrès qui préside au développement de la conscience dans l'individu comme dans le genre humain,* et selon laquelle la révélation lui est commu-niquée par degrés successifs , qui fera l'objet de nos réflexions aujourd'hui.

Le premier degré de cette loi de restauration morale et intellectuelle coïncide avec la formation du peuple juif. Lorsque les idées mythologiques furent parvenues à un point de confusion qui rendait le mal irréparable ; alors Dieu se choisit un peuple particulier dont il fit son instrument dans l'exécution de ses desseins. Il lui ouvrit les yeux sur rabîmé de l'erreur où s'était jeté le genre humain , et

dirigea exclusivement ses regards vers l'avenir. Plusieurs prophètes furent envoyés à ce peuple mystérieux , et l'on peut dire que ce sont eux qui le dirigèrent dans son enfance. On ne saurait se former d'idée plus exacte de son caractèï^e, qu'en se mettant sous les yeux sa mission. C'est le peuple prophète , destiné à préfigurer l'avenir , et dont il faut chercher la raison d'existence dans les temps postérieurs. *Trpis traits saillants distinguent le premier degré de la révélation. D'ahord elle donne le mot de l'énigme de cet étrange chaos de symboles et de mythes païens qui avaient banni la vérité du monde , comme aussi elle nous met en main la clef de l'histoire des premiers temps. Deuxièmement, ses maximes de morales séparent, par iine ligne profonde, le peuple Juif des peuples païens. Troisièmement , enfin, elle nous laisse voir un grand rayon d'espérance dont l'objet est encore voilé dans un avenir éloigné. Sous ce triple rapport , la nation choisie fut. peu fidèle à la parole de Dieu. Elle n'en apprécia que faiblement les lumières

350 PHILOSOPHIE DB Lk VIE.

génésiaqués et historiques* De frivoles prétextes, de légers appâts , lui firent souvent transgresser sa loi morale, qui bientôt ne fut plus pour elle qu'une lettre muette. L'objet de son espérance fut également interprété dans un sens purement national ; ^lle ne vit dans les promesses de Dieu d'autre terme que la naissance future d'un sauveur terrestre qui la délivrerait , du )0ug des Romains. De graves historiens ont déjà dépeint avec des traits énergiques l'abus que le peuple juif fit de cette première rêvé* lation , comme aussi la prodigieuse ingratitude avec laquelle elle fut généralement reçue. Je ne sais s'il serait permis de porter un jugement plus favorable sur l'usage que l'on fait de la seconde. Une époque tout entière fut laissée au développement du peuple prophète et du genre humain en général. Elle dura quatorze cents ans , à partir des vingt-quatre' siècles qui jusque-là comprenaient la durée du monde. Après ces quatorze siècles d'attente et de préparation, l'hivçr sombre et nébuleux des anciens ten^>$ fit enfin place aux jours plus

sereins du printemps de la vie intellectuelle y et l'esprit hums^ arriva au solstice d'étë de son développement. Ce fut alors que se fit dans le monde ta seconde expansion du verbe révélé , et que commença pour le genre bumain une nouvelle période d'éducation.

' Tout, dès l'abord de cette seconde révélation, annonça qu'elle ne devait point être le cornl^lément de l'illumination de l'esprit, ni la consommation de la science ( ce deirnier degré du progrès n'étant promis que pour l'avenir ) ; elle se montra au contraire , dès son principe , avec l'attitude d'une opposition tranchée avec r esprit et la science des Grées, science qui tombait dans un matérialisnte de plus en plus profond. Sa mission immédiate fût de retirer l'âme de l'empire des ténèbres où elle était ensevelie, pour la replacer au grand )Our de la vérité éternelle. Réformer l'homme dans ses habitudes , dans ses mœurs , le régénérer dans sa vie , dans tout son être moral en un mot , tels furent les desseins de Dieu. Glorieuse

et touchante fut la lutte que ces préceptes

émanés du ciel eurent à soutenir contre les contradictions du monde , troublé dans ses passions !

Mais bientôt les hommes redeyinrent la proie de l'antique principe de division. Nous allons ici nous livrer à l'examen , tâche douloureuse sans doute , des déplorables effets de l'esprit de dissension pendant les époques qui suivirent la seconde révélation; car ce n'est qu'en observant l'homme à chaque période du monde , ce n'est qu'en étudiant ses dispositions hostiles pour chaque nouvelle rclévation, qu'il est possible , au milieu de la confusion que répand partout l'esprit de désordre, de démêler et de suivre jusqu'au bout le fil lumineux de l'ordre providentiel qui modère tout ici bas. Dans les trois premiers ou même dans les

cinq premiers siècles , nous voyons d'une part

la foi nouvelle , si simple en elle-même , dé-

générer en un chaos de fictions philosophiques ,

et revêtir les vieilles formes des croyances

asiatiques ; d'autre part , un commencement

' d'incrédulité secrète se glisse dans l'esprit à la

faveur des mots , et il fallut pour s'en défendre se retrancher derrière les mots aussi. De là ces subtiles disputes qui ne portent que sur les termes, et qui, pour la première fois, acquirent tant d'importance dans Thistoire du monde. Les principes fondamentaux de la foi restèrent debout ,~ il est vrai , malgré les attaques sans nombre que celle-ci eut à soutenir ; mais la charité perdit beaucoup de sa première

ardeur. Aussi la vie sortie des nouvelles doc-

trines s'affaiblit au point qu'elle ne fut plus suffisante, comme on aurait dû Fespérer d'abord, pour régénérer le vieux monde corrompu des Romains. Le concours d'un élément étranger et moins dégénéré lui fut nécessaire pour opérer cette pénible transformation ; cet élément , elle le trouva dans la nature fraîche et vigoureuse des peuples du nord , qui vinrent s'incorporer à l'empire. Trois siècles encore, et de nouvelles scissions firent voir combien l'ancien esprit de discorde était loin d'être vaincu. On voulait ,

disait-on, que la foi fût une dans son es- I. 23

se^ce ; xa^i^ avec cela on voulait une sépa* ratiop ; ce qui revena^it à dir? % qw Iç Dieu et le Sai^veur 4e VQrient (liffè;*e du ïiiçu et du $au-

veur de TOççid^nV h^ Diw W ». et 1^ foi une » paç essencie , furent clçtpc. dçi^eçbef divisés en deux partie;» , çt çç s^çlvlme bizwr^ « sans objet proprement dit , c'est perpétué jusqu'à nos jours. Pans la Ipngue périQde qui suivit, la vie nouvelle, toujours fçcoudée par les sources intarissables de ra,iuour révélé, dé^ ploya dans uu riche épanouissement, l'inimense variété de ses £leui:s et (Je ses fruits; de , sorte que toutes )es institutions sociales et politiques,, les moeurs çt les airts furent radicalement réformés, et complètement dç* pouillés des formes qu'ils devaient à l'antiquité civilisée. Ce qui nous rend cette époque particulièrement chère et pleine d'intérêt , c'est son caractère aimant et chev^leresljue. Mais malgré ce progrès, prodi-" gieux de l'élément restaurateur ,, eUe fut impuissante aussi à maintenir la pais; daQ3 son sein. L'esprit dcj discorde fit une nou"

LEÇON vn. 355

velle éruption, et le inonde fist déchiré de nouveau. Les deux puissances qui , selon les desseins de Dieu, doivent agir de concert vers le même but , les deux épées dont le seigneur a dit : Que c'est assez ; savoir Tépée spirituelle , dans le royaume de la vé* rite et de la foi , et l'épée terrestre, dans le royaume de la justice , et se levèrent l'une contre Tautre. On conçoit qu'une lutte de cette nature troubla la paix intérieure des esprits , plus encore qu'elie ne compronûl la sécurité extérieure des Etats. Un caractère plus désastreux encore de cette déplorable division , c'est qu die ne se bornait pas à une sdsâion entre les devx pouvoirs, mais que ceux - ci empiétèrent réciproqurnent sur leur autorité respective ^ et allèrent même jusqu'à échanger lair rôle« Le caractère guerrier, dans la chevalerie religieuse , présente sans doute une alliance Inzarre .dans l'union de ses deux fonctions si incooqpatibles en apparence ; néanmrâis la raison la con-

çoit.

La • houlette da pasteur des âmes , alliée au trône de la puissance de la terre, ôfire encore^ un problàme difiidle à résoudre ; néaUEQi^s il fut résolu ^ . et la double mis* sion qu'il impUque fut souvent remplie avec dignité et avec une sagesse rare. Mais que celui qui est appelé à porter la houlette pa-^ ciiique revête la cuirasse martiale , alors ii y a nécessairement, dans un phénomène si étrange, une pierre d'achoppement pour la foi, et une occasion de trouble pour- les esprits* Sept siècles se passèrent de la sorte. Ces sept siècles joints à ceux qui les précédèrent , à partir de la seconde révélation, forment le nombre quinze. Ceux-ci ajoutés aux quinze autres, qui s'écoulèrent dans l'intervalle des deux révélations , donne le nom* bre trente. Dieu , dans son inépuisable patience pour tout ce qui touche à la conduite du genre humain, vient encore de faire progresser l'éducation de celui - ci , de trois nouveaux siècles. Cette dernière époque vit une explosion plus complète et plus univer-

£EçoN vn. 357

selle encore de rélément de division ; car il ne se borna plus à désoler le domaine de la foi^ mais il envahit jusqu'à Tempire de la science \ et pénétra insensiblement toutes les institutions de la vie.

Appelé à rémandpation par la coïncidence de plusieurs découvertes importantes dans diverses parties des connaissances humaines , et ivre du sentiment de sa nouvelle liberté , Tesprit , à peine affranchi de sa tutelle , prit une attitude hostile à la vérité, et, au lieu de suivre la voie du perfectionnement qui lui avait été tracée, il chercha à semer et à fomenter des principes de discorde. Tout d'abord, une opposition assez sensible s^é" tablit entre la science moderne et Vantique foi. Elle se fortifia ensuite, s'étendit et devint plus générale. Alors l'esprit de schisme pénétra dans le sein de la foi elle - même , qu'il déchira en deux parties.

Plus tard le même élément destructeur s'insinua entre la religion et la vie sociale dont il rompit les rapports d'harmonie, et le

dix-huilième siècle yit chanceler celle-ci sur ses bases religieuses, puis s'écrouler en partie dans Tabîme de Timpiété, Enfin le dernier période de la dissolution universelle fut le divorce entre la science et la vie. Celleci dépouillée de son caractère spirituel, ne pouvait plus se mettre en rapport avec une science purement idéale, en partie fausse et chimérique, ne correspondant aucunement à ses besoins. Cette dernière scission eut des résultats terribles dans le monde des réalités.

Ce quadruple schisme qui commença par la science et la foi, s'établit ensuite dans le sein de la foi elle-même, puis entre la foi et la vie, puis entre la vie et la science moderne, lorsque celle-ci se fut placée sur le trône de la foi qu'elle avait expulsée; ce quadruple schisme, dis -je, dont la réaction s'est propagée dans toutes les sphères de l'existence humaine, se présente encore à nous , comme le problème non résolu de l'époque. Et quel autre que Dieu pourrait

LEÇON Vit. 359

le rëiOUdne? En tâ&t qtlè tliljet de «ÈOtttèdta-' tion, ce problèiAe ne peut étre^ en ne qui touche la foi, discuté u^meiit qil*eikbre deuiL esprité animés d'une amitié et d'une confiance mutuelles , étant de plus déjà d'ai» cord sur les points principailx. On cite^ départ et d'autre I d'excellents otlvrages com^ posés dans Un esprit de tapfNrochement et de réconciliation ; mais ces ouvrages ^ la plupart philosophiques , ne peuvent avoir d'autre résultat que celui d'aplanir les difficultés qui s'opposent à l'entière extirpation de Tesprit de division si profondément enraciûé dans la natut*e humaine.

Quant a un succès (îotnplet et décisif, la polémiqua ne Tobtiendra jamais , quelque sà-^ vante , quelque profonde qu'elle soit en ellemême ) et quelque Conciliant que soit feàprit qui la dirige* On manque d'un tribunal commun pour les ' deux parties 5 l'iHie ne Veut point reconnaître pour juge la raison jouissant d'une liberté absolue; l'aUtre rejette la

compétence de l'autorité qui juge en dierfiière

instance des choses de la foi. ^

Telles sont les plaies profondes faites au sein même de Thumanité , par le tranchant de la discorde , tranchant si aigu v qu'on ne peut le toucher sans en être blessé. Dans la crainte d'en Toir se reproduire ^ jusqu'au milieu de nous , les désastreux effets , je m'abstiendrai même de toute discussion purement scientifique sur sa nature. Au reste cette tâche serait étrangère à mon sujet. Mon but unique est de chercher Tordre divin dans les différents degrés de la révélation accordée au genre humain , et de poursuivre , à l'aide du fil lumineux qu'elle nous confie, mes réflexions sur le progrès de la conscience de l'humanité , jusqu'au jour des lumières , époque décisive où l'éducation du monde étant consommée, toute dispute sera à jamais impossible. •

Pour atteindre ce but , je ne descendrai point dans l'arène des discussions publiques.

LBÇON VII. 361

quelqu*knportance historique qu'elles puissent avoir. Du reste , je me suis toujours senti plutôt entraîné vers ce petit nombre d'esprits paisibles et retires , qui, de part et d'autre, loin du conflit d'une bruyante polémique , attendent avec impatience , les yeux tournés Vers l'avenir , la dernière manifestation de l'esprit divin , fondée sur les promesses qui nous ont été faites. A la faveur de cette nouvelle effusion de lumière une paix universelle renaîtra dans l'empire de la foi. U existe à cet égard, une erreur dans laquelle quelques-uns tombent j et de laquelle d'autres approchent de très - près. Elle consiste à regarder cette troisième révélation comme une manifestation divine d'un ordre tout spécial ; tandis qu'évidemment elle ne peut être que le complément des deux premières. Une révélation de l'esprit , sans rapport de déri* vation avec celle de l'âme qui la précède et dont le résultat , connu de tout le monde , a été l'effusion de l'amour et de la vie dans la foi , une telle révélation serait par

362 PHILOSdMflË i^fi LA VIE.

cela même , fâusde làt inadmidâible« Uti fiou^ veau ciel , une nouvelle terre , à lâ vérité , 8ont promis^ pour le troisième et dèrnièi' âgé du monde; il est encore fait mention d*ùn Evangile qui doit être annoncé à tous les peuples, dans toutes les langues et âè pro-^ pager Sur toute la terre ; mais cet Évangile ne saurait être nouveau en aucune manière. D'ailleurs un Évangile nouveau n'aurait point de but; car si Tancien suffît pour la Conduite morale de la vie, quand il est bien observé, de même il suffirait aussi pour l'illumination de l'esprit ^ s'il était bien compris. Il ne peut donc être question que de l'E-^ vangile éternel, et par ce mot^ j'entendâ la pleine lumière de la science réunie à là foi, réconciliée avec la vie et se consommant en Dieu. N'allons pas nous imaginer que dans ce grand jour de Tintelligénce ^ la fdi de la première révélation qui, comme Tétoile du matin, nous a conduit dans la nuit de

l'ignorance , et a conservé son éclat à l'aurore du Jour intellectuel , n'allons point nous

LBgoN yii. 363

imaginer / dis - je , qu elle doive disparaître lorsque le soleil s'élèvera dans Fespace. Elle brillera au contraire d*un nouvel éclat, ou plutôt c'est elle c(ui, par une expansion progressive ^ se sera transformée en ce majestueux soleil, dont les rayons éclaireront l'univers entier.

Aussi' longtemps que cette division régnera parmi nous ^ nous devons en supporter les malheurs avec d autant plus de patience, nous devons en toucher l'objet, lorsque nous l'a-

bandonnons avec d'autant plus de ménagement, que nous vivons dansTespérance d'en voir la fin. Ce n'est pas que je veuille recommander une prétendue neutralité qui , au fond , ne serait le plus souvent qu une indifférence déguisée pour les questions les plus importantes de répoque et de l'humanité, ou bien encore un dédain arrogant, qui serait beaucoup plus funeste que l'adoption franche et loyale d'un sentiment tranché dans un sens ou dans un autre.

Gardons-nous aussi de la présomption de

juger, dans ces solennels débats, d'après des vues particulières qui, la plupart du temps, ne sont qu'imaginaires. Evitons avec le même soin de les aborder par des points de détail , et de donner peut - être successivement tort aux deux parties. Dès Torigine de la dissidence, il y eut, de part et d'autre, il faut le reconnaître, de grands caractères historiques et de brillants talents, dans la science, comme aussi il y eut de nombreux torts commis réciproquement. Mais après tout, que peut -il y avoir de commun entre les torts des hommes et la justice de la cause, dès le moment que nous la regardons comme la cause de Dieu.

Ce qu'il y a de douloureux dans cette dispute , c'est que Dieu lui-même est l'objet de la discorde. Dans les traditions sacrées et surtout dans la révélation , Dieu , par le langage familier et expansif qu'il y parle , par la simplicité des formes qu'il y revêt, s'était en quelque sorte mis enfant entre les mains du genre humain. Or, c'est précisément cet enfant mer-

veillcux , c'est cette parole de Dieu qui maintenant est déchirée par les partis. Ne croiraiton pas voir les deux mères dont parle T Ancien Testament , paraître de nouveau devant le tribunal de Salomon , • et , dans l'ardeur de leur querelle, implorer les lumières de sa sagesse pour décide!^ à laquelle appartient le survivant de deux enfants dont l'un a été étouffé pendant le sommeil. Le signe auquel le juge reconnut la vraie mère , c'est qu^elle ne voulut jamais consentir à ce que Ton coupât l'enfant en deux parties , aimant mieux le laisser entier à son adversaire. Déterminé par un indice si

manifeste de la justice de sa cause ^ le roi ordonna qu'on lui remît l'enfant contesté.

Nous sommes toujours à attendre du tribunal suprême de l'histoire universelle , la seule sentence qui puisse mettre fin à de si longs débats. Tout nous porte à croire qu'elle ne tardera plus à être prononcée. Les progrès toujours croissants de la guerre spirituelle nous garantissent l'approche du jour où la révélation, victorieuse enfin du génie de contradiction et

366 PHILOSOPHIE DBLA VIE.

où l'esprit, recevant le baptême de feu ré^ serve à ces derniers temps , ramèneront au sein de rhumanité la paix universelle des âmes , si longtemps désirée. Alors tous les hommes, sous la sage conduite de la providence divine » e confondront dans un amour et dans un ordre communs. Une paix aussi parfaite , la dernière qui selon les promesses divines soit accordée aux hommes, doit, comme on le conçoit, être précédée d'une guerre telle par sa violence, qu'on puisse aussi la regarder comme la dernière dans son espèce. A vqir les progrès effrayants et inouïs de la lutte dont nous ^omîmes témoins , i>e sommes-nous pas en droit de dire que Tesprit de discorde est arrivé à son dernier terme? Je dois jeter, en passant, quelques réflexions sur la lutte de Tépoque , et l'examiner surtout dans ses rapports avec la science.

A l'époque si intéressante de la restauration de la science , l'esprit humain fut de plua d'ime manière évidemment appelé à l'émancipation. Aussi usa-t-il de sa nouvelle liberté i et cela devait être à certains égarda ; , mais ce

fut surtout pendant le dix -Huitième siècle qu'il fat épris du sentiment de son indépendan ce, et Tabus quU en fit fat excessif. Pour juger d'après la saine raison les torts de Fesprit humain , servons-nous d'une comparaison très-^^ simple , tirée de la vie sociale. Que dirions^nous d'un jeune homme qui , parvenu à l'âge de sa majorité , ou plutôt émancipé par la volonté de son père avant le temps légal , oublierait tout à coup l'amour que sa mère lui a porté et méconnaîtrait les grands desseins qui ont déterminé la résolution de son père ; que penserions-nous de lui , si , parce que l'expérience lui apprend que dans la vie il existait une foule de choses qui ne lui ont pas été enseignées dans les écoles qu'il a fréquentées, il rejetait et foulait aux pieds les connaissances utiles que ses maires lui ont apprises, dans une mesure appropriée à la portée de son âge ? Un tel j[e,une homme , s'il se rencontrait , exciterait notre indignation à un souverain degré, f^QUS reprouverions sans indulgence sa conduite dénaturée et nous craindrions avec raison ,

que tôt ou tard il ne tombe sous une surveillance beaucoup plus sévère que l'autoritc paternelle dont il rougit et dont il abhorre le joug. Pourquoi , dans le domaine de la science et de la vérité , jugerions-nous plus favorablement F esprit humain? Tous les regards, toutes . les espérances étaient portés vers la science , et avec raison, car la marche de Thumanité vers la conquête des derniers temps réclamait la conduite de la science. Si c'est tomber dans une erreur dangereuse que de se représenter le complément de la révélation divine comme une manifestation d'un nouvel ordre , et destinée à établir une nouvelle religion ; combien plus grave est la méprise de ceux qui rêvent

la possibilité d'une science indéfiniment progressive , sans Dieu , sans rapport aucun avec la vérité divine. On ne passe point impunément à côté de la toute-puissance , et tout effort , dans les hautes régions de la science , qui n'a point Dieu pour principe et pour fin , se transforme aussitôt en un attaque contre Dieu lui-même.

' Toute science , et surtout celle d'un ordre supérieur I qui dédaigne le point d'appui de l'éternelle vérité , n^est qu'une fausse lumière de l'esprit, quij inévitablement et bien vite, ramènera le règne des ténèbres dans le monde moral. Et n'est-ce pas ce qui est arrivé? sous lea dehors d'une civilisation apparente v n*avonsnous pas vu le poison caché , comme un hideux abcès de corruptioti sociale, percer la superficie de cette vaine moralité et répandre au loin son odeur fétide et pestilentielle , semblable aux dégoûtants événements dont nous parle le livre sacré de l'avenir. Veut-on , pour arrêter le torrent d'une pareille contagion , résister au mal par la force ? là même désolation se reproduit sous une forme nouvelle et inattendue, et soudain le monde avec toute sa civilisation est inondé d'une mer de sang ; c'est encore ce que nous lisons dans les pages prophétiques qui renferment l' énigme des derniers temps. La terrible catastrophe dont le monde entier vient d'être le théâtre , en tant qu'on peut la regarder

comme un avertissement historique de la Divi-

nité et comme la manifestation de sa volonté i opéra une réaction salutaire ; elle iinprimaf dan^

une foule d'individus les mieux disposés, une

impulsion vers le bien , impulsion qui se développa selon les lois générales du progrès intellectuel. Leurs. sens et leurs yeux a'ouvrirent de plus en plus à mesure qu'ils reconnurent mieux la profondeur de l'abîme où la sociéM venait

de se jeter. Après l'époque de la restaurs^tion , une modification universelle s'opéra dans les sentiments , dans les maximes de conduite et dans la tendance de Tesprit. Il ne manque plus, pour consommer le retour à la vérité, que le troisième degré de l'éducation , savoir , l'intuition scientifique de F esprit. Tout au plus cette sublime lumière commence-^t-elle à poindre.

La solution du problème de Tépoque dépend, à proprement parler , de la ruine de la fausse sciencç, je veux dire de cette sdence inqualifiable qui n'a pour objet, ni l'homme ni Dieu. Or la fausse science ne peut être vaincue et détruite que par la vraie science. La 3eule mé-

LEÇON vn. 371

thode de négation, qui en général est rarement la bonne , ne suffit pas pour atteindre ce but. Que d'épais tourbillons de poussière obscurcis-^ sent le del, que des nuées dWectes remplissent Tair 9 Ton conçoit que quelqu'un ferme sa fenêtre pour se garantir^ Lui en £aAre un reproche , ce serait lui contester un droit légitime. Mais survienne im orage efiEroyable ; cette fiadble précaution sera insuffisante pour mettre sa maison en sûreté, si elle n'est d'avance munie d'un bon paratonnerre. Qr que suppose ce paratonnerre ? Q suppose que Von connaît les

lois de r électricité , et que , d'apirès la connais «sance même de ces lois , un a construit l'ap* pareil protecteur qui détourne la foudre. C*est

pareillement daii» une connaissance approfondie des lois du mal que la vraie science pourra

trouver le moyen de paralyser efficacement

l'influeuce de la fausse. Yoilà pourquoi nous

voyons , dap? . l'Ancien Testament , la vérité

éternelle adre$3çr de »éyèrç§ reproches à ceux

(jpi, taçidis qu'ils WPt sissis sur la chaire de

}tfxiUfi r cachant la clef du sanctuaire de la

372 PHiLosopiiiE DE hk vie;

science, pour s'enfermer l'entrée à eux-mêines , et Tinter dire à tous ceux qui voulaient y péojétrer. L'Écriture sainte nous fournit encore , dans le caractère de Moïse lui*-méine , un exemple de ^importance de F^tude de la science.

La mission de cet homme extraordinaire fut , comme on le sait , de délivrer le peuple de Dieu des ténèbres de TÉgypte , v pour le conduire sain et sauf à travers la mer Rouge, et par les nombreux détours d'un désert immense jusqu'à la terre promise. Ce fiit, il est vrai , pendant les quarante ans qu'il passa dans la solitude parmi les pasteurs qu'il se forma à cette haute destinée ; cependant ce n'est point sans raison qu'il est dit de lia qu'il fut; dans son enfance ;* recueilli sur lés eaux par les filles du roi d'Égypté ; ce n'est point non plus sans un dessein caché que rÉcriture ajoute qu'il était versé dans toute la sagesse et dans toutes Les sciences é^ptîennes' On ne peut qu'être réjoui, pour le dire en passant V de la sublime portée de jùgèmèifttill de discernement qui régnent dans les livres

tBÇON VH. 873

saints , car , s'il n'est aucun peuple païen contre lequel elle ait prononce de plus dures sen^ tences de réprobation, sous le rapport de la dépravation morale , que la nation égyptienne , elle nous £aiît connaître aussitôt que l'É-

gypte possédait une science et une science réelle , et que c'est pour l'avoir recouverte d'erreurs que, dans l'excès de ses égareàients , elle mérita des châtiments plus terribles:

Quelques antagonistes superficiels, tirant avantage de cet aveu, ce qui s'est déjà fait , pourraient nous objecter que toute la science de MoYsie n*était qu^une compilation des sciences égyp* tiennes et des connaissances hiéroglyphiques; Cette assertion est dépourvue de fondement: Les dix premiers , de même que les douze derniers caractères de l'alphabet hébpaïque , sont , il est vrai , des hiéroglyplés ; leur dénomination l'indique assez : mais il n'en est pas moins vrai aulssr que 4a langue hébraïque , par ses racines , par son génie , par sa marche et par son harmonie, est essentiellement différente de l'idiome hiéroglyphique

des Égyptiens. Moï^ ^ appris en Egypte tout

ce qu'il pouvait y apprendre , afin qu'en di^-

aipant de plus ^n plus devant lui les ténèbres

qui obscurcissaient ce pays , il eût moins à

redouter la magie et Fart satanique de ce

-peuple. U a pris à celui-ci tout ce qui pouvaiï

servir à ses fins, mais tout a été renouvelé

0t comme transformé par l'usage auquel il le

destinait ; U leur a enlevé leurs vases d*or et

d'argent : mais qui pourrait lui contester la

légitimité de ce vol « dans le domaine de la

science , surtout lorsqu'on en fait tourner

l'objet au triomphe de la cause de Dieu et à

J'avantage de la révélation, ou au moins lors<-

.qu'on sait le destiner à un meilleur emploi. Au

reste , ce qu'a iùt Moïse se fait encore de nos

jours , et s'est toujours f^t.

Il serait à déinrer que tiMit d'hpmmes recommandàbltf^ de notre temps, qui ont consacré -leurs efforts ,a£ lu grande œuvre de la restauration des saines doctrines et des bons principes, -suivissent l'exemple d'un hpmme si visiblement 'lassisté du del. Ce n'est que du plus petit

LEÇON Vu. 375

nombre d'entre emt que l'on peut dire ce qui est rapporté de Moïse : qu'il était versé dans toutes les sciences d*Égypte. De là vient aussi que les résultats de leurs tentatives pour dissiper les ténèbres qui couvrent le monde sont toujours proportionnés à la médiocrité de leurs connaissances;

Si jamais il fut une guerre spirituelle , dirigée contre la vérité , et même contre la vérité divine, c'est bien celle de notre époque : c'est ce que Ton reconnaît déjà en partie , et ce que Ton reconnaîtra encore de plus en plus. Dieu est un esprit de vérité ; c'est pourquoi l'esprit de contradiction et de négation qui lui est opposé a été appelé, dès le commencement, l'esprit menteur; et de toutes les puissances du mal, le mensonge est la première. Je ne piuis me dispenser de toucher en passant un point de morale qui se trouve de luimême sur ma route, bien qu'à plusieurs égards il soit étranger au cercle d'idées qui m'occupent. C'est précisément du mensonge que je veux parler. On traite ce vice souvent

avec trop d'indulgence ; on n'en fait point assez ressortir toute 1% gi'avitë. On considère en morale les défauts intérieurs, les tices de rame , comme autant de maladies qui peuvent devenir mortelles , parce qu'elles peuvent conduire rame à la mort; mais le m^ensonge, dans toute Tétendue du mot, Iç caractère de la fausseté , lorsqu'il domine dans Findividu , et se transforme en sa nature ,- c est plus qu'une maladie mortelle, c'est la mort ellemême. Et voilà pourquoi c'est un péché , une révolte, un attentat contre l'esprit divin, contre l'éternelle vérité , dont il est dit , dans la révélation , qu'il ne sera remis ni en ce monde ni en l'autre. Sur ce point , la morale ne saurait être assez sévère et dans ses pré-* ceptes et dans l'application. Sans doute il s'agit ici bien moins des mots que du sens qu'on leur donne et de l'intention qui les dicte. Il y a , à cet égard , un excès à éviter , lequel pourrait jeter la conscience en de faux troubles. Quand on se rappelle comment, à de certaines époqueg de Thistoire , on jouait avec

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4e serment I avec quelle légèreté on le prodiguait à tout propos et sous toutes les formes imaginables , quand on réfléchit aux effets désastreux qu*un pareil abus peut exercer sur la moraUté d'une nation ou d'une époque, on se sent praté à excuser TopinilLtreté de ceiitaines petites communautés qui se soustraient h l'obligation du serment. S'il fallait choisir eukre l'alternative toujours dangereuse d'une excessive 3évérité ou d'une trop grande facilité , il vaudrait mieux , en ce qui touche la vérité et le mensonge , pécher par le rigorisme que par Tindùlgence. Je ne m'arrêterai pas plus longtemps à ces considérations, qui me feraient perdre le fil de mon siqct.

Si le venin du mensonge est déjà si dangereux pour le simple individu , dans la nature duquel il s'insinue et dont pénètre toutes les parties , combien ne T est-il pas davantage quand il se ré|)and à grands flots sur toute une époque qui a abjuré la vérité, et lui a voué une haine implacable. C'est à l'esprit de mensonge, c'est à un faux éclat, c'est à l'empire

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i;igiintèsfiïe 4iii doivent le caractériser, dam la dàroière kitte que la vërité a à soutenir EUT la terre ) que se rapportent les plus terribles prédictions déjà citées plus haut; et il ne serait pas difficile d'en vérilier raccomplissement, s*il est vrai qu'une grande partie des menace; que la main du {«rophète y a consignées ait déjà eu leur efjfet de nos jours. Si l'esprit de mensonge, ce géant de de$* traction ^ eut assez de force y même dans son berceau, pour étouffer entre s^ bras deux des parties du monde, qu arriverait-il , si, maintenant qu'il est plus grand, plus développé, et armé d'une force incomparablement plus magique , il persévérait encore longtemps à fouler le monde sous sqs pieds. Les personnes qui , vivant dans une sphère d'action étendue , soit dans la vie pratique , soit dans la vie intellectuelle y sont à même de remarquer les éléments de destruction qiii fermentent de nos jours , ne trouveront point nos craintes exagé^ rées. Les autres peut-être pourront encore se faire illusion pendant quelque tœips.

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Je terminerai cette leçon, par troi$ dernières réflexions. La première a pour objet la liberté d'action accordée au mal de la part de Dieu ; elle peut servir de complément à la théodicée dont nous avons parlé, plus haut, théodicée que nous n'avons point voulu renfermer dans les limites rigpureuses d'un système rationel , mais que nous avçns basée sur les sentiments ; et soit que nous touchions d^à à l'avenir redoutable auquel elle s'applique , soit que nous en soyons encore éloignés , elle ne perdra pour cela rien de sa justesse ni de sa force. S'il est vrai , comme on ne peut le nier , que le genre humain soit dans un état de maladie , il faut comparer la conduite de la Providence à son égard aux procédés sages d'un médecin habile qui traite un malade. De même qu'il peut se trouver facilement dans le cas de désirer et même de provoquer un violent paroxisme ,dans un individu travaillé par une maladie mortelle , de même aussi n'y aurait-il pas dans toutes ces sombres prophéties qui se

rapportent à l'avenir , un plan prédéterminé de la part de Dieu^ de ménager au 'monde une crise décisive , d'où la partie saine de rhumanité puisse sortir, et qui assure à la

vérité divine v une victoire complète sur la puissance des ténèbres.

La deuxième réflexion, regarde tous les hommes bien intentionnés de notre temps ,

même ceux que des dissidences séparent enxore. Quand deux Etats ou deux nations différentes par leur système de gouvernement, par leur langage et par leurs mœurs , se voient simultanément menacées par un en. nemi redoutable , oubliant alors tous les motifs de leur désharmonie antérieure , elles forment une ligne franche et loyale, pour leur défense et leur salut commun. Puissent tous

les hommes droits et généreux de notre époque , de quelque côté qu'ils se soient rangés dans le domaine de la foi , suivre un si noble exemple ! puissent ^ ils oublier , sinon détruire tous leurs motiËs de dissidence et conclure une paix sincère qui leur

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permette de se liguer , dans Fintérét de tous , contre leur ennemi commun , Tennemi de toute vérité et de toute foi; car, hélas! il n est plus perknis à personne d'ignorer les dangers spirituels qni nous menacent, quels que soient d'ailleurs les points de vue sous lesquels on les envisage. Enfin la troisième réflexion ne se borne plus à un souhait. C'est pour nous une conviction intime que , quelque difficile et grande que soit la guerre que l'humanité doit soutenir, la bonne cause ne succombera pas ; l'issue en sera heureuse , et assurera un triomphe plein et ^ entier à la révélation , qui alors nous dévoilera , dans tout son jour, l'or-, dre divin dans Tempire de la vérité.

PU! DE LA 8EPTl£¥S UÇON ET DU PREMIER VOLUME.

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